HOMÉLIES

HOMÉLIES  2022

17-04-2022 / Vigile de Pâques  (Dom André)

Vigile de Pâques 
(Dom André)


Bénédiction du Feu nouveau

Frères et Sœurs,
 
Un feu nouveau est allumé en cette nuit de Pâques. Ce feu c’est Jésus lui-même. C’est le feu de son amour qui a déjà commencé à toucher et embraser tous les cœurs ouverts à l’amour. La flamme que le cierge pascal et nos cierges vont porter sont marqués par ce feu de Dieu, ils vont se consumer pour donner leur lumière, pour éclairer notre route et notre histoire. Ils nous disent que le feu véritable qui nous brûle et nous éclaire, qui nous purifie et nous illumine, c’est Jésus, le Verbe de Dieu qui parle dans nos silences et nos chants de louange, Jésus, notre Dieu…
 
Il y aura toujours en nous un enfant qui a peur du noir, la noirceur de sa nuit et la peur d’y être seul. Il appelle son frère dont il est séparé par un mur ou une distance. Il lui dit « Parle-moi car j’ai peur. » Le frère répond : « À quoi ça va servir puisque tu ne me vois pas ? » Et l’enfant lui dit : « Il fait plus clair quand quelqu’un me parle. » Dieu parle, il nous parle et il fait aussitôt plus clair dans notre univers et dans notre monde. La lumière de Dieu est née d’une parole qui éclaire et qui donne sens à ce que nous vivons. Depuis que Dieu a dit : Que la lumière soit… notre tâche comme êtres humains qui voulons participer à la Création de Dieu c’est de nous dire les uns aux autres des mots, des paroles qui viennent mettre de la lumière partout où il y encore des ténèbres dans nos relations et dans notre maison commune. C’est un travail colossal et presque impossible quand nous y pensons. Mais quand nous voyons les cierges s’allumer un à un et se rapprocher, nous découvrons que toutes ces petites flammes parviennent à faire reculer nos nuits humaines et toutes nos peurs de ce qui est sombre et noir dans nos vies et dans notre monde.
 
Le feu nouveau nous conduit à Celui qui est au centre de cette nuit : Jésus Christ. Nous entendrons des paroles de feu, nous connaîtrons aussi des êtres de feu qui durant la longue histoire de l’humanité ont anticipé et porté la vision prophétique de ce tournant de l’histoire humaine qu’est la résurrection de Jésus. Isaïe écrivait 740 ans avant Jésus Christ : Mets-toi debout et deviens lumière car elle arrive ta lumière, la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Car elle arrive ta lumière; elle est arrivée, elle est là maintenant… Alors vivons ce que le prophète nous disait à chacun et chacune de nous : lève-toi, ressuscite, sois vivant et resplendis avec la lumière du Christ en toi. Cette nuit sa lumière brille d’un nouvel éclat en toi; rends-la visible. Voilà une part du mystère qui commence avec la lumière de ce feu nouveau et que nous allons approfondir ensemble en cette nuit de Pâques.
 
Prions ensemble :

Seigneur notre Dieu, par ton Fils qui est la Lumière du monde,
tu nous as donné la clarté de ta lumière,
daigne bénir cette flamme qui brille dans la nuit :
accorde-nous, durant ces fêtes pascales,
d'être enflammés d'un si grand désir du ciel
que nous puissions parvenir avec un cœur pur,
aux fêtes de l'éternelle lumière.
Par Jésus le Christ notre Seigneur. Amen.
 
 
Le Christ, hier et aujourd'hui
commencement et fin de toutes choses
Alpha et Oméga
à lui le temps et l'éternité,
à lui la gloire et la puissance
pour les siècles des siècles
Amen
 
Par ses saintes plaies
ses plaies glorieuses
que le Christ
nous garde et nous protège
Amen
 
Que la Lumière du Christ, ressuscitant dans la gloire
dissipe les ténèbres de notre cœur et de notre esprit
maintenant et pour les siècles des siècles…
 
Frères et Sœurs, en allumant nos cierges et en marchant derrière le cierge pascal, soyons simplement attentifs à cette petite flamme fragile et vacillante que nous allons prendre le temps de recevoir pour la transmettre à notre tour. Et porteurs de cette lumière d’espérance et de joie, nous allons veiller ensemble à ce qu’elle ne s’éteigne pour personne cette nuit.


HOMÉLIE


Mes Frères et mes Sœurs,
 
Comment expliquer la force considérable, l’explosion indéniable d’énergie à Pâques ? Pâques a transformé des vies, a créé une conscience nouvelle, a ré-orienté la façon de penser Dieu. Nous sommes tellement habitués à percevoir le « pas-encore » de la vie nouvelle qui commence avec la Résurrection de Jésus qu’il nous arrive d’en oublier le « déjà-là ». La Résurrection n’est pas simplement quelque chose qui est arrivé à Jésus dans une histoire lointaine, il y a plus de deux mille ans. C’est quelque chose qui nous arrive à nous aussi, à chacun et chacune de nous quand nos yeux finissent pas s’ouvrir au sens et à la présence de Dieu dans notre vie, dans nos amours, dans notre courage d’être et d’être vivant. Jésus est ressuscité, il est vivant pleinement et une fois pour toutes. Et c’est là qu’il nous attire. Dans sa longue prière à son Père, il a utilisé un mot très fort, un mot dont on nous rappelait Jeudi Saint qu’il transforme et fait advenir une réalité, il prié en disant : Père, je veux, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi… Jésus est allé jusqu’au bout de l’amour et c’est vers cela qu’il nous attire et nous veut, nous, nous tous, avec lui.
 
Faudra-t-il attendre de mourir pour que se réalise cette communion, cette ré-union avec lui ? Pâques est une expérience humaine réelle, une expérience qui nous ouvre les yeux du cœur et qui nous appelle à ouvrir les yeux des autres autour de nous pour nous rendre tous capables de vivre ensemble, d’aimer et d’être vivants ensemble. C’est une expérience qui nous persuade que les limites de notre humanité, en tant qu’êtres humains, peuvent être brisées parce que Jésus a vaincu le mal et la mort une fois pour toutes. Nous pouvons transcendé la frontière visible entre la vie et la mort (physique, morale, spirituelle), la mort sous toutes ses formes. Pâques nous ouvre à cette dimension transcendante de la vie. C’est une expérience dans laquelle notre vie est comme élargie, même si cela n’est pas encore pleinement manifesté, notre amour devient comme illimité, notre être est valorisé parce que nous avons part au Christ, nous avons part avec lui et en lui, à Dieu et à qui est Dieu.
 
La Résurrection ce n’est pas d’abord un événement ponctuel dont nous faisons mémoire. Ou pour le dire autrement, si c’est un souvenir que nous rappelons chaque année en cette nuit pascale, c’est un souvenir dérangeant, révolutionnaire, c’est un processus qui nous pousse en avant et qui peut réorganiser toute une vie. Saint Paul dans sa Lettre aux Éphésiens demande à Dieu de nous donner un esprit de sagesse qui nous le révèle et nous le fasse vraiment connaître, qu’il ouvre notre cœur à sa lumière (depuis Que la lumière soit, c’est toujours le même désir de nous éveiller à la lumière qui est de lui en nous) pour que nous sachions quelle espérance nous donne son appel, quelle immense puissance il a déployée en notre faveur à nous les croyants… Mais quelle est donc cette puissance que Dieu met en nous ? C’est bien là ce que nous voulons savoir… Et Paul nous le dit : C’est la même énergie et la même force toute-puissante que Dieu a mises en œuvre en ressuscitant Jésus Christ d’entre les morts.
 
Voilà ce que Dieu a mis en nous à Pâques pour que nous menions une vie qui ressemble de plus en plus à celle du Christ : embrasser pleinement la vie nouvelle, faire croître l’amour entre nous, autour de nous, jusqu’au bout et avoir le courage d’être tout simplement, mais en toute vérité, qui nous sommes. Et nous sommes des hommes et des femmes nés de Dieu, nous sommes des frères et des sœurs en humanité, nous sommes des êtres lumineux porteurs de sa lumière.
 
Frères et Sœurs, Pourquoi chercher Jésus parmi les morts ou dans nos souvenirs d’autrefois quand il est là, Vivant, Présent, et qu’il veut que nous soyons là nous aussi vivants et présents… pour qu’advienne une terre de Dieu, un monde enfin unifié en toute paix et en toute joie.
 
Amen ! Alléluia !


17-04-2022 / Messe du jour de Pâques  (Frère Emmanuel)

Messe du jour de Pâques 
(Frère Emmanuel)



HOMÉLIE


« On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. »

Frères et Sœurs,

Cette phrase de Marie-Madeleine résonne comme un coup de tonnerre aux oreilles des apôtres et des quelques femmes restés fidèles à Jésus au lendemain du sabbat. Même les deux disciples d’Emmaüs en reparleront le soir en partageant les événements avec l’Inconnu qui fait route avec eux.

« On a enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis ». La première réalité qui apparait est donc le tombeau vide, et on ne sait pas où on l’a mis. Jésus n’avait-il pas dit : « Vous me chercherez et là où je vais vous ne pouvez pas venir ». « Je m’en vais vous préparer une demeure ». Malgré cela en ce matin de Pâques, les disciples ont bien de la difficulté à croire. Seul Jean, le disciple que Jésus aimait, arrive à la bonne conclusion : Jésus est ressuscité des morts, voilà l’explication du tombeau vide. « Il vit et il crût. Jusque-là les disciples n’avaient pas vu que, d’après les Écritures, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ». Voilà qui est clair, ce qu’ils avaient vécu avec Jésus, ils n’en avaient rien compris. La belle histoire vécue avec le Rabbi de Nazareth se terminait pour sur une triste fin. Ils n’avaient pas compris qu’en vivant avec Jésus, ils vivaient l’accomplissement des Écritures car ils étaient les compagnons d’incarnation de la Parole de Dieu. Ils comprendront cela, mais progressivement, par étape car le fait de la résurrection est en lui-même trop brut, trop rapide pour que leurs pauvres têtes de pêcheurs galiléens puissent l’assimiler immédiatement. Cela va venir, les quelques apparitions de Jésus et plus encore le don de l’Esprit Saint, le Paraclet, tout cela va les aider à se souvenir de ce que Jésus leur avait dit. Et notre première lecture nous donne un beau résumé de ce à quoi Pierre va arriver et comment il va proclamer sa foi au Christ : « Et nous, les apôtres, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait. Les juifs l’ont fait mourir et voici que Dieu l’a ressuscité le troisième jour ».

Et c’est là que se trouve la deuxième réalité du matin de Pâques : « La mort est vaincue, Jésus est vivant ». Ils avaient pourtant vécu avec lui la résurrection de la fille de Jaïre, celle du fils de la veuve de Naïm, plus encore la résurrection de son ami Lazare qui sentait fort après quatre jours au tombeau. Mais ce n’était que des signes. Ils vont comprendre qu’avec la résurrection de Jésus c’est une autre réalité qui vient d’entrer dans notre monde. Une brèche s’est ouverte, la mort n’a plus le dernier mot de la vie. Il existe une vie après la vie. Et Jésus est le Premier Vivant, le Premier d’une multitude de frères et de sœurs.

Ainsi la première réalité celle du tombeau vide passe en arrière-plan. Elle nous conduit au Christ ressuscité, Victoire de Dieu sur la mort, fin ultime du mal. Car la mort du Juste a vaincu la mort. Marie de Magdala ne dira plus : « On a enlevés le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis ». Mais après sa rencontre avec Jésus, elle va devenir, selon la belle expression des Père de l’Église, l’Apôtre des Apôtres en leur annonçant : « J’ai vu le Seigneur et voici ce qu’il m’a dit : Va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. »

29-05-2022 / Ascension  (Dom Yvon Joseph)

Ascension
(Dom Yvon Joseph)


Homélie


« Levant les mains, Jésus les bénit… Tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et il était emporté au ciel. »

Dernier geste posé par Jésus, dernier signe qu’il donne à ses disciples, et qui nous révèle tout le sens de son passage sur terre… Jésus se sépare de ses disciples en les bénissant… C’est l’image qu’ils retiendront de lui pour toujours : ses mains qui ont été clouées sur la croix sont des mains qui bénissent !
 
Par ce geste, Jésus révèle à ses disciples et aux disciples de tous les temps, aux disciples que nous sommes aujourd’hui, quel est le lien qui existe entre le ciel et la terre, entre Dieu et nous : un lien de bénédiction ! Jésus retourne auprès de son Père, dans la gloire du ciel, mais le ciel ne se referme pas dernière lui… Au contraire, avec lui, le ciel est ouvert à jamais ! Célébrer le Christ dans le mystère de son Ascension, c’est contempler le Christ en gloire et méditer sur les bienfaits que son exaltation auprès du Père nous apporte, à nous et à toute l’humanité.
 
Son exaltation dans la gloire est la source d’une bénédiction permanente et les disciples ne la reçoivent pas seulement pour eux-mêmes… Ils la reçoivent pour toute l’humanité que Dieu aime et qu’il appelle au salut… Cette bénédiction, à leur suite aujourd’hui, nous ne la recevons pas non plus seulement nous : nous la recevons comme une grâce à partager, comme un don à faire fructifier, comme une mission à remplir… « À vous d’en être les témoins », déclare Jésus à ses disciples.
 
Comment en être les témoins dans notre monde d’aujourd’hui ?... Comment annoncer cette bénédiction et, surtout, comment la faire circuler par notre propre témoignage ?... Comment être signe de la « présence bénissante » de notre Dieu au cœur de la vie du monde ?... Frères et sœurs, c’est la question qui se pose à chacune et à chacun de nous qui avons mis notre foi en Jésus mort et ressuscité pour la vie du monde… C’est également le défi que doit relever l’Église, communauté des croyantes et des croyants, si elle veut rester fidèle à la mission qu’elle a reçue… Annoncer l’Évangile du salut, en invitant à la conversion, certes… en dénonçant les péchés qui séduisent encore le cœur humain, certes… en dénonçant les injustices et les guerres qui défigurent le visage de l’humanité, certes encore… Oui, dénoncer tout ce mal, mais sans céder à la tentation de juger et de condamner, comme l’Église l’a fait trop souvent dans le passé !... Dénoncer le mal, mais sans cesser de bénir, sans cesser d’aimer, sans cesser d’inviter au pardon qui permet d’espérer encore… Et surtout sans cesser d’annoncer et de témoigner de l’Évangile du salut, l’Évangile d’un Dieu qui aime et qui libère, l’Évangile d’un Dieu qui ne cesse de répandre son Esprit d’amour dans le monde et dans les cœurs, l’Évangile du Fils de Dieu, qui a donné sa vie par amour, triomphant ainsi de tout péché et de toute mort !...
 
Dans le Livre des Actes des Apôtres, nous trouvons, sur les lèvres de l’apôtre Pierre, comme un résumé de la vie de Jésus sur terre : « Là où il passait, il faisait le bien », affirme-t-il (voir 10, 38)… Aujourd’hui, en cette fête de l’Ascension du Seigneur Jésus, nous célébrons le plein accomplissement de sa mission, non pas comme une fin, mais comme le passage à un autre mode de présence…
 
Oui, Seigneur de gloire, continue à passer parmi nous en nous couvrant de ta bénédiction… en faisant du bien… en nous rendant meilleurs, pour qu’à notre tour, par tout notre être et par tout notre agir, nous devenions des hommes et des femmes de bénédiction pour tous les frères et les sœurs que tu nous donnes à aimer !

05-06-2022 / Pentecôte (Frère Sylvain)

Pentecôte 
(Frère Sylvain)


Homélie


Frères et sœurs,

Saint Luc en première lecture, saint Paul en deuxième lecture, et saint Jean dans l’évangile qui vient de nous être proclamé : ils sont trois ce matin à nous parler de l’Esprit Saint. Chacun en parle à sa façon, à partir de l’expérience qu’il en a faite lui-même, ou que l’Église, la communauté chrétienne à laquelle il appartient, en a faite. 

La description de saint Luc est sans doute la plus spectaculaire : un violent coup de vent qui emplit la maison, des langues qu’on aurait dites de feu qui se répandent sur les disciples, la proclamation des merveilles de Dieu en diverses langues à la foule rassemblée à Jérusalem. Nous souhaiterions peut-être que l’Esprit se manifeste à nos assemblées avec autant d’éclat, mais il le fait le plus souvent de façon beaucoup plus discrète, mais non moins efficace.

Le vent nous dit le mouvement qui s’empare des disciples, et le feu nous dit la ferveur qui les anime pour annoncer la résurrection de Jésus. Nous avons dans cette scène un condensé et une préfiguration de la proclamation de l’Évangile à toutes les nations sous le ciel, lorsque les disciples de Jésus se disperseront sur toute la terre habitée, relayés par des générations de missionnaires, jusqu’à nous aujourd’hui. Le pape François nous invite à être tous missionnaires de la joie de l’évangile. Quel vent, quel souffle nous dynamise, quel feu nous habite? Ceux qui nous voient vivre ne voient-ils que de la cendre, quelque chose en train de s’éteindre, sans être à même de deviner la braise qu’il y a dessous ?

Pour annoncer l’évangile, il faut aussi parler la langue de ceux et celles à qui l’on s’adresse. Connaît-on la langue, le langage des jeunes d’aujourd’hui ? Le langage des sans-abris, des laissés pour compte ? Le langage des migrants qui affluent sur nos contrées ? Sachant qu’en tout cela, le seul langage qui importe est celui de l’amour.

À plusieurs reprises, saint Paul, dans l’extrait de la lettre aux Romains qui nouas a été proclamée, affirme que l’Esprit de Dieu habite en nous et qu’il est en nous principe de vie nouvelle. Il nous fait passer de la peur à la confiance et à la liberté des fils et des filles de Dieu. Comme des petits enfants, il nous crier Abba, c’est-à-dire Père ou plus justement Papa! le mot même que Jésus utilisait pour se confier à Dieu. Ce n’est pas rien : il y a entre nous et Dieu, non pas une distance infranchissable, mais un lien de proximité aussi étroit que celui qui existe entre Jésus lui-même et le Père.

Quel sentiment habite mon cœur quand je m’adresse à Dieu ? Si Dieu est notre Père à tous, est-ce que je pose un regard fraternel sur tout être humain ? Ai-je une conduite fraternelle envers toute personne que je croise? On peut noter ici que le terme « Père » ne doit pas faire obstacle à notre vie spirituelle : c’est un mot tiré de notre expérience humaine, mais Dieu est bien au-delà de toutes nos catégories de père ou de mère.
L’évangéliste saint Jean donne à l’Esprit le titre de « Défenseur » ou en grec Paraclet, celui qui, dans un procès, se tient à côté de l’accusé pour le défendre (avocat de la défense, si on veut). Nous défendre de tout ce qui pourrait nous accuser devant Dieu, à commencer par notre conscience, souvent aux prises avec de la culpabilité. Le Défenseur est avec nous et en nous, il nous enseigne intérieurement et nous rappelle les paroles de Jésus, c’est-à-dire les rend actuelles pour nous aujourd’hui, il donne saveur aux paroles de Jésus, saveur de vie éternelle.

Pour saint Jean, comme pour saint Paul, l’Esprit habite en nous, mais il ne vient pas seul : « Si quelqu’un m’aime, dit Jésus, il gardera ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. » Dieu fait de nous son temple, sa demeure, le lieu où il habite. Dans le langage courant on dit que Dieu est au ciel. Nous sommes le ciel ou Dieu réside. Certains se demandent : au moment de ma mort, vais-je aller au ciel ? J’y suis déjà, mais dans l’obscurité de la foi : au moment de ma mort, ce sera dans la pleine lumière, la lumière de l’amour infini. Ainsi que le disait un mystique musulman, de la voie soufie : « Je ne suis pas une goutte d’eau qui se perd dans l’océan de l’amour de Dieu, c’est tout l’océan de l’amour de Dieu qui se trouve dans la goutte d’eau que je suis. »
 
- L’Esprit est vent et souffle, langue de feu qui fait naître l’Église, la communauté des croyants, les témoins du ressuscité, nous dit saint Luc.
 
- L’Esprit habite en nous, il déverse en nous l’amour filial envers le Père et l’amour fraternel envers tous, nous dit saint Paul.
 
- Avec le Père et le Fils, l’Esprit fait de nous sa demeure éternelle, et chaque moment de notre existence ouvre sur l’éternité de son amour, nous dit saint Jean.

AMEN

12-06-2022 / La Trinité (Dom Yvon Joseph)

La Trinité
(Dom Yvon Joseph)


Homélie


Depuis la prière des Vigiles à 4h00 ce matin jusqu’à maintenant, avec mes frères, je me suis incliné 15 fois en disant : « Gloire au Père, et au Fils et au Saint Esprit » ou des formules équivalentes en hommage à la Sainte Trinité dont nous célébrons la fête aujourd’hui. Et nous nous inclinerons encore une dizaine de fois jusqu’à la dernière prière qui nous rassemblera à la fin de notre journée monastique : au total, 25 fois environ où nous aurons ainsi exprimé notre foi en l’infini mystère de Dieu Trinité Sainte.
 
Ce geste, si nous le posons attentivement avec notre corps, mais surtout avec notre esprit et notre cœur de croyants, ce geste vient nous rappeler :
- que le Mystère de la Sainte Trinité anime et oriente toute notre prière ;
- que le Mystère de la Sainte Trinité nous habite par la foi et l’amour, ainsi que saint Paul l’a affirmé :
« l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » ;
- enfin, que le Mystère de la Sainte Trinité vient éclairer toute notre vie à la suite de Jésus.
 
Nous pouvons également observer que nos sept moments de prière chaque jour s’ouvrent par le signe de croix : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit ». Depuis le début de cette eucharistie, avec nous, vous avez vous-mêmes tracé ce signe deux fois sur vous et vous le tracerez une troisième fois au moment de la bénédiction finale. Ce signe de croix nous pouvons aussi le refaire personnellement chaque fois que nous venons prier dans cette église, en nous signant de l’eau bénite, rappel de l’eau de notre baptême.
 
Ce lien entre le nom de chaque personne de la Trinité et le signe de la croix, si nous y portons attentions, est porteur d’une belle lumière… Spontanément, lorsque nous pensons à la croix et lorsque nous regardons le Crucifié, nous y voyons l’amour de Jésus qui nous a aimés jusqu’au bout, « jusqu’à l’extrême », déclare Dom Christian, notre bienheureux frère martyr d’Algérie. Nous reconnaissons là l’amour absolu de Jésus pour chacune et chacun de nous, ainsi qu’il l’a lui-même exprimé : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13).
 
Ce lien vient nous révéler que, sur la croix, Jésus n’est pas seul, loin de là ! Sur la croix, le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont intimement unis dans une unique passion d’amour ! Sur la croix, le Père et le Fils ne sont pas séparés l’un de l’autre et encore moins opposés l’un à l’autre, comme si c’était le Père qui exigeait la mort de son Fils… C’est malheureusement une façon de voir qui a trop longtemps existé et qui a fait des désastres… Pourtant, sur la croix, le Père et son Fils Jésus sont profondément unis dans une même volonté d’apporter le salut et le pardon des péchés à tout l’humanité. Le Père donne son Fils, le Fils donne sa vie, dans la communion de l’Esprit Saint qui les unit l’un à l’autre dans l’amour.
 
C’est le Mystère que viennent nous rappeler chacune nos inclinations et chacun des signes de croix que nous pouvons tracer sur nous… Il n’y a pas longtemps le pape François invitait tous ceux qui croient dans le Christ à faire le signe de croix dès leur réveil chaque matin et à le refaire au terme de leur journée… Ce signe, posé dans la foi, au nom et à la gloire de la Sainte Trinité, pourra éveiller notre mémoire au mystère du Dieu Père, Fils et Esprit Saint qui nous habite depuis notre baptême. La Sainte Trinité n’est pas une théorie pour notre tête, mais un amour répandu dans notre cœur pour éclairer notre prière et notre vie de croyantes et de croyants chaque jour !

19-06-2022 / Le Corps et le Sang du Christ (Frère Michel)

Solennité du Corps et du Sang du Christ
(Frère Michel)



Mot d’accueil

Aujourd’hui, nous célébrons la fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ, présent dans l’Eucharistie bien sûr, mais présent aussi dans chacun de nos frères et sœurs en humanité. En acceptant l’invitation de nous joindre au repas du Seigneur aujourd’hui, nous acceptons de nous laisser transformer par Lui en accueillant Sa Parole et en partageant le pain qu’Il nous donne avec tous ceux qui sont affamés, aussi bien dans l'ordre spirituel que dans l'ordre matériel. «L'Eucharistie, écrivait saint Augustin, c'est le pain qui cherche la faim».
Que notre célébration d'aujourd'hui soit une action de grâce à Jésus qui a donné sa vie par Amour pour nous et qui nous invite à faire de même pour nos frères et nos sœurs.

HOMÉLIE

Au sortir du temps pascal, la liturgie de l’Église propose trois grandes solennités qui célèbrent notre Dieu: Il y a d’abord la fête de la Pentecôte qui est, comme nous le rappelait frère Sylvain il y a 2 semaines, la fête de l’Esprit Saint qui habite en nous et qui déverse en nous l’amour filial envers le Père et l’amour fraternel envers nos frères;
Il y a ensuite la fête de la Trinité qui est, comme nous le soulignait Dom Yvon Joseph la semaine dernière, la fête de l’amour de Dieu répandu dans notre cœur pour éclairer notre prière et notre vie de croyantes et croyants chaque jour; et il y a enfin, la fête du Corps et du Sang du Christ, qui met l’accent sur le Dieu incarné qui de fait proche de nous, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous.
En ce dimanche de la fête du Cortps et du Sang du Christ, nous sommes invité à entrer dans le grand mystère du Dieu qui se fait présent par Jésus dans l’Eucharistie; et Sa présence s’exprime pour nous sous trois formes: d’Abord sous la forme d’une assemblée réunis au nom de Jésus : « Quand 2 ou 3 personnes sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ».
Deuxièmement, la présence de Dieu s’exprime sous la forme de la Liturgie de la Parole, qui nous transmet la Force aimante et agissante de Dieu au milieu de son Peuple.
Et enfin, la présence de Dieu s’exprime pour nous, chaque jour, à travers la forme du Pain et du Vin consacré durant l’Eucharistie et qui deviennent pour nous le pain de la vie et la coupe du salut pour que nous ayons la Vie et la vie en abondance.
La fête du Saint-Sacrement, c’est donc la célébration du don de la Vie que Dieu nous offre, en se donnant lui-même pour nous dans l’Eucharistie.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, le repas offert par le Christ aux gens fatigués et affamés est le symbole de nos rencontres eucharistiques. Le miracle n’est pas tant la «multiplication des pains» que la capacité de partager le peu que nous avons : «Donnez-leur vous-mêmes à manger» dit le Seigneur à ses disciples qui veulent renvoyer les gens. Au lieu de disperser les foules dans les villages, Jésus choisit plutôt de les rassembler et de faire en sorte qu’elles aient de quoi à manger.
À l’exemple de Jésus qui rassemble et qui nourrit les foules, l’Eucharistie devient pour nous aussi un rassemblement qui alimente et qui soutient notre vie chrétienne, en nous donnant l’éclairage et la force nécessaires pour vivre au jour le jour les valeurs de l’Évangile.
Aujourd’hui, nous célébrons la présence de Dieu parmi nous. Il nous rassemble pour nous adresser sa parole et pour nous partager le pain de vie. L’Eucharistie est beaucoup plus qu’une pratique de piété individuelle. Elle nous invite au partage, à la fraternité et à l’accueil des autres.
En cette fête du Corps et du Sang du Christ, en cette fête de l’Eucharistie, prenons le temps de remercier le Seigneur pour l’initiative qu’il prend chaque jour de nous inviter à partager le repas où il se donne lui-même en nourriture pour que nous ayons la Vie et la vie en abondance. 
AMEN. 

23-06-2022 / Le Sacré Coeur de Jésus (Frère Sylvain)

Le Sacré Coeur de Jésus
(Frère Sylvain)


HOMÉLIE


Frères et sœurs,
Peut-on connaître cet espace sacré qu’est le cœur de Jésus?
Pour cela il nous suffit, je crois, d’ausculter notre propre cœur, de l’entendre battre. Comment entendre battre le cœur du Christ, si nous n’entendons pas notre propre cœur ? Notre cœur bat, il propulse le sang dans tout notre organisme, il fait circuler la vie. Il en est ainsi du cœur du Christ, qui fait circuler la vie dans tout le corps de l’Église.
Notre cœur réagit aussi aux émotions, aux désirs, aux sentiments qui tour à tour le resserrent ou le dilatent, lui font battre la chamade ou s’arrêter de stupeur, l’emplissent de papillons ou le transpercent de douleur. Le cœur du bon pasteur ne connaît-il pas semblables alternances, dans sa quête de chaque brebis perdue et retrouvée ? A moins de penser que l’amour infini est bien au-delà de toutes ces fluctuations, et que cet dans cette mer inaltérable que nous devons fixer notre propre cœur.
Notre cœur n’est pas que le lieu des sentiments, il a aussi sa propre intelligence : il ne contient pas moins de 40 000 neurones (il y en a 100 millions dans l’intestin, et 100 milliards dans le cerveau). Sur cette base, les spécialistes des neurosciences ont mis au point une technique thérapeutique appelée « cohérence cardiaque », qui vise le mieux-être des personnes en leur proposant de régulariser leur rythme cardiaque, à partir d’exercices respiratoires et de moments de pleine conscience. Et si la fête d’aujourd’hui nous invitait à ajuster le rythme de notre cœur à celui du cœur de Jésus, à vivre en cohérence avec le sien, qui bat sans cesse par amour pour l’humanité et pour le Père ?
Le cœur du Christ bat par amour. C’est aussi par amour qu’il s’arrête de battre, sur la croix. Le sang propulsé à l’intérieur du corps, du corps de l’Église, se répand maintenant à l’extérieur, par la plaie de son côté. Signe que le salut est pour toutes les nations extérieures à l’Église, que son amour est offert à toute l’humanité.
Il est significatif que, dans nos sociétés post-industrialisées, les maladies cardio-vasculaires soient la première cause de décès à l’échelle mondiale, avec un taux de 31%. C’est là, je crois, le symptôme d’un malaise, d’un mal-être qui n’est pas que physiologique ou même psychologique, mais révèle une carence spirituelle. Notre cœur est malade, il suffoque par manque d’amour. Qui le raccordera à sa source première, à sa source divine ?
La résurrection de Jésus, nous le croyons, n’est pas sa réanimation corporelle. Le souffle, l’Esprit-Saint, a pris le relais de son cœur, en son double mouvement de systole et de diastole, dans son double rôle de purifier et de donner la vie. Dans la gloire du Père, le Christ n’est plus restreint dans les limites de la matière, du temps et de l’espace, dans les limites d’un cœur humain. Il est désormais présent à tout cœur humain : à celui, encore tout palpitant, du nouveau-né, jusqu’à celui de l’agonisant. C’est son amour qui bat en chacun de nos cœurs.
Oui, tout cœur humain est maintenant cet espace sacré ou l’amour de Dieu se fraie un chemin pour y établir sa demeure, dès maintenant et pour l’éternité. 
Que ce mystère nous soit source de joie et de gratitude.

24-06-2022 / Nativité de Saint Jean Baptiste (Dom Yvon Joseph)

Nativité de Saint Jean Baptiste
(Dom Yvon Joseph)


HOMÉLIE


Jean le Baptiste, c’est le grand prophète qui a vécu à la jonction de l’Ancien et du Nouveau Testament, c’est le précurseur s’effaçant devant Jésus dont il avait la mission d’annoncer et de préparer la venue. Jean Baptiste, c’est aussi le prophète exhortant les foules à se convertir… Vocation unique et mission exceptionnelle qui peuvent inspirer encore nos vocations et la mission de l’Église aujourd’hui…
 
À la différence de Jean Baptiste, nous ne sommes plus à la jonction de l’Ancien et du Nouveau Testaments, mais ne sommes-nous pas à la jonction d’une Église ancienne qui s’en va et d’une Église nouvelle qui est en train de naître ?… On peut assez facilement identifier « l’Église ancienne qui s’en va » (ce qui s’est d’ailleurs réalisé d’une façon extrêmement rapide ici au Québec…), mais il est plus difficile d’identifier « l’Église nouvelle qui est en train de naître ». Toutefois, si nous sommes attentifs, le visage de cette Église commence à se dessiner et il laisse déjà deviner sa beauté… En voici quelques traits :
– une Église où les relations entre pasteurs et fidèles deviennent de plus en plus simples et fraternelles ;
– une Église où des laïques plus nombreux, surtout des femmes, s’engagent avec générosité, au service de l’évangile ;
– une Église où les croyantes et les croyants, le sont moins par convention sociologique, mais par un choix personnel qui les unit intimement au Christ ;
– une Église plus attentive à rappeler et à souligner la présence de l’Esprit Saint toujours à l’œuvre au cœur de l’humanité, plutôt qu’à dénoncer le déchaînement des forces du mal.
C’est le visage de la nouvelle Église qui se dessine peu à peu : une Église plus réduite en nombre et plus modeste, mais poursuivant courageusement sa mission, dans une humble recherche de fidélité à la suite de son Seigneur.
 
Comme Jean Baptiste, nous vivons une époque de passage et comme lui, nous sommes invités à ne jamais oublier que notre vocation fait de nous et de l’Église entière des précurseurs, et que nous resterons toujours des précurseurs. Jean Baptiste en avait une vive conscience : « Ce que vous pensez que je suis, je ne le suis pas. Mais le voici qui vient après moi, et je ne suis pas digne de retirer les sandales de ses pieds ».
 
Le prophète Jean vient ainsi nous rappeler – et avec beaucoup de justesse – que toute l’Église, depuis le dernier baptisé jusqu’au pape François, ne vit pas pour elle-même ni pour faire sa promotion, mais qu’elle doit vivre pour le Christ, pour que le Christ soit mieux connu et aimé… L’Église n’a pas à se prêcher elle-même, mais à prêcher le Christ ! Et, dans ce but, elle a toujours à se convertir, comme l’a rappelé dernièrement Joseph Doré, archevêque émérite du diocèse Strasbourg, dans un livre intitulé : Le salut de l’Église est dans sa propre conversion (Salvator, 2021). Dans cet esprit, nous pouvons espérer et prier pour que la démarche synodale demandée aux Églises du monde entier, par le pape François, contribue à cette conversion nécessaire dans la façon d’annoncer l’Évangile en étant plus à l’écoute des femmes et des hommes d’aujourd’hui, qu’ils soient catholiques ou non, qu’ils soient croyants ou non…
 
C’est au prix de cette conversion et de la conversion personnelle de chacun de ses membres
– donc de chacun et de chacune de nous – que l’Église pourra se renouveler en profondeur, en goûtant et en faisant goûter « la joie de l’Évangile », la joie de rencontrer le Christ !

26-06-2022 / 13e dimanche du temps de l’Église (Frère Bruno-Marie)

13e dimanche du temps de l’Église
(Frère Bruno-Marie)


HOMÉLIE


Frères et soeurs
 
Dans l’évangile de ce matin, nous voyons Jésus prendre le chemin de Jérusalem et appeler en cours de route des disciples à sa suite. Mais quand on y pense bien, c’est tout au long de notre vie que Jésus nous appelle à le suivre.
 
Le premier appel à se faire entendre, est bien sûr l’appel à l’existence. De toute éternité nous existons dans la pensée de Dieu et un jour par sa Parole créatrice Il nous appelle à venir au jour pour collaborer avec Lui à son oeuvre de création.
 
Cet appel à collaborer avec Dieu qui peut être perçu plus ou moins confusément dès l’enfance, se met en place à l’adolescence pour se concrétiser dans la vingtaine.
 
À 20 ans, la vie s’ouvre toute grande devant nous. Toutes sortes de possibilités s’offrent à nous. C’est le temps des grandes décisions. Le temps de choisir un métier, une carrière et même un état de vie. C’est souvent à cette âge que le Seigneur nous appelle à nous engager à sa suite. Pour la plupart des chrétiens et des chrétiennes cet engagement prend la forme d’une vie de couple pour témoigner de son Alliance dans un monde en pleine mutation. Pour d’autres par contre cet engagement se veut plus radical : « Toi, pars, annonce le règne de Dieu. »
 
Vers les 40 ans, au mie temps de la vie, nous avons fait, comme on dit, le tour du jardin. On sait à quoi ressemble la vie et on a un bonne idée de ce qu’elle sera si nous continuons dans la même ligne. Peut alors survenir un événement imprévu qui déclenchera en nous une crise. Crise connue sous le nom de crise de la quarantaine, crise du milieu de la vie ou crise du démon du midi.
 
Cette crise nous met en face d’ un choix : continuer ou changer. Certains ayant mis la main à la charrue, pour reprendre l’expression de l’évangile décident de continuer dans la même ligne, tandis que d’autres après un long discernement et parfois bien des souffrances se sentent appelés à un nouveau départ et à autre chose.
 
À 60 ans, comme à 40 ans se repose la même question : « Qu’est-ce que je veux faire du reste de ma vie?? »
 
Comme un bon jardinier, il est assez rare qu’à cet âge que le Seigneur déracine une plante qui a déjà des racines profondes pour le transplanter ailleurs. Mais cela peut arriver car les plans de Dieu sont insondables. C’est plutôt un appel à une vie plus contemplative, plus intérieure que le Seigneur nous lance. Un appel à redonner un sens au reste notre vie. Je ne dis pas à trouver un sens, mais bien à redonner un sens car la vie a le sens qu’on lui donne.
 
À 70 ans et plus, le vide commence à se creuser autour de nous. Nos parents sont parfois partis depuis longtemps et c’est au tour de nos proches et de nos amis de montrer des signes d’usure et de prendre leur envoi pour un monde meilleur. Nous reviennent alors à l’esprit les mots du psaume 89 : « le nombre de nos années 70, 80 pour les plus vigoureux. Leur plus grand nombre, c’est-à-dire passées les 80 ans, n’est que peine et misère. Elles s’enfuient et nous nous envolons. »
 
Nous commençons alors à percevoir l’appel du Seigneur à monter avec Lui à Jérusalem pour y vivre nos dernières années et y prendre à notre tour notre envol. Cet appel à monter à Jérusalem n’a rien de triste puisqu’il est chargé d’espérance. C’est l’appel à retourner vers la Source , à retourner vers le Père.
 
Frères et soeurs
 
Toute notre vie est un long appel à la sainteté. Un appel qui peut faire peur. Mais quelques soient nos erreurs, nos fautes et même nos refus, une chose est certaine : Il ne faut jamais désespérer de la miséricorde de Dieu.

29-06-2022 / Saint Pierre et Saint Paul (Frère Martin)

Saint Pierre et Saint Paul
(Frère Martin)


HOMÉLIE


Frères et sœurs,
La liturgie de l’Église met aujourd’hui nos cœurs en fête par la célébration de deux saints, deux grandes figures du christianisme, deux hommes qui, bien qu’étant unis dans la même foi, sont par bien des aspects très différents.
 
Pierre, un homme du peuple, un pêcheur, proche des gens, celui que Jésus a choisi en l’arrachant à ses filets. Paul, disciple de Gamaliel, spécialiste des Écritures, un pharisien, foudroyé subitement par la lumière divine. Un grand intellectuel, mais plus encore un grand spirituel qui scrutera jusqu'en ses profondeurs le mystère du Christ.
 
Pourtant, le destin de ces deux hommes est providentiellement similaire. L'un et l'autre ont été incrédules, l’un et l’autre ont goûté à l’amertume du reniement et du péché, et plus encore à la joie du pardon.
 
Pierre, qui s'est enfoncé dans la mer parce qu'il manquait de foi, qui a renié le Christ, puis qui a entendu le Ressuscité lui demander par trois fois : M’aimes-tu plus que ceux-ci ? Paul, le persécuteur acharné de l’Église, qui dans son orgueil voulait être l'homme de la Loi et en accomplir les moindres préceptes, qui fut soudainement terrassé par la grâce de Dieu sur le chemin de Damas. Lui qui un jour, s’est entendu dire par Dieu : Ma grâce te suffit. L’un et l’autre ont donné leur vie au service et par amour du Christ et de l’Évangile. L’un et l’autre ont payé de leur vie leur fidélité à Dieu par la gloire du martyr dans la ville de Rome.
 
Quant à nous, frères et sœurs, nos vies ne diffèrent pas tellement de celles de Pierre et Paul. Dans la mesure où nos existences sont marquées, comme eux, par la faiblesse, le reniement et les infidélités du quotidien, mais plus encore par la grâce et la miséricorde de Dieu, nous n’avons pas à rougir ou à nous décourager devant la sainteté de ces deux colonnes de l’Église. Car à l’exemple de Paul et comme nous le chantons aux Vêpres, seul Dieu est capable de discerner dans les vases d’argile que nous sommes le disciple capable de porter et de transmettre le trésor de l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre en faisant de nous des saints, des saints de Dieu.
 
Cette dimension apostolique de notre vie chrétienne, cette transmission de la foi à laquelle tous nous participons, est peut-être ce que les saints Pierre et Paul nous ont laissé de plus précieux pour aujourd’hui. S’ils sont des modèles à suivre, les colonnes de l’Église sur lesquels elle est édifiée, c’est parce qu’ils ont été avant tout des hommes de transmission, des hommes qui ont su transmettre, en leur temps, ce qu’ils ont reçu. Dans nos sociétés occidentales contemporaines, qui préconisent une mise entre parenthèses de tout ce qui est transmis par tradition ou héritage, l’idée de transmission n’a pas toujours bonne presse même lorsqu’il est question de foi chrétienne. Peut-être cela dépend-il de la manière dont nous appréhendons la mission de l’Église.
 
Pour le Dominicain E. Schillebeeckx, le noyau dur de la foi chrétienne prend corps autour de la notion d’expérience. Une expérience de foi qui devient par la suite transmission et qui ne saurait se réduire en des formules dogmatiques, si importantes qu’elles puissent être au regard de la foi. Voici ce qu’il écrit à ce sujet : Le christianisme n’est pas d’abord un message, une doctrine qui doit être crue, mais une expérience de foi qui devient un message. » Autrement dit, une expérience de foi qui prend la forme d’un message, d’une Bonne Nouvelle, celle que nous avons reçu et que nous ont transmis les saints Pierre et Paul.
 
Contrairement à ce que l’on entend parfois, à savoir que le christianisme est une religion du livre, il est bon de rappeler que notre foi repose avant tout sur une relation entre un « je » et un « tu ». La foi chrétienne n’est pas une option pour un principe spirituel du monde. Sa formule centrale n’est pas : je crois en quelque chose, mais je crois en toi. Elle est rencontre avec l’homme Jésus, et elle découvre dans cette rencontre que le sens du monde n’est pas un concept ou une doctrine, mais est une personne. Lorsqu’elle propose aux plus jeunes et aux moins jeunes un parcours catéchétique de foi, l’Église ne fait pas fausse route en misant sur cette relation intime entre Dieu et nous. Dans son exhortation apostolique Catechesi Tradendae, saint Jean-Paul II souligne que « le but définitif de la catéchèse est de mettre quelqu'un non seulement en contact mais en communion, en intimité avec Jésus-Christ : lui seul peut conduire à l'amour du Père dans l'Esprit et nous faire participer ainsi à la vie de la Trinité ». Présence, intimité, communion avec le Ressuscité : voilà les mots-clés à retenir. Une communion dans l’Esprit qui transforme et libère, à l’exemple des saints Pierre et Paul, qui ont tout perdu pour le Christ afin de faire découvrir à leurs contemporains la liberté et la joie de vivre de l’Évangile.
 
Dans un mois, la visite apostolique du pape François au Canada prendra son envol. Cette visite papale, brève mais hautement significative, se situe dans l’esprit de la fête d’aujourd’hui.
 
D’une part, la visite du pape François trouve avant tout sa raison d’être dans la foi au Christ ressuscité. Ce n’est pas à un culte de la personnalité que participeront des milliers d’hommes et de femmes au cours de ces quelques jours, si attachant, bon et saint que soit le pape François, mais à un rassemblement ecclésial manifestant l’unité des membres du Corps du Christ à travers une même foi dont le pape est le garant et le grand pasteur. Un rassemblement pour ceux et celles qui ne sont pas nés de la chair et du sang, qui confessent leur foi en Jésus mort et ressuscité pour notre vie : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Nous pourrions en dire autant de Paul qui a reçu de la part de Dieu la grâce de proclamer à toutes les nations l’obéissance de la foi au nom du Christ Jésus.  
 
D’autre part, et à l’exemple de Pierre et de Paul, la visite du pape sera également marquée par le pardon et la réconciliation. En effet, on sait combien le pape François a été touché par sa rencontre avec les peuples autochtones, à Rome, plus tôt cette année. Il souhaite ainsi poursuivre le dialogue qui a eu lieu lors de ces rencontres. Nous prions, écrit un évêque, pour que « ce pèlerinage soit une nouvelle étape significative dans le long processus de guérison, de réconciliation et d’espoir » avec les peuples autochtones.
Frères et sœurs, comme le disait dom Yvon-Joseph dans son homélie de la saint Jean-Baptiste, « l’Église n’a pas à se prêcher elle-même, mais à prêcher le Christ » En effet, et elle doit le faire à courant et à contre-courant afin de faire naître dans les cœurs la foi au Christ, lui qui apporte joie, pardon, réconciliation. C’est ce qu’on faits Pierre et Paul en leur temps jusqu’au martyre ; c’est ce que continue à faire aujourd’hui encore le pape François.
 
Et cette foi, frères et sœurs, cette foi dont saint Pierre écrit qu’elle plus précieuse que l’or périssable que l’on vérifie par le feu, cette foi, il importe d’en prendre soin. Il est nécessaire de la nourrir, de la faire grandir en nous avec le secours de Dieu, car peut-être serons-nous le seul Évangile que mon ami, mon voisin, mon collègue de travail, ma sœur, mon frère, ma mère, mon père, le sans-abri que je rencontrerai lira aujourd’hui. Continuons donc à la porter bien haut pour que l’Évangile que nous ont transmis les saints Pierre et Paul devienne cette expérience de foi vive au Christ Ressuscité qui brûlait leur cœur de disciple et d’apôtre.

03-07-2022 / 14e Dimanche du temps de l’Église (Frère Sylvain)

14e Dimanche du temps de l’Église
(Frère Sylvain)


HOMÉLIE


« Le règne de Dieu s’est approché de vous ».

Frères et sœurs,

Ce que les 72 disciples envoyés par Jésus annonçaient à leurs contemporains, il y a plus de vingt siècles, retentit à nos oreilles ce matin et remplit notre cœur de joie et d’espérance. « Le règne de Dieu s’est approché de nous » : Dieu se fait proche : c’est une libre initiative de sa part, qui révèle la gratuité de son amour. Dieu se fait proche, sans égards à nos bonnes ou à nos mauvaises dispositions, que nous soyons prêts à l’accueillir ou refusions de le recevoir. Voyez ce que Jésus dit à ceux qu’il envoie : « Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis… dites : « Le règne de Dieu s’est approché de vous »; « Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, dites… sachez-le : le règne de Dieu s’est approché ».
Le règne de Dieu s’est approché, il nous revient de l’accueillir. Notre Dieu est un Dieu de paix : souhaiter la paix, c’est la première consigne que Jésus donne à ses envoyés ce matin : « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : Paix à cette maison. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui, sinon elle reviendra sur vous. » Cette paix est plus qu’une absence de trouble ou de conflits : la paix de Dieu surpasse tout ce qu’on peut connaître, nous dit saint Paul. Et le prophète Isaïe dit à propos de Jérusalem : « Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve ». La paix, Dieu la veut en abondance, pour toute l’humanité. Le règne de Dieu, le règne de la paix : est-ce que la paix règne dans nos cœurs ? Est-ce qu’elle règne entre nous, dans nos familles, dans nos communautés, dans l’Église ? Est-ce qu’elle règne entre les nations ? Avec le Christ et par lui, nous en sommes les artisans.

Notre Dieu est le Dieu de la vie. « Guérissez les malades » dit Jésus à ceux qu’il envoie. « Vos os revivront comme l’herbe reverdit » annonce le prophète Isaïe. « Je suis venu pour que mes brebis aient la vie, et l’aient en surabondance » dit Jésus en saint Jean. Le règne de Dieu est le règne de la vie, sous toutes ses formes et pour toute créature, la vie en plénitude. De ce règne, nous sommes aussi les protagonistes.
Faire triompher la vie et proposer la paix dans un monde de violence : Jésus n’est pas inconscient en proposant cela à ses disciples : « Allez ! Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ». Les brebis ne sont pas en position de force par rapport aux loups, mais bien de faiblesse. Faiblesse du nombre : les disciples vont deux par deux : deux seuls disciples pour une bourgade ou une localité, c’est bien peu. À cela s’ajoute la pauvreté des moyens : « Ne portez no bourse, ni sac, ni sandales ». Loin de dominer sur ceux à qui ils sont envoyés, les disciples dépendent d’eux pour leur vie et leur survie. On est loin d’une institution forte et puissante, d’une Église triomphaliste qui impose son savoir, sa morale et ses dogmes à des populations pauvres et sans défenses. À mon sens, dans l’Église, on a trop souvent conçu l’expansion missionnaire sur le mode du colonialisme et de l’impérialisme : les peuples autochtones, ceux des Amériques ou ceux de l’Afrique n’ont que trop souffert du colonialisme français, belge, britannique, espagnol ou portugais, colonialisme non seulement politique et culturel, mais aussi religieux. Imposer la foi chrétienne, serait-ce sous le noble mobile du « salut des âmes », est-ce une conduite évangélique ? Le règne de Dieu se fait proche dans le Christ; n’est-il pas aussi déjà présent dans les religions instituées ?

La force, la puissance des disciples, n’est pas d’ordre politique ou culturelle. Elle n’est pas dirigée contre les institutions existantes : c’est une puissance spirituelle qui s’exerce contre les forces du mal, en faveur des populations : « Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire » dit Jésus à ses disciples. La société du temps de Jésus était fortement religieuse, comme tout le Moyen-Orient : les maladies et les désordres psychiques des personnes étaient perçus comme relevant d’esprits mauvais. « Ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis, dit Jésus, mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux ». Le règne de Dieu s’est fait proche, sur notre terre : en contrepartie, le nom des disciples est tout proche de Dieu, inscrits dans les cieux mêmes où il habite. Ciel et terre se compénètrent.

Dans la société religieuse d’alors, les disciples envoyés par Jésus effectuent des signes religieux, pour attester de la présence du règne de Dieu. Dans notre société post-religieuse, où la spiritualité a remplacé le religieux, ne doit-on pas, nous, effectuer des signes spirituels, des signes d’ordre fraternel et humanitaire, aisément déchiffrables par nos contemporains, sans référence à notre langage théologique et ecclésial si obscur pour les non-initiés ?
Frères et sœurs, « le règne de Dieu s’est approché de nous ». C’est le règne de la paix, le règne de la vie, le règne de l’amour. Que l’amour soit notre langage, en actes plus qu’en paroles, et son règne pourra s’établir en nos cœurs.