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Homélies

Homélies 2020

05-04-20 / Rameaux et Passion

DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION 

(Dom André, Père-Abbé) 

 

Mot d'introduction 

La Semaine Sainte commence par un cri de joie et une louange prophétique. Il vient! Hosanna au Fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!Nous nous apprêtons à revivre cette Semaine Sainte avec une Église qui ne pourra pas tenir de célébrations publiques autrement que par les médias sociaux. Les plus grandes villes du monde sont désertes et le grand silence de notre retraite annuelle semble s’être installé sur toute la terre. Nous allons vivre cette Semaine Sainte sur une planète où plus de la moitié de la population du monde vit aujourd’hui en confinement. Et pourtant, tout est accompli. Le Seigneur est là vivant, ressuscité, avec nous, tous les jours dans ce que nous vivons. 


Par sa Passion et sa Résurrection, Jésus est venu ouvrir un chemin nouveau dans l’histoire de l’humanité et ce chemin prend cette année un tracé et des contours absolument inédits. 


Les 40 derniers jours ont été très éprouvants pour beaucoup de nos contemporains en Chine, en Iran, en Italie, en Espagne, en France, aux États-Unis et chez nous au Québec, à Montréal. Cette marche avec nos rameaux n’a pas le caractère joyeux et triomphal habituel, elle est plutôt une marche humble, priante, silencieuse, pour redire notre foi la plus profonde en Celui qui a vaincu tout mal. En raison des circonstances et des événements, notre joie est donc aujourd’hui modeste, discrète, parce que solidaire de tous ceux et celles qui sont frappés par la pandémie. Mais cette joie s’enracine dans le fait d’être disciples du Christ, d’être dans le Christ, les frères de tout être humain qui vit sur la terre. 


Homélie des Rameaux 

Cet Évangile est omis aujourd’hui dans presque toutes les Églises catholiques à travers le monde en raison du confinement. En posant les gestes très concrets de cette entrée sur le dos d’un petit âne, Jésus sait très bien ce qu’il fait et ce qu’il veut faire passer comme message. 


Le peuple revenu d’exil a repris sa vie, rebâti la ville et le temple. Le prophète Zacharie le mentionne mais il reconnaît qu’il leur manque encore l’autonomie car le peuple est toujours sous domination étrangère, il leur manque un roi. Jésus connaît la prophétie, le peuple aussi. Il entre comme roi dans la ville sainte et c’est ce qui angoisse les autorités de Jérusalem. Car tous connaissent la prophétie de Zacharie. La foule qui se montre enthousiaste reste ambiguë elle aussi. Quand les gens de la ville leur demandent qui est cet homme qu’ils accompagnent en l’acclamant : la foule ne dit pas que c’est le Roi, le Messie, l’Élu, l’Envoyé de Dieu, Celui qui vient au nom de Dieu, mais répond : c’est le prophète Jésus de Nazareth. 


Jésus entre comme roi dans Jérusalem en montrant quel genre de roi il entend être au milieu des siens, au milieu des petits et des pauvres. Un roi doux et humble, proche des siens. Et la foule y est sensible. Elle prend des branches, des palmes pour dire sa joie ; elle jette des manteaux par terre devant lui. 


Jésus entre dans cette dernière semaine de sa vie sur terre en révélant qui il est, lui le Seigneur et le Maître de l’histoire, lui qui va être crucifié et qui va ressusciter la nuit de Pâques, il vient comme un être qui est prêt à aller jusqu’au bout de l’amour. C’est ce Jésus que nous voulons suivre… 


Avançons maintenant en bénissant Celui qui vient… et suivons-le dans le mystère de sa Passion, de sa Croix, de sa Mort et de sa Résurrection. 


Homélie de la Passion 

Le Seigneur m’a donné une oreille pour écouter en disciples et un langage de disciples pour dire une parole de soutien à ceux qui peinent… et je ne me suis pas dérobé… nous rappelle le prophète Isaïe. Écouter en disciples n’est-ce pas écouter avec les sentiments qui étaient ceux-là même de Jésus, des sentiments d’humilité, de douceur, de paix, de compassion envers les autres. Et la parole de soutien dont notre monde a le plus besoin aujourd’hui n’est-ce pas une parole pour soutenir et nourrir l’espérance. 


Nous ne sommes ni Pierre, ni Judas. Nous ne sommes ni Pilate ni Joseph d’Arimathie. En ce moment, comme moines, nous ressemblons davantage à Simon de Cyrène. Nous vivons un de ces moments charnières dans l’histoire de l’humanité où le Christ est toujours maître de l’histoire mais plus que jamais il recherche notre collaboration. Surpris comme tout le monde par ce qui se passe aujourd’hui dans le monde, nous voilà comme réquisitionnés sans l’avoir demandé, sans l’avoir voulu, réquisitionnés pour être porteurs de la Croix avec Jésus. Notre contribution est de l’ordre de la prière, prière de louange et prière d’action de grâce. 


Je sais, nous serions peut-être portés à penser plus spontanément à la prière de demande : Seigneur, fais disparaître cette pandémie, fais que les gens ne meurent pas seuls, isolés des leurs, fais que tout cela prenne fin le plus rapidement possible. C’est un désir bien naturel mais est-ce bien le désir du disciple de Jésus, du disciple qui écoute et qui profère une parole de vie et d’espérance ? Et si suivre Jésus, marcher sur ses traces, nous faisait plutôt reprendre sa prière devant la mort, que ce soit celle de Lazare, la sienne, la nôtre : «Père, je te rends grâce de m’avoir écouté. Je te rends grâces parce que je sais à l’avance que tu me donnes la victoire sur la mort, pour moi et pour tous. Je te rends grâces parce que tu as mis dans mon cœur toute la force de ton amour, capable de vaincre la mort en la transformant en occasion du don le plus complet et le plus parfait qui soit.» Ce qui est extraordinaire dans la prière de Jésus, c’est qu’il met l’action de grâces tout au commencement, avant même l’exaucement de sa prière. Et c’est de cette manière qu’il a pu aller jusqu’au bout de l’amour filial et fraternel. 


La clef de compréhension de la vie monastique est du côté de l’eschatologie, c’est-à-dire de notre manière non pas de prophétiser l’avenir mais de remettre notre présent sur un horizon plus large et plus ouvert. Nous ne savons pas ce que sera demain mais nous savons que nous allons vers la lumière et la vie de la Résurrection. Il y aura un avant et un après à tout ce que nous vivons actuellement. Et l’action de grâces est une prière de reconnaissance anticipée de la vie nouvelle, de la fraternité nouvelle, de la conscience nouvelle qui prendront un jour le relais. L’amour semé aux origines du monde tôt ou tard finira par germer et porter beaucoup de fruit. La mort est une rupture de relations entre les personnes. L’eucharistie, au contraire, sert à la communion avec Dieu, au rapprochement en Dieu entre les personnes, en particulier ceux et celles qui pleurent et meurent aux soins intensifs un peu partout dans le monde. Dans le don complet de sa vie sur la Croix, le Christ nous attire dans une autre dimension, il nous attire dans l’amour que rien ne peut confiner et qui peut guérir ce qu’il y a de plus infecté dans nos cœurs. Il a été vendu, trahi, abandonné par les siens, ceux qui étaient le plus proches de lui, il a donc appris dans sa chair et dans son cœur tout ce qui blesse le plus un être humain, chacun de nous, et il veut nous guérir de toutes ces blessures. 


Il n’est pas surprenant d’entendre le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, dirent, à la vue des événements : Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu. En réalité, ils ont la même réaction que Jean entrant dans le tombeau vide : ils virent et ils crurent. Ce n’était peut-être qu’une foi balbutiante, mais c’était un acte de foi. 


Notre prière, à nous, mes frères, au seuil de cette semaine sainte dans ce chapitre inédit de l’histoire humaine, peut faire de nous des Simon de Cyrène, des porteurs de la croix du Christ, des porteurs de cette croix que nous avons vénérée avant d’entrer dans l’église, de cette croix d’où il fait signe à toute l’humanité en train de redécouvrir jusque dans la «distanciation sociale» une autre manière de vivre les uns pour les autres. Soyons des priants, porteurs silencieux et humbles serviteurs de cette espérance, une espérance encore toute petite mais bien vivante. «Ne nous laissons pas voler notre espérance», dirait le pape François, n’allons pas nous dérober à notre devoir de rendre compte de notre espérance. Écoutons et parlons… en disciples de Celui qui nous aime d’un si grand amour qu’il a donné sa vie pour nous.

09-04-20 / Jeudi Saint

JEUDI SAINT 

(Dom André, Père-Abbé) 


Mes Frères, nous sommes nés de l’Eucharistie. Si nous entourons cette table en cet instant, c’est que nous sommes vraiment nés de l’Eucharistie et que la prière sacerdotale de Jésus, cette grande prière de la dernière Cène a été exaucée par le Père. 


Quand l’heure fut venue, Jésus prit place à table et les Apôtres avec lui. C’est le dernier repas de Jésus avec les siens et il a désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec eux. C’est un moment crucial et très important dans la vie commune qu’ils ont partagée ensemble depuis trois ans. C’est comme le dernier acte de leur vie ensemble. Au cours de ce repas, en saint Jean, on voit Jésus se lever, prendre le tablier du service et laver les pieds de chacun des apôtres. En saint Luc, les apôtres ont deux réactions l’une après l’autre. Quand Jésus annonce que l’un d’entre eux va le trahir, les Apôtres commencèrent par se demander les uns aux autres quel pourrait bien être, parmi eux, celui qui allait faire cela. Puis, ils en arrivèrent à se quereller : lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ? Comme si aucun d’entre eux ne réalisait ce qui se passait à ce moment-là. Ils avaient tellement pris l’habitude d’être avec Jésus qu’ils en oubliaient pratiquement sa présence. L’attitude de Jésus est magnifique. Il sait ce qu’il y a dans le cœur de l’homme mais il est plus grand et plus aimant que leur cœur. Il ne les juge pas, il ne dit rien sur leur capacité de le trahir, de le renier, de l’abandonner. Il ne dit pas non plus que c’est mal d’avoir de l’ambition, de vouloir être le premier. Il leur indique quelle valeur, quelle démarche, doit sous-tendre ce désir de primauté. Et si nous regardons de plus près les deux réactions des apôtres, nous réalisons que tout être humain, même un moine, pourrait bien être aux prises avec ces deux mêmes réactions. Serait-ce moi Seigneur ? Nous avons tous assez vécu pour savoir ce dont nous sommes capables comme reniement, comme trahison, comme abandon. Et nous avons tous appris au fil des années quelle liberté le Seigneur nous a donnée. Tout est permis mais tout n’est pas bon. Tout est permis, mais tout n’est pas constructif. La querelle entre disciples du Christ ne construit pas la communauté. La première dimension du service qui ressort de cet évangile ce soir, c’est donc le souci et le service de l’unité : avoir des visages tous différents les uns des autres mais n’avoir qu’un seul cœur et qu’une seule âme pour construire quelque chose ensemble, pour devenir ensemble une parabole de l’unité. 


Nos anciens frères convers avaient fait de l’esprit de service le cœur de leur spiritualité : servir la communauté. Servir la charité, servir l’amour fraternel, en communauté. Quand le Christ vient se mettre à genoux devant chacun des siens, il vient chercher et mettre en relief ce qu’il y a de meilleur en chacun. Il pressent et anticipe ce que chacun pourra devenir quand il sera investi de la force et du souffle de l’Esprit Paraclet. Il le leur annonce : Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves. Ils ne se sont pas encore vraiment engagés jusque-là. Mais ils le feront. La question que beaucoup devaient se poser intérieurement comme Pierre l’a fait : Pourquoi est-ce que je ne peux pas te suivre maintenant ?, et voilà qu’ils commencent à comprendre à cette heure qu’il n’y a pas de réponse en dehors de l’amour pour Dieu et pour leurs frères. L’amour est indissoluble, l’amour ne disparaît jamais, il fait de l’éternel dans notre quotidien. Mais cet amour se cultive à partir du regard posé sur l’autre. Le regard de Jésus sur la femme adultère, sur le jeune homme riche, sur Pierre, sur nous. Le Bienheureux Christian de Chergé avait hâte de pouvoir regarder nos frères de l’Islam à travers le regard du Père éternel. Il avait compris que l’unité est déjà toute donnée en Dieu mais qu’il manque encore à cette unité notre regard transformé, notre regard aimant, pour qu’elle prenne corps et s’incarne, pour que, en nous regardant nous tous, Jésus puisse dire en toute vérité : Ceci est mon Corps et Ceci est mon sang. Jésus a porté ce regard sur chacun des siens en les aimant jusqu’au bout. Au cours de ce repas, il leur indique, il nous indique la voie à suivre. Et n’est-ce pas ce que nous demandons quand nous prions : «nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit Saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ…» 


Ce qu’il y a de plus beau et de plus grand dans le sacerdoce qu’il soit ministériel, épiscopal, ou tout simplement chrétien - car nous sommes un peuple de prêtres -, c’est de servir la communauté et d’être avec Dieu. Vous mangerez et boirez à «ma» table dans «mon» Royaume, nous dit Jésus. Être avec lui. Nous sommes entrés dans une école du service du Seigneur. C’est toujours Lui que nous voulons servir et aimer. Mais ce qui nous en donne vraiment la force, c’est le désir qu’il a exprimé dans sa prière : Père, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi. C’est dans la contemplation et l’adoration que nous découvrons l’amour dont le Père a aimé Jésus et dont il nous aime nous aussi. La pandémie va prendre fin un jour et appartiendra à l’histoire ; mais nous ne reviendrons jamais au monde tel qu’il était avant ce virus. Nous nous sommes plaints si souvent de ce que nos églises étaient vides. Aujourd’hui, elles le sont d’une manière inédite mais qui donne à réfléchir, à écouter, à contempler, à redevenir de vrais chercheurs de Dieu car Il est vivant et il nous appelle. C’est rare d’entendre Jésus dire : je veux… d’habitude, il ajoute aussitôt, non pas ce que je veux mais ce que tu veux. Ici rien de tel. Il veut que nous soyons avec lui là où il est… maintenant. Être avec Lui. Être avec lui à «sa» table dans «son» Royaume, ici ce soir. Jésus choisit bien ses mots : même s’il a insisté sur le service, s’est présenté lui-même comme celui qui sert au milieu de nous, ce ne sont pas des serviteurs qu’il veut avec lui à sa table dans son Royaume mais des amis, des frères, des fils comme lui.Mes Frères, nous sommes nés de l’Eucharistie. En elle, sont toutes nos sources… de vie, de service, d’amour, de communion filiale et fraternelle.

10-04-20 / Vendredi Saint

VENDREDI SAINT 

(Dom André, Père-Abbé) 


Jusqu’où aller dans le don de notre vie ? Jusqu’où aimer Dieu et nos frères ? Jésus a choisi d’aller jusqu’au bout de l’amour, jusqu’à donner sa vie pour nous. Il s’est retrouvé à cette heure redoutable du choix : continuer à vivre ou continuer à aimer. Ce n’est pas un choix facile. Jésus lui-même en témoigne : Maintenant, mon âme est troublée, et que dirais-je ? Père, sauve-moi de cette heure ? Mais c’est précisément pour cette heure que je suis venu. Jésus choisit d’aimer jusqu’à la fin et il devient le serviteur souffrant de cet amour pour le Père et pour nous. Il l’a prophétisé hier lors du dernier repas avec les siens : mon corps livré «pour vous», mon sang versé «pour vous et pour la multitude». C’est maintenant l’heure de ce don ultime. 


Dans la passion et la mort de Jésus, c’est la détermination et la fidélité de son amour qui persistent. Et si Dieu a mis en nos cœurs un amour capable de répondre à son amour, il nous a donné à nous aussi la force et la grandeur de cet amour pour Dieu et pour nos frères. Mohamed Bouchikhi, le jeune musulman chauffeur de Mgr Pierre Claverie a fait cette prière qui a été entendue et exaucée : «Si tu peux, mon Dieu, nous maintenir en vie malgré tout, loué sois-tu ! Mais il y a encore une autre prière que je veux te faire : si Pierre doit mourir, permets que je sois avec lui à ce moment-là. Ce serait trop triste que Pierre, qui aime tant l’amitié, n’ait pas un ami à ses côtés pour l’accompagner à l’heure de la mort.» Dans la cellule où Maximilien Kolbe s’est éteint, mort de faim et de soif, un cierge brûle en permanence pour rappeler le don de sa vie par amour pour un pur inconnu dont il avait pris la place librement. Depuis Jésus Christ, nous avons le choix de subir la mort ou de l’assumer, de lui donner un sens et d’en faire un don d’amour. Maria-Gabriella a offert sa vie pour l’unité entre les chrétiens. Notre frère Gaston a offert ses souffrances pour imiter Sainte Faustine et sauver des âmes ; il ne sera pas canonisé pour cela mais, à sa mesure à lui, il a suivi Jésus dans cet amour de service, de serviteur souffrant. Combien de médecins, d’infirmières, de religieuses, de bénévoles, ont soigné sans hésitation mais au prix de leur vie les toutes premières victimes de l’Ebola, du SRAS et maintenant de la Covid-19. Ils faisaient leur devoir mais, inscrit dans ce devoir, il y avait, il y a encore un amour inconditionnel pour l’autre. 


La pandémie que nous vivons aujourd’hui sur la terre est en train de changer le monde tel que nous le connaissions avant l’apparition de ce virus. Plein de situations auparavant bloquées se sont tout à coup dénouées très vite. Les relations entre les personnes et les peuples changent aussi devant l’urgence de la situation. Certains se replient, d’autres au contraire s’ouvrent. 


Le psalmiste priait : Apprends-moi à bien saisir, à bien juger… avant d’avoir souffert, je m’égarais… Et de fait, plein de gens qui cherchaient le bonheur là où il ne se trouvait pas vivent aujourd’hui une transformation profonde au creuset de la souffrance. Le confinement, la séparation des êtres aimés, la mort de proches et d’amis, les pertes, les échecs leur apprennent durement une autre réalité, la seule qui compte vraiment : l’amour. 


L’épître aux Hébreux a ces mots très forts : Tout Fils qu’il était, Jésus apprit par ses souffrances l’obéissance. C’est par le chemin crucifiant de la souffrance que Jésus a obéi à l’amour et est allé humainement jusqu’au bout de l’amour. Être Fils du Père éternel n’a pas sorti Jésus de son humanité, bien au contraire, et il nous a montré jusqu’où nous pouvons aller dans l’amour…

12-04-20 / Pâques

PÂQUES

(Dom André, Père-Abbé)


Vigile Pascale

Mes Frères, Il est Vivant. Il est ressuscité. Et le Christ ressuscité est aussi un Christ ressuscitant, comme nous l’entendions récemment lors d’une lecture au réfectoire. Pâques est la fête du Christ ressuscitant, c’est-à-dire du Christ qui nous relève et nous entraîne à sa suite sur les chemins des Béatitudes. Il y a des signes du Christ ressuscitant, des signes du déjà-là de la résurrection dans ce que nous vivons aujourd’hui. Au début du Carême, nous avons pu penser que la pandémie serait une rupture de courte durée dans le fonctionnement habituel de notre monde et que tout redeviendrait vite comme c’était avant. Aujourd’hui, nous savons déjà que le monde ne pourra plus jamais être le même qu’avant et qu’il ne doit plus l’être non plus. Les femmes au matin de Pâques étaient venues pour regarder le sépulcre. Jour après jour, nous avons regardé la courbe des morts chez nous et dans le monde. Et nous avons pris toutes les mesures de confinement et de sécurité qu’il fallait pour protéger nos vies et celles des autres. Et c’était la première chose à faire pour survivre. Mais on ne vit pas seulement de pain. Il nous faut autre chose de plus important, de plus nourrissant, de plus ressuscitant. Autre chose qu’on ne peut pas chercher parmi les morts. Et nous avons d’ailleurs découvert que bien des conflits, des oppositions, des esclavages, des abus, disparaissaient d’eux-mêmes pour nous laisser faire front ensemble à la pandémie. En termes d’unité, de simplicité, de solidarité : quelque chose de nouveau est en train de poindre dans notre univers… une vie nouvelle! 


Nous fêtons cette nuit la résurrection de Jésus. La nuit de Pâques n’est jamais une nuit comme les autres mais, cette année, le Christ Ressuscité et Vivant nous parle et nous appelle de manière encore plus directe et explicite à travers les signes et les défis des événements que nous vivons. Il nous donne rendez-vous dans un lieu et un temps, dans une Galilée encore à découvrir, au bout d’un chemin encore à parcourir. Et le Christ ressuscitant est le seul capable de nous faire comprendre que la conversion va exiger cette fois un changement radical, pas une amélioration, mais une transformation, un devenir différent et dynamique. Cette nuit pascale n’est pas une date chronologique, c’est un kairos, une heure où Dieu vient nous appeler à le chercher et à le suivre dans les profondeurs de l’Évangile. 


La Galilée où il nous donne rendez-vous n’est pas confinée dans les murs d’une Église ou d’un monastère, c’est la Galilée de tous les chercheurs de sagesse, de vie, tous les chercheurs de Dieu, cette race à laquelle nous appartenons nous, comme moines. Le Christ est là : et c’est là qu’il nous attend. Dans la mutation profonde que nous sommes en train de vivre avec cette crise de la pandémie, nous voyons des germes de résurrection à l’œuvre, nous le voyons à l’œuvre, lui, le Christ Jésus, le Vivant, déployant en notre faveur son énergie et la force tellement puissante de sa résurrection (Eph 1,19). De ce qui était divisé dans notre monde, il fait une unité il tisse tout ce dont nous avions besoin pour nous rapprocher les uns des autres et nous redécouvrir tous profondément unis par une même humanité. Il a détruit le mur de séparation. Il nous a fait réaliser que les murs, tous les murs, n’étaient qu’une pure illusion ; ils ne protégeaient rien ni personne. Il a suffi d’un minuscule virus pour en venir à bout. Il a aboli la loi et ses commandements avec leurs observances avec tous les règlements administratifs, financiers, toutes les barrières tarifaires, commerciales, insurmontables hier encore, entre les personnes, les riches et les pauvres, les jeunes et les anciens, les groupes, les peuples. Il a voulu à partir du croyant et du non-croyant, au-delà de tous les cultes, toutes les pratiques religieuses, toutes les coutumes héritées de nos institutions, créer un être nouveau, un seul homme nouveau, et réconcilier tous les êtres avec Dieu en un seul corps (Eph 2-14-16). 


Et cette nuit-là l’ange dit : Il est ressuscité comme il l’avait dit… Voilà ce que j’avais à vous dire. Et comme les femmes en cette nuit de Pâques, nous sommes nous aussi remplis de crainte et de joie. La crainte des défis à relever et à vivre. Le défi de prendre à bras le corps le changement de civilisation qui est en cours, le défi non moins grand de résister à la tentation de simplement attendre un retour à ce que nous vivions encore avant ce Carême. Et en même temps la joie. La joie de pouvoir puiser du neuf et de l’ancien dans le trésor de notre propre tradition monastique, la joie de vivre cette nouvelle étape de l’histoire avec d’autres chercheurs comme nous, la joie d’avoir appris que le vin nouveau plus que jamais doit être versé dans des outres neuves. 


Dans son encyclique Laudato Si (no 53) il y a 5 ans puis dans la constitution apostolique La Joie de la Vérité (no 3), il y a 3 ans, le Pape François disait «que nous n’avions pas encore la culture nécessaire pour faire face à cette crise (humaine que nous vivons) et qu’il fallait des leaderships qui tracent des chemins.» La pandémie est en train de nous faire vivre un pas significatif dans la bonne direction, vers une nouvelle culture. Nous pouvons nous, comme moines, apporter notre contribution, en laissant le Christ ressuscitant nous inspirer comment devenir des hommes de Dieu, des contemplatifs et des mystiques, qui dégagent ensemble ce feu sacré qui allume et incite les chercheurs d’infini et les jeunes leaders de notre temps à tracer des chemins nouveaux dans notre humanité. 


Christus vivit. Il est ressuscité et il vit!


Jour de Pâques

Mes Frères,La bonne et joyeuse nouvelle de l’Évangile de ce Jour de Pâques c’est qu’avec le Christ, la vie a vaincu la mort une fois pour toutes. La mort est un défi pour la foi. À voir et à entendre jour après jour les chiffres nous rapportant les décès dus au coronavirus, en voyant ce qui se passe à l’échelle globale du monde aux prises avec cette pandémie, nous peinons à croire que la vie puisse reprendre bientôt le dessus. Mais si nous n’avons pas cette foi et cette confiance que la mort n’aura jamais le dernier mot et que la vie sera toujours plus forte que la mort, il est difficile de croire en la Résurrection. 


Le récit pascal décrit très bien notre condition humaine. Il montre toute la perplexité des disciples face à la résurrection : en fait, tout comme nous, ils regardent les faits et ont de la misère à croire que la vie peut l’emporter sur la mort. Nous sommes avec eux au tout premier jour de la semaine, au commencement de quelque chose de nouveau. Le ciel est encore sombre, le jour commence à poindre, mais la lumière n’a pas encore pleinement surgi. Marie-Madeleine, l’apôtre des apôtres, est sortie seule, presque de nuit, poussée par un désir plus fort qu’elle de retrouver Jésus, de se rapprocher de lui. C’est une visite gratuite, elle vient les mains vides, sans autre but que d’être là près de lui. Et voilà qu’elle découvre que l’entrée du tombeau est dégagée, la pierre a été roulée. Dans le clair-obscur de la nuit, mais aussi de sa foi et sans doute de son cœur, Marie-Madeleine ne saisit pas du tout… ce qui est survenu. Désorientée, angoissée, un peu paniquée, presque déçue de ne pas trouver Jésus sur qui elle était venue pleurer, elle en conclut qu’on a enlevé le corps de Jésus et personne ne semble savoir où on l’a mis. Où est-il ? Où est le Seigneur ? La question va être reprise d’innombrables fois. Le tombeau aurait donné un sens à sa visite, mais, vide, il ne lui parle pas du tout. Et bien sûr, elle ne va pas chercher dans sa mémoire les paroles de Jésus disant qu’il est la résurrection et la vie et encore moins les textes sacrés des Écritures parlant du troisième jour. Elle est tellement loin de tout cela que bientôt, revenant dans le jardin, elle va prendre Jésus pour le gardien et elle lui trouve une mine plutôt ordinaire au point de le suspecter d’être un voleur de cadavres. C’est très humain et comme nous la comprenons dans cette toute première réaction : comment croire que Dieu peut transformer notre combat, tout ce que nous portons de lourdeur et de mort…, en vie et en joie. Comment discerner les signes de sa Résurrection à l’œuvre dans notre vie? 


Le tombeau vide n’est pas une réponse mais il représente toutes les situations qui nous interpellent et qui nous poussent à chercher. Chacun de nous est appelé à chercher, à partir de sa propre condition personnelle. Même Pierre et le disciple que Jésus aimait sont interpellés. Ils sortent de chez eux et ils courent... pour chercher eux aussi. Le disciple qui a eu le courage de rester près de Jésus au pied de la croix, qui a reçu Marie de la part de Jésus, court plus vite que l’autre. Dans sa foi, il a une intuition, celle qui lui a déjà fait dire d’autres fois : C’est le Seigneur, il pressent la présence du Seigneur dans ce qui arrive. Mais il est assez humble et discret pour s’arrêter et prendre le temps d’attendre son compagnon. Pierre a couru lui aussi mais son pas est encore lourd du reniement, et sa foi rudement éprouvée n’est pas encore guérie et réconciliée. Son amour n’a donc pas la fraîcheur et la spontanéité de l’autre disciple. Il voit les faits, mais il aura encore besoin de temps pour croire, pour changer sa manière de penser. Il connaît les Écritures lui aussi mais de là à croire que le Christ est vraiment ressuscité comme il l’avait annoncé, qu’il a vaincu la mort une fois pour toutes, qu’il est vivant… il n’est pas rendu là. Il lui faudra encore du temps et la triple question de Jésus : M’aimes-tu? Les disciples s’en retournèrent donc chez eux, nous dit l’Évangile. Et nous, qu’allons-nous faire après avoir vécu ces jours et entendu toutes ces Paroles de Dieu? 


Mes Frères, ces jours-ci il a été fait allusion à notre force et à notre résilience comme peuple, à nous qui affrontons les rigueurs de l’hiver avec des 30 degrés sous zéro et qui croyons malgré tout que le printemps va revenir, que les érables vont se remettre à couler et que la nature va reverdir. Nous sommes des contemplatifs dans l’âme, c’est inscrit dans notre ADN précisément à cause de nos hivers et de cette saison où il nous a fallu longtemps nous encabaner et apprendre à vivre au-dedans de nos maisons et de nous-mêmes. Le confinement ne nous surprend donc qu’à moitié car nous avons ce long héritage derrière nous. Et nous savons que tôt ou tard, la vie refait surface. 


La Résurrection de Jésus vient ajouter une tout autre dimension à cette réalité : elle ouvre un chemin d’éternité, un chemin commun cette fois à toute notre humanité. La plus grande des victoires, celle de la vie sur la mort, aurait pu passer inaperçue et disparaître dans le flot des événements de l’histoire, même au temps de Jésus, car Marie-Madeleine, Pierre et Jean n’ont vu au matin de Pâques qu’une pierre roulée et un tombeau vide. Mais nous, moines et Québécois, nous portons au cœur la même intuition que le disciple que Jésus aimait, lui qui vit et crut : au fond de notre cœur, bien avant le jour et l’heure, l’Alléluia a déjà frémi et il est encore tout prêt à s’envoler à la voix du Christ ressuscité quand il nous dira : «toi, laisse la mort, toute mort, voici le temps de ta gloire, viens, suis-moi.» 

14-04-20 / Octave de Pâques

OCTAVE DE PÂQUES

(Frère Bruno-Marie)


Marie Madeleine aimait Jésus comme jamais peut-être une femme aimera son amant. Pourtant elle ne le croyait pas lorsqu’il disait qu’il allait ressusciter le troisième jour. C’est pourquoi nous la retrouvons ce matin tout en pleurs au tombeau persuadée qu’on a enlevé le corps de Celui qui avait été l’amour de sa vie. 


Le Christ ressuscité qui se présente alors à elle est tellement ordinaire qu’elle le prend pour le jardinier. Tellement grandeur nature, qu’une fois reconnu elle pourra le serrer dans ses bras au point que le Christ devra lui dire: «Ne me retiens pas.... va plutôt dire à mes frères...» 


Alors Marie court vers les disciples pour leur dire: «J’ai vu le Seigneur».  


Mais à quoi pense-t-elle lorsqu’elle dit aux disciples: «j’ai vu le Seigneur»? Pense-t-elle avoir vu un Jésus qui contre toute espérance se serait remis de ses blessures? Pense-t-elle avoir vu un Jésus réanimé comme l’avait été Lazare? Une chose est certaine elle ne pense sûrement pas avoir vu un Christ ressuscité tel que nous l’entendons aujourd’hui. 


Mais au fait, qu’entend-on nous au juste lorsque nous disons que: «Le Christ est ressuscité»? 


17-04-20 / Octave de Pâques

OCTAVE DE PÂQUES

(Frère Sylvain)


Mot d’introduction 

«En nul autre que Jésus, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver», affirme saint Pierre ce matin dans les Actes des Apôtres. 


Jésus, Yeshoua, «le Seigneur sauve». Oui, toujours, c’est le Seigneur, c’est Dieu qui aime et qui sauve, quelle que soit la médiation historique, religieuse ou culturelle en laquelle ce salut s’actualise, prend forme ou se manifeste. Il s’agit toujours de libérer la vie, de faire naître l’amour. 


Homélie

Les apparitions du ressuscité que nous présente chacun des jours de l’octave ne sont pas des reportages historiques portant sur la matérialité des faits, comme le sont par exemple les mises à jour quotidiennes de l’évolution de la pandémie par nos médias. Non, en ces textes, le Ressuscité prend chaque fois des traits particuliers, selon l’intention catéchétique de l’évangéliste et la communauté spécifique à laquelle il s’adresse. 


En Matthieu, Jésus vient à la rencontre des femmes revenues du tombeau et les salue solennellement, alors qu’elles se prosternent devant lui. Par son autorité souveraine, il confirme les paroles de l’ange ainsi que l’élan missionnaire de ses disciples qui les mène d’abord vers la Galilée, puis de là vers toutes les nations. 


L’apparition à Marie-Madeleine en pleurs, dans l’évangile de Jean, est tout à fait unique. C’est le seul récit un peu développé d’apparition à une seule personne, à une femme, qui devient apôtre des apôtres. On connaît pourtant le discrédit qui entourait alors les dires des femmes, et dans la société de l’époque, il fallait le témoignage d’au moins deux personnes pour attester la réalité d’un fait. Le ministère de Marie-Madeleine semble avoir préséance sur celui, institutionnel, de Pierre ou de Jean. 


En Luc, Jésus est le discret voyageur qui fait route avec les disciples attristés vers Emmaüs, avant de se faire reconnaître d’eux à la fraction du pain. Leur joie les ramène à Jérusalem, où se trouve réunie la communauté des disciples, et c’est dans le cadre d’un repas que Jésus se manifeste à eux, avec humanité, lui, le juste souffrant dont parlait les Écritures. Luc est par excellence l’évangéliste de la convivialité. 


C’est Jésus, le Seigneur qui, de nouveau, se manifeste à ses disciples ce matin, sur le bord de la mer de Tibériade. Comme lors de son ministère public, c’est un signe qui révèle sa gloire, c’est-à-dire la qualité, la densité de sa présence : comme le vin de Cana, c’est un signe de surabondance. Une profonde intériorité, faite à la fois de respect et de grande intimité, tient les disciples silencieux pendant ce repas improvisé sur la grève, le «repas du Seigneur». 


Quels traits particuliers le Ressuscité prend-il pour chacun de nous aujourd’hui ? Quels traits prend-il pour notre communauté du Val Notre-Dame ? Pour notre église du Québec ? 


19-04-20 / 2e Dimanche de Pâques

DEUXIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

(Dom Yvon Joseph)


Heureux ceux qui croient sans avoir vu, déclare Jésus ressuscité à l’apôtre Thomas. Lui, vous l’aimez sans l’avoir vu ; en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi, affirme l’apôtre Pierre. Telle est bien notre condition de disciples et d’amis de Jésus : croire sans voir… aimer sans voir…, car foi et amour sont inséparables! 


Même après avoir entendu le témoignage des disciples réunis au Cénacle, l’apôtre Thomas a persisté dans son doute. Si nous regardons l’histoire de notre vie de foi, nous avons probablement dû surmonter plusieurs doutes et questionnements jusqu’à aujourd’hui, et nous aurons à en surmonter encore avant de goûter pleinement à la béatitude énoncée par le Seigneur : Heureux ceux qui croient sans avoir vu. C’est en passant par le creuset du doute que nous y parviendrons, et peut-être devons-nous apprendre à nous réconcilier avec nos doutes et nos questionnements, en découvrant les services qu’ils peuvent rendre à notre foi… 


Si nous y sommes attentifs, nous observerons peut-être qu’à certains moments nos doutes ont préservé notre foi de dégénérer en une foi orgueilleuse, prompte à juger et à condamner ceux qui ne croient pas ou ceux qui ne partagent pas notre foi au Christ… Si nous leur portons attention, nous remarquerons peut-être qu’à d’autres moments nos questionnements sont venus réveiller notre foi en train de s’assoupir pour nous relancer sur le chemin d’une recherche de Dieu plus ardente… En fin de compte, doutes et questionnements peuvent être un aiguillon et un stimulant pour notre foi et c’est probablement à ce prix que nous arriverons en vérité à la béatitude promise par le Ressuscité : Heureux ceux qui croient sans avoir vu. Nous aurons alors compris que notre foi ne sera jamais une possession tranquille, mais qu’elle demeurera toujours un don à accueillir et à demander sans cesse, avec un grand désir! 


Dire : Mon Seigneur et mon Dieu, à la suite de l’apôtre Thomas, n’est possible que grâce à la lumière et à l’inspiration de l’Esprit Saint répandu en nos cœurs. 

- Mon Seigneur, oui, toi que je veux aimer plus que tout, toi à qui je ne veux rien préférer, car tu nous as aimés le premier et tu nous as aimés jusqu’à l’extrême… 

- Mon Seigneur, toi que nous voulons suivre sur le chemin du don filial et du service fraternel… 

- Mon Seigneur, toi qui as ouvert devant nous le chemin de la réconciliation et du pardon… 

- Mon Dieu, toi qui nous révèles le visage de miséricorde du Père et qui es le chemin vers lui… 

- Mon Dieu, toi qui nous apprends la vérité qui rend libres dans la liberté des enfants de Dieu… 

- Mon Dieu, toi le vainqueur de tout péché et de toute mort, toi qui nous as fait passer tant de fois de la mort à la vie et de la vie à plus de vie, pour nous faire passer jusqu’en vie éternelle…Oui, mon Seigneur et mon Dieu, toi qui nous donnes déjà de goûter à la béatitude de croire en toi et de t’aimer sans t’avoir vu! 


En ce dernier jour de l’Octave de Pâques, rappelons-nous également qu’il y a 20 ans, le 30 avril de l’an 2000, saint Jean-Paul II a institué ce jour comme le dimanche de la Miséricorde divine. Il faut, disait-il, que l’invocation de la miséricorde de Dieu jaillisse du plus profond des cœurs emplis de souffrance, d’appréhension et d’incertitude, mais dans le même temps à la recherche d’une source infaillible d’espérance. La description du cœur humain faite par le Pape éclaire d’une façon singulière ce que vivent plusieurs de nos frères et sœurs en cette période d’épidémie. Et saint Jean-Paul II concluait son homélie par une prière que nous pouvons faire nôtre aujourd’hui : 


Dieu, Père miséricordieux, 

qui as révélé Ton amour dans ton Fils Jésus-Christ, 

et l’as répandu sur nous dans l’Esprit Saint Consolateur, 

nous te confions aujourd’hui le destin du monde 

et de chaque être humain. 

Penche-toi sur nos péchés, 

guéris notre faiblesse, 

sois vainqueur de tout mal, 

fais que tous les habitants de la terre 

vivent l’expérience de ta miséricorde, 

afin qu’en Toi, Dieu Un et Trine, 

ils trouvent toujours la source de l’espérance. 

Père éternel, par la douloureuse Passion 

et la Résurrection de ton Fils, 

accorde-nous ta miséricorde, 

ainsi qu’au monde entier ! Amen. 


03-05-20 / 4e Dimanche de Pâques

QUATRIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

(Frère Bruno-Marie)


En méditant ce bel évangile du Pasteur dont les brebis connaissent la voix, je n’ai pu m’empêcher de penser à notre Église du Québec. 


Au début des années 60, lorsque les églises étaient encore pleines, et qu’on en construisait même des nouvelles, on aurait pu penser que l’Église du Québec ne formait qu’un seul troupeau suivant la voix de son Pasteur. 


Cette belle unité n’était de fait qu’une illusion, car aussitôt que souffla le grand vent de tempête à la suite de Concile Vatican II, de l’encyclique Humanae Vitae et chez nous de la Révolution tranquille, tout s’écroula dans le temps de la dire. 


La voix du Bon Pasteur n’était plus la seule à se faire entendre. Plusieurs autres voix s’élevaient, elles aussi, beaucoup plus puissantes et plus séduisantes. C’étaient les grandes voix de l’émancipation. Émancipation de toute autorité, émancipation de toute institution. Il est interdit d’interdire. Mai 68 en France, Woodstock aux États-Unis. 


L’Église qui avait été l’un des piliers de la société québécoise, qui l’avait guidée et soutenue tout au long de son histoire était devenue le symboles de la grande noirceur dont il fallait absolument se débarrasser. 


Des croyants et des croyantes qui jusque là avaient écouté la voix du bon Pasteur se mettaient à écouter d’autre voix qui leur parlaient d’amour libre, de méditation transcendantale et de réincarnation. Tout devenait confus, c’était la religion à la carte. Et le dimanche matin, à mesure que les églises se vidaient, les centres d’achat se remplissaient. Une page se tournait dans l’histoire de l’Église du Québec en même temps que dans l’histoire de l’Église universelle. 


Comment se fait-il que les catholiques du Québec se soient détournés si rapidement de la voix de leur Pasteur pour écouter ces autres voix, qui aux dires de Jésus lui-même, étaient celles des voleurs qui ne venaient que pour voler, égorger et faire périr?? 


Si nous étions un Ordre actif, nous pourrions élaborer des stratégies et des plans d’action pour rendre à nouveau audible et compréhensible la voix du bon Pasteur. 


Mais nous sommes un Ordre contemplatif ordonné à la prière et à la contemplation dont la mission ne consiste pas tant à Parler de Dieu aux hommes que de parler des hommes à Dieu. 


Et une des manières aujourd’hui de parler des hommes à Dieu, en ce dimanche de prières pour les vocations, serait de Lui demander d’envoyer des ouvriers à sa moisson, afin que nos frères et sœurs du Québec et du monde entier entendent de nouveau la voix de Celui qui donne la vie en abondance. 


10-05-20 / 5e Dimanche de Pâques (Fête des mères)

CINQUIÈME DIMANCHE DE PÂQUES(Fête des mères) 

(Frère Sylvain) 


Mot d’introduction

Frères et sœurs, ce cinquième dimanche du temps pascal où nous célébrons le ressuscité est aussi le dimanche de la fête des mères. Il manque sans doute la chaleur printanière et les fleurs, les lilas du mois de mai pour souligner convenablement – au moins dans les familles, et malgré le confinement – la fête de celles qui nous ont transmis la vie, ce don qui ouvre à tous les autres dons. Que notre reconnaissance pour ce don et pour celles qui nous l’ont transmis avec amour se fasse aujourd’hui prière et action de grâce, et invoquons le pardon pour tout ce qui, en nous, fait obstacle à la vie. 


Homélie

«Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie; personne ne va vers le Père sans passer par moi.» 

Frères et sœurs,Cette affirmation de Jésus peut rallier sans problème les diverses confessions chrétiennes en quête d’unité, dans le contexte du dialogue œcuménique. Elle est en revanche hautement problématique dans le cadre du dialogue interreligieux actuel, dans la rencontre entre judaïsme, islam et christianisme, en Occident, et la rencontre avec les autres religions de l’Asie et de l’Afrique. Chaque religion a sa spécificité propre, qui peut être acceptée sans difficulté par les autres, comme c’est le cas pour chaque langue et chaque culture. Mais l’histoire nous montre que chaque religion tend, à un moment ou l’autre de son développement, à se présenter comme exclusive, comme la seule voie d’accès à Dieu dont elle posséderait la plénitude de la révélation. C’est comme si on disait : le français, l’anglais, l’espagnol, l’allemand et chaque autre langue a sa richesse et ses nuances propres, mais la seule qui donne vraiment accès à la réalité telle qu’elle est, c’est le français. C’est nous qui sommes les privilégiés entre tous. On peut objecter que, dans le cas de la religion, cela relève de l’initiative de Dieu : c’est lui qui s’est révèle être tel. Mais cela aussi, chaque religion le revendique, d’une façon ou d’une autre. 


Tout l’Ancien Testament est traversé par une tension : d’une part le salut réservé au seul Israël, faisant de Jérusalem le centre du monde et du vrai culte, d’autre part la dimension universelle du salut, offert à tous les peuples. C’est la grande surprise des disciples que nous rapporte ces jours-ci le livre des Actes des Apôtres : le Saint-Esprit est donné même aux non-juifs! Serait-il donné aussi – scandale pour nous – aux non-chrétiens? 


Le Nouveau Testament, lui, est traversé par une autre tension. Celle qui situe le salut dans la confession de foi et celle qui le situe dans l’amour. Cette tension est extrême dans les écrits de saint Jean, comme on peut le constater dans sa première épître; on lit d’une part : «qui refuse le Fils n’a pas non plus le Père; celui qui reconnaît le Fils a aussi le Père» (1Jn 2,23) et d’autre part : «Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour.» (1Jn 4,7-8). Croire ou aimer pour être sauvé?... Qu’est-ce qui fait le nœud de notre identité en tant qu’individu, en tant que groupe, et importe le plus pour nous ? Qu’est-ce qui importe le plus pour Dieu? 


Jésus, Chemin, Vérité et Vie, nous dit ce matin qu’il y a de nombreuses demeures dans la maison du Père, et qu’il part nous y préparer une place. Puisque Dieu est amour, une place se trouve préparée pour chacun de ses enfants, sans exception, comme l’avait annoncé Jésus lors de sa prédication : « On viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. » (Luc 13,29). En fait, les chemins ne sont-ils pas multiples, même si la destination est unique ? La vérité n’a-telle pas une infinité de visages, réunis autour d’une même table? La vie ne prend-elle pas diverses formes pour être mieux célébrée ? 


«Afin que là où Je Suis, vous soyez vous aussi» précise Jésus ce matin. C’est la mort de Jésus qui le fait passer de ce monde au Père. Sa résurrection n’est pas le retour dans la matérialité d’un corps, c’est son entrée définitive dans l’infini de l’amour et de la gloire de Dieu. Dépouillé des limites de la matière, du temps et de l’espace, son «Je» s’identifie désormais au «Je Suis» de Dieu. Il emplit désormais toutes réalités de sa présence, en même temps qu’il les transcende infiniment. Promis nous aussi à la résurrection, en sera-t-il autrement pour nous? De quoi notre mort va-t-elle nous dépouiller? Qu’est-ce qui fait le nœud de notre identité et qui subsistera éternellement en Dieu? Notre langue, notre culture, notre religion, notre foi, notre amour? Notre corps, notre esprit? Nos relations, notre personnalité, notre ego, notre «je»? «Dieu sera tout en tous» affirme saint Paul. La totalité de nous en Dieu, la totalité de Dieu en chacun nous. Réalité que le mystique musulman Rumi exprime en termes poétiques : «Vous n’êtes pas une goutte d’eau dans l’océan, vous êtes l’océan tout entier dans une goutte d’eau».  


14-05-20 / Saint Matthias

SAINT MATTHIAS

(Dom Yvon Joseph) 


Mot d’introduction 

L’apôtre Matthias dont nous célébrons la fête aujourd’hui a été choisi pour être témoin de la résurrection. Ce sera la vocation de tout baptisé dans l’Église… C’est notre vocation baptismale à chacun de nous! Demandons au Seigneur de nous y rendre toujours plus fidèles, en renouvelant notre vie par la grâce de son pardon… 


Homélie

Célébrer un apôtre, surtout si nous avons peu d’information sur lui, comme c’est le cas de saint Matthias, c’est l’occasion de redécouvrir ce que l’Église est appelée à être en profondeur, ce qu’elle n’a jamais fini de devenir…À la lumière de la Parole de Dieu proclamée, nous pouvons voir que l’Église est «le visage fraternel de la Résurrection» (Yves Saoût), qu’elle est avant tout la communauté des «amis» du Seigneur ressuscité… Une amitié qui n’est pas un vague sentiment, mais un engagement à la suite de Jésus : Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. Une amitié qui est même une entrée dans l’intimité divine avec lui : Je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. 


Demeurez dans mon amour, nous dit Jésus. La Parole de Dieu n’est pas une affaire de statistique, bien sûr, mais il peut être éclairant de noter que le verbe «demeurer» est mis 40 fois sur les lèvres de Jésus dans l’évangile selon saint Jean, et 27 fois dans les lettres qui lui sont attribuées… Ce mot nous renvoie à un mystère fondamental : il exprime avant tout la tendresse sécurisante et apaisante que nous offre Jésus… Sa parole vient personnaliser en quelque sorte pour nous la demande que nous exprimons souvent dans les psaumes : Garde-moi mon Dieu, j’ai fait de toi mon refuge… La parole de Jésus nous permet de pressentir la communion intime et profonde qui peut se développer entre lui et nous… 


Demeurez dans mon amour, insiste Jésus… Puissions-nous en prendre une conscience toujours plus vive : l’amour du Seigneur ressuscité pour chacun de nous est notre demeure… Demeurer dans son amour, ce sera notre éternité de joie avec lui et ce peut être notre «joie imprenable» dès aujourd’hui : une joie que nul ne saura nous ravir! 


24-05-20 / Ascension

ASCENSION

(Dom Yvon Joseph) 


Mot d’introduction

Célébrer l’Ascension, c’est célébrer Jésus comme Christ et Seigneur… Une nuée vint le soustraire à leurs yeux, affirme saint Luc. Langage symbolique au service d’un mystère qui nous dépasse… Jésus n’est plus visible aux yeux humains de ses disciples : il est entré dans le mystère de Dieu!... Présent dans le mystère de Dieu, il sera toujours présent avec ceux qui croiront en lui, ainsi qu’il le promet : Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. 


En cette eucharistie de l’Ascension, ouvrons nos cœurs à la présence du Christ dans sa parole, dans le pain du partage et la coupe de bénédiction… Respirons dans la grâce de son pardon et dans la liberté des enfants de Dieu… 


Homélie

L’Ascension, c’est l’accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude, pouvons-nous dire avec saint Paul… Le Fils a pleinement réalisé la mission qu’il avait reçue de son Père et il retourne maintenant auprès de lui… À l’heure de mourir sur la croix, il avait rendu le souffle en disant : Tout est accompli… À l’heure de monter vers le Père, il devient manifeste qu’il a tout accompli dans la fidélité à la mission reçue de lui… 


Pour les disciples de Jésus, dont certains sont encore habités par des doutes, il deviendra peu à peu manifeste que le chemin d’incarnation qui a conduit Jésus vers les pécheurs et les exclus de son temps est bien le chemin qui conduit vers Dieu lui-même, et c’est le chemin sur lequel ses disciples sont invités à avancer à sa suite… Avant de suivre Jésus dans sa montée vers le Père, il s’agit de le suivre dans la descente vers nos sœurs et nos frères, vers cette humanité que Dieu aime toujours et qu’il appelle au salut, c’est-à-dire à la victoire sur le mal et sur le péché qui sont toujours des semences de mort à l’œuvre dans le monde et dans chacune de nos vies… 


Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps, affirme Jésus. Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre… Le temps après l’Ascension ouvre une nouvelle forme de présence qui s’étendra dans le temps : jusqu’à la fin des temps, et qui s’étendra également dans l’espace : jusqu’aux extrémités de la terre. 


Ces deux promesses de Jésus tournent déjà nos esprits et nos cœurs vers la fête de la Pentecôte que nous célébrerons dimanche prochain. C’est dans la force de l’Esprit Saint promis par Jésus que nous pouvons découvrir et re-découvrir sa nouvelle présence toujours à l’œuvre en nous, parmi nous et avec nous. 


Les apôtres avaient besoin de cette force de l’Esprit afin de témoigner du Dieu unique et vrai, Père de Jésus Christ, dans un monde où il y avait une multiplicité de dieux et de déesses… Aujourd’hui, nous avons toujours besoin de la force de ce même Esprit afin de témoigner du Dieu de Jésus Christ dans un monde où la négation de Dieu semble avoir succédé à la multiplicité des dieux, mais où, de fait, une multiplicité d’absolus se sont plutôt substitués à Dieu, dans des objectifs de production et de consommation, dans des poursuites de réussite sociale ou personnelle, qui trop souvent se réalisent dans l’ignorance ou l’exploitation des autres… 


Comme croyants, nous avons besoin de la force de l’Esprit Saint pour demeurer humblement fidèles à Jésus Christ et au Dieu Père qu’il avait mission de nous révéler… Afin de devenir ces témoins que Jésus souhaite et attend, nous avons d’abord besoin de la force de l’Esprit pour éclairer notre propre foi et pour la vivre le plus fidèlement possible, en rejetant toute attitude de jugement et surtout toute tentation de mépris envers ceux qui ne partagent pas notre foi, ou qui refusent toute foi en Dieu. 


Au plan humain, la force est souvent synonyme de pouvoir et de domination. La force de l’Esprit Saint agit d’une manière très différente. Dans notre relation avec Dieu, elle ne nous maintiendra jamais dans une dépendance forcée, mais elle créera la communion avec Dieu en faisant grandir notre autonomie et notre liberté d’enfants de Dieu… Dans notre relation avec les autres, la force de l’Esprit Saint ne saurait dégénérer en tentative de domination, et encore moins en contrôle des consciences ; malheureusement, lorsque de telles attitudes se présentent, il s’agit d’une autre force. La force de l’Esprit, elle, nous rendra capables d’effacement et de respect devant le cheminement de chacun, devant le mystère et l’histoire sainte de chaque personne… 


Cette force de l’Esprit Saint, lien d’amour et de communion entre lui et le Père, Jésus nous l’offre et nous la promet…Puisse cette promesse trouver un écho dans notre vie de foi et éveiller notre désir de recevoir d’une manière nouvelle cette force que donne l’Esprit de Dieu… Sept jours nous séparent de la fête de la Pentecôte, sept jours où notre désir pourra grandir dans une écoute plus fidèle de la Parole de Dieu, ainsi que dans une prière plus ardente et plus constante…  


07-06-20 / Sainte Trinité

SAINTE TRINITÉ

(Frère Sylvain) 


Homélie

Il y a les Écritures Saintes, les nôtres et celles de toutes les religions. Beaucoup de paroles de Dieu.

Il y a les prières, les rites et les liturgies, les nôtres et celles de multiples traditions. Beaucoup de paroles adressées à Dieu.

Il y a les commentaires philosophiques, exégétiques, théologiques et spirituels sans nombre de toutes provenances et spiritualités. Beaucoup de paroles sur Dieu.

Or quand Dieu révèle quelque chose de son mystère, c’est pour nous conduire au silence. À Moïse, Dieu proclame son nom «Le Seigneur», réalité et mot unique dont la richesse ne peut se déployer qu’en de multiples qualificatifs : «Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité.»

«Aussitôt, dit le texte, Moïse s’inclina à terre et se prosterna.» C’est la réaction instinctive de la personne humaine devant une réalité qui la dépasse infiniment et dont l’esprit ne peut appréhender la profondeur. Abîme de l’amour en lequel le cœur se perd lui-même. Le silence s’impose alors de lui-même : silence des mots, des idées, des images ; non pas le silence du vide, mais celui de la plénitude entr’aperçue.

C’est du silence de l’être que jaillit ensuite la prière de Moïse, qui semble vouloir partager avec tout son peuple cette expérience ineffable : «S’il est vrai, mon Seigneur, que j’ai trouvé grâce à tes yeux, daigne marcher au milieu de nous. Oui, c’est un peuple à la nuque raide ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu feras de nous ton héritage.» Daigne marcher au milieu de nous : la prière de Moïse se réalise sous une modalité inattendue quelques siècles plus tard.

«Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.»

Dieu, monde, Fils unique, vie : cet extrait du dialogue entre Jésus et Nicodème nous renvoie au prologue de l’évangile de Jean, en y apportant une dimension nouvelle, absente du prologue : celle de l’amour, de l’agapè de Dieu, comme source de son agir, source du don qu’il fait. De ce Dieu qui aime le monde, la première lettre de Jean tire l’ultime conséquence. Dieu aime du fait qu’il est amour. Dieu donne sa lumière du fait qu’il est lumière. Dieu donne la vie, la vie éternelle, sa propre vie, du fait qu’il est vie. En fait Dieu, en se donnant, ne peut donner que ce qu’il est, plénitude d’amour, de lumière et de vie.

C’est avec vingt siècles de réflexions et d’élaborations théologiques que nous lisons aujourd’hui l’évangile de Jean. Celui-ci est en fait relecture des événements de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus jaillie du silence de la contemplation, à près de 70 ans de distance et de silence. Pour tenter de mettre en mots le mystère contemplé, les mots les plus audacieux de tout le Nouveau Testament, mais qui s’arrêtent au seuil du mystère, sans le profaner.

En disant «Je Suis», en prenant à son compte le nom même de Dieu révélé à Moïse, l’évangéliste Jean suggère que Jésus a pleinement conscience d’être uni, de ne faire qu’un avec la plénitude de l’amour qu’est Dieu et qu’il désigne sous le nom de Père. Il a conscience de ne faire qu’un avec lui, non seulement dans les limites de sa condition humaine, mais au-delà d’elle, hors du temps et de l’espace en lesquels notre existence commence, se déroule et prend fin. «Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe».

Avant que le monde existe, il était Dieu auprès de Dieu. C’est le seuil du mystère que l’on ne peut franchir sans le profaner. Qui dit les limites de notre langage, porteur tout de même d’une forte charge symbolique évocatrice.

«Au commencement était le Verbe, la Parole ; et la Parole était auprès de Dieu, et la Parole était Dieu.» L’évangéliste fait ici une relecture du premier chapitre de la Genèse, le récit du commencement, quand Dieu créa le ciel et la terre. C’est par la puissance de sa Parole que Dieu crée : «Que la lumière soit ! Et la lumière fut». La parole que je prononce, quand je dis par exemple «Je suis», ou «Je t’aime», cette parole est-elle moi-même ou distincte de moi ? Et l’air, le souffle qui porte cette parole, est-il distinct de cette parole et de moi qui la prononce, ou si c’est une seule et même réalité qui s’exprime ainsi ?

Dieu auprès de Dieu en Dieu. Le don de la vie éternelle qui nous est fait est d’habiter cette réalité, dans le silence de l’adoration.



14-06-20 / Saint-Sacrement

SAINT-SACREMENT

(Frère Bruno-Marie) 


Mes frères,  


J’ai toujours été fasciné par le grand mystère de l’Incarnation. Pour moi, l’Incarnation est le mystère des mystères. Imaginez: Le Dieu, créateur du ciel et de la terre, Seigneur de tout être visible et invisible, décide un jour de se faire homme pour venir habiter parmi nous. Mystère inimaginable, incompréhensible, trop beau pour être vrai et pourtant vérité de foi. 


Ce matin cependant nous sommes mis en présence d’un autre mystère, encore plus inimaginable et incompréhensible, que seul l’amour de notre Dieu pouvait concevoir. Ce même Dieu créateur et infiniment grand, non seulement se fait homme, mais Il se rend tout entier réellement présent dans un petit morceau de pain pour devenir notre nourriture. 


Avec saint Paul, entendu dans la deuxième lecture, nous croyons fermement que: «que le pain que nous rompons est communion au corps du Christ et que la coupe que nous bénissons est communion au sang du Christ». Nous le croyons parce que nous avons confiance au Christ qui la veille de sa passion prit le pain, le rompit et le donna à ses disciples en disant: «Prenez, et mangez en tous, ceci est mon corps livré pour vous». De même à la fin du repas prit la coupe remplie de vin, de nouveau il rendit grâce et la donna à ses disciples en disant: «Prenez et buvez en tous car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Faites ceci en mémoire de moi.» 


Ce sont ce Corps et ce Sang donnés et reçus en nourriture qui nous donnent de tenir ferme dans la foi et de traverser tous les déserts et toutes les épreuves que nous rencontrons. Moïse nous l’affirme dans la première lecture: «C’est Dieu qui vous a fait passer à travers ce désert grand et redoutable... c’est Lui a fait jaillir pour vous l'eau de la roche la plus dure et qui vous a donné à manger la manne, inconnue de nos pères». Cette manne inconnue de nos pères et cette eau sortie de la roche la plus dure, sont, nous le savons le Corps et le Sang du Christ donnés en nourriture. 


Cette nourriture descendue du ciel qui nous accompagne tout au long de notre vie, nous donne non seulement de tenir ferme dans la foi et de traverser tous les déserts et toutes les épreuves, mais elle nous donne encore la vie éternelle. «Celui qui mange ma chair et boit mon sang, nous assure le Seigneur dans l’évangile, a la vie éternelle, 


Et cette vie éternelle, Jésus nous le dira lui-même plus loin dans ce même évangile selon saint Jean, c’est de connaître le Père et Celui qu’Il a envoyé Jésus-Christ. Connaître le Père et le Fils afin de mieux les aimer, mieux les aimer afin de mieux les servir, c’est-à-dire pour mieux faire un avec Eux dans l’Esprit.Mes frères,Cette communion avec le Père et le Fils dans l’Esprit et entre nous se réalise déjà dans chacune de nos Eucharisties. C’est encore Saint Paul qui nous le rappelle dans la deuxième lecture: «Le pain que nous rompons est communion au Corps du Christ. Et puisqu’il n’y a qu’un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain». 


19-06-20 / Sacré-Cœur

SACRÉ-CŒUR 

(Dom Yvon Joseph) 


Mot d’introduction

«Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau…», nous dit Jésus dans l’évangile. Venons à lui, ce matin, avec toutes les personnes qui peinent sous le poids de la Covid-19… Avec nos frères et sœurs qui portent des fardeaux trop lourds pour leurs épaules… Avec nos fardeaux à nous qui brisent l’élan de notre marche à la suite de Jésus… Oui, venons à lui, à son Sacré-Cœur toujours sensible à nos misères et compatissant à toutes nos souffrances… 


Homélie

Dans son journal qu’il avait nommé «Cahier de prière», notre bienheureux frère Christophe, martyr d’Algérie, présentait cette demande au Seigneur : «Veux-tu m’apprendre à écrire pour toi, pour le service de ton cœur»… Puisse cette homélie, mes frères, être au service du cœur de Dieu, découvert et contemplé dans la Parole de Dieu qui nous est offerte en cette fête… 


Déjà, avec Moïse, le cœur de Dieu se révélait au peuple d’Israël comme une source de gratuité et de fidélité : «Si le Seigneur s’est attaché à vous, s’il vous a choisis, déclare Moïse… C’est par amour pour vous…» Le peuple choisi par Dieu a mis du temps à accueillir son amour gratuit et fidèle, comme nous-mêmes nous mettons du temps à découvrir son amour à l’œuvre dans notre vie personnelle et dans la vie de nos frères et sœurs… 


Avec Jésus, la révélation du cœur de Dieu est conduite à son sommet, et cette révélation ne vaut plus seulement pour un peuple, elle est offerte à l’humanité entière comme un refuge protecteur dans toutes les souffrances et toutes les épreuves: «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme.» Une invitation qui s’adresse à tous… Une invitation qui fait appel à notre décision personnelle et à nos choix personnels… S’il est un trait caractéristique de l’amour gratuit de Dieu, c’est qu’il ne s’impose jamais : il vient nous libérer de nos fardeaux et il nous assure que, si nous choisissons de marcher à sa suite, son fardeau sera léger, car il le portera avec nous… 


La Parole de Dieu écoutée dans la foi et éclairée par l’Esprit Saint nous révèle ce «cœur doux et humble» de notre Dieu et elle éclaire pour nous un visage… Le visage du bon Samaritain qui nous a conduits à l’auberge de la miséricorde pour soigner et guérir les blessures que le mal nous avait infligées… Le visage du Bon Pasteur qui nous a cherchés alors que nous étions égarés et qui nous a ramenés à la bergerie pour y trouver un repos bienfaisant… Le visage du Père Prodigue qui s’est usé les yeux à guetter notre retour et qui nous a accueillis les bras grands ouverts, avec des paroles de joie et de tendresse, aucun reproche culpabilisant ne pouvant monter de son cœur aimant… 


Chers frères, aller chercher le repos auprès du Sacré-Cœur, ce n’est pas fuir dans le rêve ou l’évasion… C’est plutôt trouver un lieu sûr où refaire nos forces, un lieu où notre cœur blessé pourra être soigné et guéri… Aller chercher le repos auprès du Cœur de Jésus, c’est nous approcher de la source où nous pourrons toujours puiser afin de devenir nous-mêmes un cœur aimant et compatissant envers nos frères et sœurs qui peinent sous le poids du fardeau... Car accepter d’aller nous reposer auprès du Cœur de Jésus et dans son Cœur, c’est y entendre une nouvelle invitation, celle d’aimer comme lui, ainsi que nous l’a rappelé la première lettre de saint Jean : «Puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la perfection». 


L’amour vrai, mes frères, se trouve dans le cœur de Dieu et c’est dans le cœur de Dieu que notre amour peut se renouveler sans cesse, puisant à la source qui ne tarit jamais ! Dans sa prière, notre frère le bienheureux Christophe demandait au Seigneur : «Veux-tu m’apprendre à écrire pour toi, pour le service de ton cœur». Sa véritable écriture a été sa vie donnée jusqu’au bout, dans la foi au cœur qui nous a tellement aimés ! 

24-06-20 / Saint-Jean-Baptiste

SAINT-JEAN-BAPTISTE 

(Frère Martin) 


Sa mère prit la parole et déclara : « Il s’appellera Jean »

Mes frères, en regardant d’un peu plus près le récit qui vient de nous être proclamé, on s’aperçoit que l’évangéliste Luc ne nous parle pas tant des événements entourant la naissance du Baptiste que du choix de son nom… comme si toute l’attention du récit était cristallisée autour de la désignation du prénom de celui qui deviendra le Précurseur de Jésus. Il s’appellera Jean, prend soin de souligner par deux fois le récit... Et ce choix s’avère de la plus haute importance puisqu’il aura des répercussions au regard de la personne et de la mission de Jésus… 


Selon les traditions familiales et les coutumes religieuses de l’époque, il convenait pourtant que l’enfant porte le nom de son père, Zacharie, lui-même prêtre au Temple de Jérusalem. Or, le récit nous montre que les choses se passent différemment… non plus selon la volonté des hommes et des femmes de l’entourage de l’enfant, mais selon le dessein de Dieu. La rupture apparaît d’abord avec Élisabeth qui exige qu’il s’appelle du nom de Jean… Privé alors de l’usage de la parole, Zacharie acquiescera lui aussi à la volonté de Dieu en inscrivant cette fois son nom sur une tablette pour y donner encore plus de poids, plus de profondeur, davantage de sens… Jean est son nom…


Et pourtant, poursuit l’évangéliste Luc, nul ne sait encore que sera cet enfant, quelle sera sa mission devant le Très-haut, devant les hommes et les femmes de générations en générations… S’il en est ainsi, c’est que Jean est à la charnière de deux Testaments, à la fois le dernier prophète de la 1ère Alliance et le premier de la Nouvelle, scellée dans le sang de Jésus. S’il ne sait pas encore parler, à l’instar du prophète Jérémie qui prétend n’être qu’un petit enfant, Dieu lui donnera les mots, il fera de sa bouche une épée tranchante, écrit Isaïe, il fera de lui une voix… une voix pour annoncer la Parole, écrit merveilleusement saint Augustin. Une voix, certes, mais quelle voix ?


Prédestiné à entrer dans cette lignée de prêtres, à devenir le chantre de la mémoire, de la fidélité de Dieu, comme l’indique l’étymologie du nom de Zacharie, l’enfant est plutôt destiné à s’appeler Jean, c’est-à-dire ‘Dieu fait grâce’. Le changement de nom annonce d’ores et déjà le programme du Seigneur qui l’appelle du sein de sa mère : c’est désormais l’heure de la grâce. Le monde ancien, celui des prophètes de la 1ère Alliance, bascule soudainement dans la nouveauté de Dieu…

Or, il s’avère que cette nouveauté n’est pas le dessein des hommes et des femmes de ce monde ni celui des autorités religieuses, ni même celui du Baptiste. À l’instar de son entourage immédiat, quelque chose lui demeure encore inconnue au regard de son nom et de sa mission de prophète du Très-Haut. Que sera donc cet enfant ? Une question bien légitime qui renvoie d’emblée à celle posée par Jésus lui-même à ses disciples : Pour vous, qui suis-je ? En relisant attentivement les évangiles, on constate que ce n’est que progressivement que Jean prendra la pleine mesure de la signification de son nom : Dieu fait grâce, Dieu fait de nous des enfants engendrés par la grâce, par la gratuité de son amour dont il nous fait don, bien au-delà de notre péché, de nos limites, de notre désir à L’aimer et à Le suivre… L’épisode qui suit est représentatif de cette incertitude…


Au moment d’achever sa course, du fond de son cachot où il est emprisonné pour avoir dénoncer l’injustice du roi Hérode, Jean se questionne à nouveau sur l’identité de Jésus, et par conséquent, sur sa propre identité : Es-tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? La réponse de Jésus est sans équivoque et fait appel à un texte que Jean connaît assurément : Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle…


Sans douter absolument de Jésus, on pressent néanmoins que Jean s’étonne de voir Jésus réaliser un type de messianisme autre que celui qu’il attendait, et surtout que celui qu’il prêchait dans le désert : Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu, nous avait-il invectivé au sujet de Jésus. Il tient en main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. Avouons que nous sommes à mille lieux des paraboles de Jésus et de notre expérience spirituelle : celles de l’enfant prodigue, de la brebis perdue, du bon berger, du figuier stérile, de la mort sur une Croix dans une vie donnée jusqu’à l’extrême…


Par cette allusion aux oracles du prophète Isaïe, Jésus signifie à Jean que ses œuvres inaugurent effectivement l’ère messianique par mode de bienfaits, de bénédictions, de salut et de grâce, et non par mode de violence et de châtiment ainsi que le laissait entendre le jour du Seigneur… jour de colère, de jugement et de condamnation…

Parmi ceux qui sont nés d’une femme, poursuit Jésus, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui…Par ce seul fait qu’il appartienne désormais au Royaume des Cieux, alors que Jean est demeuré à sa porte, enfermé dans une prison, le plus petit d’entre nous est plus grand que Jean le Baptiste… Parole de vérité qui oppose deux moments de l’économie du salut sans déprécier en rien la personne de Jean : le temps du Royaume est accompli et il transcende entièrement ceux qui les ont précédés et préparés… la loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venus par Jésus Christ.


Frères, on trouve dans le livre de l’Apocalypse, ce très beau texte : Au vainqueur, je lui donnerai de la manne cachée ; et je lui donnerai un caillou blanc et écrit sur ce caillou un nom nouveau que personne ne sait, sinon celui qui le reçoit. Chacun recevra ainsi au ciel son vrai nom… celui qu’il a occupé dans le plan divin de salut. La scène de la circoncision de Jean baptiste exprime une même vérité. Les gens de la parenté d’Élisabeth et de Zacharie s’étaient mépris sur la mission de Jean… jusqu’à l’enfant lui-même… Il en va de même pour nous qui ne savons prendre la pleine mesure de notre vocation de baptisé, de notre mission particulière dans le dessein de Dieu de sauver le genre humain. Quelque chose demeure pour ainsi dire cachée, inconnue de nous-mêmes, que le nom qui figurera sur le caillou que nous recevrons mettra alors au grand jour telle une révélation de ce que nous sommes, de ce que nous avons été, de ce que nous serons pour l’éternité…

Et que ferons-nous de ce caillou, sinon le placer à côté de tous les autres pour signifier que nous sommes les pierres vivantes du Corps du Christ… pour signifier que depuis le jour de notre baptême tout est grâce… Que Dieu, de toute éternité, fait grâce…


28-06-20 / 13e Dimanche du temps ordinaire

13e Dimanche du temps ordinaire

(Dom Yvon Joseph) 


Mot d’introduction

C’est chaque jour que nous avons à choisir ou à rechoisir ce qui nous fait vivre… À la lumière des paroles de Jésus aujourd’hui, notre eucharistie invite chacun de nous à réviser ses choix : est-ce que je n’ai «rien de plus cher que le Christ», ainsi que nous y invite notre père saint Benoît ?... «N’avoir rien de plus cher que le Christ», c’est d’abord reconnaître son amour indéfectible et sa miséricorde toujours offerte…


Homélie

Cet évangile est une collection de sentences : les quatre premières sont radicales et elles remettent nos choix en question… Les quatre dernières, elles, valorisent les moindres petits gestes d’accueil et d’attention aux autres que nous pouvons poser au cours d’une journée, tel celui de donner «un simple verre d’eau fraîche»… Comme nous n’avons pas le temps d’approfondir chacune de ces paroles, j’ai choisi de m’arrêter d’une façon globale aux premières… Ces paroles d’un si grand radicalisme, seul Dieu et seul Jésus peuvent les prononcer !... Et seules les personnes croyant profondément que Dieu est amour peuvent les accueillir sans peur et sans danger… Sinon ces paroles peuvent nourrir l’image d’un Dieu dominateur qui exige tout et qui n’en finit jamais d’exiger…


C’est ainsi que ces paroles radicales peuvent devenir des paroles dangereuses, si l’Esprit Saint ne nous donne pas de bien les entendre, si notre cœur n’a pas d’abord été séduit et éclairé par l’amour de Dieu révélé en Jésus Christ… C’est seulement alors que ces paroles nous aident à découvrir la capacité de don et de générosité qui est présente en chacun de nous, mais qui, souvent, nous reste cachée à nous-mêmes… Les quatre paroles radicales prononcées par Jésus ne sont pas des lois ou des contraintes extérieures, elles ne sont pas les exigences arbitraires et capricieuses d’un Dieu inhumain… Elles viennent plutôt éveiller notre vrai moi, le meilleur de notre être que Dieu ne cesse de créer et de sauver dans le Christ…

Ce qui se vit déjà au niveau humain peut éclairer notre expérience de croyants… La mère ou le père qui se précipite dans une maison en flammes pour sauver un enfant endormi n’y sont pas obligés par une loi extérieure… La jeune fille ou le jeune garçon qui se jette à l’eau pour secourir un ami ou une amie en train de se noyer n’y sont pas poussés par une contrainte extérieure… Le mouvement vient de l’intérieur : c’est du plus profond d’eux-mêmes que vient l’élan de générosité… C’est du meilleur d’eux-mêmes qu’ils sont prêts à risquer leur propre vie pour sauver la vie de celle ou de celui qu’ils aiment…

De même si nous choisissons de préférer le Christ, de prendre notre croix et de marcher à sa suite, de perdre notre vie à cause de lui, comme il nous y invite dans l’évangile, nous ne le faisons pas à cause d’une loi ou d’une contrainte extérieure… C’est un choix que nous réalisons dans la foi, parce que notre cœur a été séduit par le Christ et qu’en lui nous avons découvert la vraie vie… L’exigence vient de l’intérieur : elle est inséparable de notre amour pour le Christ et elle n’est plus perçue comme une exigence… Elle est vécue comme une poussée intérieure, un élan et une inspiration, une grâce et une force de l’amour plus fort que la mort…


Quand nous pensons à la foule des martyrs qui ont perdu leur vie à cause du Christ, et tout spécialement à nos sept frères moines de Tibhirine, nous voyons bien que ce n’est pas un goût de mort qui a inspiré leur fidélité à la suite du Christ, comme ce n’est pas un goût de mort qui nous fait marcher aujourd’hui à sa suite… Ce qui nous permet d’avancer avec joie, malgré les exigences et les renoncements, c’est un désir de vie… Un désir de vie véritable, un désir de vie en plénitude ne faisant qu’un avec l’amour du Christ qui nous a séduits un jour et qui nous séduit encore : «À qui irions-nous, Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle ?»… «Tu es le chemin, la vérité et la vie… Tu es le pain de vie… Tu es la résurrection et la vie…» Je le crois, Seigneur, mais j’ai toujours besoin que tu fasses grandir ma foi !... J’ai toujours besoin que tu séduises mon cœur !



29-06-20 / Saint Pierre et Saint Paul

SAINT PIERRE ET SAINT PAUL

(Frère Sylvain) 


Homélie

«Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église.» 


Telle que rapportée par l’évangéliste Matthieu, la scène qui se déroule à Césarée-de-Philippe nous livre ce matin non pas le compte-rendu détaillé d’un événement, comme le serait un reportage vidéo, mais plutôt une catéchèse sous forme narrative, une sorte de credo (en forme de dialogue) des premières communautés chrétiennes. 50 ans après les événements survenus ce jour-là, une vingtaine d’années après la mort de l’apôtre Pierre, Mathieu condense en quelques mots le contenu de la foi par une triple confession, portant sur l’identité de Jésus, l’identité de Pierre et l’identité de l’Église naissante, communauté déjà marginalisée et persécutée par le monde juif et le pouvoir romain.


«Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant!». L’héritage juif de l’apôtre Pierre, celui de la Torah et des Prophètes, à lui seul, ne lui suffit pas pour reconnaître l’identité de Jésus. La chair et le sang, toute sa capacité humaine d’investigation et de compréhension, n’y suffit pas non plus. Il s’agit d’une réalité spirituelle, révélée par le Père seul. Cela demeure vrai pour nous aussi, à vingt siècles de distance, avec ou sans l’héritage religieux et culturel de l’apôtre.


« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Ce qui fait de Pierre un rocher, un fondement stable sur lequel on peut bâtir, ce n’est pas la chair et le sang, ce n’est pas sa personnalité ou ses qualifications, c’est ce que le Père lui a révélé de l’identité de Jésus. Seul ce qui vient de Dieu est sûr et stable. Laissé à lui-même, à la réalité de la chair et du sang, Pierre s’enfonce dans l’eau (symbole des forces du mal) quand Jésus l’invite à venir le rejoindre; il cherche à détourner Jésus de son chemin de souffrance et de mort; il nie le connaître au soir de sa passion, quand la peur s’empare de lui. Seul ce qui vient de Dieu est sûr et stable. Notre amour est défaillant. Seul l’amour éternel de Dieu ne défaille pas.


«La puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.» L’apôtre Jacques est mort, décapité par Hérode. L’apôtre Pierre est mort crucifié sous Néron. L’apôtre Paul décapité à Rome sur la voie qui mène à Ostie. La mort l’emporte maintenant sur la chair et le sang, elle ne saurait détruire ce qui en nous est promis à la résurrection, ce qui est déjà en nous vie éternelle. C’est là sans doute le secret de la confiance qui anime Pierre dans sa prison, pouvant dormir tranquillement entre deux soldats la veille même de sa mort annoncée. C’est ce qui donne au testament de Paul le ton apaisé d’un homme qui se sait aimé au-delà de tout : «Bien-aimé, je suis déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice : le Seigneur, le juste juge, me la remettra en ce jour-là, et non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation glorieuse.» Est-ce là notre désir ?


«Je bâtirai mon Église» dit Jésus. Quelle part la chair et le sang ont-ils eu dans l’édification de l’Église telle qu’elle se présente à nous aujourd’hui, en sa réalité fragmentée : catholique, orthodoxe, anglicane et protestante ? L’Église traversée de courants des plus intégristes au plus libéraux, alourdie du poids de ses institutions millénaires, minée en sa crédibilité par ses nombreux scandales ?... Quelle Église Jésus veut-il bâtir aujourd’hui, dans la réalité si complexe de l’affolement du monde, tel que décrit par Thomas Gomart dans le livre que nous lisons actuellement au réfectoire ?... De la demeure de gloire où sont les apôtres, qu’ils nous indiquent le chemin vers l’essentiel, pour laisser de côté le transitoire qui doit disparaître avec la chair et le sang, pour nous ancrer en ce qui demeure éternellement.




03-07-20 / Saint Thomas

SAINT THOMAS

(Dom André, Père-Abbé) 


Homélie

Mes Frères,


C’est toujours intéressant de constater la très grande variété de tempérament, de caractère, de personnalité entre les douze apôtres.


Jésus est venu mais Thomas n’était pas là. On ne sait rien des raisons de son absence. On sait seulement qu’il n’était pas avec les autres cette fois-là. Bien sûr, un certain nombre d’auteurs spirituels n’ont pas manqué d’insister sur cette absence pour faire remarquer tout ce qui peut advenir et nous échapper quand nous ne sommes pas avec la communauté lors d’événements importants. Mais ce type de commentaires ne nous rejoint pas vraiment car nous sommes, comme moines, des êtres habitués à vivre en état de manque. Nous sommes en quête de Dieu, en quête d’absolu, en quête d’amour infini et aucun d’entre nous n’a encore trouvé pleinement ce qui lui manque. Alors il nous arrive de ne pas toujours être là, à nous aussi, à certains moments.

Les autres disent à Thomas : «Nous avons vu le Seigneur». Thomas n’est pas impressionné. Le «venez et voyez» de Jésus à ses premiers disciples n’est pas si loin après tout. Mais sa réponse a tout de même quelque chose de déconcertant. Ce n’est pas le visage de Jésus qu’il veut voir et toucher, c’est le Crucifié et ses plaies. Il lui faut la trace des clous et de la lance pour croire. Comme si cette image de souffrance et de mort s’était imprégnée en lui et il veut la vérifier dans l’expérience du toucher. Comme s’il ne pouvait pas s’imaginer Jésus autrement que cet homme mort en Croix… donnant sa vie par pur amour. Thomas aura certainement prié lui aussi le Psaume 26 : «C’est ta face Seigneur que je cherche, ne me cache pas ta face». Mais ce même Thomas n’est pas prêt à croire avant d’avoir vu non pas le visage de Jésus mais les marques concrètes d’amour de Jésus dans ses mains et dans son côté de Jésus.


Et Jésus revient. On dirait même qu’il est revenu pour Thomas. Et pourquoi pas après tout ? Il lui montre les marques et Thomas n’a plus aucun doute. Il croit. Le Ressuscité qui est devant lui est bien le Crucifié. Il croit. Et cela donne à Jésus l’occasion d’ajouter une autre béatitude : «Heureux celui qui croit sans avoir vu.» Mes Frères, combien de fois le Seigneur a-t-il visité notre communauté ? Et combien de fois avons-nous cherché nous aussi les signes concrets de son amour ? Sans le voir… Sans le voir mais en le reconnaissant, en reconnaissant sa présence au milieu de nous, entre nous, en nous… sans le voir, nous croyons en lui… nous le croyons…


Nous fêtons aujourd’hui notre f. Raphaël et nous allons prier pour lui durant cette Eucharistie. Mais nous célébrons aussi l’apôtre Saint Thomas, auteur de l’une des plus belles prières d’adoration : Mon Seigneur et mon Dieu.

Avec l’apôtre, entrons en Eucharistie avec le même désir de voir Dieu et la même reconnaissance pour tout ce qu’il nous révèle de son amour dans nos vies.


Mon Seigneur et mon Dieu, toi qui nous fais connaître le trésor de la foi, béni sois-tu et prends pitié de nous.

Mon Seigneur et mon Dieu, toi qui soutiens notre espérance, béni sois-tu et prends pitié de nous.

Mon Seigneur et mon Dieu, toi l’envoyé du Père, venu réconforter les cœurs blessés, béni sois-tu et prends pitié de nous.





11-07-20 / Saint Benoît

SAINT BENOÎT

(Dom André, Père-Abbé) 


Homélie

Mes Frères,


Saint Benoît commence sa Règle avec des mots qui ressemblent beaucoup à ceux du livre des Proverbes : Mon fils, accueille mes paroles… Mais pourquoi écouterions-nous ses paroles plutôt que celles d’un autre ? Qohélet (1,8.10) n’a-t-il pas raison de dire : Tout discours est fatigant, on ne peut jamais tout dire. Et : Y a-t-il une seule chose dont on dise : Voilà enfin du nouveau ! Pourtant il y a bien eu des paroles qui ont fait de la nouveauté dans le monde et dans l’histoire humaine : Dieu dit : que la lumière soit et la lumière fut. Il n’y avait alors aucune différence entre dire et faire, la parole créait et ne retournait pas à Dieu sans avoir accompli et réalisé ce qu’elle avait affirmé (Is 55,10-11). Est-ce que saint Benoît a parlé avec des paroles aussi fortes, des paroles qui font vivre et ouvrent vraiment les seuls sentiers qui mènent au bonheur ?


Saint Benoît dit avoir écrit une petite règle pour débutants. Il a cherché à nous transmettre un cadre de vie qui puisse nous aider à chercher et à trouver Dieu en formant notre cœur à la sagesse et à la connaissance de Dieu. Mais il y a eu 27 règles monastiques durant les 9 premiers siècles de notre histoire. La Règle de saint Benoît perdure encore aujourd’hui car elle nous vient d’un homme inspiré et inspirant, d’un homme, un saint, qui nous élève et nous fait devenir meilleur. Pourquoi fêter un saint s’il ne nous inspire pas à grandir et à devenir à notre tour plus humain et plus saint ? C’est toujours un test redoutable que de se demander honnêtement : qui m’a inspiré ces jours-ci, qui a contribué à m’élever et à me faire devenir un homme nouveau et meilleur ? Saint Benoît ? Le Pape François ? Mes frères en communauté ? La Vierge Marie ? Le Christ Jésus ?


Les intuitions, les inspirations de saint Benoît sont pourtant nombreuses : l’équilibre entre la prière, le travail et la lectio divina, la tension bénéfique entre le silence et la parole, les réajustements incessants entre ce qu’exige la Règle et ce que l’Abbé en interprète au quotidien, la recherche de Dieu en tout ce que nous faisons (prier, travailler, accueillir des hôtes, vivre en frères). Alors comment se fait-il que nous ne parvenions pas toujours à marcher sur les traces de notre père Saint Benoît alors que, comme lui, nous avons tout quitté pour suivre le Christ sur les chemins de son Évangile ?


J’aime me rassurer, me réconforter et me stimuler en écoutant saint Bernard (dans son sermon 14,6 sur le Cantique) : «Moi-même bien souvent, et surtout aux premiers temps de ma conversion (pourquoi rougirais-je de l’avouer ?), j’ai éprouvé la sécheresse d’un cœur froid. (…) Je ne voyais personne qui pût me venir en aide, dissiper les brumes glaciales qui figeaient mes sens intérieurs (…) Mais soudain la seule vue d’un homme avancé dans la vie spirituelle ou bien le simple souvenir d’un absent ou d’un mort suffisait. (…) Je suis honteux de m’émouvoir au souvenir d’un homme plutôt que de Dieu. Mais je suppose que plusieurs d’entre vous ont fait cette même expérience et la font encore parfois.»


Oui, nous célébrons aujourd’hui un homme, un ancien disparu depuis longtemps, un saint c’est-à-dire un homme inspiré et inspirant pour des générations d’hommes et de femmes qui ont adopté sa règle de vie, qui sont devenus à leur tour des influenceurs, capables d’insuffler dans notre monde une part de cette harmonie et de cette paix intérieures qui les habitent.

Mes Frères, je ne sais pas si en suivant le Christ dans la voie tracée par saint Benoît, nous sommes devenus et nous devenons encore des êtres nouveaux, des hommes de louange et de paix, des êtres lumineux qui dégagent et transmettent cette joie de vivre en frères et cette paix du cœur dont notre monde à tant besoin. Ce n’est pas à nous de porter ce jugement. Mais chaque matin quand nous disons ensemble que nous élevons notre cœur et que nous le tournons vers le Seigneur, je crois qu’il nous entend, qu’il nous croit et qu’il opère en nous cette lente mais réelle transformation qui nous façonne jour après à sa ressemblance.


Alors oui, nous pouvons écouter les paroles de saint Benoît et les mettre en pratique car nous sommes vraiment sur les sentiers qui mènent à Dieu et au bonheur en Dieu. Voilà enfin du nouveau… chaque matin !






12-07-20 / 15e Dimanche du temps ordinaire

15e Dimanche du temps ordinaire

(Frère Sylvain) 


Mot d’introduction

Frères et sœurs, dans la deuxième lecture, ce matin, l’apôtre Paul nous dit qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous. Il ne dit pas que la gloire qui va être révélée est proportionnelle aux souffrances du temps présent, comme l’enseigne le catéchisme ou la tradition (plus on souffre, plus grande sera la récompense) mais qu’il n’y a pas de commune mesure entre les deux. Cette réalité peut nourrir notre espérance, mais ne répond pas à la question : pourquoi tant de souffrances en ce temps-ci, en ce monde-ci ? Saint Paul parle de la création qui gémit, des douleurs d’un enfantement qui dure encore. Y a-t-il un sens à l’épreuve, une réalité à enfanter, autre que l’amour? 


Homélie

Dans la première lecture, le prophète Isaïe, ou plutôt Dieu lui-même, compare la parole qui sort de sa bouche à la pluie ou la neige qui descendent des cieux. Dans l’évangile, Jésus compare la parole du Royaume à une semence. Il y a une différence notable entre les deux, qu’il vaut la peine de creuser un peu.


Pour le prophète Isaïe, pour Dieu lui-même, l’efficacité de sa parole ne fait aucun doute. La pluie descend du ciel d’elle-même, sans nécessiter aucune intervention humaine. À tout coup elle produit son effet : matière liquide, elle pénètre le sol et en assure la fécondité. Pour la terre d’Israël et son climat subtropical, partagé entre saison sèche et saison des pluies, la pluie et la neige sont toujours bénédiction.


La parole du Royaume est elle aussi efficace, mais son efficacité dépend de plusieurs conditions. L’humble et fragile produit de la terre qu’est la semence nécessite au moins quatre éléments pour donner son fruit. Elle nécessite l’activité et le travail humain, l’effort laborieux du semeur. Elle nécessite une terre abondante et généreuse. Elle nécessite la chaleur du soleil et la pluie bienfaisante qui la féconde. Enfin, elle nécessite du temps, la durée indispensable qui permet à la semence de croître et de fructifier, le long mûrissement de la plante qui lui permet de déployer tout son potentiel de vie. Comme l’illustre la parabole, chacune de ces conditions peut venir à manquer, et mettre en échec l’efficacité de la parole évangélique.


Comme la pluie, la parole créatrice de Dieu ne rencontre aucun obstacle, puisque c’est elle qui suscite toute réalité. La parole du Royaume, elle, rencontre la liberté humaine des êtres limités que nous sommes, et les refus que nous pouvons lui opposer.


La création tout entière est issue de la parole de Dieu, toute personne humaine est créée à son image et à sa ressemblance, capable d’infini. Allons-nous restreindre la parole de Dieu à ce que nous en percevons, à ce que notre tradition judéo-chrétienne nous a légué ? La pluie ne se répand-elle pas sur toute la terre, pour la féconder et la faire germer ? La pluie qui tombe en Israël fait produire des fruits propres à la terre d’Israël, selon son climat et la richesse de son sol. La pluie qui tombe en terre africaine fait produire des fruits propres à l’Afrique, et de même en Asie et en chaque région du monde. La parole de Dieu qui tombe en terre musulmane lui fait produire des fruits selon la richesse de sa tradition. La particularité de la pluie, de l’eau qui pénètre la terre, c’est de disparaître pour devenir cela même qu’elle féconde.


Il en est de même de la parole du Royaume. La semence, le bon grain, produit des fruits variés selon la terre qui la reçoit. N’allons pas retreindre non plus la parole du Royaume au contenu de nos évangiles. Toute parole qui libère et qui fait vivre n’est-elle pas parole du Royaume ?


Quelle est la démarcation entre parole de Dieu, parole du Royaume et parole humaine ? Où finit l’une, où commence l’autre ? Toute parole humaine n’est-elle pas aussi pluie, neige et semence ? D’ailleurs, si la parole évangélique peine parfois à se frayer un chemin dans la terre de notre cœur, n’est-ce pas parce que celui-ci a été visité, sinon ravagé, par bien des pluies, et qu’on n’y a pas semé que du bon grain ? Y a-t-il terre plus malléable, mais aussi plus vulnérable, que le cœur d’un enfant, cet enfant que nous avons tous été et que nous sommes appelés à redevenir pour entrer dans le royaume des cieux ? Cœur livré sans défenses aux paroles, aux gestes, aux regards de l’amour, mais aussi à ceux du non-amour : celui des parents, des frères et sœurs, et de toutes les personnes rencontrées depuis notre naissance et celles que nous croiserons jusqu’à notre mort. Notre vie entière est tissée des paroles semées en nous – paroles entendues, paroles lues – et qui ont produit parfois des fruits de vie, parfois des fruits de mort. Combien de paroles avons-nous semées en retour, paroles d’amour, paroles de non-amour ?


Est vraiment parole humaine celle qui humanise. Est parole de Dieu celle qui nous divinise. Mais l’une ne va pas sans l’autre, depuis que la Parole de Dieu est devenue l’un de nous.







19-07-20 / 16e Dimanche du temps ordinaire

16e Dimanche du temps ordinaire

(Frère Bruno-Marie) 


Mes frères,


Nous connaissons tous les paraboles du Royaumes que nous venons d’entendre:


Le royaume des cieux est semblable à une graine de moutarde qu’un homme a plantée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais quand elle a poussé, elle devient un arbre. Ou encore, le Royaume des cieux est comparable à du levain qu’une femme enfouit dans trois mesures de farine jusqu’à toute la pâte ait levé. Enfin, le Royaume des cieux est encore comparable à un champ où poussent en même temps du blé et de l’ivraie. 


Toutes ces paraboles sorties directement de la bouche de Jésus, nous sont données pour fortifier notre espérance dans la victoire finale du Royaume des cieux dans notre monde quelques soient les obstacles rencontrés. Mais ne pourraient-elles pas nous être données aussi pour nous encourager dans notre vie spirituelle?


Prenons par exemple, la parabole de la graine de moutarde. La vie spirituelle en nous est semblable à une graine de moutarde qu’un homme a jetée dans son champs Elle commence toute petite le jour de notre baptême et elle peut demeurer de longues années enfouie dans notre terreau humain jusqu’au jour où un événement déclencheur la fasse éclore. Alors, comme Jésus qui grandissait en taille et en sagesse devant Dieu et devant les hommes, elle se met à grandir en nous jusqu’à nous atteignions la plénitude de la stature du Christ. Cette croissance vers la plénitude de la stature du Christ commence dès ici-bas et se poursuivra durant toute l’éternité.


Ou encore, la vie spirituelle en nous est comparable à du levain qu’une femme a enfoui dans trois mesures de farine jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. Enfouie dans toute l’épaisseur et la lourdeur de notre pâte humaine avec tout ce qu’elle renferme de qualités mais aussi de défauts, de travers et de replis sur soi, la vie spirituelle agit en nous à la manière du levain. De jour et de nuit, que nous veillons ou que nous dormions, sans que nous sachions comment, elle nous transforme de l’intérieur afin que lève en nous l’homme intérieur, l’homme nouveau qui cherche Dieu et marche en sa présence.

Il n’en reste pas moins que durant tout ce temps, le vieil homme demeure toujours bien vivant en nous avec tous ses travers et ses défauts qui nous font souffrir et qui font souffrir aussi les autres, Pourquoi Dieu ne le déracine-t-il pas puisqu’il ne vient pas de Lui mais de l’ennemi?


Dieu ne le déracine pas tout simplement parce qu’Il nous aime. Il sait très bien qu’en déracinant cette ivraie qu’est le vieil homme en notre cœur, Il risquerait aussi de déraciner le blé de l’humilité qui est la mère de toutes les vertus.


Mes frères,


Heureusement que Dieu ne nous regarde pas à la manière des hommes. Les hommes en nous regardant, s’arrêtent bien souvent ce qui les énerve et les agace. Il n’en va pas de même pour Dieu. Dieu en nous regardant, voit au-delà de nos limites, de nos défauts et même de nos péchés. Ce qu’Il voit en nous, c’est le travail de sa grâce qui agit à la manière du levain. Il sait qu’un jour toute notre pâte humaine lèvera jusqu’à devenir Eucharistie, c’est-à-dire Action de grâce à la louange de son Nom. Les hommes ont des vues à court terme. Dieu en nous regardant a des vues à long terme.







22 -07-20 / Sainte Marie-Madeleine

SAINTE MARIE-MADELEINE, APÔTRE

(Dom André, Père-Abbé) 


Mes Frères,


Dans toute vie spirituelle, il y a un passage difficile à qualifier : souhaité parce qu’il marque un tournant indéniable et redouté parce qu’il est un saut dans l’inconnu, dans une autre dimension. Est-ce une part du mystère pascal, est-ce une étape dans la maturation humaine et spirituelle, ce qui est sûr c’est qu’il y a réellement un passage dans le sens d’un engendrement, d’une nouvelle naissance.


Saint Pierre aimait profondément Jésus mais il l’a renié trois fois parce qu’il s’aimait encore plus qu’il n’aimait le Christ à ce moment-là de sa vie mais il a changé. Saint Paul avait consacré sa vie à Dieu et à poursuivre ceux qu’il croyait en dérive face à la Loi divine avant de vivre une sorte d’éblouissement aveuglant et de voir la réalité autrement. Saint Thomas n’a pas cru la parole et le témoignage des autres, il lui fallait attendre de voir et de toucher pour croire et Jésus a répondu à cette attente. Saint François a entendu l’appel du Christ à rebâtir son Église et il a pris une truelle et du mortier pour refaire une petite église avant de comprendre que l’appel du Seigneur le destinait à une mission bien plus grande. L’histoire spirituelle de chacun est forcément différente car nous sommes tous des personnes uniques. La constante dans ces histoires c’est la conversion du regard: les yeux s’ouvrent et perçoivent la réalité et la vie tout autrement.


Marie-Madeleine cherchait Jésus. Elle cherchait un mort, un cadavre. Elle avait dû affronter bien des peurs pour être là, seule. de grand matin près d’un tombeau ouvert où elle se penche pour regarder. Elle aimait tellement Jésus, elle l’aimait encore d’ailleurs beaucoup mais elle n’était pas rendue à le croire vivant, ressuscité. Pourtant dans la persévérance de son amour pour lui, au travers de ses larmes, elle continue à le chercher. C’est ce cheminement intérieur qui nous interpelle : chercher avec nos limites, nos aveuglements, nos doutes, la petitesse de notre foi. Et puis, Marie-Madeleine a connu elle aussi ce retournement intérieur, ses yeux se sont ouverts et elle a reconnu Jésus quand il lui a redit son nom sans doute avec un accent qui lui était familier : elle a retrouvé Celui que son cœur n’avait jamais cessé d’aimer. Et on peut comprendre qu’elle ne voulait plus le lâcher. Mais si elle avait connu le Christ à la manière humaine désormais elle ne le connaîtrait plus ainsi. Le monde ancien était passé, voici qu’une réalité nouvelle était là (cf. 2 Cor 5,16-17). Jésus est devenu encore plus intime à elle-même si bien que Marie-Madeleine vit un amour transfiguré, un amour immense, qui est toute sa joie et son bonheur et elle n’a plus qu’un désir : le partager, l’annoncer, s’en faire la messagère et l’apôtre.


Mes Frères, nous voulons tous que le Christ Jésus nous entraîne nous aussi dans cette voie et devienne le tout de notre vie, comme pour Pierre, Paul, Thomas, François d’Assise, Marie-Madeleine. Qu’avaient-ils donc que nous n’avons pas, nous ? Rien. Ils ont persévéré dans leur quête de Dieu. Ils sont restés fidèlement des chercheurs de Dieu. Et progressivement, dans la patience du temps et à l’heure de Dieu dans leur vie, ils se sont retrouvés face à face avec le Christ Jésus, un Christ Jésus… vivant, ressuscité et présent.


Puisse sainte Marie-Madeleine intercéder pour nous obtenir la grâce de ce même passage, de ce même engendrement dans notre vie spirituelle…







25-07-20 / Saint Jacques

SAINT JACQUES, APÔTRE

(Dom Yvon-Joseph) 


Alors que Jésus vient d’annoncer sa passion pour une troisième fois (c’est le passage de l’évangile selon saint Mathieu qui précède celui que nous venons d’entendre)… Alors qu’il avance résolument vers Jérusalem dans le désir d’accomplir la volonté de Dieu son Père pour le salut du monde, la mère des fils de Zébédée, elle, est préoccupée de l’avancement et de la promotion de ses deux fils qui semblent eux aussi partager le désir de leur mère… Même s’ils ont cheminé avec Jésus depuis le début de son ministère en Galilée, ils n’ont pas su saisir le sens de sa mission ! Ils sont encore trop refermés sur eux-mêmes et leur propre intérêt qu’ils demeurent incapables de s’ouvrir au mystère de Jésus !


Cette page d’évangile vient éclairer notre propre cheminement de foi… Nous aussi, nous avons pu choisir de suivre Jésus depuis longtemps, nous avons pu le contempler longuement dans le mystère de sa passion et de sa mort sur la croix, et nous pouvons toujours demeurer très centrés sur nous-mêmes, préoccupés d’abord de notre avancement, même si nous le voyons comme un avancement spirituel…


Pour devenir vraiment attachés à Jésus et à son mystère, un décentrement de nous-mêmes est constamment nécessaire : nous n’avons jamais fini de le faire et de le refaire… Ce qui doit devenir premier dans notre vie, ce n’est pas notre recherche de perfection ni notre désir de sainteté, si beau soit-il, mais notre recherche de Dieu, notre désir de vivre toujours mieux unis au Christ afin d’entrer avec lui dans son mystère pascal…


Aujourd’hui – et c’est vrai à chacune de nos eucharisties – Jésus vient nous décentrer de nous-mêmes afin de mieux nous centrer sur lui et son mystère : « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? », nous demande-t-il… Il prend soin de préciser que le véritable avancement à sa suite se manifeste dans le service de nos frères : « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur » !

      

26-07-20 / 17e Dimanche du temps ordinaire

17e Dimanche du temps ordinaire

Fête des jubilaires de la communauté

(Frère Yves)

      

« Le Royaume des cieux est comparable à un négociant de perles fines ».


     Le chanceux qui a trouvé le champ où se cache le trésor est à l’image de nous.   De toute évidence, nous n’avons pas mis la main sur le « gros-lot », mais nous avançons sur le chemin avec au cœur la certitude qu’un bien inestimable est caché quelque part et qu’il nous est destiné; un bien qui a chacun de nous pour unique destinataire. Nous cherchons depuis toujours, mais qui nous a dit qu’un jour une surprise heureuse devait faire irruption dans nos parcours…?

     Nous manquons à notre appel aussi longtemps que nous acceptons d’avancer sur le chemin en ne rêvant pas, à la manière d’un enfant, à quelque chose de plus grand que ce que notre imagination pourrait nous construire! Nous manquons à la lumière lorsque notre soif ne dépasse pas ce à quoi nous pouvons aspirer. Notre rêve se doit de renverser tout ce qui aurait la prétention de lui imposer des limites.

     Nous bénéficions d’un précieux avantage: celui de pouvoir espérer au-delà de notre capacité de rêver. Le mystère et l’inaccessible sont notre pain! La chair n'est pas notre maison, elle est notre prison! Il nous faut apprendre à vivre comme des êtres désincarnés, ce qui aurait pour effet de rendre enfin sa dignité à notre chair!

     Pour chacun de nous, une heure est marquée pour la réalisation d'un grand tournant, celui où notre visage paraîtra comme une bougie d'allumage dans le visage du Père.  Pour l'instant, c'est dans la Foi qu'il nous est donné de rêver.  La générosité de notre coeur se mesure donc à l'envergure de nos rêves. Nous sommes en attente d'une plus grande intensité de vie mais ce dont nous avons le plus urgent besoin c'est d'être davantage en harmonie avec notre intérieur.

     Nous ne pouvons atteindre le mystère, notre mystère qu'en prenant du recul face à lui.  Même si, nous en approcher irrespectueusement, ne peut lui porter atteinte : il est insaisissable mais, tenter de mettre la main sur lui manifesterait que nous sommes à des années-lumière de lui.  Les montagnes aux neiges éternelles ne sont admirables que de loin.

     À l'inverse de la joie sensible, - celle dont l'animal est capable - la joie spirituelle vit de la beauté de son objet, au lieu de le détruire pour s'en nourrir.  Et la surprise ici, est que cet abaissement en présence du sacré est source du plus grand des bonheurs.

      Une expérience de vie fuit instinctivement la joie explosive: elle recueille, au contraire.  

   Il nous faudra être longuement éduqués au protocole du sacré avant d'avoir accès à une intensité de communion qui puisse apaiser enfin notre soif.

     Il nous faudra accepter d'être aimés, non à la mesure de notre fidélité, mais à partir de ce que Dieu est lui-même.

     Il nous faudra renoncer à nos mérites : c'est là le plus menaçant de nos péchés.

    Renoncer aussi à notre dignité car elle défigure le visage de Celui qui, avec effusion embrasse l'insolvable encore mal disposé!

     Bien plus, il nous faudra consentir à être aimés en vertu d'une injustice.

     Il est contraire à nos habitudes en effet d'être aimés alors que nous avons parfaitement conscience de n'être pas aimables.

     Nous sommes les prisonniers du mal, et il n'est pas normal qu'un incarcéré puisse circuler en toute liberté.

     Mais cette loi de la normalité est celle des hommes!

     Dans le Royaume, l'inculpé est non seulement blanchi, mais couvert de privilèges, privilèges qui demeurent inaccessibles à ceux qui ont travaillé depuis l'aube dans la vigne et qui, pour cette raison, attendent un salaire.

       Cette loi nous renverse.

     Les fautes de notre vie n'enlèvent rien au droit qui est le nôtre, celui d'être embrassés comme l'unique valeur, de façon exclusive : parce que le baiser en question est virginal!

     Et nos mérites n'ajoute rien à notre capital de gloire!

     Nous avons été pesés, et notre personne s'est révélée plus précieuse que nos actes les plus méritoires.

     La valeur de notre personne efface nos mérites.

     Quelle énergie venue d'En-Haut il nous faudra recevoir pour entrer dans cet illogisme où le moins méritant a préséance!

   Il nous faut consentir à être le préféré tout en reconnaissant que nous sommes le plus indigne : quelle inconvenance!

     Il ne faudra plus nous en étonner : jamais le monde ne nous pardonnera ce privilège de l'exclusivité, sans aucun mérite de notre part, ce qui est aujourd'hui la couronne de nos jubilaires.


29-07-20 / Saints Marthe, Marie et Lazare

SAINTS MARTHE, MARIE ET LAZARE

(Dom André, Père-Abbé) 


Mes Frères,


Jésus aime toujours venir dans une maison de fraternité et d’amitié, que ce soit à Béthanie ou au Val Notre-Dame, parce qu’il sait qu’il va pouvoir y retrouver des amis, des Marthe, des Marie et des Lazare.


Marthe. Au centre de tout ce que fait Marthe, il y a le repas. Marthe n’est pas que la femme agitée et affairée qui rate l’essentiel. Elle a fait le choix d’aimer en servant, de servir en aimant les siens, même après la mort de son frère et encore après que Jésus l’ait ramené à la vie. Toujours autour d’un repas : elle aide à vivre du pain et de la parole de la fraternité. Imitons-la, mes Frères : devenons des hommes qui se reconnaissent dans le Christ venu pour servir et non pour être servi. Devenons des hommes qui aiment se retrouver autour du repas : repas des jours ordinaires ou repas de fête, et repas de l’eucharistie.


Marie. Emportée avec bonheur vers la contemplation et l’adoration de celui que son cœur aime ; elle l’a trouvé, elle ne le lâchera plus. Qui regarde vers lui, resplendira. Marie est heureuse de ce regard et de ce bonheur en Dieu. Rien d’autre n’existe pour elle : c’est la fidélité de l’amour. L’amour de Dieu, la seule chose nécessaire. La meilleure part qui ne lui sera pas enlevée, ni à elle ni à nous mais rappelons-nous, mes Frères, que l’amour n’est pas fait pour être possédé, retenu pour soi, mais pour être à nouveau donné et transmis.


Lazare. Ce qui frappe chez Lazare, c’est la gratuité de son amitié pour Jésus; il ne dit rien, il ne fait rien, il est là, aux côtés de Jésus. De l’ami, c’est bien ce qu’il y a de plus précieux, ce qu’on attend vraiment de lui : rien d’autre qu’une présence. Jésus se rend au tombeau pour en ramener Lazare. Il vient chercher celui qu’il aime pour que Lazare puisse le chercher et l’aimer à son tour. Il vient le chercher là où il se trouve : dans la réclusion et la solitude de la mort. C’est là que Jésus vient le retrouver. Soyons des Lazare que Jésus revient visiter simplement parce qu’il est notre ami.


À ces trois saints, ces trois amis de Jésus, demandons de nous obtenir la grâce de suivre Jésus avec ce qu’il nous a donné de cœur, d’âme et de force.