HOMÉLIES

HOMÉLIES  2022 - 2023

Année liturgique ' A '

27-11-2022 /  Premier dimanche de l'Avent  (Dom André)

Premier dimanche de l'Avent


HOMÉLIE


Frères et Sœurs,

Entre le Notre-Père et l’échange d’un signe de paix, nous faisons chaque jour une prière pour être délivrés de tout mal, de toute épreuve, nous qui attendons que se réalise notre plus forte espérance : le retour, l’avènement définitif de Jésus Christ notre Sauveur.

Le mal et les épreuves ne manquent pas avec la guerre (depuis 10 longs mois en Ukraine) et en d’autres endroits dans le monde, les changements climatiques, l’inflation des prix dans tous les domaines. Le mal sous bien des formes et les épreuves nombreuses sont là. Ce que l’on disait autrefois de la création, on peut y ajouter désormais l’humanité tout entière car l’humanité et la création gémissent et passent par les douleurs qui durent encore pour l’enfantement d’un monde nouveau. Dès les tout débuts du monde, un Avent de recueillement et de labeur a commencé. Jésus est né dans ce monde, il y a grandi, il y est mort et ressuscité, mais tout a continué de bouger et d’avancer parce que le Christ n’a pas achevé de se former, parce que son Corps et son Sang fait de tous les êtres humains, de toutes les générations humaines, ce Corps de chair et d’amour n’est pas encore complété. Par contre le projet de Dieu lui n’a pas changé : c’est toujours un projet d’amour et de paix. Un projet où l’humanité devient une réalité unie dans une maison commune où tous et toutes vivent ensemble. Ce projet est en marche et à l’œuvre en dépit de toutes les apparences. Et quand Jésus nous invite à veiller, nous pouvons comprendre qu’il s’agit de veiller d’abord et avant tout sur ce grand projet de Dieu pour nous et de consacrer nos vies à le faire avancer avec la goutte d’eau que nous pouvons ajouter à l’océan de tous les besoins, avec les 5 pains et 2 poissons, avec le verre d’eau, la visite à un malade, avec le temps donné à une personne qui a besoin d’être écoutée.

Au temps de Noé comme au temps de Jésus et à notre temps, certains mangeaient, buvaient, se mariaient, vivaient sans se douter de rien, sans avoir donné un sens plus grand, plus spirituel à leur vie, tout à l’horizontal dans le matériel, sans ouverture à la transcendance, à Dieu, sans prendre conscience ni même se douter que nous sommes réellement en train de changer d’époque et qu’un nouveau monde encore bien inconnu, une vie nouvelle est en train de germer. Ils sont engloutis dans le déluge des informations, de la consommation, de la technologie, de tout ce qui est permis mais qui ne construit pas forcément.

Et comme s’il voulait nous faire saisir que l’on ne peut pas parler en divisant le monde entre eux qui se comportent ainsi dans l’insouciance malgré le combat pas toujours facile du simple quotidien, et nous qui pouvons penser autrement, Jésus continue en parlant de deux hommes ou de deux femmes qui travaillent côte à côte l’un est pris l’autre laissé. Cette division est présente en chacun et chacune d’entre nous. Une part de nous n’est pas encore totalement convertie et ouverte à la présence de Dieu et à son projet d’amour. Et l’autre part cherche dans la pauvreté des moyens à notre disposition comment changer la vie, la nôtre et celle des autres, comment transformer des chars d’assaut en tracteurs et en moissonneuses-batteuses, comment changer les armes en instruments agricoles pour cultiver les céréales dont les gens ont vraiment besoin pour se nourrir. Tout nous semble tellement disproportionné et au-dessus de nos capacités et de nos forces. Veiller commence par un éveil et une conscience de ce qui se passe dans le monde, par un éveil à des gestes de solidarité humaine avec tant d’hommes et de femmes aux prises avec le mal et la misère. Notre endormissement, notre inaction, retardent le projet de Dieu.

L’Avent introduit chaque année le rappel de qui nous sommes : des disciples et des témoins du Christ en attente de son retour, de son dernier avènement. Mais aussi des baptisés, des confirmés, des consacrés qui avons revêtu le Christ et qui voulons lui ressembler, devenir et agir comme lui. Jésus avait deux points très forts dans sa vie, deux points où nous pouvons lui ressembler : son intimité avec son Père (dans sa prière) et son amour inconditionnel pour tout être humain. C’est peut-être vrai que nous ne pouvons pas faire grand-chose pour changer le monde de manière importante, mais nous pouvons changer notre regard sur le monde et chercher à le regarder comme Dieu le voit avec tendresse et amour. Et nous pouvons introduire cette charité, cet amour, dans ce que nous disons et dans ce que nous faisons. Veiller à garder la charité dans toutes nos paroles et nos actions durant cet Avent ferait certainement reculer de la noirceur dans la nuit des gens et ferait briller de la lumière dans leurs yeux et dans les angles morts de leur vie. Il y a seulement l’amour qui soit encore crédible de nos jours. Rester vigilants à entretenir cet amour en nous et entre nous et marcher dans cette lumière avec notre Dieu.

L’indifférence, l’insouciance et l’inconscience que l’on trouvait à l’époque de Noé existent encore. Mais il y a autre chose qui est en train de naître. Il n’y a pas de problème à s’endormir pourvu que le cœur continue à veiller, rêver, espérer, et que le feu sacré de l’amour venu embraser tout l’univers ne s’éteigne dans aucun cœur humain. 

Enfin cet Avent nous tourne vers une naissance, vers un avènement. La naissance et la vie de Jésus en chacun et chacune de nous. Ce serait un peu triste d’entrer en Avent sans le désir et sans l’attente de Celui qui vient bientôt et qui, par sa promesse d'être avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde, est déjà là, parmi nous…


04-12-2022 /  Deuxième dimanche de l'Avent  (Frère Michel)

Deuxième dimanche de l'Avent


HOMÉLIE


Dimanche dernier, nous sommes entrés dans le temps de l’Avent : L’Avent est un temps de commencement et d’attente. Il coïncide avec le moment de l’année où les nuits sont de plus en plus longues ; en décembre, chaque jour, la lumière diminue encore un peu plus et malgré cela, l’Avent annonce le commencement de quelque chose de nouveau.

Aujourd’hui, sur la couronne de l’Avent, il y a une deuxième bougie allumée : un peu plus de lumière, donc et moins d’obscurité. Mais c’est en espérance que nous voyons l’obscurité diminuer parce qu’en réalité ce soir, le soleil se couchera encore un peu plus tôt qu’hier. Oui, le temps de l’Avent est réellement un commencement, mais ce commencement n’est rien d’autre que le commencement d’une espérance.

Et aujourd’hui, pour stimuler cette espérance, l’Évangile nous parle de Jean-Baptiste, avec un texte marqué par l’univers du désert :
Dans le désert, l’espérance est mise à rude épreuve : on risque de mourir de faim ou de soif, on perd tous ses points de repères, on ne contrôle plus rien, on dépend entièrement des éléments et de la providence divine. Tout autour de soi, on n’y voit qu’un univers minéral, chauffé à blanc par le soleil sur les pierres et, cachés entre les pierres, des serpents et des scorpions prêts à mordre ; tout est hostile, inhospitalier. Non, vraiment, le désert n’a rien pour plaire : on peut difficilement y survivre, à moins d’être de la trempe de Jean le Baptiste.

Car lui non plus n’avait rien pour plaire, avec ses vêtements en poils de chameau et sa ceinture de cuir autour des reins. Et pourtant, il rappelle un personnage de grande importance dans l’histoire sainte : le prophète Elie.
Dans le deuxième livre des Rois, le narrateur nous raconte qu’Elie, lui aussi, portait un vêtement de poils et une ceinture de cuir autour des reins.
Ce n’est pas un hasard si l’Évangéliste Mathieu souligne ce détail.

Les Juifs attendaient le retour du prophète, qui devait se produire juste avant la venue du Messie ; Elie devait être le personnage annonciateur du Messie. Et si l’Évangéliste insiste pour écrire que Jean-Baptiste a les attributs d’Elie, qu’il porte les mêmes vêtements que lui, c’est bien pour dire aux premières générations de chrétiens qu’il était bien celui qui devait venir avant le Messie.
Jésus lui-même dira donc de Jean-Baptiste qu’il aura été le plus grand de tous les prophètes; mais sa véritable grandeur ne tient qu’à une chose : c’est lui qui a su discerner le Christ : il a su reconnaître Jésus comme le Messie attendu, il a su pointer son doigt vers lui, il a su le montrer à ses contemporains, et à nous aujourd’hui. Tout son ministère se réduit à cela : pointer du doigt Jésus. Lorsque Jean-Baptiste aura fait cela, sa mission sera terminée et il saura se faire oublier : il saura se retirer, en disant à propos de Jésus : Il faut qu’il croisse et que moi je diminue.

Nous l’avons entendu dans l’Évangile de ce jour, celui qui fut appelé à reconnaitre Jésus-Christ est un homme rude et en rupture avec les anciennes pratiques religieuse de son temps. La parole de Jean-Baptiste a été comme un feu purificateur, comme une faucille qui coupe et fait place nette.
Mais paradoxalement, le Messie qu’il annonce viendra avec une douceur déconcertante. Après que Jean-Baptiste aura effectué ce travail de nettoyage nécessaire, Jésus pourra commencer son ministère, ce Jésus dont il est dit qu’il ne cassera pas le roseau courbé et qu’il n’éteindra pas la lampe dont la lumière faiblit. Et ce temps de l’Avent, ce temps d’entre-deux que nous vivons aujourd’hui, nous est donné pour espérer contre toute espérance, celui qui vient…

Ce matin, à l’Office de Vigiles, nous avons entendu un extrait du livre : « L’homme, au miroir de l’année chrétienne » de Karl Rahner. L’auteur nous rappelait que ce temps de l’année qui n’est plus l’automne mais qui n’est pas encore l’hiver, ce temps de l’Avent est un temps propice pour que nous vivions notre Foi avec plus d’intensité et d’intériorité. Car ce temps de l’Avent est un commencement, mais ce commencement n’est rien d’autre que le commencement d’une espérance. 
Car…
« Jusqu’au jour où tu entendras tomber sur toi la Parole divine : «Entre dans la joie de ton Seigneur», tu seras sous le régime de l’Avent. C’est dire à quel point Dieu n’attend pas de toi une joie exubérante… car il est lourd le poids des chaînes auxquelles te rive le temps, même si elles ont commencé à tomber de tes mains et de tes pieds ! Tout ce qui t’est demandé, c’est d’entretenir en toi cette joie humble et discrète de la foi qui vit dans l’attente du Monde à venir, tant elle est sûre que celui qui tombe actuellement sous nos sens ne représente pas toute la réalité… ».

11-12-2022 /  Troisième dimanche de l'Avent  (Frère Martin)

Troisième dimanche de l'Avent


HOMÉLIE


Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?

Frères et sœurs, la question adressée par Jean dans son cachot est incontournable pour quiconque désire marcher à la suite de Jésus. Elle se veut l’écho de celle posée par Jésus à Simon-Pierre : Pour vous, qui suis-je ? Question toujours pertinente, peut-être même plus que jamais, à l’heure où de tristes évènements s’abattent sur notre monde et sur nos communautés chrétiennes. Qui est ce Jésus de Nazareth, ce prophète qui enseigne et qui guérit ? Qui affirme être envoyé de la part du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; Celui de qui nous osons dire qu’il est Dieu, et pourtant né d’une femme, Marie ; Celui qui est mort et ressuscité afin que la Vie, avec un grand V, circule librement en chacun et chacune de nous ? Qui est-il ce Jésus ?

Les aveugles voient, dit-il, les boiteux marchent, les sourds entendent.

Comme à l’habitude, la réponse de Jésus déroute. Comme à son habitude, Jésus ne se satis-fait pas d’un simple « oui » ou « non » en réponse aux questions qui lui sont adressés. De même, les réponses qu’ils donnent n’enferment jamais celui qui les posent dans la contrainte, mais ouvrent sur la vie, sur un horizon nouveau qui convoque non pas une soumission aveugle, mais un choix éclairé et une décision réfléchie. L’Évangile, en effet, perdrait toute sa saveur, toute sa force et sa cohérence s’il n’était plus cette Parole qui chuchote à nos âmes et nous invite sans nous menacer ou nous menotter de quelque façon. La réponse de Jésus implique en ce sens le mode de discernement caractéristique des prophètes de la 1ère Alliance, celui-là même que Jésus enseigne à ses disciples : Vous jugerez l’arbre à ses fruits.

Jésus répond donc à la question par des signes qui nous ramènent délibérément à notre humanité blessée : Les aveugles voient, les boiteux marchent et les sourds entendent. Blessée physiquement, certes, car Jésus est un thaumaturge réputé, mais aussi symboliquement, puisque le Maître est aussi médecin des âmes. Tout le monde sait par expérience qu’il existe bien des manières d’être aveugles, sourds, muets, boiteux et paralysés.

Frères et sœurs, que nous dit Jésus par sa réponse sinon que l’important n’est pas tant celui qui doit venir – les prophètes n’ont cessé de nous mettre en garde contre les charla-tans de tout acabit – l’important n’est donc pas tant celui qui doit venir que les fruits qu’il engendre concrètement sur son passage : Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez répond Jésus aux envoyés de la question.

Par sa réponse, Jésus renvoie ainsi le Baptiste aux témoignages de ses disciples qui ont vu et entendu ce que fait le prophète de Nazareth : les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, l’Évangile est annoncé aux pauvres. Sur la foi de leurs témoignages, Jean devra répondre et prendre position : est-ce cela ou autre chose que j’attends de Celui qui doit venir ?
Comme Jean du fond de sa prison, n’est-ce pas aussi la question qui, à certains moments, taraude notre vie de foi, mais qui inversement peut aussi la faire basculer du côté de Dieu ? Est-ce bien cela ou autre chose que j’attends de Jésus de Nazareth ? Cela ou autre chose ? Il n’y a peut-être pas de question plus urgente à laquelle répondre à l’approche de ce temps de Noël.

Au regard de la réponse de Jésus, parions que beaucoup de nos contemporains souhaiteraient en attendre un autre. Un Messie guerrier politisé, par exemple, qui nous délivrerait de la main d’un Vladimir Poutine, d’un Donald Trump ou d’un Pierre Poilièvre ; et pourquoi pas un Messie super-médecin, urgentologue et bon administrateur qui remettrait dans le droit chemin notre réseau de santé passablement amoché. Autrement dit, un Messie qui commencerait par guérir et assainir tout ce qui se trouve à l’extérieur de nous au lieu de guérir et assainir le lieu le plus important : celui de notre cœur d’enfant de Dieu.

Malheureusement, ou plutôt heureusement, Jésus nous sauve autrement. Le passage d’Évangile d’aujourd’hui est en ce sens sans compromis. Celui que nous attendons dans la foi, c’est Celui qui donne aux aveugles de recouvrer la vue, aux boiteux de marcher, aux lépreux d’être purifiés, aux pauvres d’entendre la Bonne Nouvelle. En un mot, c’est Celui qui vient recréer par son Esprit notre humanité blessée. C’est dans cette direction que pointe l’Incarnation du Verbe : Jésus naît d’en-bas, pétri de notre terre, pour que nous renaissions d’en-haut, tourné vers le Ciel, ainsi qu’il l’enseigne lui-même de nuit à Nicodème. Les Pères de l’Église l’ont répété sans cesse.

Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?

Frères et sœurs, la manière dont le Seigneur se manifeste à nous est déroutante, et Noël n’y fait pas exception. Écoutons à ce propos le grand saint Augustin : « Lorsque j’attends une certitude solide comme le roc, je reçois une Parole palpitante, comme de l’eau vive qui file entre mes doigts. Lorsque j’attends la puissance et l’autorité, je reçois entre mes mains la candeur d’un nouveau-né. »
C’est cette candeur de Dieu en son humilité, en sa petitesse de nouveau-né qu’il est nécessaire d’accueillir pour renaître d’en-haut. La nativité nous apprend qu’il faut se faire tout-petit avec l’Enfant afin qu’en sa présence nos yeux se dessillent, nos oreilles entendent, nos pas s’affermissent, que notre être d’enfant de Dieu soit recréé. Voilà l’œuvre de Celui qui doit venir. La seule œuvre en laquelle nous devons croire en ce temps de l’Avent.

18-12-2022 /  Quatrième dimanche de l'Avent  (Frère Bruno-Marie)

Quatrième dimanche de l'Avent


HOMÉLIE


Frères et soeurs,
Saint Paul nous dit dans la deuxième lecture que l’Évangile c’est-à-dire
Bonne Nouvelle que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes dans
les saintes Écritures concerne son Fils Jésus.

Depuis les temps les plus reculés, les hommes ont cru en Dieu, ou plut[ot
on crut en des dieux, en ces forces de la nature qui les terrifiaient et
auxquels ils offraient des sacrifices pour s’en protéger.

Même les Grecs et les Romains pour qui les dieux vivaient dans leur
sphère à part sans trop se préoccuper des humains, sentaient le besoin de
leur offrir des sacrifices pour se prémunir contre leurs mauvaises humeurs,
ou pour obtenir leurs faveurs.

De telles manières de voir Dieu ne sont pas absentes de la bible. Notre
père Abraham offre des sacrifices à son Dieu et le Dieu du Sinaï est un
Dieu terrible qui se manifeste à travers le feu, le tonnerre et les éclairs.
Ce n’est qu’avec le temps, graduellement et très lentement que le peuple
hébreux comprendra que son Dieu est tendresse et pitié, lent à la colère et
plein d’amour. Un Dieu qui rêve de devenir Emmanuel, c’est-à-dire Dieu
avec nous. Ce rêve, Il le réalisera en naissant d’une Vierge comme Il
l’avait annoncé au roi Acaz. Alors Il prendra le nom de Jésus, ce qui
signifie le Seigneur sauve, car c’est lui qui sauvera son peuple de tous ses
péchés.

C’est ici que tout bascule. Que l’inconcevable devient réalité. Qu’un Dieu
naisse d’une Vierge cela passe encore, car certaines mythologies
païennes en parlaient déjà . Mais qu’un Dieu s’offre lui-même pour le
pardon des péchés de son peuple, c’était du jamais vu. Scandale pour les
juifs, folie pour les grecs comme dirait Saint Paul. Pourtant c’est là Bonne
Nouvelle que Dieu avait promise d’avance pour les prophètes.

Beaucoup encore aujourd’hui ont peur de Dieu. Ils se le représentent
comme un dieu terrible, vengeur et punisseur. Alors pour arrêter d’en
avoir peur, ils décident ne plus y croire. Ils ont bien fait car le Dieu dont ils
n’ont peur n’existe pas.

Notre Dieu, le Dieu des chrétiens est un Dieu doux et humble de coeur, lent
à la colère et plein d’amour. Loin d’être un Dieu punisseur et vengeur,
notre Dieu est un Dieu sauveur. Son nom est Jésus : Le Seigneur sauve.
C’est lui-même qui sauve son peuple de tous ses péchés. Jésus est le
plus beau cadeau de Noël que Dieu puisse offrir à notre monde. En lui
réside le pardon inconditionnel de tous nos péchés.

Frères et soeurs,
Dieu veut tellement ne pas nous faire peur qu’il vient à nous sous les traits
d’un enfant. Il veut tellement nous sauver qu’Il s’offre lui-même en sacrifice
pour le pardon de nos péchés. Autrement dit : Dieu aime mieux mourir que
de nous punir.
Surtout Frères et soeurs n’allez pas croire que c’est trop beau pour être
vrai. Cela amoindrirait la joie, la beauté et la grandeur de Noël.

25-12-2022 /  La Nativité : Nuit de Noël  (Dom André)

Nuit de Noël


HOMÉLIE

Frères et Sœurs. 
Bien avant la naissance de Jésus, Dieu nous avait révélé ce qu’il voulait être avec nous, ce qu’il voulait vivre avec nous. Il avait donné à Moïse le signe très fort de son amour pour nous, du lien entre lui Dieu et tout être humain : Je suis qui Je suis, Je deviens qui Je deviens… en étant avec toi. Mais la nuit de Noël, Dieu va encore plus loin et provoque dans notre histoire une nouveauté radicale : il incarne ce lien de l’alliance par la naissance de son Fils. Dieu se fait homme comme nous.

Noël : quel mystère ! C’est la naissance de Dieu, un Dieu bien différent des dieux grecs tout-puissants dans le ciel, séparés de la terre et des êtres humains. Il vient au monde vrai Dieu tout en prenant le visage d’un enfant dans les bras de Marie, sous le regard de Joseph. Dieu nous révèle, oui, une toute autre puissance, c’est la puissance infiniment plus grande de l’amour, de la tendresse, de la joie remises entre les mains de toute l’humanité. Il est venu pour nous et pour la multitude. Et cet enfant qui naît, ce Fils de Marie et du Père éternel, c’est la naissance d’un homme qui va aimer et aller jusqu’au bout de son amour et de sa liberté d’homme, en nous montrant le chemin pour faire comme lui. Il s’est fait humain pour que nous devenions humains comme lui. Et en cet homme, nous apprenons Dieu.

À la question de l’un de ses disciples qui lui demandait de voir le Père, Jésus répondra un jour : qui me voit, voit le Père. À partir de cette nuit de Noël où il naît pour nous, Jésus aura à cœur de nous apprendre comment devenir des êtres humains capables de servir et d’aimer comme lui. En réalité, si nous parvenions à vivre comme lui, à lui ressembler vraiment, nous pourrions dire un jour : qui me voit, voit le Christ car nous lui serions enfin devenus semblables. L’humain en nous aura alors saisi l’incroyable échange qu’il introduit par sa naissance parmi nous : il a pris notre humanité pour mettre en nous sa divinité et nous rendre participants de sa nature divine (1 P1,4). « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu », dira un Père de l’Église. Car la gloire de Dieu ce n’est pas un être humain endormi, mais un être éveillé, debout, vivant et lumineux. Mets-toi debout et deviens lumière car sa Lumière s’est levée sur toi (disait le prophète, Is 60,1). La Nuit de Noël, nous sommes devant un double miracle : c’est la naissance de Dieu dans un être humain et la naissance de l’être humain en Dieu. Il vient pour nous, il est né pour nous. Et nos deux existences sont désormais liées l’une à l’autre d’une manière toute nouvelle.

Une création nouvelle commence cette nuit. En se faisant Enfant, Dieu rend encore plus évidente une dimension importante de notre réalité : un enfant ne peut pas vivre sans les autres, sans l’amour des autres. Et cet enfant vit toujours en chacun de nous avec ce même désir et ce même besoin des autres. Les signes se multiplient cette nuit. Les premiers à venir voir et adorer Jésus, ce sont des bergers, les sans-papiers de l’époque. Le pays procédait à un recensement; les bergers n’en faisaient pas partie. Les bergers sont des marginaux, sans identité, sans nom, des gardiens de troupeaux. C’est pourtant à eux que l’ange s’adresse et donne le signe et quel signe : un enfant emmaillotté et couché dans une mangeoire. Ils iront trouver et adorer l’Enfant avant de retourner auprès de leurs troupeaux. Mais cette nuit de Noël qu’avons-nous en commun avec ces bergers? Comme eux, nous recevons nous aussi un signe, le même, celui de l’Enfant-Dieu né pour nous. C’est le même signe qui nous est donné. Il nous revient à chacun de nous de l’interpréter dans notre propre nuit et dans notre vie et d’y trouver sens pour nous aujourd’hui. Ce signe revient chaque année, à chaque Noël, pourtant il est neuf chaque fois car notre expérience de la vie, notre désir d’être un meilleur être humain et un meilleur croyant, notre passion d’aimer et d’être aimé ont évolué et ne sont plus les mêmes. Le signe est là cette nuit comme une invitation à faire du neuf, du « commencement » dans notre vie.

Au fond, ce que nous avons en commun avec les bergers, ce n’est pas la pauvreté sociale, matérielle, mais cette pauvreté humaine que nous avons tous en partage : le creux, le vide, le manque, cette blessure si profonde dans tout cœur humain, qui nous fait désirer l’amour, la vie, la joie. L’Enfant de la crèche, l’Enfant-Dieu est bien plus qu’un signe : il est le don par excellence qui se nourrit du manque en nous, sans jamais le combler mais en le rendant de plus en plus libre. Et ce don qui nous est offert c’est la pure gratuité de l’amour. L’Enfant-Jésus, par sa faiblesse et sa pauvreté, rend possible l’amour qui ouvre les portes du bonheur. Bonheur de vivre - peut-être un peu autrement - mais de vivre… avec Dieu et avec les autres, ceux qu’on aime comme ceux que nous n’avons pas encore appris à connaître et à aimer assez pour en faire des amis et pour faire ensemble l’expérience de Dieu dans un monde créé à son image d’amour.

Il y a des siècles avant la naissance de Jésus, Dieu nous a déjà dit : Je deviens qui je deviens en étant avec toi. Et Jésus est venu, il s’est fait l’un de nous, il nous a promis d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Et nous, dans la lumière et la joie de cette nuit de Noël, nous pouvons, si nous le voulons, être avec lui et devenir ainsi enfants de Dieu, enfants de Lumière, enfants de Joie…

25-12-2022 /  La Nativité : Jour de Noël  (Dom André)

Jour de Noël


HOMÉLIE


Frères et Sœurs,
Écoutez la voix des guetteurs : tous ensemble, ils crient de joie… nous dit le prophète Isaïe. Et avec eux, c’est toute la création qui attendait la venue du Seigneur et qui maintenant jubile de joie. Comme nous le rappelait un frère durant le temps de l’Avent, même les psaumes prennent un accent poétique et symbolique quand ils parlent de la venue du Seigneur: les arbres dansent de joie, les fleuves battent des mains, les montagnes crient de joie. C’est la terre tout entière qui accueille son Seigneur dans l’allégresse. Il y a de la joie et de l’amour dans l’air. C’est la Nativité de Jésus Christ selon la chair.

En ce jour où nous sommes, Dieu nous parle encore, mais cette fois, c’est par son Fils, par le Christ Jésus. C’est un peu paradoxal car si tout est venu à l’existence par sa Parole, par son Verbe, il choisit de prendre chair dans notre condition humaine en se faisant enfant. Et ce nouveau-né qui n’a pas encore l’usage de la parole parle un langage qui est universel et qui peut toucher et rejoindre le cœur de tout être humain : l’Enfant-Dieu parle le langage de l’amour.

Il n’y a rien de plus lumineux que l’amour. L’amour remplit nos cœurs et nos yeux de lumière. Il illumine et éclaire toute vie et toute histoire humaine. L’amour fait des miracles. Dès qu’il y a une brèche, une ouverture dans un cœur, il entre, s’insère et transforme toute la personne. L’Enfant-Dieu rejoint de cette manière l’enfant qui continue toujours à exister en chacun et chacune de nous et il nous donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Et nous le sommes, enfants de Dieu. Il nous révèle ainsi que nous sommes bien plus que des êtres faits de terre et de poussière d’étoiles, conçus dans le désir et l’amour de nos parents, il nous révèle que nous sommes aussi nés de Dieu, qu’il y a du divin en nous et que nous avons tous part à cette plénitude de l’humain et du divin, intimement liés. Il nous revient alors d’en vivre avec Dieu et avec les autres.

Nés de Dieu, nous avons reçu grâce sur grâce, c’est dire que nous avons reçu un don particulier qui se renouvelle sans cesse. Dieu nous a fait le don d’un amour capable de répondre à son amour. Bien entendu, son amour et notre amour ne sont pas comparables mais avec Dieu ce n’est pas la mesure, la hauteur, la largeur, la profondeur de l’amour qui compte, c’est avant tout la réciprocité. J’ai mieux compris ce verset de l’évangile à la suite d’une expérience dans l’un de nos monastères en Afrique. Je participais à une palabre, une discussion, pour résoudre une difficulté, entre les moines de la communauté de Koutaba au Cameroun et les gens du village voisin. Les moines avaient contribué de bien des manières au soutien d’une famille et l’avaient laissé cultiver une parcelle sur le terrain du monastère pour qu’ils ne meurent pas de faim. Et la famille se plaignait et en demandait plus. Un frère a alors fait remarquer que la communauté avait donné vraiment beaucoup mais qu’en retour, la famille n’avait rien donné, pas même une seule arachide. En attendant cela, tous les anciens du village se sont aussitôt levés et ont reproché à la famille d’être sortie de la réciprocité. Il suffisait d’une arachide pour maintenir le lien de la réciprocité. Dieu nous a fait le don d’un amour capable de répondre à son amour. Ce qui compte ce n’est pas la proportion mais le lien de la réciprocité. Notre amour est capable de répondre à son amour.

Jésus est la vraie lumière qui éclaire tout être humain et ce qu’il met en relief en prenant notre condition humaine c’est toute cette part invisible de notre humanité. Grâce au Christ Jésus, il y a du divin en nous : nous sommes nés de Dieu. Et il y a aussi en chacun et chacune de nous ce don incroyable : notre amour peut répondre à son amour. Cette lumière éclaire ce que nous sommes en vérité et ce que nous devenons quand nous portons cette lumière en nous et autour de nous. Et il y a alors une joie et un amour qui peuvent franchir toutes les épreuves et tous les obstacles dans nos vies. C’est la joie et l’amour de vivre avec Celui qui s’est chair et qui continue à se faire proche comme un frère pour nous !

01-01-2023 /  Sainte Marie, Mère de Dieu (Dom André)

Sainte Marie, Mère de Dieu


HOMÉLIE


Frères et Sœurs,
 
Le Pape François a répété à plusieurs reprises que l’on ne sort jamais identiques des moments de crises : on en sort toujours meilleur ou pire. Nous espérions tous que ce serait effectivement le cas après les années de COVID mais nous nous sommes retrouvés avec cette guerre qui dure encore en Ukraine. Nous avons appris jusqu’à un certain point à combattre le virus de la pandémie en mettant ensemble nos efforts, nos technologies, nos savoirs et une volonté commune de nous en sortir. Il semble bien que nous ne sommes pas encore parvenus à revivre cet effort collectif pour combattre le virus de la guerre.
 
Saint Bernard nous invitait devant toute épreuve à lever les yeux et à regarder Marie, la Mère de Jésus, la Mère de notre Sauveur. Quel chemin Marie peut-elle nous apprendre pour nous décider à oser la nouveauté et pour nous faire espérer un monde meilleur et réaliser enfin la fraternité et la solidarité dont nous avons un besoin si urgent pour que notre monde aille mieux ?
 
Marie peut nous apprendre ce chemin par deux attitudes fondamentales chez elle : sa prière et son ouverture.
 
Marie est une femme d’écoute, comme ces femmes en Algérie, en Argentine et aujourd’hui en Iran. Elle écoute la réalité de ce qui se passe dans le peuple autour d’elle. Elle est attentive à ce qui manque pour que les choses aillent mieux et que le bonheur soit de la partie et elle le fait de manière très concrète. Quand elle constate aux noces de Cana que le vin, et donc la joie, va manquer à la fête, elle s’approche de Jésus et lui dit : ils n’ont plus de vin. Jésus comprend que sa mère veut qu’il intervienne. Il ne sent pas prêt à le faire. Marie n’abandonne pas pour autant. Elle dit à ceux qui assurent le service à cette noce : Faites tout ce qu’il vous dira. Et Jésus va changer l’eau en vin. La prière de Marie commence par une écoute, une lecture de ce qui se passe dans la réalité et par un message à son fils, pas un ordre, pas une supplication, un mot qui manifeste qu’elle est touchée par la situation que vivent les nouveaux mariés et elle veut partager avec son fils ce qu’elle ressent. Marthe fera la même chose plus tard après la mort de son frère Lazare, elle ne demandera rien, elle touche simplement le cœur de Jésus : Seigneur celui que tu aimes est mort… Ces femmes ne demandent rien, elles espèrent tout et croient que tout peut encore advenir. Et leur prière de foi et d’espérance porte fruit et un chemin nouveau de vie va s’ouvrir.

L’ouverture de Marie nous apprend aussi beaucoup sur l’attitude à adopter pour ouvrir un chemin de paix et de fraternité. Mère de Dieu, elle va assumer pleinement sa maternité et l’élargir aux dimensions du projet d’amour du Père éternel que Jésus est venu révéler. Certains pourraient penser spontanément que ce devait être assez facile pour elle de vivre cette ouverture puisqu’elle est la Mère de Dieu. Oui, Marie est Mère de Dieu mais c’est aussi une personne humaine avec un cœur humain à qui il a été prophétisé qu’elle aurait l’âme transpercée. Et Marie a dû souffrir quand on lui a rapporté les paroles de Jésus : Qui sont ma mère et mes frères ? Et que regardant ceux qui étaient assis autour de lui, il ajouta : Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère (Mc 3,33-35). Même en le comprenant dans la foi, Marie a dû faire un bout de chemin en attendant ce Qui est ma mère ? dans la bouche de Jésus. Et à la fin, Jésus avant de mourir lui demande de devenir mère de Jean et à travers lui jusqu’à nous, mère de tous les disciples. Voici ton fils et Voici ta mère.
 
Par sa façon de prier et par son dépassement de soi dans l’ouverture, Marie nous apprend comment créer les conditions favorables pour construire ensemble un monde meilleur, un monde de paix, de fraternité et de solidarité. Nous ne pouvons pas y parvenir seuls. Marie a demandé aux serviteurs de la noce de se tenir prêts et Jean a pris avec lui Marie quand Jésus lui donné Marie comme mère. Il y a toujours des médiations humaines, une chaîne de médiations humaines, et c’est ainsi que le monde change et se transforme. Puisse Marie, Mère de Dieu et notre mère, continuer à soutenir ce que le Seigneur a lui-même commencé en elle et en nous…
 

08-01-2023 /  Épiphanie (Dom Yvon Joseph)

Épiphanie


HOMÉLIE


L’Épiphanie est une fête de lumière : la lumière de la foi. Dès le début de son ministère à Rome, le pape François a signé une lettre encyclique qui a précisément comme titre LA LUMIÈRE DE LA FOI. Une lettre écrite à quatre mains, comme il le reconnait lui-même, car elle avait été commencée par Benoît. Se référant aux Mages venus à Bethléem, guidés par l’étoile, le Pape affirme :
Pour eux, la lumière de Dieu s’est montrée comme chemin, comme étoile
qui guide le long d’une route de découvertes. L’étoile évoque ainsi la patience de Dieu envers nos yeux, qui doivent s’habituer à sa splendeur. L’homme religieux est en chemin et doit être prêt a se laisser guider, à sortir de soi pour trouver le Dieu qui surprend toujours. (No 35)
 
C’est le long chemin que les Mages ont eu à parcourir pour arriver jusqu’à Jésus. Et nous, frères et sœurs dans la foi, c’est toute notre vie qui devient un long chemin pour avancer jusqu’à Jésus, le Christ. Un chemin qui certains jours est parsemé des joies de la découverte et où le Christ se fait tout particulièrement présent en nous ou près de nous. Un chemin qui, d’autres jours, devient plus difficile à parcourir en raison des épreuves que nous rencontrons et qui peuvent prendre plusieurs formes, peut-être même l’épreuve du doute où nous avons comme perdu de vue la lumière de la foi. C’est alors le moment de découvrir, par grâce de Dieu, que notre foi ne nous protège pas de toute épreuve, mais nous protège en toute épreuve, nous donnant la force et la lumière dont nous avons besoin pour les traverser.
 
La foi est une lumière, mais elle n’est pas réservée seulement à celles et ceux qui affirment leur joie de croire. Comme le salut apporté par Jésus est un salut à l’œuvre dans le monde entier, de même la lumière de Dieu est à l’œuvre dans le cœur de tout homme et de toute femme, créés à son image et à sa ressemblance. C’est ainsi qu’elle est présente dans le cœur de ceux qui l’ignorent comme dans le cœur de ceux qui se laissent conduire par elle, mais sans pouvoir la nommer. Dans son Encyclique, le pape François affirme :
Celui qui se met en chemin pour faire le bien s’approche déjà de Dieu, est déjà soutenu par son aide, parce que c’est le propre de la dynamique de la lumière divine d’éclairer nos yeux quand nous marchons vers la plénitude de l’amour. (No 35)
 
Mes frères et mes sœurs dans le sillage de cette fête de l’Épiphanie, aujourd’hui ou dans les jours qui suivront, nous pourrions prendre le temps de considérer le bout de chemin que notre foi nous a fait parcourir jusqu’à maintenant, et quels sont les obstacles ou les négligences que nous avons à surmonter afin de mieux poursuivre notre route… Si nous faisons le choix de nous arrêter pour réaliser cet examen, nous trouverons sûrement des motifs de rendre grâce au Seigneur pour le don de la foi… Sans doute deviendrons-nous aussi plus conscients des points d’attention où nous devons être plus vigilants pour ne faiblisse pas en nous la lumière de la foi…
 
Le pape François termine sa lettre sur LA LUMIÈRE DE LA FOI par une belle prière à Marie qu’il déclare « Mère de notre foi », Marie qui nous a été particulièrement présente en ce temps de Noël, qui se terminera demain avec la fête du baptême du Seigneur. Prenons maintenant un instant pour nous recueillir, unissant nos esprits et nos cœurs à la prière que le Pape nous offre :
 
Ô Mère, aide notre foi !
​Ouvre notre écoute à la Parole, pour que nous reconnaissions la voix de Dieu et son appel.
​Éveille en nous le désir de suivre ses pas, en sortant de notre terre et en accueillant sa promesse.
​Aide-nous à nous laisser toucher par son amour, pour que nous puissions le toucher par la foi.
​Aide-nous à nous confier pleinement à Lui, à croire en son amour, surtout dans les moments de tribulation et de croix, quand notre foi est appelée à mûrir.
​Sème dans notre foi la joie du Ressuscité.
​Rappelle-nous que celui qui croit n’est jamais seul.
​Enseigne-nous à regarder avec les yeux de Jésus, pour qu’il soit lumière sur notre chemin. Et que cette lumière de la foi grandisse toujours en nous jusqu’à ce qu’arrive ce jour sans couchant, qui est le Christ lui-même, ton Fils, notre Seigneur !
 

15-01-2023 /  2e Dimanche du temps de l’Église (Frère Martin)

2e dimanche du temps de l’Église


HOMÉLIE


Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde.
 
Frères et sœurs, cette annonce du prophète Jean Baptiste retentit aujourd’hui avec force au sein de notre assemblée eucharistique ; elle nous invite à reconnaître en Jésus, le Rédempteur et Sauveur qui délie l’humanité de son mal et de son péché.
 
Un peintre médiéval a représenté brillamment ce cri avec toute la puissance de son art : sur son retable, il a attribué à Jean un doigt surdimensionné qui désigne le Christ non pas sur les rives du Jourdain – comme il en va dans l’évangile de ce matin – mais qui désigne le Christ en Croix, orientant ainsi notre regard vers la mort et la résurrection de Jésus.  
 
Derrière la beauté et la gravité de son œuvre se cache une vérité profonde : reconnaître en Jésus le Sauveur, l’Envoyé de Dieu, c’est le reconnaître dans l’enfant de la crèche, dans le prophète itinérant de Galilée, et à plus forte raison dans cet agneau immolé sur la Croix vers lequel pointe le doigt de Jean Baptiste. En d’autres mots, Jésus est cet Agneau pascal dont parle toute l’Écriture, du berceau jusqu’au tombeau. Il est l’Agneau debout, comme égorgé, dont Jean décrit la vision au livre de l’Apocalypse.
 
Dans son destin d’agneau sacrifié, le Verbe de Dieu sera couvert du péché, confondu avec les pécheurs, abîmé, pour ainsi dire, dans le péché, devenu le péché même, selon la belle expression de Paul : Celui qui n’a pas connu le péché, il l’a fait pour nous péché, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu. Jésus est bien celui qui porte et la parole de Dieu, et le péché des hommes et des femmes de notre monde.
 
Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde, assure avec conviction le Baptiste.
 
Cette confession de foi a pourtant de quoi surprendre. Nous sommes étonnés d’entendre Jean affirmer par deux fois qu’il ne connaissait pas Jésus avant son baptême dans le Jourdain. S’il en est ainsi, comment l’a-t-il donc reconnu ? sinon par une révélation de l’Esprit.
 
C’est lui, l’Esprit, qui lui donne la connaissance profonde que ce Jésus est bien plus que le fils du charpentier de Nazareth. Il reconnaît que Jésus n’est pas seulement de sa parenté, mais qu’il est le Fils du Dieu vivant. J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui... Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu.
 
Lorsqu’il s’approche du Baptiste, comme à chaque fois que Jésus va à la rencontre d’une personne, il y a révélation dans l’Esprit. C’est pourquoi Jésus n’est pas seulement un personnage de l’histoire de l’humanité, un homme charismatique et exceptionnel dont nous nous ferions une idée à force d’étude et de réflexion. La page d’Évangile de ce matin nous rappelle que nous ne pouvons le reconnaître comme tel que lorsque Dieu lui-même nous le révèle. En revanche, nous ne pouvons le reconnaître si nous n’avons le cœur ouvert aux signes de l’Esprit, à l’exemple du prophète.
 
C’est ce même Esprit Saint, écrit le pape François, « qui ouvre nos esprits et nos cœurs ; il les ouvre pour mieux comprendre, oui, pour mieux comprendre les choses de Dieu, les choses humaines, les situations de toutes sortes. Le Seigneur nous fait ce don pour comprendre les choses comme lui, et pour comprendre surtout la parole de son Fils. »  
 
Frères sœurs, voilà ce à quoi nous invite Jean Baptiste ce matin : garder nos cœurs ouverts et vigilants aux manifestations de l’Esprit afin de reconnaître dans l’ordinaire de nos vies le passage et la présence du Christ sur qui demeure en plénitude ce même Esprit.
 
Autrement dit, il ne s’agit pas tant d’accumuler des savoirs sur Jésus que de le connaître et de le rencontrer par notre disponibilité à l’Esprit d’amour et de vérité, l’écoute de sa parole et le partage de sa vie qu’il nous offre dans l’eucharistie.
 
Mais il s’agit également, pour ne pas dire obligatoirement, de suivre Jésus jusqu’à la Croix, tel que l’indique le doigt du Baptiste sur le retable du peintre allemand ou encore le chant d’entrée pour la messe du Christ-Roi où il est dit que le Royaume s’ébauche à l’ombre de la Croix, jusqu’au don de sa propre vie.
 
Il s’agit de comprendre que chaque disciple qui témoigne authentiquement de la Parole porte en quelque sorte avec le Ressuscité de Pâques le péché du monde.
 
Il s’agit encore de saisir à la suite de Jésus et dans l’Esprit, que nous ne pouvons descendre dans l’abîme du péché et y être solidaire sans avoir préalablement séjourné dans l’abîme de l’amour, dans le sein du Père, dira saint Jean.
 
Voilà le grand mystère que nous annonce aujourd’hui Jean le Baptiste.
 
Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde.
 

22-01-2023 /  3e Dimanche du temps de l’Église (Frère Michel)

3e Dimanche du temps de l’Église


HOMÉLIE


Lorsque Jésus, en marchant sur le bord de la mer de Galilée, dira « Viens et suis-moi », quatre hommes vont le suivre, quatre frères qui vivaient de la pêche. 
Mais cette invitation de Jésus n’est pas figée dans le passé: elle nous concerne tous. Dans notre vie, Jésus, un jour, est passé en nous disant à nous aussi : « Viens, suis-moi ! ». Quelle que soit notre vocation et notre engagement de vie actuel, l’Évangile d’aujourd’hui fait résonner dans notre cœur, l’appel de Jésus, jadis entendu, et pourtant toujours nouveau.
« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, dira Jésus lors du dernier repas ; mais c’est moi qui vous ai choisis » (Jn 15,26).

Quand nous acceptons l’invitation que Jésus nous adresse, il nous faut accepter de faire quelques ruptures. C’est ce que nous apprend l’appel des premiers disciples.
Ils ont quitté les filets, la barque et même leur père dans la barque. Ils ont vécu là une première rupture: celle d’avec leur « vie d’avant » avec leur métier, leurs habitudes, leur gagne-pain et une certaine forme d’autonomie. Ils ont dû accepter d’abandonner l’avenir qui était prévu pour suivre Jésus dans l’imprévu.

Une deuxième rupture qu’ils ont connue concerne un nouveau type de relation fraternelle. 
Dans la Bible, dans la manière biblique de présenter « crûment » la réalité humaine depuis la Genèse, les frères ont toujours été rivaux, ennemis et parfois même homicides: depuis Caïn et Abel, Ismaël et Isaac, Ésaü et Jacob, Léa et Rachel, Joseph et ses frères, etc. 
Or ici, Jésus appelle (par 2 fois), 2 frères qui semblent bien liés : Simon et André, Jacques et Jean. Et leur lien fraternel va durer dans le temps : il sera même le noyau dur du groupe des disciples qui suivra Jésus.

L’appel à la conversion que Jésus proclame en même temps qu’il appelle ses disciples a donc commencé ici : dans une fratrie qui ne soit plus fratricide, mais dans une fraternité qui soit féconde !
Le psalmiste chantait déjà la fraternité, cette si rare fraternité, si étrangère à notre univers, une fraternité qui n’est pas fondée sur l’intérêt individuel : «Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis » (Ps. 132 / 1). 
Conversion et fraternité : un parallèle auquel nous n’avions pas forcément pensé dans un premier temps, mais qui est là…

Un parallèle qui s’impose dans l'Évangile d’aujourd’hui, sans théorie, sans commandement à respecter, sans exhortation, mais simplement là : Jésus prêche la conversion… et nous le voyons appeler des frères à vivre ensemble!
Accepter l’invitation de Jésus signifie, pour chacun de nous, une certaine forme de rupture et de continuité.
Si la suite de Jésus amène dans nos vies son lot de ruptures, nous pouvons être sûr qu’il s’occupera, lui, d’en assurer la continuité. Jésus nous demandera parfois une transposition de tout notre savoir-faire et de notre agir ; il fera servir nos capacités et nos talents, mais à un autre niveau, à une autre échelle, dans une autre dimension… Rien ne sera perdu du passé et pourtant… il faudra tout réapprendre.

À travers le nécessaire appel à la conversion et les ruptures qui en résultent, c’est bien notre vie qui continue ; mais pour chacun/e d’entre nous l’appel de Jésus à le suivre demeurera un mystère… à la fois personnel et fraternel…

29-01-2023 /  4e Dimanche du temps de l’Église (Frère Bruno-Marie)

4e Dimanche du temps de l’Église


HOMÉLIE


Frères et soeurs,

Le texte des Béatitudes que nous venons d’entendre est l’un des plus beaux des évangiles. Non seulement il nous ouvre huit chemins pour être heureux, mais surtout il nous révèle huit facettes du visage de notre Dieu.

Heureux les pauvres.

Notre Dieu a un coeur de pauvre. En son fils Jésus, Il nous absolument tout donner. Il ne s’est rien réserver pour lui-même. C’est pourquoi Il peut nous dire en toute vérité: « Demandez et vous recevrez. Frappez et on vous ouvrira » Tout ce qui est à Dieu est à nous.

Heureux ceux qui pleurent.

Jésus a pleuré au tombeau de son ami Lazare. Il a aussi pleuré sur Jérusalem. Dieu n’est pas indifférent à ce qui nous arrive. Ce qui nous touche le touche, ce qui nous blesse le blesse. Il pleure encore sur les souffrances de notre monde et sur les souffrances nos souffrances personnelles. Sa Providence invisible nous accompagne et nous soutient dans toutes nos épreuves jusqu’ au jour Il essuiera lui-même toutes larmes de nos yeux.

Heureux les doux.

 « Venez à moi, nous dit Jésus, car Je suis doux et humble de coeur ». Dieu est doux et humble de coeur car Il sait que la force et la violence ne construisent rien de durable. Toutes les dictatures et toutes les tyrannies tombent un jour. Seule la douceur conquiert les coeurs. C’est pourquoi Dieu use de douceur et de patience envers chacun de ses enfants parce qu’il veut être aimé et non pas craint.

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice.

Dans la bible, la justice c’est l’accomplissement à la Loi de Dieu, or Jésus nous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Dieu a faim et soif de justice tout simplement parce qu’Il a faim et soif d’amour.

Heureux les miséricordieux.

Jésus a été tenté en toutes choses, tout comme nous, à l’exception du péché nous dit Saint Paul. Au jardin des Olivier il a connu la peur de souffrir et de mourir. Il a même expérimenté combien il peut être difficile de se soumettre à la volonté de Dieu. N’ayons donc pas peur de comparaître devant lui à la fin de nos jours. Nous trouverons en Lui un Juge miséricordieux.

Heureux les coeurs purs

Est pur ce qui est sans alliage. Dieu est pur parce qu’Il n’y a en Lui que l’Amour et rien d’autres. Il ne peut pas ne pas nous aimer, qui que nous soyons et quoi que nous ayons fait car Il est pur Amour.

Heureux les artisans de paix.

Les artisans de paix sont ceux et celles qui jettent des ponts, entre les personnes pour les réconcilier. Jésus est le pont que Dieu a jeté entre Lui et nous pour nous réconcilier avec Lui. En Jésus, Dieu n’est que main tendue et pardon. Nous pouvons aller à Lui en toute confiance.

Enfin heureux les persécutés pour la justice.

Dieu n’échappe pas à la persécution. En Jésus de Nazareth on l’a accusé de blasphémateur et Il a été mis à mort. Encore aujourd’hui on l’accuse de tous les maux :Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu? Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu? Qu’est-ce qu’on a tous fait au bon Dieu?? Comme si tout nos malheurs venaient de Lui.

Frères et soeurs,
Les béatitudes sont beaucoup plus que huit chemins de bonheur. Elles sont Huit auto-portraits de notre Dieu. Huit selfies de Dieu comme on dirait aujourd’hui.