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Homélies

Homélies 2020

05-04-20 / Rameaux et Passion

DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION 

(Dom André, Père-Abbé) 

 

Mot d'introduction 

La Semaine Sainte commence par un cri de joie et une louange prophétique. Il vient! Hosanna au Fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!Nous nous apprêtons à revivre cette Semaine Sainte avec une Église qui ne pourra pas tenir de célébrations publiques autrement que par les médias sociaux. Les plus grandes villes du monde sont désertes et le grand silence de notre retraite annuelle semble s’être installé sur toute la terre. Nous allons vivre cette Semaine Sainte sur une planète où plus de la moitié de la population du monde vit aujourd’hui en confinement. Et pourtant, tout est accompli. Le Seigneur est là vivant, ressuscité, avec nous, tous les jours dans ce que nous vivons. 


Par sa Passion et sa Résurrection, Jésus est venu ouvrir un chemin nouveau dans l’histoire de l’humanité et ce chemin prend cette année un tracé et des contours absolument inédits. 


Les 40 derniers jours ont été très éprouvants pour beaucoup de nos contemporains en Chine, en Iran, en Italie, en Espagne, en France, aux États-Unis et chez nous au Québec, à Montréal. Cette marche avec nos rameaux n’a pas le caractère joyeux et triomphal habituel, elle est plutôt une marche humble, priante, silencieuse, pour redire notre foi la plus profonde en Celui qui a vaincu tout mal. En raison des circonstances et des événements, notre joie est donc aujourd’hui modeste, discrète, parce que solidaire de tous ceux et celles qui sont frappés par la pandémie. Mais cette joie s’enracine dans le fait d’être disciples du Christ, d’être dans le Christ, les frères de tout être humain qui vit sur la terre. 


Homélie des Rameaux 

Cet Évangile est omis aujourd’hui dans presque toutes les Églises catholiques à travers le monde en raison du confinement. En posant les gestes très concrets de cette entrée sur le dos d’un petit âne, Jésus sait très bien ce qu’il fait et ce qu’il veut faire passer comme message. 


Le peuple revenu d’exil a repris sa vie, rebâti la ville et le temple. Le prophète Zacharie le mentionne mais il reconnaît qu’il leur manque encore l’autonomie car le peuple est toujours sous domination étrangère, il leur manque un roi. Jésus connaît la prophétie, le peuple aussi. Il entre comme roi dans la ville sainte et c’est ce qui angoisse les autorités de Jérusalem. Car tous connaissent la prophétie de Zacharie. La foule qui se montre enthousiaste reste ambiguë elle aussi. Quand les gens de la ville leur demandent qui est cet homme qu’ils accompagnent en l’acclamant : la foule ne dit pas que c’est le Roi, le Messie, l’Élu, l’Envoyé de Dieu, Celui qui vient au nom de Dieu, mais répond : c’est le prophète Jésus de Nazareth. 


Jésus entre comme roi dans Jérusalem en montrant quel genre de roi il entend être au milieu des siens, au milieu des petits et des pauvres. Un roi doux et humble, proche des siens. Et la foule y est sensible. Elle prend des branches, des palmes pour dire sa joie ; elle jette des manteaux par terre devant lui. 


Jésus entre dans cette dernière semaine de sa vie sur terre en révélant qui il est, lui le Seigneur et le Maître de l’histoire, lui qui va être crucifié et qui va ressusciter la nuit de Pâques, il vient comme un être qui est prêt à aller jusqu’au bout de l’amour. C’est ce Jésus que nous voulons suivre… 


Avançons maintenant en bénissant Celui qui vient… et suivons-le dans le mystère de sa Passion, de sa Croix, de sa Mort et de sa Résurrection. 


Homélie de la Passion 

Le Seigneur m’a donné une oreille pour écouter en disciples et un langage de disciples pour dire une parole de soutien à ceux qui peinent… et je ne me suis pas dérobé… nous rappelle le prophète Isaïe. Écouter en disciples n’est-ce pas écouter avec les sentiments qui étaient ceux-là même de Jésus, des sentiments d’humilité, de douceur, de paix, de compassion envers les autres. Et la parole de soutien dont notre monde a le plus besoin aujourd’hui n’est-ce pas une parole pour soutenir et nourrir l’espérance. 


Nous ne sommes ni Pierre, ni Judas. Nous ne sommes ni Pilate ni Joseph d’Arimathie. En ce moment, comme moines, nous ressemblons davantage à Simon de Cyrène. Nous vivons un de ces moments charnières dans l’histoire de l’humanité où le Christ est toujours maître de l’histoire mais plus que jamais il recherche notre collaboration. Surpris comme tout le monde par ce qui se passe aujourd’hui dans le monde, nous voilà comme réquisitionnés sans l’avoir demandé, sans l’avoir voulu, réquisitionnés pour être porteurs de la Croix avec Jésus. Notre contribution est de l’ordre de la prière, prière de louange et prière d’action de grâce. 


Je sais, nous serions peut-être portés à penser plus spontanément à la prière de demande : Seigneur, fais disparaître cette pandémie, fais que les gens ne meurent pas seuls, isolés des leurs, fais que tout cela prenne fin le plus rapidement possible. C’est un désir bien naturel mais est-ce bien le désir du disciple de Jésus, du disciple qui écoute et qui profère une parole de vie et d’espérance ? Et si suivre Jésus, marcher sur ses traces, nous faisait plutôt reprendre sa prière devant la mort, que ce soit celle de Lazare, la sienne, la nôtre : «Père, je te rends grâce de m’avoir écouté. Je te rends grâces parce que je sais à l’avance que tu me donnes la victoire sur la mort, pour moi et pour tous. Je te rends grâces parce que tu as mis dans mon cœur toute la force de ton amour, capable de vaincre la mort en la transformant en occasion du don le plus complet et le plus parfait qui soit.» Ce qui est extraordinaire dans la prière de Jésus, c’est qu’il met l’action de grâces tout au commencement, avant même l’exaucement de sa prière. Et c’est de cette manière qu’il a pu aller jusqu’au bout de l’amour filial et fraternel. 


La clef de compréhension de la vie monastique est du côté de l’eschatologie, c’est-à-dire de notre manière non pas de prophétiser l’avenir mais de remettre notre présent sur un horizon plus large et plus ouvert. Nous ne savons pas ce que sera demain mais nous savons que nous allons vers la lumière et la vie de la Résurrection. Il y aura un avant et un après à tout ce que nous vivons actuellement. Et l’action de grâces est une prière de reconnaissance anticipée de la vie nouvelle, de la fraternité nouvelle, de la conscience nouvelle qui prendront un jour le relais. L’amour semé aux origines du monde tôt ou tard finira par germer et porter beaucoup de fruit. La mort est une rupture de relations entre les personnes. L’eucharistie, au contraire, sert à la communion avec Dieu, au rapprochement en Dieu entre les personnes, en particulier ceux et celles qui pleurent et meurent aux soins intensifs un peu partout dans le monde. Dans le don complet de sa vie sur la Croix, le Christ nous attire dans une autre dimension, il nous attire dans l’amour que rien ne peut confiner et qui peut guérir ce qu’il y a de plus infecté dans nos cœurs. Il a été vendu, trahi, abandonné par les siens, ceux qui étaient le plus proches de lui, il a donc appris dans sa chair et dans son cœur tout ce qui blesse le plus un être humain, chacun de nous, et il veut nous guérir de toutes ces blessures. 


Il n’est pas surprenant d’entendre le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, dirent, à la vue des événements : Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu. En réalité, ils ont la même réaction que Jean entrant dans le tombeau vide : ils virent et ils crurent. Ce n’était peut-être qu’une foi balbutiante, mais c’était un acte de foi. 


Notre prière, à nous, mes frères, au seuil de cette semaine sainte dans ce chapitre inédit de l’histoire humaine, peut faire de nous des Simon de Cyrène, des porteurs de la croix du Christ, des porteurs de cette croix que nous avons vénérée avant d’entrer dans l’église, de cette croix d’où il fait signe à toute l’humanité en train de redécouvrir jusque dans la «distanciation sociale» une autre manière de vivre les uns pour les autres. Soyons des priants, porteurs silencieux et humbles serviteurs de cette espérance, une espérance encore toute petite mais bien vivante. «Ne nous laissons pas voler notre espérance», dirait le pape François, n’allons pas nous dérober à notre devoir de rendre compte de notre espérance. Écoutons et parlons… en disciples de Celui qui nous aime d’un si grand amour qu’il a donné sa vie pour nous.

09-04-20 / Jeudi Saint

JEUDI SAINT 

(Dom André, Père-Abbé) 


Mes Frères, nous sommes nés de l’Eucharistie. Si nous entourons cette table en cet instant, c’est que nous sommes vraiment nés de l’Eucharistie et que la prière sacerdotale de Jésus, cette grande prière de la dernière Cène a été exaucée par le Père. 


Quand l’heure fut venue, Jésus prit place à table et les Apôtres avec lui. C’est le dernier repas de Jésus avec les siens et il a désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec eux. C’est un moment crucial et très important dans la vie commune qu’ils ont partagée ensemble depuis trois ans. C’est comme le dernier acte de leur vie ensemble. Au cours de ce repas, en saint Jean, on voit Jésus se lever, prendre le tablier du service et laver les pieds de chacun des apôtres. En saint Luc, les apôtres ont deux réactions l’une après l’autre. Quand Jésus annonce que l’un d’entre eux va le trahir, les Apôtres commencèrent par se demander les uns aux autres quel pourrait bien être, parmi eux, celui qui allait faire cela. Puis, ils en arrivèrent à se quereller : lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ? Comme si aucun d’entre eux ne réalisait ce qui se passait à ce moment-là. Ils avaient tellement pris l’habitude d’être avec Jésus qu’ils en oubliaient pratiquement sa présence. L’attitude de Jésus est magnifique. Il sait ce qu’il y a dans le cœur de l’homme mais il est plus grand et plus aimant que leur cœur. Il ne les juge pas, il ne dit rien sur leur capacité de le trahir, de le renier, de l’abandonner. Il ne dit pas non plus que c’est mal d’avoir de l’ambition, de vouloir être le premier. Il leur indique quelle valeur, quelle démarche, doit sous-tendre ce désir de primauté. Et si nous regardons de plus près les deux réactions des apôtres, nous réalisons que tout être humain, même un moine, pourrait bien être aux prises avec ces deux mêmes réactions. Serait-ce moi Seigneur ? Nous avons tous assez vécu pour savoir ce dont nous sommes capables comme reniement, comme trahison, comme abandon. Et nous avons tous appris au fil des années quelle liberté le Seigneur nous a donnée. Tout est permis mais tout n’est pas bon. Tout est permis, mais tout n’est pas constructif. La querelle entre disciples du Christ ne construit pas la communauté. La première dimension du service qui ressort de cet évangile ce soir, c’est donc le souci et le service de l’unité : avoir des visages tous différents les uns des autres mais n’avoir qu’un seul cœur et qu’une seule âme pour construire quelque chose ensemble, pour devenir ensemble une parabole de l’unité. 


Nos anciens frères convers avaient fait de l’esprit de service le cœur de leur spiritualité : servir la communauté. Servir la charité, servir l’amour fraternel, en communauté. Quand le Christ vient se mettre à genoux devant chacun des siens, il vient chercher et mettre en relief ce qu’il y a de meilleur en chacun. Il pressent et anticipe ce que chacun pourra devenir quand il sera investi de la force et du souffle de l’Esprit Paraclet. Il le leur annonce : Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves. Ils ne se sont pas encore vraiment engagés jusque-là. Mais ils le feront. La question que beaucoup devaient se poser intérieurement comme Pierre l’a fait : Pourquoi est-ce que je ne peux pas te suivre maintenant ?, et voilà qu’ils commencent à comprendre à cette heure qu’il n’y a pas de réponse en dehors de l’amour pour Dieu et pour leurs frères. L’amour est indissoluble, l’amour ne disparaît jamais, il fait de l’éternel dans notre quotidien. Mais cet amour se cultive à partir du regard posé sur l’autre. Le regard de Jésus sur la femme adultère, sur le jeune homme riche, sur Pierre, sur nous. Le Bienheureux Christian de Chergé avait hâte de pouvoir regarder nos frères de l’Islam à travers le regard du Père éternel. Il avait compris que l’unité est déjà toute donnée en Dieu mais qu’il manque encore à cette unité notre regard transformé, notre regard aimant, pour qu’elle prenne corps et s’incarne, pour que, en nous regardant nous tous, Jésus puisse dire en toute vérité : Ceci est mon Corps et Ceci est mon sang. Jésus a porté ce regard sur chacun des siens en les aimant jusqu’au bout. Au cours de ce repas, il leur indique, il nous indique la voie à suivre. Et n’est-ce pas ce que nous demandons quand nous prions : «nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit Saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ…» 


Ce qu’il y a de plus beau et de plus grand dans le sacerdoce qu’il soit ministériel, épiscopal, ou tout simplement chrétien - car nous sommes un peuple de prêtres -, c’est de servir la communauté et d’être avec Dieu. Vous mangerez et boirez à «ma» table dans «mon» Royaume, nous dit Jésus. Être avec lui. Nous sommes entrés dans une école du service du Seigneur. C’est toujours Lui que nous voulons servir et aimer. Mais ce qui nous en donne vraiment la force, c’est le désir qu’il a exprimé dans sa prière : Père, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi. C’est dans la contemplation et l’adoration que nous découvrons l’amour dont le Père a aimé Jésus et dont il nous aime nous aussi. La pandémie va prendre fin un jour et appartiendra à l’histoire ; mais nous ne reviendrons jamais au monde tel qu’il était avant ce virus. Nous nous sommes plaints si souvent de ce que nos églises étaient vides. Aujourd’hui, elles le sont d’une manière inédite mais qui donne à réfléchir, à écouter, à contempler, à redevenir de vrais chercheurs de Dieu car Il est vivant et il nous appelle. C’est rare d’entendre Jésus dire : je veux… d’habitude, il ajoute aussitôt, non pas ce que je veux mais ce que tu veux. Ici rien de tel. Il veut que nous soyons avec lui là où il est… maintenant. Être avec Lui. Être avec lui à «sa» table dans «son» Royaume, ici ce soir. Jésus choisit bien ses mots : même s’il a insisté sur le service, s’est présenté lui-même comme celui qui sert au milieu de nous, ce ne sont pas des serviteurs qu’il veut avec lui à sa table dans son Royaume mais des amis, des frères, des fils comme lui.Mes Frères, nous sommes nés de l’Eucharistie. En elle, sont toutes nos sources… de vie, de service, d’amour, de communion filiale et fraternelle.

10-04-20 / Vendredi Saint

VENDREDI SAINT 

(Dom André, Père-Abbé) 


Jusqu’où aller dans le don de notre vie ? Jusqu’où aimer Dieu et nos frères ? Jésus a choisi d’aller jusqu’au bout de l’amour, jusqu’à donner sa vie pour nous. Il s’est retrouvé à cette heure redoutable du choix : continuer à vivre ou continuer à aimer. Ce n’est pas un choix facile. Jésus lui-même en témoigne : Maintenant, mon âme est troublée, et que dirais-je ? Père, sauve-moi de cette heure ? Mais c’est précisément pour cette heure que je suis venu. Jésus choisit d’aimer jusqu’à la fin et il devient le serviteur souffrant de cet amour pour le Père et pour nous. Il l’a prophétisé hier lors du dernier repas avec les siens : mon corps livré «pour vous», mon sang versé «pour vous et pour la multitude». C’est maintenant l’heure de ce don ultime. 


Dans la passion et la mort de Jésus, c’est la détermination et la fidélité de son amour qui persistent. Et si Dieu a mis en nos cœurs un amour capable de répondre à son amour, il nous a donné à nous aussi la force et la grandeur de cet amour pour Dieu et pour nos frères. Mohamed Bouchikhi, le jeune musulman chauffeur de Mgr Pierre Claverie a fait cette prière qui a été entendue et exaucée : «Si tu peux, mon Dieu, nous maintenir en vie malgré tout, loué sois-tu ! Mais il y a encore une autre prière que je veux te faire : si Pierre doit mourir, permets que je sois avec lui à ce moment-là. Ce serait trop triste que Pierre, qui aime tant l’amitié, n’ait pas un ami à ses côtés pour l’accompagner à l’heure de la mort.» Dans la cellule où Maximilien Kolbe s’est éteint, mort de faim et de soif, un cierge brûle en permanence pour rappeler le don de sa vie par amour pour un pur inconnu dont il avait pris la place librement. Depuis Jésus Christ, nous avons le choix de subir la mort ou de l’assumer, de lui donner un sens et d’en faire un don d’amour. Maria-Gabriella a offert sa vie pour l’unité entre les chrétiens. Notre frère Gaston a offert ses souffrances pour imiter Sainte Faustine et sauver des âmes ; il ne sera pas canonisé pour cela mais, à sa mesure à lui, il a suivi Jésus dans cet amour de service, de serviteur souffrant. Combien de médecins, d’infirmières, de religieuses, de bénévoles, ont soigné sans hésitation mais au prix de leur vie les toutes premières victimes de l’Ebola, du SRAS et maintenant de la Covid-19. Ils faisaient leur devoir mais, inscrit dans ce devoir, il y avait, il y a encore un amour inconditionnel pour l’autre. 


La pandémie que nous vivons aujourd’hui sur la terre est en train de changer le monde tel que nous le connaissions avant l’apparition de ce virus. Plein de situations auparavant bloquées se sont tout à coup dénouées très vite. Les relations entre les personnes et les peuples changent aussi devant l’urgence de la situation. Certains se replient, d’autres au contraire s’ouvrent. 


Le psalmiste priait : Apprends-moi à bien saisir, à bien juger… avant d’avoir souffert, je m’égarais… Et de fait, plein de gens qui cherchaient le bonheur là où il ne se trouvait pas vivent aujourd’hui une transformation profonde au creuset de la souffrance. Le confinement, la séparation des êtres aimés, la mort de proches et d’amis, les pertes, les échecs leur apprennent durement une autre réalité, la seule qui compte vraiment : l’amour. 


L’épître aux Hébreux a ces mots très forts : Tout Fils qu’il était, Jésus apprit par ses souffrances l’obéissance. C’est par le chemin crucifiant de la souffrance que Jésus a obéi à l’amour et est allé humainement jusqu’au bout de l’amour. Être Fils du Père éternel n’a pas sorti Jésus de son humanité, bien au contraire, et il nous a montré jusqu’où nous pouvons aller dans l’amour…

12-04-20 / Pâques

PÂQUES

(Dom André, Père-Abbé)


Vigile Pascale

Mes Frères, Il est Vivant. Il est ressuscité. Et le Christ ressuscité est aussi un Christ ressuscitant, comme nous l’entendions récemment lors d’une lecture au réfectoire. Pâques est la fête du Christ ressuscitant, c’est-à-dire du Christ qui nous relève et nous entraîne à sa suite sur les chemins des Béatitudes. Il y a des signes du Christ ressuscitant, des signes du déjà-là de la résurrection dans ce que nous vivons aujourd’hui. Au début du Carême, nous avons pu penser que la pandémie serait une rupture de courte durée dans le fonctionnement habituel de notre monde et que tout redeviendrait vite comme c’était avant. Aujourd’hui, nous savons déjà que le monde ne pourra plus jamais être le même qu’avant et qu’il ne doit plus l’être non plus. Les femmes au matin de Pâques étaient venues pour regarder le sépulcre. Jour après jour, nous avons regardé la courbe des morts chez nous et dans le monde. Et nous avons pris toutes les mesures de confinement et de sécurité qu’il fallait pour protéger nos vies et celles des autres. Et c’était la première chose à faire pour survivre. Mais on ne vit pas seulement de pain. Il nous faut autre chose de plus important, de plus nourrissant, de plus ressuscitant. Autre chose qu’on ne peut pas chercher parmi les morts. Et nous avons d’ailleurs découvert que bien des conflits, des oppositions, des esclavages, des abus, disparaissaient d’eux-mêmes pour nous laisser faire front ensemble à la pandémie. En termes d’unité, de simplicité, de solidarité : quelque chose de nouveau est en train de poindre dans notre univers… une vie nouvelle! 


Nous fêtons cette nuit la résurrection de Jésus. La nuit de Pâques n’est jamais une nuit comme les autres mais, cette année, le Christ Ressuscité et Vivant nous parle et nous appelle de manière encore plus directe et explicite à travers les signes et les défis des événements que nous vivons. Il nous donne rendez-vous dans un lieu et un temps, dans une Galilée encore à découvrir, au bout d’un chemin encore à parcourir. Et le Christ ressuscitant est le seul capable de nous faire comprendre que la conversion va exiger cette fois un changement radical, pas une amélioration, mais une transformation, un devenir différent et dynamique. Cette nuit pascale n’est pas une date chronologique, c’est un kairos, une heure où Dieu vient nous appeler à le chercher et à le suivre dans les profondeurs de l’Évangile. 


La Galilée où il nous donne rendez-vous n’est pas confinée dans les murs d’une Église ou d’un monastère, c’est la Galilée de tous les chercheurs de sagesse, de vie, tous les chercheurs de Dieu, cette race à laquelle nous appartenons nous, comme moines. Le Christ est là : et c’est là qu’il nous attend. Dans la mutation profonde que nous sommes en train de vivre avec cette crise de la pandémie, nous voyons des germes de résurrection à l’œuvre, nous le voyons à l’œuvre, lui, le Christ Jésus, le Vivant, déployant en notre faveur son énergie et la force tellement puissante de sa résurrection (Eph 1,19). De ce qui était divisé dans notre monde, il fait une unité il tisse tout ce dont nous avions besoin pour nous rapprocher les uns des autres et nous redécouvrir tous profondément unis par une même humanité. Il a détruit le mur de séparation. Il nous a fait réaliser que les murs, tous les murs, n’étaient qu’une pure illusion ; ils ne protégeaient rien ni personne. Il a suffi d’un minuscule virus pour en venir à bout. Il a aboli la loi et ses commandements avec leurs observances avec tous les règlements administratifs, financiers, toutes les barrières tarifaires, commerciales, insurmontables hier encore, entre les personnes, les riches et les pauvres, les jeunes et les anciens, les groupes, les peuples. Il a voulu à partir du croyant et du non-croyant, au-delà de tous les cultes, toutes les pratiques religieuses, toutes les coutumes héritées de nos institutions, créer un être nouveau, un seul homme nouveau, et réconcilier tous les êtres avec Dieu en un seul corps (Eph 2-14-16). 


Et cette nuit-là l’ange dit : Il est ressuscité comme il l’avait dit… Voilà ce que j’avais à vous dire. Et comme les femmes en cette nuit de Pâques, nous sommes nous aussi remplis de crainte et de joie. La crainte des défis à relever et à vivre. Le défi de prendre à bras le corps le changement de civilisation qui est en cours, le défi non moins grand de résister à la tentation de simplement attendre un retour à ce que nous vivions encore avant ce Carême. Et en même temps la joie. La joie de pouvoir puiser du neuf et de l’ancien dans le trésor de notre propre tradition monastique, la joie de vivre cette nouvelle étape de l’histoire avec d’autres chercheurs comme nous, la joie d’avoir appris que le vin nouveau plus que jamais doit être versé dans des outres neuves. 


Dans son encyclique Laudato Si (no 53) il y a 5 ans puis dans la constitution apostolique La Joie de la Vérité (no 3), il y a 3 ans, le Pape François disait «que nous n’avions pas encore la culture nécessaire pour faire face à cette crise (humaine que nous vivons) et qu’il fallait des leaderships qui tracent des chemins.» La pandémie est en train de nous faire vivre un pas significatif dans la bonne direction, vers une nouvelle culture. Nous pouvons nous, comme moines, apporter notre contribution, en laissant le Christ ressuscitant nous inspirer comment devenir des hommes de Dieu, des contemplatifs et des mystiques, qui dégagent ensemble ce feu sacré qui allume et incite les chercheurs d’infini et les jeunes leaders de notre temps à tracer des chemins nouveaux dans notre humanité. 


Christus vivit. Il est ressuscité et il vit!


Jour de Pâques

Mes Frères,La bonne et joyeuse nouvelle de l’Évangile de ce Jour de Pâques c’est qu’avec le Christ, la vie a vaincu la mort une fois pour toutes. La mort est un défi pour la foi. À voir et à entendre jour après jour les chiffres nous rapportant les décès dus au coronavirus, en voyant ce qui se passe à l’échelle globale du monde aux prises avec cette pandémie, nous peinons à croire que la vie puisse reprendre bientôt le dessus. Mais si nous n’avons pas cette foi et cette confiance que la mort n’aura jamais le dernier mot et que la vie sera toujours plus forte que la mort, il est difficile de croire en la Résurrection. 


Le récit pascal décrit très bien notre condition humaine. Il montre toute la perplexité des disciples face à la résurrection : en fait, tout comme nous, ils regardent les faits et ont de la misère à croire que la vie peut l’emporter sur la mort. Nous sommes avec eux au tout premier jour de la semaine, au commencement de quelque chose de nouveau. Le ciel est encore sombre, le jour commence à poindre, mais la lumière n’a pas encore pleinement surgi. Marie-Madeleine, l’apôtre des apôtres, est sortie seule, presque de nuit, poussée par un désir plus fort qu’elle de retrouver Jésus, de se rapprocher de lui. C’est une visite gratuite, elle vient les mains vides, sans autre but que d’être là près de lui. Et voilà qu’elle découvre que l’entrée du tombeau est dégagée, la pierre a été roulée. Dans le clair-obscur de la nuit, mais aussi de sa foi et sans doute de son cœur, Marie-Madeleine ne saisit pas du tout… ce qui est survenu. Désorientée, angoissée, un peu paniquée, presque déçue de ne pas trouver Jésus sur qui elle était venue pleurer, elle en conclut qu’on a enlevé le corps de Jésus et personne ne semble savoir où on l’a mis. Où est-il ? Où est le Seigneur ? La question va être reprise d’innombrables fois. Le tombeau aurait donné un sens à sa visite, mais, vide, il ne lui parle pas du tout. Et bien sûr, elle ne va pas chercher dans sa mémoire les paroles de Jésus disant qu’il est la résurrection et la vie et encore moins les textes sacrés des Écritures parlant du troisième jour. Elle est tellement loin de tout cela que bientôt, revenant dans le jardin, elle va prendre Jésus pour le gardien et elle lui trouve une mine plutôt ordinaire au point de le suspecter d’être un voleur de cadavres. C’est très humain et comme nous la comprenons dans cette toute première réaction : comment croire que Dieu peut transformer notre combat, tout ce que nous portons de lourdeur et de mort…, en vie et en joie. Comment discerner les signes de sa Résurrection à l’œuvre dans notre vie? 


Le tombeau vide n’est pas une réponse mais il représente toutes les situations qui nous interpellent et qui nous poussent à chercher. Chacun de nous est appelé à chercher, à partir de sa propre condition personnelle. Même Pierre et le disciple que Jésus aimait sont interpellés. Ils sortent de chez eux et ils courent... pour chercher eux aussi. Le disciple qui a eu le courage de rester près de Jésus au pied de la croix, qui a reçu Marie de la part de Jésus, court plus vite que l’autre. Dans sa foi, il a une intuition, celle qui lui a déjà fait dire d’autres fois : C’est le Seigneur, il pressent la présence du Seigneur dans ce qui arrive. Mais il est assez humble et discret pour s’arrêter et prendre le temps d’attendre son compagnon. Pierre a couru lui aussi mais son pas est encore lourd du reniement, et sa foi rudement éprouvée n’est pas encore guérie et réconciliée. Son amour n’a donc pas la fraîcheur et la spontanéité de l’autre disciple. Il voit les faits, mais il aura encore besoin de temps pour croire, pour changer sa manière de penser. Il connaît les Écritures lui aussi mais de là à croire que le Christ est vraiment ressuscité comme il l’avait annoncé, qu’il a vaincu la mort une fois pour toutes, qu’il est vivant… il n’est pas rendu là. Il lui faudra encore du temps et la triple question de Jésus : M’aimes-tu? Les disciples s’en retournèrent donc chez eux, nous dit l’Évangile. Et nous, qu’allons-nous faire après avoir vécu ces jours et entendu toutes ces Paroles de Dieu? 


Mes Frères, ces jours-ci il a été fait allusion à notre force et à notre résilience comme peuple, à nous qui affrontons les rigueurs de l’hiver avec des 30 degrés sous zéro et qui croyons malgré tout que le printemps va revenir, que les érables vont se remettre à couler et que la nature va reverdir. Nous sommes des contemplatifs dans l’âme, c’est inscrit dans notre ADN précisément à cause de nos hivers et de cette saison où il nous a fallu longtemps nous encabaner et apprendre à vivre au-dedans de nos maisons et de nous-mêmes. Le confinement ne nous surprend donc qu’à moitié car nous avons ce long héritage derrière nous. Et nous savons que tôt ou tard, la vie refait surface. 


La Résurrection de Jésus vient ajouter une tout autre dimension à cette réalité : elle ouvre un chemin d’éternité, un chemin commun cette fois à toute notre humanité. La plus grande des victoires, celle de la vie sur la mort, aurait pu passer inaperçue et disparaître dans le flot des événements de l’histoire, même au temps de Jésus, car Marie-Madeleine, Pierre et Jean n’ont vu au matin de Pâques qu’une pierre roulée et un tombeau vide. Mais nous, moines et Québécois, nous portons au cœur la même intuition que le disciple que Jésus aimait, lui qui vit et crut : au fond de notre cœur, bien avant le jour et l’heure, l’Alléluia a déjà frémi et il est encore tout prêt à s’envoler à la voix du Christ ressuscité quand il nous dira : «toi, laisse la mort, toute mort, voici le temps de ta gloire, viens, suis-moi.» 

14-04-20 / Octave de Pâques

OCTAVE DE PÂQUES

(Frère Bruno-Marie)


Marie Madeleine aimait Jésus comme jamais peut-être une femme aimera son amant. Pourtant elle ne le croyait pas lorsqu’il disait qu’il allait ressusciter le troisième jour. C’est pourquoi nous la retrouvons ce matin tout en pleurs au tombeau persuadée qu’on a enlevé le corps de Celui qui avait été l’amour de sa vie. 


Le Christ ressuscité qui se présente alors à elle est tellement ordinaire qu’elle le prend pour le jardinier. Tellement grandeur nature, qu’une fois reconnu elle pourra le serrer dans ses bras au point que le Christ devra lui dire: «Ne me retiens pas.... va plutôt dire à mes frères...» 


Alors Marie court vers les disciples pour leur dire: «J’ai vu le Seigneur».  


Mais à quoi pense-t-elle lorsqu’elle dit aux disciples: «j’ai vu le Seigneur»? Pense-t-elle avoir vu un Jésus qui contre toute espérance se serait remis de ses blessures? Pense-t-elle avoir vu un Jésus réanimé comme l’avait été Lazare? Une chose est certaine elle ne pense sûrement pas avoir vu un Christ ressuscité tel que nous l’entendons aujourd’hui. 


Mais au fait, qu’entend-on nous au juste lorsque nous disons que: «Le Christ est ressuscité»? 


17-04-20 / Octave de Pâques

OCTAVE DE PÂQUES

(Frère Sylvain)


Mot d’introduction 

«En nul autre que Jésus, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver», affirme saint Pierre ce matin dans les Actes des Apôtres. 


Jésus, Yeshoua, «le Seigneur sauve». Oui, toujours, c’est le Seigneur, c’est Dieu qui aime et qui sauve, quelle que soit la médiation historique, religieuse ou culturelle en laquelle ce salut s’actualise, prend forme ou se manifeste. Il s’agit toujours de libérer la vie, de faire naître l’amour. 


Homélie

Les apparitions du ressuscité que nous présente chacun des jours de l’octave ne sont pas des reportages historiques portant sur la matérialité des faits, comme le sont par exemple les mises à jour quotidiennes de l’évolution de la pandémie par nos médias. Non, en ces textes, le Ressuscité prend chaque fois des traits particuliers, selon l’intention catéchétique de l’évangéliste et la communauté spécifique à laquelle il s’adresse. 


En Matthieu, Jésus vient à la rencontre des femmes revenues du tombeau et les salue solennellement, alors qu’elles se prosternent devant lui. Par son autorité souveraine, il confirme les paroles de l’ange ainsi que l’élan missionnaire de ses disciples qui les mène d’abord vers la Galilée, puis de là vers toutes les nations. 


L’apparition à Marie-Madeleine en pleurs, dans l’évangile de Jean, est tout à fait unique. C’est le seul récit un peu développé d’apparition à une seule personne, à une femme, qui devient apôtre des apôtres. On connaît pourtant le discrédit qui entourait alors les dires des femmes, et dans la société de l’époque, il fallait le témoignage d’au moins deux personnes pour attester la réalité d’un fait. Le ministère de Marie-Madeleine semble avoir préséance sur celui, institutionnel, de Pierre ou de Jean. 


En Luc, Jésus est le discret voyageur qui fait route avec les disciples attristés vers Emmaüs, avant de se faire reconnaître d’eux à la fraction du pain. Leur joie les ramène à Jérusalem, où se trouve réunie la communauté des disciples, et c’est dans le cadre d’un repas que Jésus se manifeste à eux, avec humanité, lui, le juste souffrant dont parlait les Écritures. Luc est par excellence l’évangéliste de la convivialité. 


C’est Jésus, le Seigneur qui, de nouveau, se manifeste à ses disciples ce matin, sur le bord de la mer de Tibériade. Comme lors de son ministère public, c’est un signe qui révèle sa gloire, c’est-à-dire la qualité, la densité de sa présence : comme le vin de Cana, c’est un signe de surabondance. Une profonde intériorité, faite à la fois de respect et de grande intimité, tient les disciples silencieux pendant ce repas improvisé sur la grève, le «repas du Seigneur». 


Quels traits particuliers le Ressuscité prend-il pour chacun de nous aujourd’hui ? Quels traits prend-il pour notre communauté du Val Notre-Dame ? Pour notre église du Québec ? 


19-04-20 / 2e Dimanche de Pâques

DEUXIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

(Dom Yvon Joseph)


Heureux ceux qui croient sans avoir vu, déclare Jésus ressuscité à l’apôtre Thomas. Lui, vous l’aimez sans l’avoir vu ; en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi, affirme l’apôtre Pierre. Telle est bien notre condition de disciples et d’amis de Jésus : croire sans voir… aimer sans voir…, car foi et amour sont inséparables! 


Même après avoir entendu le témoignage des disciples réunis au Cénacle, l’apôtre Thomas a persisté dans son doute. Si nous regardons l’histoire de notre vie de foi, nous avons probablement dû surmonter plusieurs doutes et questionnements jusqu’à aujourd’hui, et nous aurons à en surmonter encore avant de goûter pleinement à la béatitude énoncée par le Seigneur : Heureux ceux qui croient sans avoir vu. C’est en passant par le creuset du doute que nous y parviendrons, et peut-être devons-nous apprendre à nous réconcilier avec nos doutes et nos questionnements, en découvrant les services qu’ils peuvent rendre à notre foi… 


Si nous y sommes attentifs, nous observerons peut-être qu’à certains moments nos doutes ont préservé notre foi de dégénérer en une foi orgueilleuse, prompte à juger et à condamner ceux qui ne croient pas ou ceux qui ne partagent pas notre foi au Christ… Si nous leur portons attention, nous remarquerons peut-être qu’à d’autres moments nos questionnements sont venus réveiller notre foi en train de s’assoupir pour nous relancer sur le chemin d’une recherche de Dieu plus ardente… En fin de compte, doutes et questionnements peuvent être un aiguillon et un stimulant pour notre foi et c’est probablement à ce prix que nous arriverons en vérité à la béatitude promise par le Ressuscité : Heureux ceux qui croient sans avoir vu. Nous aurons alors compris que notre foi ne sera jamais une possession tranquille, mais qu’elle demeurera toujours un don à accueillir et à demander sans cesse, avec un grand désir! 


Dire : Mon Seigneur et mon Dieu, à la suite de l’apôtre Thomas, n’est possible que grâce à la lumière et à l’inspiration de l’Esprit Saint répandu en nos cœurs. 

- Mon Seigneur, oui, toi que je veux aimer plus que tout, toi à qui je ne veux rien préférer, car tu nous as aimés le premier et tu nous as aimés jusqu’à l’extrême… 

- Mon Seigneur, toi que nous voulons suivre sur le chemin du don filial et du service fraternel… 

- Mon Seigneur, toi qui as ouvert devant nous le chemin de la réconciliation et du pardon… 

- Mon Dieu, toi qui nous révèles le visage de miséricorde du Père et qui es le chemin vers lui… 

- Mon Dieu, toi qui nous apprends la vérité qui rend libres dans la liberté des enfants de Dieu… 

- Mon Dieu, toi le vainqueur de tout péché et de toute mort, toi qui nous as fait passer tant de fois de la mort à la vie et de la vie à plus de vie, pour nous faire passer jusqu’en vie éternelle…Oui, mon Seigneur et mon Dieu, toi qui nous donnes déjà de goûter à la béatitude de croire en toi et de t’aimer sans t’avoir vu! 


En ce dernier jour de l’Octave de Pâques, rappelons-nous également qu’il y a 20 ans, le 30 avril de l’an 2000, saint Jean-Paul II a institué ce jour comme le dimanche de la Miséricorde divine. Il faut, disait-il, que l’invocation de la miséricorde de Dieu jaillisse du plus profond des cœurs emplis de souffrance, d’appréhension et d’incertitude, mais dans le même temps à la recherche d’une source infaillible d’espérance. La description du cœur humain faite par le Pape éclaire d’une façon singulière ce que vivent plusieurs de nos frères et sœurs en cette période d’épidémie. Et saint Jean-Paul II concluait son homélie par une prière que nous pouvons faire nôtre aujourd’hui : 


Dieu, Père miséricordieux, 

qui as révélé Ton amour dans ton Fils Jésus-Christ, 

et l’as répandu sur nous dans l’Esprit Saint Consolateur, 

nous te confions aujourd’hui le destin du monde 

et de chaque être humain. 

Penche-toi sur nos péchés, 

guéris notre faiblesse, 

sois vainqueur de tout mal, 

fais que tous les habitants de la terre 

vivent l’expérience de ta miséricorde, 

afin qu’en Toi, Dieu Un et Trine, 

ils trouvent toujours la source de l’espérance. 

Père éternel, par la douloureuse Passion 

et la Résurrection de ton Fils, 

accorde-nous ta miséricorde, 

ainsi qu’au monde entier ! Amen. 


03-05-20 / 4e Dimanche de Pâques

QUATRIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

(Frère Bruno-Marie)


En méditant ce bel évangile du Pasteur dont les brebis connaissent la voix, je n’ai pu m’empêcher de penser à notre Église du Québec. 


Au début des années 60, lorsque les églises étaient encore pleines, et qu’on en construisait même des nouvelles, on aurait pu penser que l’Église du Québec ne formait qu’un seul troupeau suivant la voix de son Pasteur. 


Cette belle unité n’était de fait qu’une illusion, car aussitôt que souffla le grand vent de tempête à la suite de Concile Vatican II, de l’encyclique Humanae Vitae et chez nous de la Révolution tranquille, tout s’écroula dans le temps de la dire. 


La voix du Bon Pasteur n’était plus la seule à se faire entendre. Plusieurs autres voix s’élevaient, elles aussi, beaucoup plus puissantes et plus séduisantes. C’étaient les grandes voix de l’émancipation. Émancipation de toute autorité, émancipation de toute institution. Il est interdit d’interdire. Mai 68 en France, Woodstock aux États-Unis. 


L’Église qui avait été l’un des piliers de la société québécoise, qui l’avait guidée et soutenue tout au long de son histoire était devenue le symboles de la grande noirceur dont il fallait absolument se débarrasser. 


Des croyants et des croyantes qui jusque là avaient écouté la voix du bon Pasteur se mettaient à écouter d’autre voix qui leur parlaient d’amour libre, de méditation transcendantale et de réincarnation. Tout devenait confus, c’était la religion à la carte. Et le dimanche matin, à mesure que les églises se vidaient, les centres d’achat se remplissaient. Une page se tournait dans l’histoire de l’Église du Québec en même temps que dans l’histoire de l’Église universelle. 


Comment se fait-il que les catholiques du Québec se soient détournés si rapidement de la voix de leur Pasteur pour écouter ces autres voix, qui aux dires de Jésus lui-même, étaient celles des voleurs qui ne venaient que pour voler, égorger et faire périr?? 


Si nous étions un Ordre actif, nous pourrions élaborer des stratégies et des plans d’action pour rendre à nouveau audible et compréhensible la voix du bon Pasteur. 


Mais nous sommes un Ordre contemplatif ordonné à la prière et à la contemplation dont la mission ne consiste pas tant à Parler de Dieu aux hommes que de parler des hommes à Dieu. 


Et une des manières aujourd’hui de parler des hommes à Dieu, en ce dimanche de prières pour les vocations, serait de Lui demander d’envoyer des ouvriers à sa moisson, afin que nos frères et sœurs du Québec et du monde entier entendent de nouveau la voix de Celui qui donne la vie en abondance. 


10-05-20 / 5e Dimanche de Pâques (Fête des mères)

CINQUIÈME DIMANCHE DE PÂQUES(Fête des mères) 

(Frère Sylvain) 


Mot d’introduction

Frères et sœurs, ce cinquième dimanche du temps pascal où nous célébrons le ressuscité est aussi le dimanche de la fête des mères. Il manque sans doute la chaleur printanière et les fleurs, les lilas du mois de mai pour souligner convenablement – au moins dans les familles, et malgré le confinement – la fête de celles qui nous ont transmis la vie, ce don qui ouvre à tous les autres dons. Que notre reconnaissance pour ce don et pour celles qui nous l’ont transmis avec amour se fasse aujourd’hui prière et action de grâce, et invoquons le pardon pour tout ce qui, en nous, fait obstacle à la vie. 


Homélie

«Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie; personne ne va vers le Père sans passer par moi.» 

Frères et sœurs,Cette affirmation de Jésus peut rallier sans problème les diverses confessions chrétiennes en quête d’unité, dans le contexte du dialogue œcuménique. Elle est en revanche hautement problématique dans le cadre du dialogue interreligieux actuel, dans la rencontre entre judaïsme, islam et christianisme, en Occident, et la rencontre avec les autres religions de l’Asie et de l’Afrique. Chaque religion a sa spécificité propre, qui peut être acceptée sans difficulté par les autres, comme c’est le cas pour chaque langue et chaque culture. Mais l’histoire nous montre que chaque religion tend, à un moment ou l’autre de son développement, à se présenter comme exclusive, comme la seule voie d’accès à Dieu dont elle posséderait la plénitude de la révélation. C’est comme si on disait : le français, l’anglais, l’espagnol, l’allemand et chaque autre langue a sa richesse et ses nuances propres, mais la seule qui donne vraiment accès à la réalité telle qu’elle est, c’est le français. C’est nous qui sommes les privilégiés entre tous. On peut objecter que, dans le cas de la religion, cela relève de l’initiative de Dieu : c’est lui qui s’est révèle être tel. Mais cela aussi, chaque religion le revendique, d’une façon ou d’une autre. 


Tout l’Ancien Testament est traversé par une tension : d’une part le salut réservé au seul Israël, faisant de Jérusalem le centre du monde et du vrai culte, d’autre part la dimension universelle du salut, offert à tous les peuples. C’est la grande surprise des disciples que nous rapporte ces jours-ci le livre des Actes des Apôtres : le Saint-Esprit est donné même aux non-juifs! Serait-il donné aussi – scandale pour nous – aux non-chrétiens? 


Le Nouveau Testament, lui, est traversé par une autre tension. Celle qui situe le salut dans la confession de foi et celle qui le situe dans l’amour. Cette tension est extrême dans les écrits de saint Jean, comme on peut le constater dans sa première épître; on lit d’une part : «qui refuse le Fils n’a pas non plus le Père; celui qui reconnaît le Fils a aussi le Père» (1Jn 2,23) et d’autre part : «Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour.» (1Jn 4,7-8). Croire ou aimer pour être sauvé?... Qu’est-ce qui fait le nœud de notre identité en tant qu’individu, en tant que groupe, et importe le plus pour nous ? Qu’est-ce qui importe le plus pour Dieu? 


Jésus, Chemin, Vérité et Vie, nous dit ce matin qu’il y a de nombreuses demeures dans la maison du Père, et qu’il part nous y préparer une place. Puisque Dieu est amour, une place se trouve préparée pour chacun de ses enfants, sans exception, comme l’avait annoncé Jésus lors de sa prédication : « On viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. » (Luc 13,29). En fait, les chemins ne sont-ils pas multiples, même si la destination est unique ? La vérité n’a-telle pas une infinité de visages, réunis autour d’une même table? La vie ne prend-elle pas diverses formes pour être mieux célébrée ? 


«Afin que là où Je Suis, vous soyez vous aussi» précise Jésus ce matin. C’est la mort de Jésus qui le fait passer de ce monde au Père. Sa résurrection n’est pas le retour dans la matérialité d’un corps, c’est son entrée définitive dans l’infini de l’amour et de la gloire de Dieu. Dépouillé des limites de la matière, du temps et de l’espace, son «Je» s’identifie désormais au «Je Suis» de Dieu. Il emplit désormais toutes réalités de sa présence, en même temps qu’il les transcende infiniment. Promis nous aussi à la résurrection, en sera-t-il autrement pour nous? De quoi notre mort va-t-elle nous dépouiller? Qu’est-ce qui fait le nœud de notre identité et qui subsistera éternellement en Dieu? Notre langue, notre culture, notre religion, notre foi, notre amour? Notre corps, notre esprit? Nos relations, notre personnalité, notre ego, notre «je»? «Dieu sera tout en tous» affirme saint Paul. La totalité de nous en Dieu, la totalité de Dieu en chacun nous. Réalité que le mystique musulman Rumi exprime en termes poétiques : «Vous n’êtes pas une goutte d’eau dans l’océan, vous êtes l’océan tout entier dans une goutte d’eau».  


14-05-20 / Saint Matthias

SAINT MATTHIAS

(Dom Yvon Joseph) 


Mot d’introduction 

L’apôtre Matthias dont nous célébrons la fête aujourd’hui a été choisi pour être témoin de la résurrection. Ce sera la vocation de tout baptisé dans l’Église… C’est notre vocation baptismale à chacun de nous! Demandons au Seigneur de nous y rendre toujours plus fidèles, en renouvelant notre vie par la grâce de son pardon… 


Homélie

Célébrer un apôtre, surtout si nous avons peu d’information sur lui, comme c’est le cas de saint Matthias, c’est l’occasion de redécouvrir ce que l’Église est appelée à être en profondeur, ce qu’elle n’a jamais fini de devenir…À la lumière de la Parole de Dieu proclamée, nous pouvons voir que l’Église est «le visage fraternel de la Résurrection» (Yves Saoût), qu’elle est avant tout la communauté des «amis» du Seigneur ressuscité… Une amitié qui n’est pas un vague sentiment, mais un engagement à la suite de Jésus : Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. Une amitié qui est même une entrée dans l’intimité divine avec lui : Je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. 


Demeurez dans mon amour, nous dit Jésus. La Parole de Dieu n’est pas une affaire de statistique, bien sûr, mais il peut être éclairant de noter que le verbe «demeurer» est mis 40 fois sur les lèvres de Jésus dans l’évangile selon saint Jean, et 27 fois dans les lettres qui lui sont attribuées… Ce mot nous renvoie à un mystère fondamental : il exprime avant tout la tendresse sécurisante et apaisante que nous offre Jésus… Sa parole vient personnaliser en quelque sorte pour nous la demande que nous exprimons souvent dans les psaumes : Garde-moi mon Dieu, j’ai fait de toi mon refuge… La parole de Jésus nous permet de pressentir la communion intime et profonde qui peut se développer entre lui et nous… 


Demeurez dans mon amour, insiste Jésus… Puissions-nous en prendre une conscience toujours plus vive : l’amour du Seigneur ressuscité pour chacun de nous est notre demeure… Demeurer dans son amour, ce sera notre éternité de joie avec lui et ce peut être notre «joie imprenable» dès aujourd’hui : une joie que nul ne saura nous ravir! 


24-05-20 / Ascension

ASCENSION

(Dom Yvon Joseph) 


Mot d’introduction

Célébrer l’Ascension, c’est célébrer Jésus comme Christ et Seigneur… Une nuée vint le soustraire à leurs yeux, affirme saint Luc. Langage symbolique au service d’un mystère qui nous dépasse… Jésus n’est plus visible aux yeux humains de ses disciples : il est entré dans le mystère de Dieu!... Présent dans le mystère de Dieu, il sera toujours présent avec ceux qui croiront en lui, ainsi qu’il le promet : Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. 


En cette eucharistie de l’Ascension, ouvrons nos cœurs à la présence du Christ dans sa parole, dans le pain du partage et la coupe de bénédiction… Respirons dans la grâce de son pardon et dans la liberté des enfants de Dieu… 


Homélie

L’Ascension, c’est l’accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude, pouvons-nous dire avec saint Paul… Le Fils a pleinement réalisé la mission qu’il avait reçue de son Père et il retourne maintenant auprès de lui… À l’heure de mourir sur la croix, il avait rendu le souffle en disant : Tout est accompli… À l’heure de monter vers le Père, il devient manifeste qu’il a tout accompli dans la fidélité à la mission reçue de lui… 


Pour les disciples de Jésus, dont certains sont encore habités par des doutes, il deviendra peu à peu manifeste que le chemin d’incarnation qui a conduit Jésus vers les pécheurs et les exclus de son temps est bien le chemin qui conduit vers Dieu lui-même, et c’est le chemin sur lequel ses disciples sont invités à avancer à sa suite… Avant de suivre Jésus dans sa montée vers le Père, il s’agit de le suivre dans la descente vers nos sœurs et nos frères, vers cette humanité que Dieu aime toujours et qu’il appelle au salut, c’est-à-dire à la victoire sur le mal et sur le péché qui sont toujours des semences de mort à l’œuvre dans le monde et dans chacune de nos vies… 


Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps, affirme Jésus. Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre… Le temps après l’Ascension ouvre une nouvelle forme de présence qui s’étendra dans le temps : jusqu’à la fin des temps, et qui s’étendra également dans l’espace : jusqu’aux extrémités de la terre. 


Ces deux promesses de Jésus tournent déjà nos esprits et nos cœurs vers la fête de la Pentecôte que nous célébrerons dimanche prochain. C’est dans la force de l’Esprit Saint promis par Jésus que nous pouvons découvrir et re-découvrir sa nouvelle présence toujours à l’œuvre en nous, parmi nous et avec nous. 


Les apôtres avaient besoin de cette force de l’Esprit afin de témoigner du Dieu unique et vrai, Père de Jésus Christ, dans un monde où il y avait une multiplicité de dieux et de déesses… Aujourd’hui, nous avons toujours besoin de la force de ce même Esprit afin de témoigner du Dieu de Jésus Christ dans un monde où la négation de Dieu semble avoir succédé à la multiplicité des dieux, mais où, de fait, une multiplicité d’absolus se sont plutôt substitués à Dieu, dans des objectifs de production et de consommation, dans des poursuites de réussite sociale ou personnelle, qui trop souvent se réalisent dans l’ignorance ou l’exploitation des autres… 


Comme croyants, nous avons besoin de la force de l’Esprit Saint pour demeurer humblement fidèles à Jésus Christ et au Dieu Père qu’il avait mission de nous révéler… Afin de devenir ces témoins que Jésus souhaite et attend, nous avons d’abord besoin de la force de l’Esprit pour éclairer notre propre foi et pour la vivre le plus fidèlement possible, en rejetant toute attitude de jugement et surtout toute tentation de mépris envers ceux qui ne partagent pas notre foi, ou qui refusent toute foi en Dieu. 


Au plan humain, la force est souvent synonyme de pouvoir et de domination. La force de l’Esprit Saint agit d’une manière très différente. Dans notre relation avec Dieu, elle ne nous maintiendra jamais dans une dépendance forcée, mais elle créera la communion avec Dieu en faisant grandir notre autonomie et notre liberté d’enfants de Dieu… Dans notre relation avec les autres, la force de l’Esprit Saint ne saurait dégénérer en tentative de domination, et encore moins en contrôle des consciences ; malheureusement, lorsque de telles attitudes se présentent, il s’agit d’une autre force. La force de l’Esprit, elle, nous rendra capables d’effacement et de respect devant le cheminement de chacun, devant le mystère et l’histoire sainte de chaque personne… 


Cette force de l’Esprit Saint, lien d’amour et de communion entre lui et le Père, Jésus nous l’offre et nous la promet…Puisse cette promesse trouver un écho dans notre vie de foi et éveiller notre désir de recevoir d’une manière nouvelle cette force que donne l’Esprit de Dieu… Sept jours nous séparent de la fête de la Pentecôte, sept jours où notre désir pourra grandir dans une écoute plus fidèle de la Parole de Dieu, ainsi que dans une prière plus ardente et plus constante…