LIVRAISON GRATUITE POUR TOUT ACHAT DE 70 $ ET PLUS * seulement pour la province du Québec

HOMÉLIES

HOMÉLIES  2021

01-11-2021 / Toussaint (Dom André)

Toussaint

(Dom André)




HOMÉLIE




Mes Frères,


Au déclin de l’Antiquité, l’humanité a vécu un grand changement d’époque et l’ordre social s’est réorganisé avec de nouvelles institutions familiales, féodales et religieuses – c’était le début du Moyen-Âge. Pour échapper à ces grands changements et à ces lois nouvelles, le seul lieu où les gens comme les proscrits, les amants, les brigands, les ermites, les saints, les lépreux, les fugitifs, les inadaptés, les sans-abris, bref tous les marginaux de l’époque pouvaient se retrouver : c’était en forêt. Mais la vie en forêt était inqualifiable, Dans la forêt, on perdait tous ses repères humains, on ne pouvait être qu’en-deçà ou au-delà de toute humanité.

 

Nous vivons aujourd’hui un autre grand changement d’époque et nous n’avons pas encore trouvé la culture et les leaders pour nous faire découvrir comment vivre cette nouvelle étape d’humanité. Les forêts ne sont plus le lieu de refuge. La chute, l’errance, la perdition sont toujours des facteurs présents dans notre monde. Et nous vivons dans un monde où il est tout autant possible et vrai de vivre en-deçà ou au-delà de toute humanité.

 

Les allégations et les scandales d’abus de pouvoir spirituel, les trahisons des pères fondateurs de communautés nouvelles, les agressions sexuelles dans le monde et dans l’Église, toutes les situations conflictuelles de guerre, de terrorisme et d’attentats même entre États chrétiens nous révèlent que le mal n’a pas été éradiqué de la terre et que plus de 2000 ans après Jésus Christ, le mal est toujours présent et est même devenu nettement plus visible de nos jours. Et, nous ne pouvons pas parler en disant : eux… et nous. Car comme le disait notre Bienheureux frère Christian, nous avons tous suffisamment vécu pour savoir que nous n’avons plus l’innocence de l’enfance et que nous avons notre part de complicité dans ce mal, que la division n’est pas entre nous et les autres mais qu’elle se joue aussi dans notre cœur.

 

L’Église reconnaît cette part du mal qui l’habite à travers ses membres faibles et pécheurs. Elle n’en continue pas moins de prendre le chemin de l’homme et de lui proposer un idéal de fraternité et d’amitié sociale comme itinéraire pour aller vers Dieu tous ensemble. Et dans cette marche, elle propose des modèles de sainteté, des hommes et des femmes, jeunes ou vieux, seuls ou en communauté de vie, qui ont relevé le défi d’aimer et de servir Dieu et les autres. Ce sont les saints et saintes de Dieu que nous connaissons et qui sont reconnus comme tels. Dans notre communauté, des frères ont aimé et ont prié ou prient encore sainte Faustine, le jeune Carlos Acutis, Maria-Gabriella, Raphaël, nos frères de Tibhirine et plusieurs autres.

 

Mais aujourd’hui, nous ajoutons d’autres saints et saintes inconnus qui ont apporté de la lumière, de la joie, de l’amour dans notre monde et notre maison commune, et ce sont eux que nous voulons célébrer et prier de manière toute spéciale dans cette Eucharistie de la Toussaint.

 

Quand la crise de l’Ébola s’est déclenché au Congo-Kinshasa, une communauté de religieuses n’a pas hésité à soigner les malades atteints de ce virus et elles en sont mortes. Quand la première vague de pandémie de la Covid-19 s’est propagée en Italie non pas des dizaines mais quelques centaines de prêtres en allant au chevet des malades ont contracté le virus et en sont morts. Comme le disait un cinéaste québécois, chaque jour à Montréal, 10,000 bénévoles assistent des gens dans le besoin. Il y a tous ces gens qui viennent en aide aux itinérants de nos rues. Oui, il y a du mal sur la terre, mais il y a aussi une surabondance de la grâce agissante de Dieu, il y a de la sainteté discrète, anonyme. Il y a des gens qui font souffrir et qui font du mal, même dans l’Église, mais il y a aussi un plus grand nombre encore de gens qui font du bien là où ils passent et qui se donnent sans compter pour que d’autres vivent mieux et vivent ensemble.

 

Nous sommes tous appelés à la sainteté. Nous sommes tous appelés à vivre les Béatitudes. Peut-être bien qu’aucun de nous ne parviendra jamais à vivre les 8 béatitudes mais il y a peut-être au moins une béatitude qui nous est davantage accessible parmi les 8 et qui peut nous attirer dans notre vie : le partage dans la simplicité volontaire, la consolation des autres, la douceur, la justice, la miséricorde et la compassion, la pureté et la maîtrise de soi, la paix même artisanale, la joie contagieuse.

 

Ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons et nous le croyons et c’est plein d’espérance. Les saints et les saintes de Dieu peuvent raviver en nous le désir de vivre qui nous sommes… et de prier et d’agir, pour la part qui nous revient – le reste appartient à Dieu – d’œuvrer sans cesse à rejoindre la foule innombrable des serviteurs et des amis… de Dieu avec qui nous nous partageons déjà le même appel à la sainteté


02-11-2021 / Commémoration des défunts (Frère Martin)

Commémoration des défunts

(Frère Martin)




HOMÉLIE




Si Judas n’avait pas espéré que ceux qui étaient tombés ressusciteraient, la prière pour les morts serait superflue et absurde.

 

Frères, 


Comme nous venons de l’entendre en 1ère lecture, la profondeur de notre prière pour les défunts dépasse largement le simple souvenir…

 

Si ce que nous célébrons aujourd’hui était fondée dans le rappel pieux de ceux et celles que nous avons aimés et côtoyés, notre prière serait certes noble, mais elle n’aurait pas encore atteint sa plénitude ; elle n’aurait pas le sens que notre foi chrétienne lui confère : celui d’un avenir de sérénité et de paix, de joie et de bonheur, d’unité et de communion avec Dieu pour ceux et celles qui meurent dans la foi…

 

Et la 2e lecture, extraite de l’épître aux Romains, nous dit une chose fort déconcertante au regard de cette foi : ce qui fait l’Église, ce qui fait la communion des saints, ce qui fonde notre espérance en la vie éternelle, c’est avant tout une mort d’homme, celle de Jésus, la mort de celui qui a cru et voulu que le don de sa vie soit source d’unité de paix pour tout être humain… Une mort, mais aussi une résurrection, car si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur des morts et des vivants, écrit saint Paul…

 

Dès lors, lorsque nous prions pour nos frères et sœurs entrés dans la mort, nous croyons que cette mort n’est pas simplement la source d’une amère souffrance… d’une division entre eux et nous… mais que mystérieusement, cette mort d’un frère ou d’une sœur, d’un parent ou d’un ami, d’un proche ou d’un inconnu, devient source féconde de communion et de vie partagée dans l’éternité. Ne te l’ai-je pas dit, répond Jésus à Marthe, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu…

 

Pour ma part, j’aime à penser que nous aurons de grandes surprises lorsque nous serons avec eux en Dieu : nous découvrirons combien ils ont été proches de nous, combien ils nous ont accompagnés et aidés. C’est aussi cela la prière pour les défunts et la communion des saints…

 

Aujourd’hui, frères, nous prions pour eux et surtout, nous prions avec eux…


07-11-2021 / 32e Dimanche du temps de l’Église (Dom Yvon Joseph)

32e Dimanche du temps de l’Église 

(Dom Yvon Joseph)





HOMÉLIE



« Deux petites pièces de monnaie » déposées par une pauvre veuve : geste tout simple et discret qui suscite l’intense émerveillement de Jésus… « Deux petites pièces de monnaie » données en offrande : geste gratuit dont la valeur est multipliée à l’infinie par l’éloge incomparable de Jésus : « cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres… Elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre ».

 

​Cette femme a posé son geste dans la foi, avec toute la générosité de son cœur bon : elle ne l’a pas fait pour être vue… Mais Jésus, lui, la voit et ses yeux de Fils de Dieu en sont émerveillés ! Jésus, lui, la voit et son cœur de Fils de Dieu en est touché !

 

​Cette femme qui suscite l’admiration de Dieu en Jésus, nous ne savons même pas son nom : elle se perd dans l’anonymat de la foule. Elle est de la lignée de la veuve de Sarepta qui a donné généreusement au prophète Élie le pain nécessaire à la vie de son fils et à la sienne. Cette femme anonyme, elle a le nom et le visage des petits et des humbles de tous les temps et de toutes les nations qui savent tout donner et qui sont vus de Dieu sans le savoir. Mgr Maurice Couture, lorsqu’il était archevêque de Québec, aimait dire : « Il y a ceux qui donnent sans compter et il y a ceux qui comptent sans donner ! ».

 

​Éclairés par cette page d’évangile et par la parole de Jésus, nous comprenons que nos actes humains ne tirent pas leur valeur de leur matérialité mais de l’esprit qui les anime et du don véritable dont ils sont l’expression. C’est ainsi que le don fait par la pauvre veuve est bien petit, mais il est grand, et même très grand, par le détachement et la générosité qui l’ont inspiré, beaucoup plus grand que le don des riches qui ont pourtant mis de grosses sommes dans le Trésor du Temple : « ils ont pris sur leur superflu », déclare Jésus, « mais elle, elle a pris sur son indigence ». Elle a donné plus que ce qu’elle avait : elle a en quelque sorte donné ce qu’elle était !

 

​Ce geste posé par la pauvre veuve tire déjà sa signification et sa valeur du don de lui-même que Jésus est sur le point de faire : il est celui qui va tout donner, jusqu’au don de sa propre vie « pour la gloire de Dieu et le salut du monde », affirmons-nous à chacune de nos eucharisties. Nous sommes là devant le don le plus grand qui soit, matériellement et spirituellement : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime », a déclaré Jésus lors du dernier repas avec ses disciples. (Jn 15, 13).

 

​Dans cette perspective, il est important de noter que la scène que nous fait voir l’évangile selon saint Marc aujourd’hui est la dernière visite que Jésus fait au Temple. Il quittera ce lieu saint du peuple juif pour marcher vers sa passion et vers la colline de la crucifixion : c’est là que, détruit dans son corps, il réalisera le don total de lui-même et deviendra le nouveau Temple, celui en qui nous pouvons rencontrer Dieu en vérité.

 

​Dans la même perspective, il est bon d’observer que c’est ce visage du Christ que nous invite à contempler l’Épître aux Hébreux, proclamée à nos célébrations dominicales depuis quelques semaines. Le corps de Jésus livré pour nous, le sang de Jésus versé pour nous et la multitude, c’est le don fait « une seule fois », d’une manière totale et parfaite !

 

​L’eucharistie que nous célébrons, c’est vraiment le pain de vie qui ne s’épuise pas, c’est la coupe de bénédiction qui ne se vide pas !... De jour en jour, de dimanche en dimanche, le Christ mort et ressuscité nous entraîne sur le chemin du don généreux et gratuit, « pour le salut et la vie du monde » !



09-11-2021 / Dédicace de la basilique du Latran (Frère Yves)

Dédicace de la basilique du Latran 

(Frère Yves)




HOMÉLIE




Le Latran, symbole de l’unité de l’Église universelle.


Ce n’est pas sans émotion qu’aujourd’hui, nous mettons nos pas dans les parvis de ce sanctuaire des premières phalanges chrétiennes.

Des générations de croyants et aussi, fort probablement, une multitude de simples curieux nous y ont précédés.

La glorieuse épopée des martyrs venait de prendre fin, même si, de par le monde, un nombre incalculable de «fous de Dieu» allaient continuer le chant sublime qu’avaient inventé les premiers témoins.

La contagion allait rapidement franchir toutes les frontières et atteindre des pays non seulement éloignés physiquement mais burinés par une autre culture, comme la Corée et le Japon, par exemple.

À cette unité qui transcende les frontières, il fallait un signe de ralliement au coeur même de cet Empire qui, en s’évertuant à la faire disparaître, en avait multiplié les fruits.


Il demeure imposant, ce monument, mais, au coeur même de la grande cité, il ne parvient pourtant pas à rivaliser de gloire avec la cendre glorieuse des martyrs cachée dans ses entrailles, la véritable gloire s’habillant volontiers de pudeur.

Dans ce monument de Constantin il y a la gloire des dehors. Mais laissée à elle même, cette dernière accuse une déficience et réclame le cri silencieux des témoins qui dorment sous la cité.

Cette voix, pour être entendue, a besoin du silence de ceux dont la seule voix est celle du sang répandu.

Vive à jamais de ce monument d’un empereur à demi-converti: en effet, notre œil en a besoin.

Mais vive avant tout la gloire plus discrète de « ceux qui ont lavé leur tunique dans le sang de l’Agneau ».

13-11-2021 / La Toussaint monastique (Frère Sylvain)

La Toussaint monastique 

(Frère Sylvain)




HOMÉLIE




« Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit ».


Mes frères,


Pour porter du fruit, il suffit au sarment d’être rattaché à la vigne : la sève, la vie qui circule en elle fait jaillir le fruit naturellement, sans travail, sans effort. Dans cette image de la vigne que Jésus développe, tout le travail revient au vigneron, à Dieu le Père. C’est lui qui prend soin de la vigne, taille les sarments pour qu’ils portent davantage de fruit, enlève les sarments secs. Une belle vigne chargée de beaux fruits, c’est en définitive son œuvre, c’est aussi ce qui fait sa gloire. Notre travail à nous, c’est de demeurer en Jésus, demeurer en son amour : les œuvres jailliront spontanément de l’amour.


Pour saint Benoît, les œuvres de l’amour, les œuvres bonnes, relèvent d’abord du travail des moines. Le monastère est une école, un atelier où l’on apprend à faire usage des instruments de l’art spirituel. Travail laborieux, qui nécessite patience et persévérance. La finalité de ce labeur, c’est la transformation de l’artisan lui-même : « A mesure que l’on progresse dans la conversion et la foi, le cœur se dilate, et l’on court dans la voie des commandements de Dieu, avec la douceur ineffable de l’amour. » Le cœur dilaté produit de lui-même les œuvres de l’amour.


Lors d’une session sur la RB donnée par Michaël Casey, il disait qu’il faut lire la Règle comme on lit l’hébreu : en commençant par la fin pour revenir vers le début. En commençant par le chapitre 72 : c’est là que saint Benoît condense son enseignement, tout en adoucissant les aspérités des premiers chapitres. Il énumère les huit expressions ou manifestations du bon zèle, de la bonne ferveur :

« C’est ce bon zèle que les moines pratiquent avec un très ardent amour : ils s’honorent mutuellement avec prévenance; ils supportent avec une très grande patience les infirmités d’autrui, tant physiques que morales; ils s’obéissent à l’envi; nul ne recherche ce qu’il juge utile pour soi, mais bien plutôt ce qui l’est pour autrui; ils s’accordent une chaste charité fraternelle; ils craignent Dieu avec amour; ils aiment leur abbé avec une charité sincère et humble; ils ne préfèrent absolument rien au Christ : qu’il nous conduise tous ensemble à la vie éternelle! »


Saint Benoît affirme que, le cœur dilaté, on court sur la voie des commandements de Dieu. On nous rappelait, il y a quelques jours, que si l’on court seul, on va plus vite, mais si l’on court ensemble, on va plus loin. C’est ensemble que le Christ nous conduit aussi loin que la vie éternelle, là où le Père est glorifié en sa vigne qui a porté tous ses fruits.


14-11-2021 / 33e Dimanche du temps de l’Église (Frère Bruno-Marie)

33e Dimanche du temps de l’Église 

(Frère Bruno-Marie)




HOMÉLIE




Frères et soeurs,


Les trois lectures que nous venons d’entendre, nous ont parlé d’espérance. De cette espérance dont notre monde a tant besoin et dont nous avons tous tant besoin.

 

Dans la première lecture, le prophète Daniel nous rappelle que c’est après un temps de détresse comme il n’y en avait jamais eu, que que Dieu sauve son peuple.

 

Qui d’entre nous n’a jamais connu de ces temps de détresse où tout s’écroule autour de lui et où est remis en question jusqu’à sa vocation et peut-être même jusqu’à son salut.

 

Ce n’est qu’une fois la tempête apaisée et le calme revenu que nous comprenons que Dieu était avec nous au coeur de la tourmente et que s’Il a permis que tout s’écroule autour de nous, c’était pour tout reconstruire Lui-même plus grand et plus beau. Voilà un premier aspect de notre espérance : Quand Dieu permet que tout s’écroule autour de nous, c’est toujours pour reconstruire lui-même plus grand et plus beau.

 

***


Dans la deuxième lecture, l’auteur de la lettre aux Hébreux nous dit que Jésus par son unique offrande a mené pour toujours à la perfection tous ceux qu’il sanctifie.

 

Il a pu nous arriver au début de notre vie monastique, de nous croire meilleurs que nous n’étions en réalité, et de condamner chez certains anciens des comportements que nous nous autorisons nous-mêmes aujourd’hui. Comme me le faisait remarquer un jour une vieille soeur de Saint-Romuald : Plus on trotte, plus on se crotte.

 

Plus on trotte plus on se crotte au point de se demander à quoi nous ont servi toutes ces années de vie monastique. C’est alors que la petite espérance vient à notre secours pour nous rappeler que Jésus par son unique offrande a mené à la perfection tous ceux qu’Il sanctifie. Notre sanctification n’est donc pas l’œuvre de nos mains mais celle de l’Esprit-Saint qui habite en nos coeurs. Voilà un deuxième aspect de notre espérance : notre sanctification n’est pas une grâce à conquérir mais une grâce à accueillir.


***

 

Enfin dans l’évangile, Jésus déclare : « en ces jours-là … le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa lumière; les étoiles tomberont du ciel et les puissances célestes seront ébranlées… alors lorsque vous verrez arriver tout cela, sachez que le Fils de l’Homme est tout proche, à votre porte.

 

Il n’y a pas si longtemps, l’Église au Québec brillait comme un soleil dans le ciel et son enseignement comme la lune dans la nuit.

 

En l’espace de quelques décennies, la situation a changé du tout au tout. Le Soleil s’est obscurci et la lune ne donne plus de sa lumière.

 

Même les étoiles du ciel, ces grandes figures que nous considérions comme des saints sont tombés du ciel, balayés par des scandales de toutes sortes au point qu’il est aujourd’hui presque gênant de s’identifier catholique pratiquant. Que faire? Baisser la tête en nous disant comme plusieurs que tout est fini que nous vivons maintenant  dans une société post-chrétienne.

 

Au contraire, il faut relever la tête. Nous ne sommes pas dans une société post-chrétienne mais dans une société pré-chrétienne car le Christ n’est jamais derrière nous, Il est toujours devant nous. « Après tout cela, nous dit le Seigneur, sachez que le Fils de l’homme est tout proche, à votre porte ». Voilà un troisième aspects de notre espérance : pas de mort sans résurrection.

 

Mes frères,

 

C’est quand la nuit la plus noire qu’il faut croire à la lumière et espérer son retour. Le Fils de l’homme est tout proche. Il est à notre porte.

 

Nous proclamons ta mort Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire.


21-11-2021 / Solennité du Christ-Roi (Frère Sylvain)

Le Christ, Roi de l’univers

(Frère Sylvain)




HOMÉLIE




Frères et soeurs,

 

Le texte biblique qui, à mon sens, éclaire le mieux la fête que nous célébrons aujourd’hui est un passage de la 1ère lettre de saint Paul aux Corinthiens. Ce texte éclaire aussi les passages bibliques que nous venons d’entendre – aussi je me permets de le citer tout au long :

« De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous seront vivifiés par le Christ. Mais chacun à son propre rang : en prémices le Christ, ensuite, lors de la venue du Christ, ceux qui sont de lui. Puis vient l’achèvement, lorsqu’il remet le règne au Dieu et Père, lorsqu’il a détruit toute domination et toute autorité et puissance. Il lui faut en effet régner jusqu’à ce qu’il place tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi à être détruit est la mort : en effet, il a tout mis sous ses pieds. Lorsqu’il dit que tout a été soumis, il est évident que c’est à l’exclusion de celui qui lui a soumis la totalité. Et lorsque la totalité lui a été soumise, alors le Fils lui-même se soumettra à celui qui lui a soumis la totalité, afin que Dieu soit la totalité en tous. » 


Pour l’apôtre Paul, c’est au moment de sa résurrection d’entre les morts, et non au cours de sa vie terrestre, que Jésus, le Christ, reçoit de son Père la royauté sur toutes choses, sur la totalité de l’univers. Cela rejoint la perspective du livre de l’Apocalypse, dont on a lu un extrait en deuxième lecture, qui reprend la vision de Daniel sur le Fils d’homme recevant domination, gloire et royauté éternelle, et l’applique au Christ en sa résurrection. C’est une royauté céleste que le Ressuscité reçoit du Père, ce qui rejoint l’affirmation de Jésus à Pilate : « Ma royauté n’est pas de ce monde ».


Comment s’exerce le pouvoir royal du Ressuscité, en quoi consiste-t-il ? Il consiste à faire le don de la vie en plénitude, la vie même de Dieu, en ressuscitant les morts, en les faisant entrer dans son royaume. L’apôtre n’exclut personne de ce don : « de même que tous meurent en Adam, tous seront vivifiés par le Christ. » Exprimé de façon négative, le pouvoir royal du Christ consiste à détruire tous les ennemis (les puissances célestes ou terrestres) qui menacent ou détruisent la création de Dieu; et le dernier ennemi détruit est la mort. La domination du Christ s’exerce sur les puissances du mal, et non pas sur ceux qui se soumettent librement à lui, qui se soumettent à sa grâce : ceux-là, il les fait au contraire participer à sa royauté.


Lorsque la totalité lui a été soumise, c’est le Christ lui-même qui, dans un ultime acte de kénose, se dessaisit de lui-même et de tout pour se soumettre au Père, « afin que Dieu soit la totalité en tous ». Dieu tout en tous : c’est tout ce qui subsiste. Quatre mots pour dire la réalité transcendante qui demeure éternellement. Le langage lui-même est dépouillé : les représentations humaines de Dieu en tant que roi, en tant que Père, en tant que créateur ou sauveur, se dissolvent dans le mystère qui les dépasse infiniment. Nous serons « participants de la nature divine » affirme saint Pierre dans sa deuxième épître. Ce que les Pères de l’Église traduisent en disant que nous devenons par grâce ce que Dieu est par nature. Nous devenons ce qu’il est : par lui et en lui, nous serons tout en tous. C’est l’ultime état de conscience que rapportent les nombreuses personnes qui ont vécu une expérience de mort imminente, si l’on accorde quelque crédit à ces témoins de l’au-delà.


Le Christ, roi de l’univers. Cette réalité, et les perspectives infinies qu’elle ouvre, réjouissent notre cœur et nourrissent notre espérance. Mais cette affirmation de notre foi, comment résonne-t-elle aux oreilles d’un non-chrétien, d’un non-croyant, en un monde et à une époque où la royauté est pour la plupart des gens un vestige du passé (bien que, en 2021, 44 pays reconnus par l’ONU ont encore pour chef d’État un roi ou une reine) ? Sans vouloir souscrire à un langage contemporain et « politiquement correct », on peut noter que Jésus lui-même, pendant son ministère, s’il annonce le règne ou le royaume de Dieu, il ne s’adresse jamais à lui comme à un roi, et ne nous invite pas à le prier sous ce titre. En tant que Fils, il choisit le terme familier « Abba », « Père », et nous invite nous aussi à prier « Notre Père ». Entre fils et frères se tissent des liens de proximité que n’induisent pas la figure et la dignité royales. Et ce que Jésus, notre frère, prépare pour nous, ce n’est pas un palais ou des trônes pour le jugement, mais une maison, la maison familiale, et une table pour le festin (ce sont là des images, bien entendu). Le pape François nous invite à considérer la terre et la création tout entière comme notre maison commune. Si on voulait traduire la fête d’aujourd’hui dans ce langage de la fraternité, célébrer le Christ Roi de l’univers deviendrait : célébrer le Christ notre Grand Frère, Gardien de notre maison commune. Annoncer son règne par le service, l’amour et le sourire fraternel, ne rend-il pas le Christ plus accessible à ceux et celles qui ne le connaissent pas encore ?


28-11-2021 / Premier Dimanche de l’Avent « C » (Dom André)

Premier Dimanche de l’Avent « C »

(Dom André)




Ouverture de l’Avent



Mes Frères,

 

Nous voici au seuil d’un nouvel Avent pour nous préparer à la joie et à la lumière de Noël. Cet Avent nous saisit à un tournant de vie, un grand changement d’époque, dans l’Ordre, l’Église et le Monde. Comment allons-nous l’accueillir et le vivre ?

 

Le Pape François insiste sur la fraternité et l’amitié sociale et c’est effectivement un carrefour incontournable aujourd’hui pour habiter tous ensemble notre maison commune. Dieu s’est incarné en Jésus pour nous dire encore plus clairement qu’aux premiers jours de la Création combien il aime cette terre, au point d’envoyer son Fils pour la renouveler et la rendre encore plus habitable et porteuse de son projet d’amour pour toute l’humanité.

 

En devenant de plus en plus des frères, nous pouvons être une parabole vivante de fraternité et d’unité. Et notre vœu de conversion de vie nous y appelle depuis le jour où nous avons choisis d’écouter Dieu et de vivre avec lui et pour lui.

 

Pourtant, durant cet Avent, il semble que nous avons cette année une mission bien particulière qui nous incombe à nous, moines, c’est de rendre compte de notre espérance.

 

La succession d’évènements et de nouvelles, difficiles à entendre et à absorber et venant de tous côtés, pourrait affecter et blesser à la fois la paix de notre cœur, notre joie et notre espérance. En humanité, nous souffrons de l’absence d’une vision d’avenir, d’une vision commune d’avenir. L’espérance nous donne, malgré toutes les contradictions du quotidien, d’oser rêver un avenir possible, un avenir déjà en germe devant nous. Ce rêve n’est pas utopique et imaginaire, il est bien réel. La venue de Jésus parmi nous, sa naissance dans notre monde et dans notre histoire, a dit il y a plus de 2000 ans et le redit encore aujourd’hui car c’est bien l’essentiel du mystère : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu », autrement dit pour nous transfigurer et nous diviniser. Il est la lumière et la joie, pas seulement de nos enfances émerveillées au jour de Noël, mais de notre foi la plus profonde et solide dans cette création nouvelle commencée au jour où Jésus s’est fait l’un de nous. Voilà les racines de notre espérance et de notre foi.

 

Dans une conversation avec ses disciples, un jour, Jésus leur a dit : Ayez la foi… Je vous le déclare : tout ce pour quoi vous priez et que vous demandez, croyez (mais croyez vraiment) que vous l’avez reçu et il en sera ainsi pour vous. (Mc 11,22).

 

Nous pouvons être des témoins d’espérance, nous pouvons rendre compte de notre espérance et nous le faisons… en restant ouverts à la joie et à la paix, en restant ouverts à la lumière et à la connaissance toujours nouvelle de Celui qui a choisi de naître parmi nous, entre nous et en nous… pour être Dieu-avec-nous, Jésus né à Bethléem, Jésus.



HOMÉLIE



Mes Frères,

 

Avec l’Avent, s’ouvre un temps où les nuits deviennent plus longues et plus épaisses. C’est vrai à tous points de vue avec les nouvelles des derniers jours qui s’ajoutent à tout ce qui ne va plus dans notre Ordre, dans l’Église et dans le monde. La nuit va-t-elle gagner et nous entraîner vers une impasse de découragement et d’abandon. Saint Benoît dans le 4e degré d’humilité de la Règle, parlant des circonstances dures et rebutantes que nous pouvons affronter dans notre vie, nous invite à persévérer patiemment sans nous lasser ni reculer. Les hommes vont-ils mourir de peur dans l’attente de ce qui doit encore arriver au monde? La joie et l’espérance sont-elles menacées de disparaître ?

 

La force de tenir debout nous vient de Jésus. Jésus incarné et ressuscité. Sa parole a la puissance de visiter et d’éclairer toute situation humaine, tout drame humain, au point où nous pouvons découvrir dans ce qui pourrait nous retenir prisonniers, paralysés, démobilisés, que le vide est le même que celui du tombeau au matin de Pâques. Jésus n’est pas là, n’est pas dans cette noirceur qui nous environne, il est ressuscité et il nous appelle encore et encore à le suivre ailleurs, en toute lucidité, sans nier la réalité.

 

Ce matin, il nous parle d’abord par le prophète Jérémie : je vais accomplir ma parole de bonheur et je ferai germer un germe de justice. C’est bien ce que nous lui demandons tous les jours à l’Eucharistie : « rassure-nous devant les épreuves de cette vie, toutes les épreuves quelles qu’elles soient, en cette vie où nous gardons l’espoir, où nous espérons deux choses inséparables : le bonheur que tu promets, ta parole et ta promesse de bonheur et aussi ta venue, ton retour, ton avènement. Et tu nous promets un germe de justice. Et Dieu sait que nous l’attendons ce germe où Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent.

 

C’est dans l’humilité et la pauvreté que nous apprenons comment marcher ensemble vers Dieu, comment affermir notre cœur pour ne rien perdre de la joie et de l’espérance. Il n’y a pas mille et un secret, saint Paul nous le rappelle : tout est dans un amour de plus en plus intense et débordant entre nous et envers tous les êtres humains. Et il ajoute : Faites donc de nouveaux progrès. Notre pari de devenir des hommes nouveaux à la suite de Jésus, Celui qui est venu habiter avec nous et qui vient sans cesse faire toutes choses nouvelles, notre pari de devenir vraiment des frères les uns pour les autres est toujours au cœur de notre vocation. Faites de nouveaux progrès c’est-à-dire vivez comme des fils nés du même Père éternel et comme des frères dans la même voie monastique. Voilà une parole de vie stimulante.

 

Saint Bernard dira dans un sermon : « celui qui n’avance pas, recule. » Mais Jésus est encore plus près de notre vécu : quand tous les événements qui affolent et désemparent vous arrivent, dit-il, redressez-vous et relevez la tête. Ne fermez pas votre cœur pour ne pas avoir mal ou ne pas avoir peur. Redressez-vous. Le Dieu que nous attendons est là, il vient, il est vivant, il continue à naître et à renaître dans notre cœur et dans chacune de nos histoires comme dans l’histoire encore loin d’être achevée de toute l’humanité. Et si nous restons éveillés à cette présence, à sa présence, il y a une joie silencieuse, lumineuse qui s’installe avec force et qui pacifie. C’est dans la pénombre des nuits de l’Avent et de Noël que la lumière est belle… Et nous apprenons à nous tenir debout devant le Fils de l’homme, devant notre Dieu.


Mes Frères, ce que nous serons n’a pas encore été manifesté, mais c’est en train d’advenir et de se réaliser. Car nous choisissons et consentons à accueillir et à mettre en pratique sa parole, à nous tenir debout, la tête relevée, joyeux de croire et de savoir qu’il vient, Lui, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous.


30-11-2021 / Fête de saint André (Dom André)

Fête de saint André

(Dom André)




HOMÉLIE



La première parole d'André, en fait la seule qui ne soit pas une question, dans tout l'évangile est un vrai cri de joie, une découverte, une certitude. Cette parole, je sais qu'elle est mienne depuis le jour où vous m’avez élu pour être votre Abbé, et comme je voudrais qu'elle devienne de plus en plus vraie jour après jour : Nous avons trouvé le Messie… Nous avons trouvé le Messie… Et je crois que c'est possible de dire cela en vérité parce que l'expérience de saint André est bien celle que le Seigneur nous propose à tous : être disciple, être frère, être apôtre.

 

André a écouté Jean et suivi Jésus. Il s'est fait disciple d'un maître qui ne voulait pas s'attacher des disciples mais les préparer à rencontrer Jésus. Et André a entendu cela : il a écouté Jean et lui a obéi quand Jean lui a montré le Christ. Il a été profondément marqué par cette expérience du détachement de Jean, de son oubli de soi, de son effacement, de son humilité. Et il fera la même chose : il conduira les autres à Jésus, comme Jean l'avait conduit à Jésus. Pas tous les autres, mais ceux qui voudront bien l'écouter. Là où cette relation de disciple existe, elle suscite une filiation, elle engendre un fils qui devient père à son tour pour d'autres fils. André conduira à Jésus Simon-Pierre ; il conduira à Jésus le jeune garçon aux 5 pains d'orge et aux 2 poissons ; il conduira à Jésus les étrangers venus à Jérusalem pour adorer, ceux qui demandent à voir Jésus.

 

C'est d'abord son frère à qui il dit : Nous avons trouvé le Messie… Nous avons là de quoi nourrir toute notre vie communautaire. Caïn et Abel n'ont pas su être frères aux origines du monde. Esaü et Jacob ont peiné avant d’y arriver. Les premières histoires de fraternité, il faut bien le reconnaître, ont plutôt mal commencé. Et voilà que parmi deux autres frères, André et Pierre, l'un d'eux dit à l'autre, en l'amenant à Jésus : Nous avons trouvé le Messie… Il se fait alors bien plus que le gardien de son frère, il lui partage toute sa richesse, toute sa joie, toute sa vie, il est même revenu sur ses pas pour lui, son frère, et il l'accompagne auprès de Jésus, il ne vit pas la relation à sa place, il le laisse libre de sa propre démarche, il ne fait que l'amener à Jésus. Il aime son frère mais il ne le veut pas seulement pour lui, il le veut pour Jésus. N’est-ce pas là un peu l'héritage spirituel de Jean Baptiste qui n'a pas cherché à garder ses disciples pour lui-même, mais plutôt à diminuer pour que l'autre grandisse…

 

André n'a pas été Pierre, il n'a pas été Jean le disciple bien aimé, il n'a pas été Paul, il a été lui-même, le premier appelé. Pierre et André ont eu ensuite des compagnons qui n'ont pas toujours compris leur manière d'être frères, de vivre en frères pour le Seigneur ; et, au fil des siècles, les descendants des deux frères sont devenus ceux que l'on appelle encore aujourd’hui des frères séparés. Ils se sont tournés le dos, mais comme je l’ai souvent dit en citant le patriarche Athénagoras : Dieu, dans son humour, a fait la terre ronde, si bien qu'à force de marcher chacun devant soi dans la direction opposée, ils finiront bien par se retrouver et tomber dans les bras l'un de l'autre. Nous, nous ne sommes pas des frères séparés, nous ne faisons pas route en nous tournant le dos et notre vœu de stabilité ne nous permettrait pas de faire ainsi le tour de la terre, mais il nous reste, à nous aussi, encore du chemin à parcourir pour parvenir à cette rencontre fraternelle, à cette unité de cœur et d'esprit qui nous fasse dire ensemble en pleine vérité : Nous avons trouvé le Messie…

 

C'est dans la pauvreté et l'adoration que nous nous en approchons le plus. André n'a pas hésité à conduire à Jésus le jeune qui n'avait que 5 pains et 2 poissons pour nourrir toute une foule. Comme Père Abbé, je suis loin d’avoir les ressources et les richesses qu’il faudrait pour guérir, nourrir et stimuler chacun de vous, mais je peux toujours offrir ce que j’ai, et qui n'est même pas de moi, ce qui m’a été donné par Dieu, pour que Jésus le multiplie et vous rassasie. Et je veux vraiment conduire à Jésus ceux qui viennent me trouver avec le désir de voir Jésus, de vivre pour Jésus.

 

Peut-être André avait-il été lui-même un jour ce jeune avec des pains et des poissons, cet étranger qui n'avait que ce désir d’adorer et vde oir Jésus ? En tout cas, il avait certainement compris que le Seigneur aime la pauvreté des moyens et qu'il en fait toujours une matière de choix pour accomplir des miracles et réaliser des merveilles. Et il s'était reconnu dans ces hommes venus adorer Celui qu'ils n'avaient pas encore vu de leurs yeux, mais qu'ils cherchaient déjà de tout leur cœur. Ce jeune, ces étrangers n'étaient pas pour André ses frères, comme Simon-Pierre, mais il en a fait ses frères, il en a fait des frères pour Celui qui dira plus tard après sa résurrection : va trouver mes frères.

 

Mes frères, nous sommes en Avent dans l’attente de Jésus et pourtant nous sommes déjà après sa Résurrection. Nous attendons non pas vraiment sa naissance, mais son retour, son second avènement. Je ne sais pas que vous dire de plus ? Mais ce que je sais, c'est que j'aime reprendre, en toute joie et avec vous en communauté, le déjà-là et le pas-encore, le don et la promesse contenus dans la toute première parole de saint André :

 

Nous avons trouvé le Messie !


05-12-2021 / Deuxième Dimanche de l’Avent (Frère Michel)

Deuxième Dimanche de l’Avent

(Frère Michel)




HOMÉLIE



En citant tous les personnages politiques ayant des fonctions importantes au début de l’Évangile de ce jour, saint Luc situe dans le temps le récit qu’il va partager.

L’Evangile n’est donc pas un conte ou un récit de sagesse hors du temps et de l’espace. Tout comme la Parole de Dieu pouvait parler aux chrétiens de la première heure parce que rapproché dans le temps et la culture du peuple, l’Évangile que nous entendons aujourd’hui est tout aussi parlant et pertinent pour les chrétiens d’ici et maintenant.


  Aujourd’hui, par l’intermédiaire de Jean le Baptiste, la Parole de Dieu nous propose quelque chose d’important : Il annonce un baptême de conversion, pour le pardon des péchés. Pour le dire autrement, il propose un signe de changement radical, c’est-à-dire une transformation profonde, un nouveau démarrage, une nouvelle orientation, une vie renouvelée pour le pardon des péchés. On a souvent de la peine avec le terme « péché » parce qu’on en fait quelque chose de moralisant, alors que, bibliquement, le péché est d’abord une réalité relationnelle : c’est ce qui coupe la relation avec une autre personne ou avec Dieu. Le pardon des péchés, c’est le rétablissement de la relation. C’est le don par-delà la rupture, c’est la vie qui peut reprendre quand elle a été endommagée, c’est l’espérance qui peut renaître après la crise. Le baptême de Jean est orienté vers le rétablissement des relations, lorsque chacun vit replié sur lui-même, dans son apitoiement ou sa rancœur.


Jean Baptiste fonde ainsi sa mission de réconciliation en citant une parole d’espérance qui se trouve au chapitre 40 du prophète Esaïe. Ce sont des paroles essentielles, des paroles qui pointent un avenir radieux : les vallées comblées, les montagnes et collines abaissées, les passages tortueux devenus droits, les chemins raboteux nivelés… C’est donc affirmer la disparition des obstacles qui empêchent d’avancer, d’espérer et d’aimer. 


Quand au VIième siècle avant notre ère, le peuple juif était plongé dans l’une des plus grandes crises de son histoire, l’exil à Babylone, cette parole de Dieu, transmise par le prophète Esaïe, avait annoncé que tous les obstacles seraient aplanis par Dieu pour que peuple revienne en Terre promise et qu’il se réconcilie avec la Promesse.


Cette Parole de libération qu’Esaïe a proclamé en son temps, cette Parole d’espérance que Jean le Baptiste a annoncé également en son temps… il s’agit de cette même Parole qui traverse les âges et qui nous est adressé aujourd’hui, en ce temps de l’Avent. Car les hommes et les femmes de notre temps ont, plus que jamais, besoin d’entendre cette promesse d’espérance pour voir le salut et goûter la libération désirée par Dieu.


Être chrétiens aujourd’hui, mes frères, c’est relever le défi de croire en cette Promesse au cœur même des crises que l’humanité traverse. Être chrétiens aujourd’hui, c’est répondre à l’invitation que saint Pierre adressait aux chrétiens de son temps et à ceux de tous les temps :

  « Soyez toujours prêt à répondre à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » 

(1P 3,15).


HOMÉLIES  2022

01-01-2022 / Solennité de Marie, Mère de Dieu 

Solennité de Marie, Mère de Dieu




HOMÉLIE