HOMÉLIES

HOMÉLIES  2022

17-04-2022 / Vigile de Pâques  (Dom André)

Vigile de Pâques 
(Dom André)


Bénédiction du Feu nouveau

Frères et Sœurs,
 
Un feu nouveau est allumé en cette nuit de Pâques. Ce feu c’est Jésus lui-même. C’est le feu de son amour qui a déjà commencé à toucher et embraser tous les cœurs ouverts à l’amour. La flamme que le cierge pascal et nos cierges vont porter sont marqués par ce feu de Dieu, ils vont se consumer pour donner leur lumière, pour éclairer notre route et notre histoire. Ils nous disent que le feu véritable qui nous brûle et nous éclaire, qui nous purifie et nous illumine, c’est Jésus, le Verbe de Dieu qui parle dans nos silences et nos chants de louange, Jésus, notre Dieu…
 
Il y aura toujours en nous un enfant qui a peur du noir, la noirceur de sa nuit et la peur d’y être seul. Il appelle son frère dont il est séparé par un mur ou une distance. Il lui dit « Parle-moi car j’ai peur. » Le frère répond : « À quoi ça va servir puisque tu ne me vois pas ? » Et l’enfant lui dit : « Il fait plus clair quand quelqu’un me parle. » Dieu parle, il nous parle et il fait aussitôt plus clair dans notre univers et dans notre monde. La lumière de Dieu est née d’une parole qui éclaire et qui donne sens à ce que nous vivons. Depuis que Dieu a dit : Que la lumière soit… notre tâche comme êtres humains qui voulons participer à la Création de Dieu c’est de nous dire les uns aux autres des mots, des paroles qui viennent mettre de la lumière partout où il y encore des ténèbres dans nos relations et dans notre maison commune. C’est un travail colossal et presque impossible quand nous y pensons. Mais quand nous voyons les cierges s’allumer un à un et se rapprocher, nous découvrons que toutes ces petites flammes parviennent à faire reculer nos nuits humaines et toutes nos peurs de ce qui est sombre et noir dans nos vies et dans notre monde.
 
Le feu nouveau nous conduit à Celui qui est au centre de cette nuit : Jésus Christ. Nous entendrons des paroles de feu, nous connaîtrons aussi des êtres de feu qui durant la longue histoire de l’humanité ont anticipé et porté la vision prophétique de ce tournant de l’histoire humaine qu’est la résurrection de Jésus. Isaïe écrivait 740 ans avant Jésus Christ : Mets-toi debout et deviens lumière car elle arrive ta lumière, la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Car elle arrive ta lumière; elle est arrivée, elle est là maintenant… Alors vivons ce que le prophète nous disait à chacun et chacune de nous : lève-toi, ressuscite, sois vivant et resplendis avec la lumière du Christ en toi. Cette nuit sa lumière brille d’un nouvel éclat en toi; rends-la visible. Voilà une part du mystère qui commence avec la lumière de ce feu nouveau et que nous allons approfondir ensemble en cette nuit de Pâques.
 
Prions ensemble :

Seigneur notre Dieu, par ton Fils qui est la Lumière du monde,
tu nous as donné la clarté de ta lumière,
daigne bénir cette flamme qui brille dans la nuit :
accorde-nous, durant ces fêtes pascales,
d'être enflammés d'un si grand désir du ciel
que nous puissions parvenir avec un cœur pur,
aux fêtes de l'éternelle lumière.
Par Jésus le Christ notre Seigneur. Amen.
 
 
Le Christ, hier et aujourd'hui
commencement et fin de toutes choses
Alpha et Oméga
à lui le temps et l'éternité,
à lui la gloire et la puissance
pour les siècles des siècles
Amen
 
Par ses saintes plaies
ses plaies glorieuses
que le Christ
nous garde et nous protège
Amen
 
Que la Lumière du Christ, ressuscitant dans la gloire
dissipe les ténèbres de notre cœur et de notre esprit
maintenant et pour les siècles des siècles…
 
Frères et Sœurs, en allumant nos cierges et en marchant derrière le cierge pascal, soyons simplement attentifs à cette petite flamme fragile et vacillante que nous allons prendre le temps de recevoir pour la transmettre à notre tour. Et porteurs de cette lumière d’espérance et de joie, nous allons veiller ensemble à ce qu’elle ne s’éteigne pour personne cette nuit.


HOMÉLIE


Mes Frères et mes Sœurs,
 
Comment expliquer la force considérable, l’explosion indéniable d’énergie à Pâques ? Pâques a transformé des vies, a créé une conscience nouvelle, a ré-orienté la façon de penser Dieu. Nous sommes tellement habitués à percevoir le « pas-encore » de la vie nouvelle qui commence avec la Résurrection de Jésus qu’il nous arrive d’en oublier le « déjà-là ». La Résurrection n’est pas simplement quelque chose qui est arrivé à Jésus dans une histoire lointaine, il y a plus de deux mille ans. C’est quelque chose qui nous arrive à nous aussi, à chacun et chacune de nous quand nos yeux finissent pas s’ouvrir au sens et à la présence de Dieu dans notre vie, dans nos amours, dans notre courage d’être et d’être vivant. Jésus est ressuscité, il est vivant pleinement et une fois pour toutes. Et c’est là qu’il nous attire. Dans sa longue prière à son Père, il a utilisé un mot très fort, un mot dont on nous rappelait Jeudi Saint qu’il transforme et fait advenir une réalité, il prié en disant : Père, je veux, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi… Jésus est allé jusqu’au bout de l’amour et c’est vers cela qu’il nous attire et nous veut, nous, nous tous, avec lui.
 
Faudra-t-il attendre de mourir pour que se réalise cette communion, cette ré-union avec lui ? Pâques est une expérience humaine réelle, une expérience qui nous ouvre les yeux du cœur et qui nous appelle à ouvrir les yeux des autres autour de nous pour nous rendre tous capables de vivre ensemble, d’aimer et d’être vivants ensemble. C’est une expérience qui nous persuade que les limites de notre humanité, en tant qu’êtres humains, peuvent être brisées parce que Jésus a vaincu le mal et la mort une fois pour toutes. Nous pouvons transcendé la frontière visible entre la vie et la mort (physique, morale, spirituelle), la mort sous toutes ses formes. Pâques nous ouvre à cette dimension transcendante de la vie. C’est une expérience dans laquelle notre vie est comme élargie, même si cela n’est pas encore pleinement manifesté, notre amour devient comme illimité, notre être est valorisé parce que nous avons part au Christ, nous avons part avec lui et en lui, à Dieu et à qui est Dieu.
 
La Résurrection ce n’est pas d’abord un événement ponctuel dont nous faisons mémoire. Ou pour le dire autrement, si c’est un souvenir que nous rappelons chaque année en cette nuit pascale, c’est un souvenir dérangeant, révolutionnaire, c’est un processus qui nous pousse en avant et qui peut réorganiser toute une vie. Saint Paul dans sa Lettre aux Éphésiens demande à Dieu de nous donner un esprit de sagesse qui nous le révèle et nous le fasse vraiment connaître, qu’il ouvre notre cœur à sa lumière (depuis Que la lumière soit, c’est toujours le même désir de nous éveiller à la lumière qui est de lui en nous) pour que nous sachions quelle espérance nous donne son appel, quelle immense puissance il a déployée en notre faveur à nous les croyants… Mais quelle est donc cette puissance que Dieu met en nous ? C’est bien là ce que nous voulons savoir… Et Paul nous le dit : C’est la même énergie et la même force toute-puissante que Dieu a mises en œuvre en ressuscitant Jésus Christ d’entre les morts.
 
Voilà ce que Dieu a mis en nous à Pâques pour que nous menions une vie qui ressemble de plus en plus à celle du Christ : embrasser pleinement la vie nouvelle, faire croître l’amour entre nous, autour de nous, jusqu’au bout et avoir le courage d’être tout simplement, mais en toute vérité, qui nous sommes. Et nous sommes des hommes et des femmes nés de Dieu, nous sommes des frères et des sœurs en humanité, nous sommes des êtres lumineux porteurs de sa lumière.
 
Frères et Sœurs, Pourquoi chercher Jésus parmi les morts ou dans nos souvenirs d’autrefois quand il est là, Vivant, Présent, et qu’il veut que nous soyons là nous aussi vivants et présents… pour qu’advienne une terre de Dieu, un monde enfin unifié en toute paix et en toute joie.
 
Amen ! Alléluia !


17-04-2022 / Messe du jour de Pâques  (Frère Emmanuel)

Messe du jour de Pâques 
(Frère Emmanuel)



HOMÉLIE


« On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. »

Frères et Sœurs,

Cette phrase de Marie-Madeleine résonne comme un coup de tonnerre aux oreilles des apôtres et des quelques femmes restés fidèles à Jésus au lendemain du sabbat. Même les deux disciples d’Emmaüs en reparleront le soir en partageant les événements avec l’Inconnu qui fait route avec eux.

« On a enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis ». La première réalité qui apparait est donc le tombeau vide, et on ne sait pas où on l’a mis. Jésus n’avait-il pas dit : « Vous me chercherez et là où je vais vous ne pouvez pas venir ». « Je m’en vais vous préparer une demeure ». Malgré cela en ce matin de Pâques, les disciples ont bien de la difficulté à croire. Seul Jean, le disciple que Jésus aimait, arrive à la bonne conclusion : Jésus est ressuscité des morts, voilà l’explication du tombeau vide. « Il vit et il crût. Jusque-là les disciples n’avaient pas vu que, d’après les Écritures, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ». Voilà qui est clair, ce qu’ils avaient vécu avec Jésus, ils n’en avaient rien compris. La belle histoire vécue avec le Rabbi de Nazareth se terminait pour sur une triste fin. Ils n’avaient pas compris qu’en vivant avec Jésus, ils vivaient l’accomplissement des Écritures car ils étaient les compagnons d’incarnation de la Parole de Dieu. Ils comprendront cela, mais progressivement, par étape car le fait de la résurrection est en lui-même trop brut, trop rapide pour que leurs pauvres têtes de pêcheurs galiléens puissent l’assimiler immédiatement. Cela va venir, les quelques apparitions de Jésus et plus encore le don de l’Esprit Saint, le Paraclet, tout cela va les aider à se souvenir de ce que Jésus leur avait dit. Et notre première lecture nous donne un beau résumé de ce à quoi Pierre va arriver et comment il va proclamer sa foi au Christ : « Et nous, les apôtres, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait. Les juifs l’ont fait mourir et voici que Dieu l’a ressuscité le troisième jour ».

Et c’est là que se trouve la deuxième réalité du matin de Pâques : « La mort est vaincue, Jésus est vivant ». Ils avaient pourtant vécu avec lui la résurrection de la fille de Jaïre, celle du fils de la veuve de Naïm, plus encore la résurrection de son ami Lazare qui sentait fort après quatre jours au tombeau. Mais ce n’était que des signes. Ils vont comprendre qu’avec la résurrection de Jésus c’est une autre réalité qui vient d’entrer dans notre monde. Une brèche s’est ouverte, la mort n’a plus le dernier mot de la vie. Il existe une vie après la vie. Et Jésus est le Premier Vivant, le Premier d’une multitude de frères et de sœurs.

Ainsi la première réalité celle du tombeau vide passe en arrière-plan. Elle nous conduit au Christ ressuscité, Victoire de Dieu sur la mort, fin ultime du mal. Car la mort du Juste a vaincu la mort. Marie de Magdala ne dira plus : « On a enlevés le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis ». Mais après sa rencontre avec Jésus, elle va devenir, selon la belle expression des Père de l’Église, l’Apôtre des Apôtres en leur annonçant : « J’ai vu le Seigneur et voici ce qu’il m’a dit : Va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. »

29-05-2022 / Ascension  (Dom Yvon Joseph)

Ascension
(Dom Yvon Joseph)


Homélie


« Levant les mains, Jésus les bénit… Tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et il était emporté au ciel. »

Dernier geste posé par Jésus, dernier signe qu’il donne à ses disciples, et qui nous révèle tout le sens de son passage sur terre… Jésus se sépare de ses disciples en les bénissant… C’est l’image qu’ils retiendront de lui pour toujours : ses mains qui ont été clouées sur la croix sont des mains qui bénissent !
 
Par ce geste, Jésus révèle à ses disciples et aux disciples de tous les temps, aux disciples que nous sommes aujourd’hui, quel est le lien qui existe entre le ciel et la terre, entre Dieu et nous : un lien de bénédiction ! Jésus retourne auprès de son Père, dans la gloire du ciel, mais le ciel ne se referme pas dernière lui… Au contraire, avec lui, le ciel est ouvert à jamais ! Célébrer le Christ dans le mystère de son Ascension, c’est contempler le Christ en gloire et méditer sur les bienfaits que son exaltation auprès du Père nous apporte, à nous et à toute l’humanité.
 
Son exaltation dans la gloire est la source d’une bénédiction permanente et les disciples ne la reçoivent pas seulement pour eux-mêmes… Ils la reçoivent pour toute l’humanité que Dieu aime et qu’il appelle au salut… Cette bénédiction, à leur suite aujourd’hui, nous ne la recevons pas non plus seulement nous : nous la recevons comme une grâce à partager, comme un don à faire fructifier, comme une mission à remplir… « À vous d’en être les témoins », déclare Jésus à ses disciples.
 
Comment en être les témoins dans notre monde d’aujourd’hui ?... Comment annoncer cette bénédiction et, surtout, comment la faire circuler par notre propre témoignage ?... Comment être signe de la « présence bénissante » de notre Dieu au cœur de la vie du monde ?... Frères et sœurs, c’est la question qui se pose à chacune et à chacun de nous qui avons mis notre foi en Jésus mort et ressuscité pour la vie du monde… C’est également le défi que doit relever l’Église, communauté des croyantes et des croyants, si elle veut rester fidèle à la mission qu’elle a reçue… Annoncer l’Évangile du salut, en invitant à la conversion, certes… en dénonçant les péchés qui séduisent encore le cœur humain, certes… en dénonçant les injustices et les guerres qui défigurent le visage de l’humanité, certes encore… Oui, dénoncer tout ce mal, mais sans céder à la tentation de juger et de condamner, comme l’Église l’a fait trop souvent dans le passé !... Dénoncer le mal, mais sans cesser de bénir, sans cesser d’aimer, sans cesser d’inviter au pardon qui permet d’espérer encore… Et surtout sans cesser d’annoncer et de témoigner de l’Évangile du salut, l’Évangile d’un Dieu qui aime et qui libère, l’Évangile d’un Dieu qui ne cesse de répandre son Esprit d’amour dans le monde et dans les cœurs, l’Évangile du Fils de Dieu, qui a donné sa vie par amour, triomphant ainsi de tout péché et de toute mort !...
 
Dans le Livre des Actes des Apôtres, nous trouvons, sur les lèvres de l’apôtre Pierre, comme un résumé de la vie de Jésus sur terre : « Là où il passait, il faisait le bien », affirme-t-il (voir 10, 38)… Aujourd’hui, en cette fête de l’Ascension du Seigneur Jésus, nous célébrons le plein accomplissement de sa mission, non pas comme une fin, mais comme le passage à un autre mode de présence…
 
Oui, Seigneur de gloire, continue à passer parmi nous en nous couvrant de ta bénédiction… en faisant du bien… en nous rendant meilleurs, pour qu’à notre tour, par tout notre être et par tout notre agir, nous devenions des hommes et des femmes de bénédiction pour tous les frères et les sœurs que tu nous donnes à aimer !

05-06-2022 / Pentecôte (Frère Sylvain)

Pentecôte 
(Frère Sylvain)


Homélie


Frères et sœurs,

Saint Luc en première lecture, saint Paul en deuxième lecture, et saint Jean dans l’évangile qui vient de nous être proclamé : ils sont trois ce matin à nous parler de l’Esprit Saint. Chacun en parle à sa façon, à partir de l’expérience qu’il en a faite lui-même, ou que l’Église, la communauté chrétienne à laquelle il appartient, en a faite. 

La description de saint Luc est sans doute la plus spectaculaire : un violent coup de vent qui emplit la maison, des langues qu’on aurait dites de feu qui se répandent sur les disciples, la proclamation des merveilles de Dieu en diverses langues à la foule rassemblée à Jérusalem. Nous souhaiterions peut-être que l’Esprit se manifeste à nos assemblées avec autant d’éclat, mais il le fait le plus souvent de façon beaucoup plus discrète, mais non moins efficace.

Le vent nous dit le mouvement qui s’empare des disciples, et le feu nous dit la ferveur qui les anime pour annoncer la résurrection de Jésus. Nous avons dans cette scène un condensé et une préfiguration de la proclamation de l’Évangile à toutes les nations sous le ciel, lorsque les disciples de Jésus se disperseront sur toute la terre habitée, relayés par des générations de missionnaires, jusqu’à nous aujourd’hui. Le pape François nous invite à être tous missionnaires de la joie de l’évangile. Quel vent, quel souffle nous dynamise, quel feu nous habite? Ceux qui nous voient vivre ne voient-ils que de la cendre, quelque chose en train de s’éteindre, sans être à même de deviner la braise qu’il y a dessous ?

Pour annoncer l’évangile, il faut aussi parler la langue de ceux et celles à qui l’on s’adresse. Connaît-on la langue, le langage des jeunes d’aujourd’hui ? Le langage des sans-abris, des laissés pour compte ? Le langage des migrants qui affluent sur nos contrées ? Sachant qu’en tout cela, le seul langage qui importe est celui de l’amour.

À plusieurs reprises, saint Paul, dans l’extrait de la lettre aux Romains qui nouas a été proclamée, affirme que l’Esprit de Dieu habite en nous et qu’il est en nous principe de vie nouvelle. Il nous fait passer de la peur à la confiance et à la liberté des fils et des filles de Dieu. Comme des petits enfants, il nous crier Abba, c’est-à-dire Père ou plus justement Papa! le mot même que Jésus utilisait pour se confier à Dieu. Ce n’est pas rien : il y a entre nous et Dieu, non pas une distance infranchissable, mais un lien de proximité aussi étroit que celui qui existe entre Jésus lui-même et le Père.

Quel sentiment habite mon cœur quand je m’adresse à Dieu ? Si Dieu est notre Père à tous, est-ce que je pose un regard fraternel sur tout être humain ? Ai-je une conduite fraternelle envers toute personne que je croise? On peut noter ici que le terme « Père » ne doit pas faire obstacle à notre vie spirituelle : c’est un mot tiré de notre expérience humaine, mais Dieu est bien au-delà de toutes nos catégories de père ou de mère.
L’évangéliste saint Jean donne à l’Esprit le titre de « Défenseur » ou en grec Paraclet, celui qui, dans un procès, se tient à côté de l’accusé pour le défendre (avocat de la défense, si on veut). Nous défendre de tout ce qui pourrait nous accuser devant Dieu, à commencer par notre conscience, souvent aux prises avec de la culpabilité. Le Défenseur est avec nous et en nous, il nous enseigne intérieurement et nous rappelle les paroles de Jésus, c’est-à-dire les rend actuelles pour nous aujourd’hui, il donne saveur aux paroles de Jésus, saveur de vie éternelle.

Pour saint Jean, comme pour saint Paul, l’Esprit habite en nous, mais il ne vient pas seul : « Si quelqu’un m’aime, dit Jésus, il gardera ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. » Dieu fait de nous son temple, sa demeure, le lieu où il habite. Dans le langage courant on dit que Dieu est au ciel. Nous sommes le ciel ou Dieu réside. Certains se demandent : au moment de ma mort, vais-je aller au ciel ? J’y suis déjà, mais dans l’obscurité de la foi : au moment de ma mort, ce sera dans la pleine lumière, la lumière de l’amour infini. Ainsi que le disait un mystique musulman, de la voie soufie : « Je ne suis pas une goutte d’eau qui se perd dans l’océan de l’amour de Dieu, c’est tout l’océan de l’amour de Dieu qui se trouve dans la goutte d’eau que je suis. »
 
- L’Esprit est vent et souffle, langue de feu qui fait naître l’Église, la communauté des croyants, les témoins du ressuscité, nous dit saint Luc.
 
- L’Esprit habite en nous, il déverse en nous l’amour filial envers le Père et l’amour fraternel envers tous, nous dit saint Paul.
 
- Avec le Père et le Fils, l’Esprit fait de nous sa demeure éternelle, et chaque moment de notre existence ouvre sur l’éternité de son amour, nous dit saint Jean.

AMEN

12-06-2022 / La Trinité (Dom Yvon Joseph)

La Trinité
(Dom Yvon Joseph)


Homélie


Depuis la prière des Vigiles à 4h00 ce matin jusqu’à maintenant, avec mes frères, je me suis incliné 15 fois en disant : « Gloire au Père, et au Fils et au Saint Esprit » ou des formules équivalentes en hommage à la Sainte Trinité dont nous célébrons la fête aujourd’hui. Et nous nous inclinerons encore une dizaine de fois jusqu’à la dernière prière qui nous rassemblera à la fin de notre journée monastique : au total, 25 fois environ où nous aurons ainsi exprimé notre foi en l’infini mystère de Dieu Trinité Sainte.
 
Ce geste, si nous le posons attentivement avec notre corps, mais surtout avec notre esprit et notre cœur de croyants, ce geste vient nous rappeler :
- que le Mystère de la Sainte Trinité anime et oriente toute notre prière ;
- que le Mystère de la Sainte Trinité nous habite par la foi et l’amour, ainsi que saint Paul l’a affirmé :
« l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » ;
- enfin, que le Mystère de la Sainte Trinité vient éclairer toute notre vie à la suite de Jésus.
 
Nous pouvons également observer que nos sept moments de prière chaque jour s’ouvrent par le signe de croix : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit ». Depuis le début de cette eucharistie, avec nous, vous avez vous-mêmes tracé ce signe deux fois sur vous et vous le tracerez une troisième fois au moment de la bénédiction finale. Ce signe de croix nous pouvons aussi le refaire personnellement chaque fois que nous venons prier dans cette église, en nous signant de l’eau bénite, rappel de l’eau de notre baptême.
 
Ce lien entre le nom de chaque personne de la Trinité et le signe de la croix, si nous y portons attentions, est porteur d’une belle lumière… Spontanément, lorsque nous pensons à la croix et lorsque nous regardons le Crucifié, nous y voyons l’amour de Jésus qui nous a aimés jusqu’au bout, « jusqu’à l’extrême », déclare Dom Christian, notre bienheureux frère martyr d’Algérie. Nous reconnaissons là l’amour absolu de Jésus pour chacune et chacun de nous, ainsi qu’il l’a lui-même exprimé : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13).
 
Ce lien vient nous révéler que, sur la croix, Jésus n’est pas seul, loin de là ! Sur la croix, le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont intimement unis dans une unique passion d’amour ! Sur la croix, le Père et le Fils ne sont pas séparés l’un de l’autre et encore moins opposés l’un à l’autre, comme si c’était le Père qui exigeait la mort de son Fils… C’est malheureusement une façon de voir qui a trop longtemps existé et qui a fait des désastres… Pourtant, sur la croix, le Père et son Fils Jésus sont profondément unis dans une même volonté d’apporter le salut et le pardon des péchés à tout l’humanité. Le Père donne son Fils, le Fils donne sa vie, dans la communion de l’Esprit Saint qui les unit l’un à l’autre dans l’amour.
 
C’est le Mystère que viennent nous rappeler chacune nos inclinations et chacun des signes de croix que nous pouvons tracer sur nous… Il n’y a pas longtemps le pape François invitait tous ceux qui croient dans le Christ à faire le signe de croix dès leur réveil chaque matin et à le refaire au terme de leur journée… Ce signe, posé dans la foi, au nom et à la gloire de la Sainte Trinité, pourra éveiller notre mémoire au mystère du Dieu Père, Fils et Esprit Saint qui nous habite depuis notre baptême. La Sainte Trinité n’est pas une théorie pour notre tête, mais un amour répandu dans notre cœur pour éclairer notre prière et notre vie de croyantes et de croyants chaque jour !

19-06-2022 / Le Corps et le Sang du Christ (Frère Michel)

Solennité du Corps et du Sang du Christ
(Frère Michel)



Mot d’accueil

Aujourd’hui, nous célébrons la fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ, présent dans l’Eucharistie bien sûr, mais présent aussi dans chacun de nos frères et sœurs en humanité. En acceptant l’invitation de nous joindre au repas du Seigneur aujourd’hui, nous acceptons de nous laisser transformer par Lui en accueillant Sa Parole et en partageant le pain qu’Il nous donne avec tous ceux qui sont affamés, aussi bien dans l'ordre spirituel que dans l'ordre matériel. «L'Eucharistie, écrivait saint Augustin, c'est le pain qui cherche la faim».
Que notre célébration d'aujourd'hui soit une action de grâce à Jésus qui a donné sa vie par Amour pour nous et qui nous invite à faire de même pour nos frères et nos sœurs.

HOMÉLIE

Au sortir du temps pascal, la liturgie de l’Église propose trois grandes solennités qui célèbrent notre Dieu: Il y a d’abord la fête de la Pentecôte qui est, comme nous le rappelait frère Sylvain il y a 2 semaines, la fête de l’Esprit Saint qui habite en nous et qui déverse en nous l’amour filial envers le Père et l’amour fraternel envers nos frères;
Il y a ensuite la fête de la Trinité qui est, comme nous le soulignait Dom Yvon Joseph la semaine dernière, la fête de l’amour de Dieu répandu dans notre cœur pour éclairer notre prière et notre vie de croyantes et croyants chaque jour; et il y a enfin, la fête du Corps et du Sang du Christ, qui met l’accent sur le Dieu incarné qui de fait proche de nous, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous.
En ce dimanche de la fête du Cortps et du Sang du Christ, nous sommes invité à entrer dans le grand mystère du Dieu qui se fait présent par Jésus dans l’Eucharistie; et Sa présence s’exprime pour nous sous trois formes: d’Abord sous la forme d’une assemblée réunis au nom de Jésus : « Quand 2 ou 3 personnes sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ».
Deuxièmement, la présence de Dieu s’exprime sous la forme de la Liturgie de la Parole, qui nous transmet la Force aimante et agissante de Dieu au milieu de son Peuple.
Et enfin, la présence de Dieu s’exprime pour nous, chaque jour, à travers la forme du Pain et du Vin consacré durant l’Eucharistie et qui deviennent pour nous le pain de la vie et la coupe du salut pour que nous ayons la Vie et la vie en abondance.
La fête du Saint-Sacrement, c’est donc la célébration du don de la Vie que Dieu nous offre, en se donnant lui-même pour nous dans l’Eucharistie.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, le repas offert par le Christ aux gens fatigués et affamés est le symbole de nos rencontres eucharistiques. Le miracle n’est pas tant la «multiplication des pains» que la capacité de partager le peu que nous avons : «Donnez-leur vous-mêmes à manger» dit le Seigneur à ses disciples qui veulent renvoyer les gens. Au lieu de disperser les foules dans les villages, Jésus choisit plutôt de les rassembler et de faire en sorte qu’elles aient de quoi à manger.
À l’exemple de Jésus qui rassemble et qui nourrit les foules, l’Eucharistie devient pour nous aussi un rassemblement qui alimente et qui soutient notre vie chrétienne, en nous donnant l’éclairage et la force nécessaires pour vivre au jour le jour les valeurs de l’Évangile.
Aujourd’hui, nous célébrons la présence de Dieu parmi nous. Il nous rassemble pour nous adresser sa parole et pour nous partager le pain de vie. L’Eucharistie est beaucoup plus qu’une pratique de piété individuelle. Elle nous invite au partage, à la fraternité et à l’accueil des autres.
En cette fête du Corps et du Sang du Christ, en cette fête de l’Eucharistie, prenons le temps de remercier le Seigneur pour l’initiative qu’il prend chaque jour de nous inviter à partager le repas où il se donne lui-même en nourriture pour que nous ayons la Vie et la vie en abondance. 
AMEN. 

23-06-2022 / Le Sacré Coeur de Jésus (Frère Sylvain)

Le Sacré Coeur de Jésus
(Frère Sylvain)


HOMÉLIE


Frères et sœurs,
Peut-on connaître cet espace sacré qu’est le cœur de Jésus?
Pour cela il nous suffit, je crois, d’ausculter notre propre cœur, de l’entendre battre. Comment entendre battre le cœur du Christ, si nous n’entendons pas notre propre cœur ? Notre cœur bat, il propulse le sang dans tout notre organisme, il fait circuler la vie. Il en est ainsi du cœur du Christ, qui fait circuler la vie dans tout le corps de l’Église.
Notre cœur réagit aussi aux émotions, aux désirs, aux sentiments qui tour à tour le resserrent ou le dilatent, lui font battre la chamade ou s’arrêter de stupeur, l’emplissent de papillons ou le transpercent de douleur. Le cœur du bon pasteur ne connaît-il pas semblables alternances, dans sa quête de chaque brebis perdue et retrouvée ? A moins de penser que l’amour infini est bien au-delà de toutes ces fluctuations, et que cet dans cette mer inaltérable que nous devons fixer notre propre cœur.
Notre cœur n’est pas que le lieu des sentiments, il a aussi sa propre intelligence : il ne contient pas moins de 40 000 neurones (il y en a 100 millions dans l’intestin, et 100 milliards dans le cerveau). Sur cette base, les spécialistes des neurosciences ont mis au point une technique thérapeutique appelée « cohérence cardiaque », qui vise le mieux-être des personnes en leur proposant de régulariser leur rythme cardiaque, à partir d’exercices respiratoires et de moments de pleine conscience. Et si la fête d’aujourd’hui nous invitait à ajuster le rythme de notre cœur à celui du cœur de Jésus, à vivre en cohérence avec le sien, qui bat sans cesse par amour pour l’humanité et pour le Père ?
Le cœur du Christ bat par amour. C’est aussi par amour qu’il s’arrête de battre, sur la croix. Le sang propulsé à l’intérieur du corps, du corps de l’Église, se répand maintenant à l’extérieur, par la plaie de son côté. Signe que le salut est pour toutes les nations extérieures à l’Église, que son amour est offert à toute l’humanité.
Il est significatif que, dans nos sociétés post-industrialisées, les maladies cardio-vasculaires soient la première cause de décès à l’échelle mondiale, avec un taux de 31%. C’est là, je crois, le symptôme d’un malaise, d’un mal-être qui n’est pas que physiologique ou même psychologique, mais révèle une carence spirituelle. Notre cœur est malade, il suffoque par manque d’amour. Qui le raccordera à sa source première, à sa source divine ?
La résurrection de Jésus, nous le croyons, n’est pas sa réanimation corporelle. Le souffle, l’Esprit-Saint, a pris le relais de son cœur, en son double mouvement de systole et de diastole, dans son double rôle de purifier et de donner la vie. Dans la gloire du Père, le Christ n’est plus restreint dans les limites de la matière, du temps et de l’espace, dans les limites d’un cœur humain. Il est désormais présent à tout cœur humain : à celui, encore tout palpitant, du nouveau-né, jusqu’à celui de l’agonisant. C’est son amour qui bat en chacun de nos cœurs.
Oui, tout cœur humain est maintenant cet espace sacré ou l’amour de Dieu se fraie un chemin pour y établir sa demeure, dès maintenant et pour l’éternité. 
Que ce mystère nous soit source de joie et de gratitude.

24-06-2022 / Nativité de Saint Jean Baptiste (Dom Yvon Joseph)

Nativité de Saint Jean Baptiste
(Dom Yvon Joseph)


HOMÉLIE


Jean le Baptiste, c’est le grand prophète qui a vécu à la jonction de l’Ancien et du Nouveau Testament, c’est le précurseur s’effaçant devant Jésus dont il avait la mission d’annoncer et de préparer la venue. Jean Baptiste, c’est aussi le prophète exhortant les foules à se convertir… Vocation unique et mission exceptionnelle qui peuvent inspirer encore nos vocations et la mission de l’Église aujourd’hui…
 
À la différence de Jean Baptiste, nous ne sommes plus à la jonction de l’Ancien et du Nouveau Testaments, mais ne sommes-nous pas à la jonction d’une Église ancienne qui s’en va et d’une Église nouvelle qui est en train de naître ?… On peut assez facilement identifier « l’Église ancienne qui s’en va » (ce qui s’est d’ailleurs réalisé d’une façon extrêmement rapide ici au Québec…), mais il est plus difficile d’identifier « l’Église nouvelle qui est en train de naître ». Toutefois, si nous sommes attentifs, le visage de cette Église commence à se dessiner et il laisse déjà deviner sa beauté… En voici quelques traits :
– une Église où les relations entre pasteurs et fidèles deviennent de plus en plus simples et fraternelles ;
– une Église où des laïques plus nombreux, surtout des femmes, s’engagent avec générosité, au service de l’évangile ;
– une Église où les croyantes et les croyants, le sont moins par convention sociologique, mais par un choix personnel qui les unit intimement au Christ ;
– une Église plus attentive à rappeler et à souligner la présence de l’Esprit Saint toujours à l’œuvre au cœur de l’humanité, plutôt qu’à dénoncer le déchaînement des forces du mal.
C’est le visage de la nouvelle Église qui se dessine peu à peu : une Église plus réduite en nombre et plus modeste, mais poursuivant courageusement sa mission, dans une humble recherche de fidélité à la suite de son Seigneur.
 
Comme Jean Baptiste, nous vivons une époque de passage et comme lui, nous sommes invités à ne jamais oublier que notre vocation fait de nous et de l’Église entière des précurseurs, et que nous resterons toujours des précurseurs. Jean Baptiste en avait une vive conscience : « Ce que vous pensez que je suis, je ne le suis pas. Mais le voici qui vient après moi, et je ne suis pas digne de retirer les sandales de ses pieds ».
 
Le prophète Jean vient ainsi nous rappeler – et avec beaucoup de justesse – que toute l’Église, depuis le dernier baptisé jusqu’au pape François, ne vit pas pour elle-même ni pour faire sa promotion, mais qu’elle doit vivre pour le Christ, pour que le Christ soit mieux connu et aimé… L’Église n’a pas à se prêcher elle-même, mais à prêcher le Christ ! Et, dans ce but, elle a toujours à se convertir, comme l’a rappelé dernièrement Joseph Doré, archevêque émérite du diocèse Strasbourg, dans un livre intitulé : Le salut de l’Église est dans sa propre conversion (Salvator, 2021). Dans cet esprit, nous pouvons espérer et prier pour que la démarche synodale demandée aux Églises du monde entier, par le pape François, contribue à cette conversion nécessaire dans la façon d’annoncer l’Évangile en étant plus à l’écoute des femmes et des hommes d’aujourd’hui, qu’ils soient catholiques ou non, qu’ils soient croyants ou non…
 
C’est au prix de cette conversion et de la conversion personnelle de chacun de ses membres
– donc de chacun et de chacune de nous – que l’Église pourra se renouveler en profondeur, en goûtant et en faisant goûter « la joie de l’Évangile », la joie de rencontrer le Christ !

26-06-2022 / 13e dimanche du temps de l’Église (Frère Bruno-Marie)

13e dimanche du temps de l’Église
(Frère Bruno-Marie)


HOMÉLIE


Frères et soeurs
 
Dans l’évangile de ce matin, nous voyons Jésus prendre le chemin de Jérusalem et appeler en cours de route des disciples à sa suite. Mais quand on y pense bien, c’est tout au long de notre vie que Jésus nous appelle à le suivre.
 
Le premier appel à se faire entendre, est bien sûr l’appel à l’existence. De toute éternité nous existons dans la pensée de Dieu et un jour par sa Parole créatrice Il nous appelle à venir au jour pour collaborer avec Lui à son oeuvre de création.
 
Cet appel à collaborer avec Dieu qui peut être perçu plus ou moins confusément dès l’enfance, se met en place à l’adolescence pour se concrétiser dans la vingtaine.
 
À 20 ans, la vie s’ouvre toute grande devant nous. Toutes sortes de possibilités s’offrent à nous. C’est le temps des grandes décisions. Le temps de choisir un métier, une carrière et même un état de vie. C’est souvent à cette âge que le Seigneur nous appelle à nous engager à sa suite. Pour la plupart des chrétiens et des chrétiennes cet engagement prend la forme d’une vie de couple pour témoigner de son Alliance dans un monde en pleine mutation. Pour d’autres par contre cet engagement se veut plus radical : « Toi, pars, annonce le règne de Dieu. »
 
Vers les 40 ans, au mie temps de la vie, nous avons fait, comme on dit, le tour du jardin. On sait à quoi ressemble la vie et on a un bonne idée de ce qu’elle sera si nous continuons dans la même ligne. Peut alors survenir un événement imprévu qui déclenchera en nous une crise. Crise connue sous le nom de crise de la quarantaine, crise du milieu de la vie ou crise du démon du midi.
 
Cette crise nous met en face d’ un choix : continuer ou changer. Certains ayant mis la main à la charrue, pour reprendre l’expression de l’évangile décident de continuer dans la même ligne, tandis que d’autres après un long discernement et parfois bien des souffrances se sentent appelés à un nouveau départ et à autre chose.
 
À 60 ans, comme à 40 ans se repose la même question : « Qu’est-ce que je veux faire du reste de ma vie?? »
 
Comme un bon jardinier, il est assez rare qu’à cet âge que le Seigneur déracine une plante qui a déjà des racines profondes pour le transplanter ailleurs. Mais cela peut arriver car les plans de Dieu sont insondables. C’est plutôt un appel à une vie plus contemplative, plus intérieure que le Seigneur nous lance. Un appel à redonner un sens au reste notre vie. Je ne dis pas à trouver un sens, mais bien à redonner un sens car la vie a le sens qu’on lui donne.
 
À 70 ans et plus, le vide commence à se creuser autour de nous. Nos parents sont parfois partis depuis longtemps et c’est au tour de nos proches et de nos amis de montrer des signes d’usure et de prendre leur envoi pour un monde meilleur. Nous reviennent alors à l’esprit les mots du psaume 89 : « le nombre de nos années 70, 80 pour les plus vigoureux. Leur plus grand nombre, c’est-à-dire passées les 80 ans, n’est que peine et misère. Elles s’enfuient et nous nous envolons. »
 
Nous commençons alors à percevoir l’appel du Seigneur à monter avec Lui à Jérusalem pour y vivre nos dernières années et y prendre à notre tour notre envol. Cet appel à monter à Jérusalem n’a rien de triste puisqu’il est chargé d’espérance. C’est l’appel à retourner vers la Source , à retourner vers le Père.
 
Frères et soeurs
 
Toute notre vie est un long appel à la sainteté. Un appel qui peut faire peur. Mais quelques soient nos erreurs, nos fautes et même nos refus, une chose est certaine : Il ne faut jamais désespérer de la miséricorde de Dieu.

29-06-2022 / Saint Pierre et Saint Paul (Frère Martin)

Saint Pierre et Saint Paul
(Frère Martin)


HOMÉLIE


Frères et sœurs,
La liturgie de l’Église met aujourd’hui nos cœurs en fête par la célébration de deux saints, deux grandes figures du christianisme, deux hommes qui, bien qu’étant unis dans la même foi, sont par bien des aspects très différents.
 
Pierre, un homme du peuple, un pêcheur, proche des gens, celui que Jésus a choisi en l’arrachant à ses filets. Paul, disciple de Gamaliel, spécialiste des Écritures, un pharisien, foudroyé subitement par la lumière divine. Un grand intellectuel, mais plus encore un grand spirituel qui scrutera jusqu'en ses profondeurs le mystère du Christ.
 
Pourtant, le destin de ces deux hommes est providentiellement similaire. L'un et l'autre ont été incrédules, l’un et l’autre ont goûté à l’amertume du reniement et du péché, et plus encore à la joie du pardon.
 
Pierre, qui s'est enfoncé dans la mer parce qu'il manquait de foi, qui a renié le Christ, puis qui a entendu le Ressuscité lui demander par trois fois : M’aimes-tu plus que ceux-ci ? Paul, le persécuteur acharné de l’Église, qui dans son orgueil voulait être l'homme de la Loi et en accomplir les moindres préceptes, qui fut soudainement terrassé par la grâce de Dieu sur le chemin de Damas. Lui qui un jour, s’est entendu dire par Dieu : Ma grâce te suffit. L’un et l’autre ont donné leur vie au service et par amour du Christ et de l’Évangile. L’un et l’autre ont payé de leur vie leur fidélité à Dieu par la gloire du martyr dans la ville de Rome.
 
Quant à nous, frères et sœurs, nos vies ne diffèrent pas tellement de celles de Pierre et Paul. Dans la mesure où nos existences sont marquées, comme eux, par la faiblesse, le reniement et les infidélités du quotidien, mais plus encore par la grâce et la miséricorde de Dieu, nous n’avons pas à rougir ou à nous décourager devant la sainteté de ces deux colonnes de l’Église. Car à l’exemple de Paul et comme nous le chantons aux Vêpres, seul Dieu est capable de discerner dans les vases d’argile que nous sommes le disciple capable de porter et de transmettre le trésor de l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre en faisant de nous des saints, des saints de Dieu.
 
Cette dimension apostolique de notre vie chrétienne, cette transmission de la foi à laquelle tous nous participons, est peut-être ce que les saints Pierre et Paul nous ont laissé de plus précieux pour aujourd’hui. S’ils sont des modèles à suivre, les colonnes de l’Église sur lesquels elle est édifiée, c’est parce qu’ils ont été avant tout des hommes de transmission, des hommes qui ont su transmettre, en leur temps, ce qu’ils ont reçu. Dans nos sociétés occidentales contemporaines, qui préconisent une mise entre parenthèses de tout ce qui est transmis par tradition ou héritage, l’idée de transmission n’a pas toujours bonne presse même lorsqu’il est question de foi chrétienne. Peut-être cela dépend-il de la manière dont nous appréhendons la mission de l’Église.
 
Pour le Dominicain E. Schillebeeckx, le noyau dur de la foi chrétienne prend corps autour de la notion d’expérience. Une expérience de foi qui devient par la suite transmission et qui ne saurait se réduire en des formules dogmatiques, si importantes qu’elles puissent être au regard de la foi. Voici ce qu’il écrit à ce sujet : Le christianisme n’est pas d’abord un message, une doctrine qui doit être crue, mais une expérience de foi qui devient un message. » Autrement dit, une expérience de foi qui prend la forme d’un message, d’une Bonne Nouvelle, celle que nous avons reçu et que nous ont transmis les saints Pierre et Paul.
 
Contrairement à ce que l’on entend parfois, à savoir que le christianisme est une religion du livre, il est bon de rappeler que notre foi repose avant tout sur une relation entre un « je » et un « tu ». La foi chrétienne n’est pas une option pour un principe spirituel du monde. Sa formule centrale n’est pas : je crois en quelque chose, mais je crois en toi. Elle est rencontre avec l’homme Jésus, et elle découvre dans cette rencontre que le sens du monde n’est pas un concept ou une doctrine, mais est une personne. Lorsqu’elle propose aux plus jeunes et aux moins jeunes un parcours catéchétique de foi, l’Église ne fait pas fausse route en misant sur cette relation intime entre Dieu et nous. Dans son exhortation apostolique Catechesi Tradendae, saint Jean-Paul II souligne que « le but définitif de la catéchèse est de mettre quelqu'un non seulement en contact mais en communion, en intimité avec Jésus-Christ : lui seul peut conduire à l'amour du Père dans l'Esprit et nous faire participer ainsi à la vie de la Trinité ». Présence, intimité, communion avec le Ressuscité : voilà les mots-clés à retenir. Une communion dans l’Esprit qui transforme et libère, à l’exemple des saints Pierre et Paul, qui ont tout perdu pour le Christ afin de faire découvrir à leurs contemporains la liberté et la joie de vivre de l’Évangile.
 
Dans un mois, la visite apostolique du pape François au Canada prendra son envol. Cette visite papale, brève mais hautement significative, se situe dans l’esprit de la fête d’aujourd’hui.
 
D’une part, la visite du pape François trouve avant tout sa raison d’être dans la foi au Christ ressuscité. Ce n’est pas à un culte de la personnalité que participeront des milliers d’hommes et de femmes au cours de ces quelques jours, si attachant, bon et saint que soit le pape François, mais à un rassemblement ecclésial manifestant l’unité des membres du Corps du Christ à travers une même foi dont le pape est le garant et le grand pasteur. Un rassemblement pour ceux et celles qui ne sont pas nés de la chair et du sang, qui confessent leur foi en Jésus mort et ressuscité pour notre vie : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Nous pourrions en dire autant de Paul qui a reçu de la part de Dieu la grâce de proclamer à toutes les nations l’obéissance de la foi au nom du Christ Jésus.  
 
D’autre part, et à l’exemple de Pierre et de Paul, la visite du pape sera également marquée par le pardon et la réconciliation. En effet, on sait combien le pape François a été touché par sa rencontre avec les peuples autochtones, à Rome, plus tôt cette année. Il souhaite ainsi poursuivre le dialogue qui a eu lieu lors de ces rencontres. Nous prions, écrit un évêque, pour que « ce pèlerinage soit une nouvelle étape significative dans le long processus de guérison, de réconciliation et d’espoir » avec les peuples autochtones.
Frères et sœurs, comme le disait dom Yvon-Joseph dans son homélie de la saint Jean-Baptiste, « l’Église n’a pas à se prêcher elle-même, mais à prêcher le Christ » En effet, et elle doit le faire à courant et à contre-courant afin de faire naître dans les cœurs la foi au Christ, lui qui apporte joie, pardon, réconciliation. C’est ce qu’on faits Pierre et Paul en leur temps jusqu’au martyre ; c’est ce que continue à faire aujourd’hui encore le pape François.
 
Et cette foi, frères et sœurs, cette foi dont saint Pierre écrit qu’elle plus précieuse que l’or périssable que l’on vérifie par le feu, cette foi, il importe d’en prendre soin. Il est nécessaire de la nourrir, de la faire grandir en nous avec le secours de Dieu, car peut-être serons-nous le seul Évangile que mon ami, mon voisin, mon collègue de travail, ma sœur, mon frère, ma mère, mon père, le sans-abri que je rencontrerai lira aujourd’hui. Continuons donc à la porter bien haut pour que l’Évangile que nous ont transmis les saints Pierre et Paul devienne cette expérience de foi vive au Christ Ressuscité qui brûlait leur cœur de disciple et d’apôtre.

03-07-2022 / 14e Dimanche du temps de l’Église (Frère Sylvain)

14e Dimanche du temps de l’Église
(Frère Sylvain)


HOMÉLIE


« Le règne de Dieu s’est approché de vous ».

Frères et sœurs,

Ce que les 72 disciples envoyés par Jésus annonçaient à leurs contemporains, il y a plus de vingt siècles, retentit à nos oreilles ce matin et remplit notre cœur de joie et d’espérance. « Le règne de Dieu s’est approché de nous » : Dieu se fait proche : c’est une libre initiative de sa part, qui révèle la gratuité de son amour. Dieu se fait proche, sans égards à nos bonnes ou à nos mauvaises dispositions, que nous soyons prêts à l’accueillir ou refusions de le recevoir. Voyez ce que Jésus dit à ceux qu’il envoie : « Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis… dites : « Le règne de Dieu s’est approché de vous »; « Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, dites… sachez-le : le règne de Dieu s’est approché ».
Le règne de Dieu s’est approché, il nous revient de l’accueillir. Notre Dieu est un Dieu de paix : souhaiter la paix, c’est la première consigne que Jésus donne à ses envoyés ce matin : « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : Paix à cette maison. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui, sinon elle reviendra sur vous. » Cette paix est plus qu’une absence de trouble ou de conflits : la paix de Dieu surpasse tout ce qu’on peut connaître, nous dit saint Paul. Et le prophète Isaïe dit à propos de Jérusalem : « Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve ». La paix, Dieu la veut en abondance, pour toute l’humanité. Le règne de Dieu, le règne de la paix : est-ce que la paix règne dans nos cœurs ? Est-ce qu’elle règne entre nous, dans nos familles, dans nos communautés, dans l’Église ? Est-ce qu’elle règne entre les nations ? Avec le Christ et par lui, nous en sommes les artisans.

Notre Dieu est le Dieu de la vie. « Guérissez les malades » dit Jésus à ceux qu’il envoie. « Vos os revivront comme l’herbe reverdit » annonce le prophète Isaïe. « Je suis venu pour que mes brebis aient la vie, et l’aient en surabondance » dit Jésus en saint Jean. Le règne de Dieu est le règne de la vie, sous toutes ses formes et pour toute créature, la vie en plénitude. De ce règne, nous sommes aussi les protagonistes.
Faire triompher la vie et proposer la paix dans un monde de violence : Jésus n’est pas inconscient en proposant cela à ses disciples : « Allez ! Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ». Les brebis ne sont pas en position de force par rapport aux loups, mais bien de faiblesse. Faiblesse du nombre : les disciples vont deux par deux : deux seuls disciples pour une bourgade ou une localité, c’est bien peu. À cela s’ajoute la pauvreté des moyens : « Ne portez no bourse, ni sac, ni sandales ». Loin de dominer sur ceux à qui ils sont envoyés, les disciples dépendent d’eux pour leur vie et leur survie. On est loin d’une institution forte et puissante, d’une Église triomphaliste qui impose son savoir, sa morale et ses dogmes à des populations pauvres et sans défenses. À mon sens, dans l’Église, on a trop souvent conçu l’expansion missionnaire sur le mode du colonialisme et de l’impérialisme : les peuples autochtones, ceux des Amériques ou ceux de l’Afrique n’ont que trop souffert du colonialisme français, belge, britannique, espagnol ou portugais, colonialisme non seulement politique et culturel, mais aussi religieux. Imposer la foi chrétienne, serait-ce sous le noble mobile du « salut des âmes », est-ce une conduite évangélique ? Le règne de Dieu se fait proche dans le Christ; n’est-il pas aussi déjà présent dans les religions instituées ?

La force, la puissance des disciples, n’est pas d’ordre politique ou culturelle. Elle n’est pas dirigée contre les institutions existantes : c’est une puissance spirituelle qui s’exerce contre les forces du mal, en faveur des populations : « Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire » dit Jésus à ses disciples. La société du temps de Jésus était fortement religieuse, comme tout le Moyen-Orient : les maladies et les désordres psychiques des personnes étaient perçus comme relevant d’esprits mauvais. « Ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis, dit Jésus, mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux ». Le règne de Dieu s’est fait proche, sur notre terre : en contrepartie, le nom des disciples est tout proche de Dieu, inscrits dans les cieux mêmes où il habite. Ciel et terre se compénètrent.

Dans la société religieuse d’alors, les disciples envoyés par Jésus effectuent des signes religieux, pour attester de la présence du règne de Dieu. Dans notre société post-religieuse, où la spiritualité a remplacé le religieux, ne doit-on pas, nous, effectuer des signes spirituels, des signes d’ordre fraternel et humanitaire, aisément déchiffrables par nos contemporains, sans référence à notre langage théologique et ecclésial si obscur pour les non-initiés ?
Frères et sœurs, « le règne de Dieu s’est approché de nous ». C’est le règne de la paix, le règne de la vie, le règne de l’amour. Que l’amour soit notre langage, en actes plus qu’en paroles, et son règne pourra s’établir en nos cœurs.

17-07-2022 / 16e Dimanche du temps de l’Église (Dom Yvon Joseph)

16e Dimanche du temps de l’Église
(Dom Yvon Joseph)


HOMÉLIE


​À la lumière de l’accueil empressé qu’Abraham et Sara ont réservé à leurs trois mystérieux visiteurs, à la lumière aussi de l’évangile où Jésus est accueilli chez ses amies, nous pourrions appeler ce dimanche « le dimanche de l’hospitalité »… En Marthe et Marie, nous voyons deux façons d’accueillir : la première toute centrée sur le repas à préparer pour Jésus, la deuxième sur la personne de Jésus lui-même…​
 
​En disant à Marthe, tu te donnes du souci et tu t'agites pour bien des choses, Jésus ne rejette sûrement pas les activités qu’exige le service de la table, lui qui s’est présenté à nous comme un serviteur et qui nous a invités, de multiples manières, à nous mettre au service les uns des autres… L’attitude que Jésus dénonce, c'est l'inquiétude et l'agitation fébrile chez Marthe, comme ces attitudes peuvent nous distraire nous aussi et nous faire manquer l'essentiel, lorsque nous accueillons parents ou amis...
 
​En déclarant que Marie a choisi la meilleure part, Jésus fait l'éloge de son attitude d’écoute. L’écoute est au fond la première hospitalité, l’hospitalité du cœur : l’attitude indispensable pour bien accueillir ceux ou celles qui nous visitent, comme pour accueillir Dieu lui-même et le reconnaître lorsqu'il vient à nous...
 
​Il y a beaucoup à tirer de cet enseignement de Jésus concernant la place que doit tenir l’écoute dans l’accueil des autres ; nous pouvons en faire bien des applications pour la vie de nos familles, pour la vie des couples, pour la vie de notre Église, de nos communautés chrétiennes et de notre communauté monastique…Ce « dimanche de l’hospitalité » pourrait être appelé avec justesse le « dimanche de l’écoute »…
 
​Dans notre Église, dans nos diverses communautés, il ne manque pas de personnes qui s’agitent parce qu’elles sont très préoccupées et inquiètes pour l’avenir. Jésus, lui, aujourd’hui, nous dit que ce n’est pas là la meilleure attitude, ce n’est pas ce qu’il faut faire en premier… La meilleure part, c'est d’abord le choix d’écouter attentivement...
 
​Il est heureux que notre pape François ait demandé à toute l’Église d’entrer dans une démarche synodale où évêques, prêtres, diacres, agentes et agents de pastorale, et tous les baptisés, sont invités à marcher ensemble dans une attitude d’écoute mutuelle. Le pape François demande encore de développer cette même attitude envers celles et ceux qui ont pris leur distance à l’égard de l’Église ou qui l’ont rejetée, envers les croyantes et les croyants des autres religions, et même envers celles et ceux qui n’adhèrent à aucune religion…Écouter pour en arriver à mieux servir toute l’humanité, dans un esprit d’entraide et de collaboration.
 
​Écouter de cette manière, pour nous et pour celles et ceux qui croient, ce sera une véritable façon d’écouter Dieu, dans la recherche de sa volonté aujourd’hui… Écouter de cette manière pourra nous conduire à changer nos idées et nos façons de percevoir la réalité, afin de mieux accueillir ce que Dieu nous donnera de voir et ce que son Esprit pourra nous inspirer... Impossible d’écouter Dieu, si nous ne savons pas nous écouter les uns les autres…Et, impossible de nous écouter les uns les autres,
si nous ne savons pas écouter Dieu avec ses appels à la vérité et à l’amour, avec ses appels à l’entraide et au pardon, à la justice et à la paix…
 
​En ce temps de l‘été, propice à la détente et au repos, et à de nombreuses rencontres familiales ou amicales, puissions-nous devenir plus attentifs à la qualité de notre accueil et de notre écoute envers les autres… Puissions-nous aussi développer le désir d’être toujours plus à l’écoute de ce que Dieu nous dit à travers les défis de notre monde, à travers les questions qui se posent à nous concernant l’avenir de notre Église, de nos communautés chrétiennes et de nos communautés monastiques…Il n’y a pas de réponse toute faite aux défis et aux questions qui se présentent, mais il y a une attitude indispensable : nous écouter les uns les autres pour être, ensemble, à l’écoute de ce que Dieu veut dire à notre Église et au monde d’aujourd’hui.

22-07-2022 / Sainte Marie-Madeleine (Dom André)

Sainte Marie-Madeleine
(Dom André)


HOMÉLIE


​Frères et Sœurs,
 
Marie-Madeleine reste près du tombeau, dehors, le cœur éveillé et en alerte. Mais sa vivacité habituelle cède maintenant la place à la solitude et aux larmes. J’ai cherché celui que mon cœur aime et je ne l’ai pas trouvé. Marie-Madeleine le cherche encore à l’extérieur, elle n’a pas encore pleinement assumé et accepté qu’il n’est plus là. Elle le cherche là où il n’y a personne. Elle ne voit pas au-delà du vide au tombeau et du manque dans son cœur.
 
Elle va franchir une étape importante dans sa vie spirituelle, elle va passer de l’extérieur à l’intérieur. Tout en pleurant, elle se penche vers le tombeau. Elle affronte le vide… mais à l’intérieur d’elle-même. Et aussitôt elle voit surgir de la lumière : deux anges qui dessinent le lieu du corps de Jésus et lui demandent pourquoi elle pleure.
 
Elle comprend très bien qu’il n’est plus là mais elle est encore accroché au cadavre d’un mort alors qu’il est vivant, ressuscité. Elle veut avant tout retrouver un corps, le corps d’un Crucifié. Et c’est fascinant de voir tous ses passages successifs du dedans au dehors. Elle pressent la présence de Jésus mais ne sait pas encore vraiment comment regarder avec le cœur, elle cherche quelque chose de visible, de sensible.
 
On peut penser à plein d’autres expériences spirituelles dans nos vies de croyants, à commencer par l’expérience des disciples d’Emmaüs. Pourquoi est-ce que leurs yeux, comme ceux de Marie-Madeleine, étaient empêchés de reconnaître Jésus marchant avec eux ? Pourquoi ? Parce qu’ils étaient centrés sur l’extérieur, l’échec d’un rêve, d’une vision, de leur vision de Dieu : Et nous, qui pensions qu’il serait le libérateur d’Israël ! Et lorsqu’ils le reconnaissent à la fraction du pain, Jésus disparaît à leur regard. Pour aller où ? À l’intérieur de leur cœur, au plus secret de leur intimité. C’est la condition nouvelle du Ressuscité : il est présent dans les cœurs.
 
Marie s’éveille peu à peu à ce nouveau mode de présence mais elle ne renonce pas tout de suite à sa quête du sensible. Même après l’échange des noms Marie, Rabbouni, elle veut le retenir et le prendre dans ses bras. J’ai trouvé celui que mon cœur aime et je ne le lâcherai pas. Mais Jésus lui dit : Ne me touche pas ! L’amour ne peut pas être pris, encore moins être retenu, c’est un don reçu de Dieu. L’amour n’est jamais fermé sur soi, sur les émotions, il nous retourne le cœur, oui mais pour nous renvoyer aux autres. Et Jésus lui dit : Va trouver mes frères et dis-leur…
 
Et c’est ainsi que Marie-Madeleine devient apôtre des apôtres : elle est celle que Jésus envoie aux autres apôtres et aux autres disciples pour leur dire qu’il est vivant et ressuscité. Et c’est intéressant pour nous de constater la suite : les apôtres dans un premier temps ne vont pas croire ce que leur raconte Marie-Madeleine. C’est le propos d’un ancienne courtisane, une femme seule, une humble femme mais une pécheresse même si elle a été pardonnée parce qu’elle a beaucoup aimé. Les apôtres ne vont pas la croire.
 
Jésus est constant dans ses choix. Il aime passer par la pauvreté des moyens pour se manifester. Il choisit nos aveuglements et nos faiblesses, nos brèches humaines pour passer vers les autres. Et il le fait la plupart du temps en nous amenant à voir du dedans, à partir d’un cœur qui écoute et qui aime… et non plus du dehors en quête de signes visibles et sensibles.
 
Les larmes de Marie et la question des anges comme de Jésus : pourquoi pleures-tu ? Ce sont les larmes d’une personne qui aime et ces larmes font du bien. Il y a un chanteur français qui a fait une belle chanson sur les cœurs malades d’amour : « Elle court, elle court la maladie d’amour, dans le cœur des enfants de 7 à 77 ans… Elle fait chanter les hommes et s’agrandir le monde… Elle fait pleurer les femmes et crier dans l’ombre… Mais le plus douloureux c’est quand on en guérit » et qu’elle n’existe plus.
 
J’ai cherché et je cherche encore celui que mon cœur aime. Je l’ai cherché et je l’ai trouvé. Et c’est notre communauté, notre assemblée qui peut dire aujourd’hui aux autres : Nous avons trouvé le Christ. Il est vivant au milieu de nous, nous voulons communier à sa vie et à sa présence toujours nouvelles. Et nous voulons dire tout cela aux autres dans nos mots et nos actes pour qu’ils en vivent eux aussi !

26-07-2022 / Sainte Anne (Dom André)

Sainte Anne
(Dom André)


HOMÉLIE


​Frères et Sœurs,
 
Sainte Anne est la patronne de la province de Québec. En 1650, des marins bretons, en détresse sur le fleuve Saint-Laurent, font vœu de bâtir une chapelle en l’honneur de Sainte Anne s’ils en réchappent ; et comme elle les sauve du naufrage, ils bâtissent la chapelle. En 1759, toute la côte de Beaupré est ravagée par une invasion anglaise; seule la petite chapelle dédiée à Sainte-Anne fut épargnée. En 1876, le Pape Pie IX proclama Sainte Anne, patronne de la province de Québec. Depuis plusieurs siècles, Sainte Anne est vénérée comme la grand-mère des communautés autochtones et chaque année, venant de partout, des milliers d’entre eux se réunissent à l’occasion de sa fête. Dans l’imaginaire autochtone, la grand-mère de Jésus a dû être très présente dans la vie de Jésus, peut-être même autant que Marie et Joseph.
 
Et comment ne pas penser à Sainte Anne quand le Pape redit toute l’importance des personnes âgées, de nos aîné.e.s, dans notre maison commune, pour parvenir ensemble à une fraternité et une amitié sociale dont nous avons tous tellement besoin dans notre monde. Le Pape attribue aux anciens et aux anciennes, et donc à Sainte Anne la grand-mère de Jésus, trois piliers pour soutenir un monde nouveau : les rêves, la mémoire et la prière.
 
C’est le prophète Joël (3,1) qui a fait autrefois cette promesse : Vos anciens seront instruits par des rêves, et vos jeunes par des visions. L’avenir du monde réside dans cette alliance entre les générations des anciens et des jeunes. Les anciens, les grands-parents – et dans bien des cas, c’est nous désormais cette génération - doivent continuer à rêver de faire advenir et d’habiter ensemble un monde de paix, de justice, de solidarité. Et nous avons besoin des visions créatrices, innovantes et pratiques des jeunes pour découvrir comment mettre cela en place autrement que par les guerres et les crises climatiques, économiques, sociales que nous connaissons de manière récurrente dans notre monde.
 
Les rêves sont toujours liés à la mémoire. Nous appartenons à un peuple qui a pris comme devise Je me souviens mais qui semble avoir sérieusement oublié ses origines et ses racines. Nous parlons aujourd’hui assez volontiers de « maison commune », en parlant de la création et de la terre où nous vivons ensemble pour le meilleur et pour le pire. Il y a une écologie humaine et sociale qui englobe nature mais aussi culture. Le rêve de Samuel de Champlain n’était pas de faire cohabiter ici deux nations, les Premières Nations déjà présentes sur le sol, et les générations de ceux et celles qui arrivaient dans ce qui devenait pour eux le Nouveau Monde. Il rêvait d’unir les deux peuples et de n’en faire qu’un seul. Les coureurs des bois y ont contribué à leur façon. Et puis, le projet de venir au Canada était au départ un projet porté par des hommes et des femmes, laïques, religieux, religieuses, Catholiques convaincus, qui venaient au nom de leur foi en Dieu et qui ont tenté de multiples façons de se faire proches des Premières Nations avec la force et la limite de la vision de leur époque. Aujourd’hui, c’est la visite du Pape François qui éclaire notre mémoire collective, celle des beaux rapprochements, celles des conflits, celles des blessures profondes surtout à l’occasion des pensionnats autochtones où des milliers d’enfants et de famille ont tant souffert. Cette visite saura-t-elle guérir les mémoires et nous ouvrir un nouvel espace et une réelle volonté d’apprendre à vivre ensemble.
 
C’est bien ce que nous devons demander les uns pour les autres dans la ferveur de la prière. Nous avons besoin d’apprendre comment prendre soin les uns des autres, comme des grands-parents, une grand-mère le fait avec ses petits-enfants dans la tendresse, la gratuité et la joie du don de soi. Dans la tradition autochtone, il y a une figure sacrée, souvent reproduite par un totem, qui est un appel à prier le Grand Esprit, à mobiliser notre énergie pour prier. Peut-être comme anciens et anciennes, comme grands-parents selon la chair ou selon la foi chrétienne ou ancestrale, pouvons-nous devenir l’instrument qui permettra à un jeune de se réaliser et de devenir un meilleur être humain. Peut-être que dans la prière pouvons-nous reconnaître le sens unique de cheminements et d’itinéraires, différents des nôtres, mais tout aussi sacrés. Accueillir et apprécier simplement les sentiers des autres peut apporter de la sérénité et de la paix, de la hauteur et de la profondeur, de l’unité dans notre monde divisé.
 
Sainte-Anne, la grand-mère vénérée par les marins bretons arrivés à Beaupré en pleine tempête sur le fleuve, vénérée à nouveau lors des invasions anglaises, vénérée par nos frères et sœurs des Premières Nations, a été cette femme de rêve, de mémoire, de prière, qui a transmis sa joie, sa foi en Dieu et son savoir-vivre ensemble à sa fille Marie et à son petit-fils Jésus. Et nous la vénérons nous, dans cette Eucharistie, pour reprendre son héritage et le transmettre à notre tour en paroles, en actes, dans la prière secrète et le silence de l’amour, aux générations qui nous suivent.
Bonne Sainte Anne veille sur nous… comme tu l’as fait sur Marie et Jésus…

31-07-2022 / 18e Dimanche du temps de l’Église (Dom André)

18e Dimanche du temps de l’Église
(Dom André)


Introduction à la célébration


Frères et Sœurs,
 
Dans la Règle de saint Benoît que nous suivons, il y a une très belle prière qui demande au Christ de nous conduire ensemble à la vie éternelle. Et ce petit mot « ensemble » est primordial dans cette prière. Pourtant chaque année, au dernier dimanche de juillet, nous fêtons en communauté tous les frères qui célèbrent un anniversaire : de profession monastique, de sacerdoce, de profession solennelle, d’admission en communauté ou même un anniversaire de naissance, en fait tous les anniversaires qui se terminent chaque année avec un 5 ou un 0.
 
Nous mettons ainsi en relief dans une fête commune ceux que nous pourrions appeler des « allumeurs de réverbère ». Chacun est porteur de traits uniques du visage de Dieu et c’est cette lumière qui nous rend visible sa présence, sa joie, sa manière de servir et d’aimer. Parfois cela suffit pour mettre du jour dans nos angles morts ou obscurcis et nous fait ainsi découvrir la profondeur et la largeur du chemin de l’Évangile où nous marchons ensemble.
 
Il y a dans chaque fête des jubilaires le rappel du mystère pascal de toute vie humaine, un mystère fait de passion, de souffrance, de mort mais aussi de résurrection, de lumière et de joie. Il y a 50 ans nous étions plus d’une centaine en communauté, aujourd’hui nous sommes 22 dont 16 présents ici. 16 vocations d’hommes, de frères, toujours passionnés par le Christ, le priant 7 fois par jour, se levant en pleine nuit pour chanter sa louange et prier pour vous, pour notre Église et pour notre peuple, apprenant à devenir frères les uns des autres et cherchant à ressembler au Christ.
 
Notre espérance n’est pas de redevenir une communauté de plus de 100 moines. Notre espérance est plutôt de devenir de meilleurs êtres humaines, de meilleurs priants et de vivre dans l’ouverture aux événements et au monde qui nous entoure.


HOMÉLIE


Frères et Sœurs, 

Celui qui a prié et chanté le psaume 89 a très bien compris notre vie. Il commence par nous rappeler, presque brutalement, que nous allons retourner à la poussière, à l’humus, dont nous sommes faits. Même s’il y a de la poussière d’étoile dans nos corps humains, c’est encore de la poussière. Il nous rappelle aussi que le temps file à toute vitesse, que le jour, même s’il met souvent de l’éternel dans notre vie, c’est bien court, à peine une heure dans la nuit et que nos vies passent très vite, trop vite, comme un songe, même quand l’on meurt à près de 100 ans. Nous avons des frères en communauté qui ont 95 ans et qui comptent plus de 70 ans de présence en communauté. L’un des deux frères de 95 ans s’entraîne chaque jour sur un tapis roulant (3 fois 5 minutes) pour garder son autonomie et sa mobilité ; l’autre préside encore nos Eucharisties (2 fois cette semaine) et fait des homélies. Un autre frère de 93 ans continue à travailler les langues dont il ne risque pourtant plus de beaucoup se servir : l’espagnol et l’attikamek Et pourtant ce maintien en forme, cette ouverture d’esprit n’est pas l’essentiel de leur vie, de notre vie, bien entendu.

Qu’est-ce qui est important dans notre vie ? Qu’est-ce qui nous fait vivre ? Si nous sommes ensemble ici aujourd’hui pour fêter nos jubilaires, c’est que nous avons trouvé une réponse à ces questions. Nous avons trouvé le Christ et nous croyons que le Christ ressuscité donne tout son sens et son souffle à notre vie. Il y a 50 ans, f. François, le grand jubilaire de ce jour, pilote d’hélicoptère avant d’avoir su conduire une auto, s’est étendu de tout son long devant l’autel, comme tous les profès solennels de notre communauté, et il a prié avec ces mots repris trois fois par toute la communauté : Seigneur accueille-moi selon ta parole et je vivrai. Je vivrai… Ce qui nous fait vivre, pas seulement exister mais vivre, c’est une passion : c’est l’amour de Dieu. Un jour, j’avais dit à un frère devenu Alzheimer : tu ne te rappelles même pas du Bon Dieu et il m’avait fait cette réponse magnifique qui disait toute sa passion au-delà de la maladie et de la perte de mémoire : le plus important ce n’est pas de me rappeler de Dieu, c’est que lui se rappelle de moi…

C’est toujours un peu mystérieux d’aimer les psaumes qui nous font dire à Dieu : Tu es mon Dieu et je n’ai pas d’autre bonheur que toi parce que nous savons bien qu’il nous arrive encore d’avoir d’autres bonheurs, même si ce n’est que de la buée, de la vanité de vanité. Et c’est encore plus incroyable de dire en toute vérité : ton amour vaut mieux que la vie. Et pourtant, c’est bien la racine profonde de notre engagement et de notre présence ici après tant d’années : l’amour de Dieu… avec ce désir et cette espérance unique : être rassasiés de son amour au matin pour passer nos jours dans la joie et la louange. Et c’est encore cet amour en Dieu qui vient consolider l’ouvrage de nos mains, mais aussi l’ouvrage de notre cœur et de notre esprit.

La sagesse monastique nous donne comme mot d’ordre : ora et labora. Prie et travaille. Souvent nous pensons au travail manuel ou intellectuel. Mais le vrai travail s’accomplit en réalité, et chaque jour, dans un tout autre registre. La Parole de Dieu aujourd’hui nous le précise très bien. Il ne s’agit pas de cumuler des richesses matérielles, intellectuelles, ni même spirituelles. Tout cela finit par passer et disparaître et celui qui miserait là-dessus pour bâtir sa vie se tromperait sur le sens et l’orientation de sa vie. Il ne s’agit pas d’avoir ou de faire mais d’être. Être là avec Dieu.

Nous sommes les disciples du Christ crucifié et ressuscité. Le mystère de Pâques implique qu’il y a une mort et une résurrection et c’est ce mystère qui forge et façonne notre vie à la suite du Christ. Mourir progressivement à tout ce qui nous empêche de laisser le Christ dire sur nous en toute vérité les paroles de la consécration : Ceci est mon Corps et ceci est mon sang. Ressusciter avec le Christ, c’est chercher, déjà et sans cesse ,à vivre la vie nouvelle du Christ ressuscité en faisant nôtres ses béatitudes, son évangile, ses sentiments, ses attitudes, sa manière d’être. Chercher à lui ressembler de plus en plus, en sachant que même à 95 ans, il nous manquera toujours quelques années pour parvenir à la transparence de cette ressemblance… et pouvoir dire : Qui me voit, voit le Christ.

L’évangile ce matin nous présente un homme qui cherche à s’enrichir et qui pour y parvenir entend démolir et reconstruire. Nous ne parviendrons jamais à démolir complètement l’être ancien porté à regarder en arrière, attiré par ce qui est peut-être permis mais qui ne construit rien. Mais nous pouvons toujours œuvrer, avec l’aide de Dieu, à construire ou plutôt à laisser advenir l’être nouveau en nous. C’est notre attachement d’amour au Christ, à Dieu, qui nous donne de pouvoir vivre un à un tous les autres détachements et renoncements dans un abandon de plus en plus confiant en Dieu, sous une règle et sous un abbé. L’être nouveau de chaque frère advient et se vit dans le partage du temps et des dons de chacun, dans l’humble service des tâches quotidiennes et dans l’amour des frères que Dieu nous a envoyés comme compagnons sur notre chemin de conversion.

Nous sommes désormais 8 milliards d’êtres humains dans notre maison commune de la terre. Et nous ne sommes que 3,700 moines cisterciens dans le monde. Il y a donc beaucoup d’autres manières que la nôtre pour chercher et trouver Dieu. Mais cette voie monastique qui est la nôtre a unifié notre vie et nous rendons grâce aujourd’hui pour les frères qui sont là comme pour ceux qui nous ont quittés récemment, comme frère Albéric décédé lundi dernier. Ces frères ont entendu un appel de Dieu qui leur disait à travers les médiations humaines dont Dieu se sert pour nous parler : Toi, viens et suis-moi…
 
Pour y parvenir dans la justesse, la fidélité et l’authenticité, nous avons besoin de deux choses : l’une vient de Dieu et c’est sa miséricorde et son pardon quand nous passons à côté de l’essentiel… et l’autre dépend de vous tous et c’est votre prière pour que nous sachions écouter et vivre ce que Dieu nous dit…​

02-08-2022 / Homélie de la Messe des funérailles de frère Albéric (Dom André)

Homélie de la Messe des funérailles de frère Albéric
(Dom André)


Introduction à la célébration


Frères et Sœurs,
 
Notre frère Albéric vient de nous quitter. Il venait d’une famille de 11 enfants dont 7 sont encore vivants et peuvent participer à notre célébration. Ici à Notre-Dame de Lourdes il laisse 4 frères avec qui il aura vécu pendant 55 ans. Au Val Notre-Dame, la communauté où il était entré et à laquelle il était de nouveau rattaché, 16 frères peuvent se joindre à nous. Il laisse des amis, des visiteurs, des voisins.
 
Et je m’en voudrais de ne pas souligner la présence de Mgr Albert Legatt qui l’avait accueilli chez lui à Saint-Boniface et qui était heureux de sa contribution à leur vie et surtout à leurs Eucharisties où f. Albéric faisait régulièrement des prières universelles étroitement liées à la vie de l’Église et du monde. Merci de nouveau à Mgr Noël Delaquis qui a veillé sur notre frère comme un père, même s’il n’a qu’un an de plus que f. Albéric. Par deux fois, il l’a sauvé d’une mort certaine en le faisant hospitalisé; une fois en venant à son secours en pleine nuit à une heure du matin alors qu’il demeure quelques rues plus loin.
 
C’est avec vous tous que nous entrons dans cette Eucharistie en commençant une fois de plus par accueillir la miséricorde de notre Dieu pour qu’il purifie et ouvre nos cœurs au souffle de son Esprit.


HOMÉLIE

Nous sommes réunis aujourd’hui pour accompagner une dernière fois notre Frère Albéric et lui dire un ultime À Dieu avec tendresse et affection.
 
Bien-aimés, nous sommes enfants de Dieu, nous dit saint Jean dans sa lettre. Il y a deux dimensions importantes dans cette affirmation. Nous sommes « enfants de Dieu », autrement dit nous avons une double appartenance. Nous avons une famille, des parents, des frères et sœurs. Mais à ceux qui ont reçu le Christ et qui ont cru en lui, le pouvoir a été donné de devenir enfants de Dieu. Dans la conviction et même la certitude de sa foi, notre Frère Albéric se savait né de Dieu, pas seulement né du vouloir d’un homme et d’une femme, mais né de Dieu. Ce n’est pas donné tout d’un coup à la naissance ou au baptême. Ce qui est donné, c’est la capacité de devenir enfant de Dieu. Il y aura donc une transformation progressive, une croissance jamais totalement achevée dans ce devenir. L’enfant que nous sommes et que nous demeurons n’a jamais fini de naître. Comme tout engendrement, ce peut même être parfois douloureux avant de parvenir à la paix intérieure, la paix du cœur et la sérénité de l’abandon confiant. Et saint Jean ajoute dans sa lettre pour ce soit bien clair pour tous : nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. C’est la Résurrection qui nous donnera de ressembler enfin au Christ et de le voir tel qu’il est. Notre Frère Albéric aspirait de toutes ses forces, et il avait beaucoup de forces, à vivre de plus en plus avec Dieu et pour Dieu seul. La solitude et le silence de ses dernières années en sont le signe le plus évident et lumineux : nous étions en présence d’un homme heureux et en paix et qui l’est resté tout au long de son épreuve de santé à l’hiver et durant les trois longs derniers mois de sa vie. Ce qu’il deviendra en vivant désormais auprès de Dieu, nous le découvrons au jour où nous le rejoindrons.
 
Près du tombeau de Lazare, Jésus dit à Marthe : Ton frère ressuscitera. Nous avons prié avec F. Albéric durant des mois cette année. Mgr Noël Delaquis l’a visité pendant sa maladie, lui a souvent porté la communion et il a prié avec lui. Et c’est donc à nous aussi que Jésus dit : Ton frère ressuscitera. Car Jésus est la résurrection et la vie pour ceux qui croient en lui. Et c’est ce que célébrons dans chaque Eucharistie : la Résurrection était déjà à l’œuvre dans la vie de notre frère comme dans chacune de nos vies d’ailleurs. Nous avons tous assez vécu pour savoir qu’aucune de nos vies n’est parfaite et qu’aucun de nous n’est vraiment parvenu à la sainteté, du moins au yeux de ses frères et de ses proches. Vous savez, parfois ce que l’on sait de quelqu’un, ce qui est le plus visible à nos yeux, peut nous empêcher de le connaître en profondeur et en vérité. Et c’est là que nous devons prendre davantage conscience que les autres ne sont pas arrivés par hasard dans notre vie. Nous avons été envoyés les uns aux autres par Dieu. Dieu aime se servir des médiations humaines pour nous parler, nous toucher, nous faire bouger et avancer. Parfois même pour éclairer nos angles morts qui nous empêchent de voir l’invisible pourtant bien présent. C’est le mystère de toute vie humaine et fraternelle. À l’occasion de la résurrection de Lazare, Jésus va lui dire : Lazare, viens dehors. Il lui redonne vie. Il le ressuscite. Mais il demandé aux gens de rouler la pierre du tombeau, de détacher les bandelettes qui lui retenaient les mains et les pieds, d’enlever le suaire qui recouvrait son visage, et de le laisser aller. Jésus avait le pouvoir de tout faire cela lui-même, il avait le pouvoir de ressusciter quelqu’un, mais il a voulu que d’autres interviennent et prennent part à la résurrection de Lazare. Le passage des autres, leur médiation humaine, dans chacune de nos vies, n’enlève rien à Dieu, bien au contraire. F. Albéric aura beaucoup reçu de ses frères durant ses 67 ans de vie monastique. Il aimait se dire « frère convers ». Et les convers de sa génération avaient en commun, au-delà de leurs différences de caractères et de la singularité de chacun, un véritable esprit de service et de dévouement. Aujourd’hui, notre frère retrouve sa pleine liberté en Dieu et Jésus nous dit, comme pour Lazare : Déliez-le et laissez-le aller.
 
À Jésus qui lui avait dit : Ton frère ressuscitera, Marthe a répondu : Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. Ce dernier jour est arrivé pour notre f. Albéric. Il vit en Dieu et cette vie nouvelle échappe aux notions de temps chronologique tel que nous le connaissons encore, nous. Au jour de sa profession solennelle, il s’était étendu par terre de tout son long devant l’autel à Oka et il avait demandé à Dieu : accueille-moi selon ta parole et je vivrai. Et il s’était relevé en homme nouveau. Cette fois, il est de nouveau étendu et il se relèvera à la fin du monde. Mais il est déjà accueilli et il vit en Dieu. Maintenant il peut dire au Seigneur, sans aucune réserve : Tu es mon Dieu et je n’ai pas d’autre bonheur que toi.
 
Et la pâque de notre Frère Albéric est pour nous une source d’espérance dans l’attente de le retrouver un jour auprès de Dieu.

06-08-2022 / La Transfiguration (Frère Martin)

La Transfiguration
(Frère Martin)


HOMÉLIE


Frères et sœurs, il est frappant de constater combien les textes de la liturgie de ce matin font écho aux mystères glorieux institués par saint Jean-Paul II. Les mots et les symboles rencontrés – le soleil, la lumière, la lampe, la gloire, l’astre du matin – s’apparentent aussi bien aux récits de la Résurrection qu’à ceux de l’Ascension et de la Pentecôte, voire à l’Assomption de Marie que le livre de l’Apocalypse présente comme ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête, une couronne de douze étoiles. En écho à la fête d’aujourd’hui, ces mystères unissent à la fois le ciel et la terre, le plus charnel et le plus spirituel.
 
S’il est juste de rappeler que le récit de la Transfiguration nous révèle avant tout l’identité de Jésus comme Fils bien-aimé du Père, il est tout aussi vrai de redire que ce mystère, c’est notre mystère, celui de notre humanité créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, appelée à partager la vie qui circule au sein des Personnes de la Trinité. À travers la narration qu’en fait saint Luc, ce mystère prend aujourd’hui la forme d’un triple appel adressé à notre cœur : un appel à écouter, un appel à contempler, un appel à espérer.
 
Écouter. Dans une culture marquée par le relativisme où croyances et valeurs sont perçues comme le produit de la culture et des institutions, la voix du christianisme est une voix parmi d’autres, une voix qui, selon certains, n’a plus aucune prétention à l’universalisme, à une vérité qui participerait d’un projet commun et nous ouvrirait la porte à la transcendance et à la liberté intérieure. À ce sujet, le pape François écrivait que « le relativisme permet tout pour ne pas assumer la contrariété qu’exige le courage de défendre valeurs et principes. Curieusement, écrit-il, le relativisme est absolutiste et totalitaire. Il n’autorise aucun discours différent de lui-même. » Pourtant, au-delà des questions qu’elle suscite, la parole du Fils demeure une lampe brillant dans l’obscurité, une voix qui prend au sérieux la plus grande aspiration du cœur humain : vivre dans la lumière et la paix, sans lampe ni soleil, illuminé par le Seigneur. Jésus a exprimé ce désir sous la forme d’une prière adressée à son Père, avec des mots qui sont peut-être les plus lumineux de toute l’Écriture : Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. Une voix à écouter et à méditer qui s’adresse à ce qu’il y a de meilleur et de plus noble en nous ; une voix qui s’accorde au désir exprimé par Moïse au livre de l’Exode : Je t’en prie, Seigneur, laisse-moi contempler ta gloire.
 
Contempler. La tradition patristique a souvent interprété le témoignage des deux voyants de la première Alliance d’un point de vue typologique : Moïse, figure de la Loi, et Élie figure des prophètes, celles-ci étant récapitulées en la personne de Jésus. À ceci, il faudrait encore ajouter que Moïse et Élie sont les deux seules figures bibliques à avoir bénéficié d’un face-à-face avec le Très-Haut. La Transfiguration, à travers la personne du Christ rayonnant de la gloire du Père, met ainsi au premier plan le thème de la rencontre avec Dieu. Pierre, Jacques et Jean en ont fait l’expérience sur le Thabor : nous l’avons contemplé lui-même dans sa grandeur, car il a reçu du Père l’honneur et la gloire. Depuis le jour de sa résurrection, nous avons toutes les raisons du monde de croire et de fixer nos yeux sur le Fils bien-aimé comme sur une lampe, car nul ne peut aller vers le Père, et contempler sa gloire, sinon par le Fils. Ce que nous attendons avec impatience, ce que nous espérons, c’est que paraisse le jour et que l’étoile du matin se lève dans nos cœurs, écrit saint Pierre.
 
Espérer. Le christianisme n’est pas une fuite du monde ; le monachisme non plus. Il cherche davantage à l’édifier selon les valeurs de l’Évangile que de le récuser ou le rejeter. Mais il n’est pas pour autant un humanisme. La foi des croyants ne peut être réduite à sa dimension horizontale, comme si Jésus était un bon gars, sympathique à l’envi, serviable et généreux, sans plus. Peut-être n’est-il pas inutile de rappeler ici une fois de plus ce à quoi Dieu nous appelle. Les premières communautés chrétiennes en avaient une idée claire : Nous le savons, celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera, nous aussi, avec Jésus, et il nous placera près de lui, dans la gloire. Pareillement, saint Léon le Grand nous assure que « par sa Transfiguration, le Seigneur donna un fondement à l’espérance de la sainte Église, en sorte que tout le corps du Christ connût de quelle transformation il serait gratifié, les membres se donnant à eux-mêmes la promesse de participer à l’honneur qui a resplendi dans la tête. » La transfiguration de Jésus nous ramène encore et toujours à la même question : Pour vous, qui suis-je ? C’est sur cette question qu’est fondée notre espérance.
 
Frères et sœurs, je m’en voudrais de conclure cette homélie de la Transfiguration en passant sous silence le 25e anniversaire de bénédiction abbatiale de notre P. abbé, dom André. Le 6 août 1997, P. abbé recevait cette bénédiction des mains de Mgr Marchand, évêque du diocèse de Valence, en France, où dom André a été abbé du monastère d’Aiguebelle de 1996 à 2006. Les circonstances et les aléas de la vie ont fait en sorte que peu de temps après son retour au Québec, notre communauté en faisait à son tour son pasteur. C’était le 15 novembre 2008. Le temps passe vite, car à bien y penser, 25 ans, c’est un quart de siècle, et ce le jour même de la Transfiguration du Seigneur où le temps semble s’arrêter pour un bref instant.
 
Peut-être ignores-tu que cette fête, en plus d’être biblique et liturgique – et deux fois plutôt qu’une, car nous la célébrons le 6 août et au deuxième dimanche de Carême – en plus d’être biblique et liturgique, cette fête est hautement monastique. En l’introduisant dans le calendrier liturgique de son monastère, Pierre le Vénérable, que tu connais sans doute, a souhaité faire de la fête de la Transfiguration la pierre d’assise scripturaire de la vie monastique, influencé en cela par le monachisme oriental qui, en lien avec son caractère prophétique, a pris ce récit comme modèle de la vie au désert. La date de la Transfiguration était donc tout à fait désignée pour une bénédiction abbatiale !
 
Les trois appels que j’ai tenté d’esquisser – écouter, contempler, espérer – te paraîtront peut-être ainsi plus proches de ton expérience de pasteur, mais aussi de grand frère parmi d’autres frères, de moine parmi d’autres moines. Écouter, contempler et espérer, certes, mais n’oublie pas également de courir – de préférence sans sciatique – comme l’écrit saint Benoît dans son Prologue : « Cours pendant que tu as encore la lumière de la vie. »
 
À regarder nos anciens, qui savent qu’il ne s’agit pas tant de courir que de ralentir et se laisser transfigurer par cette lumière, tu as sûrement compris, ainsi que le chante le psalmiste, comment la gloire de Dieu peut habiter sur notre terre. En ces 23 années d’abbatiat, j’ose croire que tu as perçu plus d’une fois sur le visage de ton frère une lueur de la gloire divine ; ou dans ses yeux, une étincelle de la lumière éternelle du Père ; ou sur ses lèvres, la beauté d’un sourire qui ne peut que venir d’en Haut.
 
En ce jour de fête et de joie, puisse le Seigneur des lumières t’accorder la grâce de faire briller sur toi, et sur nous tous, la splendeur de son visage.

07-08-2022 / 19e Dimanche du temps de l’Église (Frère Bruno-Marie)

19e Dimanche du temps de l’Église


HOMÉLIE


Frères et soeurs
 
Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus nous dit que là où est notre trésor, là aussi est notre coeur.
 
Pour savoir où se trouve notre trésor, nous pourrions nous demander : quel est mon plus grand désir? Qu’est- ce que je désire le plus au monde?
 
Il est normal que nous ayons plusieurs désir, mais il y en a sûrement un que nous aimerions voir se réaliser plus que tous les autres.
 
La règle de saint Benoît que nous suivons, nous dit que le moine doit désirer la vie éternelle de toute l’avidité de son âme. La vie éternelle, le face à face avec Dieu voilà ce que nous devrions désirer de tout l’avidité de notre coeur. C’est au ciel que devrait être notre trésor caché en Dieu avec le Christ
 
Quand j’étais jeune moine, il m’arrivait d’aller visiter les frères âgés à l’infirmerie. Dans ma candeur de novice, je leur demandais : « Avez-vous hâte d’aller au ciel? » Rien ne me décevait autant que de m’entendre répondre ; « il n’y a pas de presse ». Je me disais alors en moi-même : « Comment ça il n’y a pas de presse. On vient au monastère pour chercher Dieu et il n’a pas hâte de le trouver, de le rencontrer face à face. Tu parles d’une affaire!!»
 
Il faut dire qu’ à l’époque la spiritualité du moine comme celle de la plupart des chrétiens et des chrétiennes était centrée sur la peur de Dieu et de son châtiment. On comprend dès lors qu’un moine âgé conscient tous ses manquements à la règle et qui de plus se dit comme dans l’évangile de ce jour : « à qui on a beaucoup donné, il sera beaucoup demandé », ne soit pas pressé rencontrer l’époux à son retour des noces pour reprendre l’expression de Jésus .
 
Heureusement aujourd’hui notre manière de voir Dieu a changé. On ne voit plus Dieu comme un Dieu punisseur mais comme un Dieu sauveur . Ce qui est beaucoup plus dans le sens de l’Évangile. Jésus n’ est pas venu pour nous juger et nous condamner mais pour nous sauver. Oui Dieu est infiniment juste mais il est pardessus tout infiniment miséricordieux. Le pape François ne cesse de nous le rappeler. Pour lui, Jésus est le visage de la miséricorde de Dieu. « De son coeur, nous dit-il, coule sans cesse le grand fleuve de la miséricorde que rien ne saurait épuiser ». Il ne faut pas donc pas craindre d’ouvrir à l’époux à son retour des noces. Surtout qu’au retour des noces, il devrait être de bonne humeur.
 
« Oui, me direz-vous, mais Jésus nous dit aussi que le mauvais serviteur recevra un grand nombre de coups.»
 
Encore là, ce grand nombre de coups doit être vu à la lumière de la miséricorde de Dieu. C’est une manière imagée de nous dire que même après la mort il y aura encore une occasion de se purifier. Occasion offerte même auxl mauvais serviteurs. C’est d’ailleurs pour ceux et celles qui sont dans cet état de purification que nous prions tous les jours à la messe quand nous prions pour nos frères et nos soeurs défunts.
 
Frères et soeurs

Il y a quelques années j’avais rencontré un jeune homme trisomique qui dessinait une lumière au dessus de chacun de ses dessins pour que les gens puissent voir ce qu’il dessinait.
 
Dieu aussi dessine une lumière au dessus de chacune des pages de son évangile pour que nous puissions bien comprendre ce que nous lisons. Et cette lumière est la lumière de sa Miséricorde.

20-08-2022 / Saint Bernard (Dom André)

Saint Bernard


HOMÉLIE


Mes Frères, même si, par sa vie, saint Bernard a été effectivement sel et lumière pour les gens de son temps, il n’a jamais vraiment commenté cet évangile, sinon par deux brèves allusions liées à son expérience très personnelle.
 
Dans le 4e sermon sur l’Ascension, il évoque les limites étroites de notre connaissance et la pauvreté de notre savoir : « Nous ne connaissons, dit-il, qu’en partie et en partie bien modeste ! C’est à peine si quelques petites étincelles brillent pour nous de cette si grande abondance de lumière, de cette lampe placée sur le candélabre. Et vraiment, plus est limité ce que chacun de nous saisit, plus il faut mettre de fidélité à communiquer aux autres ce qui a été révélé à chacun. » Et la seconde allusion à cet évangile, se trouve dans son 1er sermon sur la Dédicace. Quand nous avons fait l’expérience de la souffrance et de la croix, quand nous avons vécu cette expérience et que nous y avons perçu la grâce qui nous a transformés, « il est temps, dit-il à nouveau, que notre lumière brille devant les hommes pour qu’ils voient nos bonnes œuvres et glorifient notre Père du ciel. »
 
Mes frères, chaque fois que nous chantons : « Brillez déjà lueurs de Pâques… », nous pensons à la proximité du jour où le Christ va ressusciter. Mais c’est aussi un rappel à communiquer aux autres ce dont nous sommes porteurs nous aussi, déjà, de sa Résurrection à l’œuvre en nous, même si c’est infime, humble et modeste. Nous sommes nous aussi, comme Marie, des êtres de lumière, des fils de la lumière, des fils du jour, ce que saint Paul complète (1 Th 5,6-11) en ajoutant édifiez-vous les uns les autres. Nous avons un peu de lumière et c’est important de la faire rayonner, de la transmettre aux autres, d’être transparents même si cela nous rend d’une certaine façon vulnérables. Nous le comprenons, mais comment y avoir accès et comment communiquer cet invisible à ceux qui nous entourent ?
 
L’autre thème de notre évangile nous y amène : le sel de la terre. Le sel est étroitement lié à notre condition de disciple du Christ. Le perdre, perdre sa vertu et sa capacité de saler, entraîne le moine, le disciple, dans la tiédeur, l’impasse, la non-vie. Un sel qui ne remplit plus sa fonction ne peut qu’être rejeté. Un disciple sans feu sacré, sans élan ni ferveur, est-il encore disciple? Est-il encore moine? Dans l’expérience commune de manger, le sel est un rehausseur de goût, il relève et révèle la saveur. Le disciple est aussi un révélateur, un catalyseur, il donne en se donnant. C’est le bon zèle du moine, sa foi audacieuse, sa ferveur première, sans cesse reprise et réassumée qui passe par de multiples expériences de dépouillements, de renoncements à ses possessions de tous ordres. Parfois, quand cela touche le cœur, il y a des renoncements qui ressemblent à des mutilations, pensons au brisement du cœur, le cœur brisé et broyé du psalmiste qui ne comprend plus rien de ce qu’il vit et de ce qui lui arrive mais qui continue tout de même à faire confiance à Dieu, sans reculer, ni se replier ou se refermer. On n’entre pas dans la vie monastique sans ruptures ni coupures, sans ce sel brûlant. Et ce tournant de toute vie monastique, où dans une solitude et un silence uniques, nous sommes le plus près du point de basculer en Dieu, le plus prêt de nous ouvrir enfin à son amour, n’est pas seulement une grâce, mais c’est aussi en même temps un défi extrêmement éprouvant et exigeant. Le sel nous brûle au dedans, parfois à vif, il fait mal et creuse la blessure tout en la préservant de la corruption. Et lui garder cette propriété tout au long de notre vie est important car la faiblesse du sel, comme du bon zèle, c’est de perdre dans la longue durée, ce tonus.
 
Le sel a un pouvoir de conservation et d’assainissement de ce qui pourrait empoisonner une vie. Mais il peut aussi durcir et figer une vie en statue de sel ou entraîner la stérilité complète comme pour la Mer morte, la mer de sel. Trop peu ou trop à l’excès sont les deux attitudes à éviter. Et saint Benoît insiste constamment sur la juste mesure en toutes choses. Dans son Traité des degrés de l’humilité et de l’orgueil, saint Bernard, juste avant de commenter chacun des degrés, nous dit : Écoute. Si tu veux revenir à la vérité, il n’est pas nécessaire de chercher une voie nouvelle, jamais parcourue, mais reprends celle que tu connais pour y être descendu. Remonte par l’humilité les degrés que tu as descendu par l’orgueil. Et il finit par conclure que le tout premier degré de l’orgueil c’est d’oublier Dieu…
 
Mais comment ne pas oublier Dieu quand même des grands hommes comme David ont pu oublier Dieu ? Le sel peut nous y aider. Jésus dit : Trouver le sel en vous-même. Et concluons là-dessus : où donc se trouve le sel en nous-même? Il se trouve dans nos larmes. Larmes de joie quand on peut dire en toute vérité à Dieu, Je n’ai pas d’autre bonheur que toi. Larmes de repentir, Ma faute est toujours devant moi… mais tu veux au fond de moi la vérité. Larmes de compassion et de miséricorde pour les autres. Larmes de tendresse et d’amour, Mon Dieu, c’est toi.. tu es la force qui me sauve… conduis-moi sur le chemin d’éternité.
 
Être sel et lumière. Saint Bernard, sans jamais avoir commenté cet évangile, nous a appris, par sa vie et son enseignement, quel chemin prendre… pour réaliser ce que le Christ nous demande : être sel et lumière là où nous sommes…

21-08-2022 / 21e Dimanche du temps de l’Église (Dom Yvon Joseph)

21e Dimanche du temps de l’Église


HOMÉLIE

 
Il est des paroles de Jésus qui viennent nous confirmer dans nos choix et nos engagements… Il en est d’autres qui viennent parfois nous bousculer et nous remettre en question ; elles viennent secouer l’arbre de notre vie pour vérifier s’il produit les bons fruits de justice et de fraternité que Dieu en attend… C’est une de ces paroles que nous venons d’entendre : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite… ».
 
Lorsque Jésus nous parle de la porte étroite, son but n’est pas de limiter la volonté de salut qui est en Dieu, son grand projet pour toute l’humanité. Jésus nous indique plutôt que le salut ne peut être recherché n’importe où, par n’importe lequel chemin : le salut est en lui ! N’affirme-t-il pas dans la parabole du bon pasteur : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ». (Jn 10, 9) En Jésus, la porte est ouverte à tous ! C’est ce qu’il nous fait voir dans l’évangile de ce matin, lorsqu’il affirme : « On viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume des cieux ».
 
« Efforce-vous d’entrer par la porte étroite… » : cette parole, Jésus l’adresse d’abord aux croyants juifs de son temps… Il leur dit clairement que faire partie du peuple Israël n’est pas un privilège, mais une responsabilité… Il dit également aux croyantes et aux croyants que nous sommes que le fait de croire en lui et d’appartenir à l’Église, ne nous dispense pas de nous convertir à l’évangile, loin de là!…
 
Aujourd’hui, comme hier, si nous voulons que Jésus nous reconnaisse comme siens, nous avons besoin de le suivre sur les chemins de la justice et de la vie fraternelle… Nous aurons beau lui dire : « Nous avons mangé et bu en ta présence… », nous avons participé à ton repas eucharistique… Nous aurons beau lui dire encore : « tu as enseigné sur nos places… », ton évangile a été annoncé dans nos églises… Il pourra nous répondre ainsi qu’il le fait dans l’évangile de ce matin : « Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous qui commettez l’injustice… »
 
Jésus reconnaît comme siens non pas ceux qui disent croire en lui, mais ceux qui pratiquent la justice envers les autres… Cette page de l’évangile selon saint Luc proclamée ce matin nous présente un message qui ressemble à celui que nous retrouvons chez l’évangéliste saint Mathieu, où Jésus reconnaît comme siens et comme bénis de son Père ceux qui ont visité les prisonniers ou les malades, ceux qui ont nourri les affamés ou habillé ceux qui étaient nus, même s’ils ne croyaient pas en lui…
 
Ça semble paradoxal, mais c’est l’évangile dans toute sa nouveauté et sa radicalité… Jésus ne reconnaît pas comme siens ceux qui affirment croire en lui tout en ne pratiquent pas la justice ; il reconnaît comme siens ceux qui n’ont pas cru en lui, mais qui ont secouru leurs sœurs et leurs frères dans le besoin… C’est un vrai retournement de situations et, dans ce sens, Jésus peut dire : « Il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers… »
 
Aujourd’hui, cette page d’évangile vient ouvrir nos esprits et nos cœurs pour que nous apprenions à voir, comme Dieu est le premier à les voir, tous les beaux gestes de justice et de fraternité que savent poser des personnes qui ne partagent pas notre foi, mais qui font preuve d’une profonde humanité dans leur conduite avec les autres ! C’est une invitation à espérer le salut de ceux qui ne croient pas en Dieu mais qui ont un grand respect envers toute personne humaine !... Pour les croyantes et les croyants que nous sommes, c’est un rappel que notre foi en Dieu, vécue en vérité, doit s’authentifier dans des relations fraternelles, faites de compassion et de justice : « Efforce-vous d’entrer par la porte étroite… »

04-09-2022 / 23e Dimanche du temps de l’Église (Dom André)

23e Dimanche du temps de l’Église


HOMÉLIE


 Frères et Sœurs,
 
Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à tous ceux et celles qu’il aime, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple, venons-nous d’entendre dans cette page d’évangile. Est-ce mauvais de s’attacher aux gens que nous aimons et à notre vie ? Pas du tout. Mais alors que demande donc le Christ ? Il demande que nous sachions mettre des priorités dans notre vie et que nous lâchions prise quand c’est le temps de le faire. Dans la tradition monastique, nous connaissons tous les exigences de saint Benoît, de saint Jean Cassien et d’autres grands moines qui ont marqué notre histoire. Dans le chapitre 33 de sa Règle, Benoît se demandent si les moines doivent avoir quelque chose à eux, il répond non et pour combattre le vice de propriété, presque instinctif et inné chez l’être humain, Benoît établit que le moine ne doit « absolument », c’est beaucoup « absolument », rien posséder, ni livre, ni crayon, rien, pas même son corps et sa volonté. Jean Cassien dans sa 9e conférence parle de 3 renoncements : le renoncement aux biens matériels, apprendre à dépendre de la communauté et du Père Abbé pour recevoir le nécessaire sans rien exiger de plus, sans demander à sa famille ou à ses amis de lui apporter des choses (nourriture, linge, livres, etc.). Ensuite le renoncement aux liens affectifs, aux liens étroits avec sa famille et ses amis pour être vraiment libre de commencer une nouvelle existence avec des compagnons qu’il n’a pas choisis. Enfin le 3e renoncement qui est sans doute le plus difficile et qui touche de près l’obéissance, renoncer à faire ce qu’il a envie de faire, à sa manière et quand il veut le faire, renoncer à sa volonté pour accepter la volonté et la médiation d’un autre être humain.
 
La tradition monastique, dans pratiquement toutes les religions, maintient toujours ces trois grands axes de renoncement pour aller vers Dieu. Saint Benoît sans prétendre que ce soit facile indique un chemin pour y parvenir, un chemin qui commence par l’écoute. Écoute de Dieu qui parle en moi, écoute des événements, écoute des gens dont Dieu se sert pour me parler. Écoute de mon cœur. Et il demande que notre homme intérieur (notre cœur et notre esprit) s’accorde avec notre voix (RB 19), autrement dit que nous disions et parlions avec ce que nous avons dans le cœur. Un auteur spirituel contemporain donne une clé encore plus facile à utiliser pour ouvrir cette porte et entrer dans cette dynamique des renoncements. Il insiste sur l’attachement au Christ. Plus on s’attache au Christ, plus les détachements nécessaires s’opèrent d’eux-mêmes. Autrement dit, l’attachement au Christ, l’amour du Christ fait que l’amour vaut mieux que tout, vaut mieux même que la vie. C’est l’attraction de l’amour qui me fait renoncer à tout ce qui me freine et me limite, c’est cet amour qui me fait lâcher prise quand la situation et la vie l’exigent, à la suite par exemple d’une perte, d’un échec, d’un deuil, d’une rupture, d’un abandon, lâcher prise parce que la priorité est ailleurs, que le trésor du cœur est ailleurs.
 
Dans le Psaume 89 que nous avons prié, nous avons demandé au Seigneur : Apprends-nous la vraie mesure de nos jours… C’est une demande sagesse. Nous vivons en 2022 dans un monde complexe, rapide, inédit. Et le temps dans une vie passe tellement vite. Où est donc la sagesse de nos jours ? Savoir se déconnecter, mettre des pauses dans le rythme de nos jours, faire silence au-dehors comme au-dedans, pour se recentrer sur l’essentiel, pour devenir de meilleurs êtres humains, des êtres nouveaux et aimants, en marchant dans les pas du Christ et en cherchant à lui ressembler davantage. Devenir de meilleurs êtres humains, de meilleurs priants, en faisant de bons choix dans notre vie individuelle et citoyenne.
 
Le choix le plus pertinent est sans doute celui incontournable de la croix. Nous portons chacun et chacune d’entre nous une croix, peu importe que nous lui donnions un autre nom (souffrance, combat intérieur, passé). Personne ne choisit la croix qu’il porte dans sa fatigue, sa souffrance, ses limites. Mais nous pouvons choisir la façon de porter notre propre croix : l’ignorer, la fuir ou l’accueillir et l’assumer comme un défi et la porter avec Celui qui nous a promis : Et moi, je suis avec vous, avec toi, tous les jours jusqu’à la fin du monde. L’attachement au Christ qui nous attire à lui et qui a lui-même commencé quelque chose en nous, entre lui et nous, cet attachement fait que nous ne sommes jamais seuls dans nos choix et nos décisions pour devenir ses disciples et ses témoins.
 
La sagesse commence peut-être quand nous choisissons de ne plus vivre étrangers à nous-mêmes mais conscients de qui nous sommes devant Dieu, de ce qu’il a mis en nous, un amour capable de répondre à son amour et capable de répandre cet amour autour de nous.


18-09-2022 / 25e Dimanche du temps de l’Église (Frère Michel)

25e Dimanche du temps de l’Église


HOMÉLIE


 La parabole de l’intendant malhonnête est certainement l’une des paraboles les plus difficiles à interpréter dans l’Evangile à cause d’un certain nombre de questions éthiques qu’elle suppose : il est tout de même bien curieux que Jésus donne là l’exemple d’un gérant malhonnête sur le point d’être congédié et qui dilapide l’argent de son Maître pour se faire des amis!

Évidemment, en racontant cette parabole, Jésus n’invite pas à être malhonnête dans la gestion des biens qui nous sont confiés.
Nous aurons tous compris que les paraboles de l’Evangile ne sont pas là pour justifier l’exemple qui est pris mais pour parler du Royaume de Dieu. Or les règles du Royaume de Dieu ne répondent pas toujours aux règles qui régissent le monde. Dans notre monde matériel, on est dans le règne de la rétribution où tous se calcule, tout se paye et on n’a que ce qu’on mérite : on est dans le règne du pouvoir où le plus fort profite du plus faible. Dans le Royaume de Dieu, c’est tout le contraire, ce qui préside, c’est la grâce, la gratuité : le plus grand est le serviteur, et celui qui donne, s’il s’appauvrit matériellement, est plus riche spirituellement.  

Ainsi la parabole du semeur, bien connue, n’est pas un conseil aux agriculteurs : Matériellement parlant, ce n’est pas une bonne idée de semer n’importe où!
Un bon semeur veillera à semer dans de la bonne terre et à ne pas gaspiller son grain en le jetant sur les routes, dans les roches ou dans les épines ! 
Et on ne pourrait pas conseiller non plus à un berger, responsable d’un troupeau, d’abandonner 99 brebis pour n’en sauver qu’une seule. 
Bref, on comprend que la logique du Royaume de Dieu n’est pas la logique du monde, que les paraboles ne sont pas des exemples à suivre matériellement, mais des enseignements sur le Royaume, c’est-à-dire tout ce qui concerne notre relation avec Dieu et avec notre prochain.

La parabole de L’intendant malhonnête n’est donc pas un exemple à suivre mais plutôt une histoire à transposer, pour y découvrir quelques clés de lectures.

Une première clé d’interprétation qui peut apparaître à première vue, serait que Dieu n’aime pas qu’on dilapide ce qu’il nous confie, mais qu’il veut bien qu’on le dépense si c’est pour soulager le poids de notre prochain. L’enseignement est certainement juste, mais reste cantonné dans un domaine moral qu’on peut facilement dépasser pour aller plus loin.

Une autre clé d’interprétation de cette parabole pourrait être trouvée, par exemple, dans le thème de la « remise de la dette ». Or la « dette » nous fait tout de suite penser à « l’offense », et la remise de la dette, au « pardon ». Lorsque nous récitons la prière du Notre Père, la traduction liturgique proposée nous fait dire: « pardonne nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés », alors qu’en fait, dans le texte original de Matthieu, il est écrit littéralement : « remets nous nos dettes comme nous-mêmes nous remettons aussi à ceux qui nous doivent ». Les traducteurs avaient, bien-sûr, interprété le thème de la dette comme s’agissant d’offense et de pardon.
La tendance naturelle fut toujours de penser que le pardon n’appartient qu’à Dieu. Mais dans cette lecture de la parabole nous voyons que Dieu autorise et encourage même tout le monde à pardonner les offenses en son nom… à effacer les dettes que les autres ont envers nous, comme nous-mêmes nous avons bénéficié de la remise de nos dettes envers Lui… Jésus nous donne donc une grande responsabilité mais aussi une grande liberté dans la manière de l’exercer.

Et si le défi de l’Évangile qui nous est proposé aujourd’hui se définissait ainsi : « Soyez, en ce monde, comme les enfants de la lumière tout en agissant comme le gérant habile au profit du Royaume de Dieu »… ; Ou, en d’autre mots et plus simplement encore : « Soyez rusé comme le serpent mais candide comme la colombe »(Matthieu 10, 16) ?



25-09-2022 / 26e Dimanche du temps de l’Église (Frère Bruno-Marie)

26e Dimanche du temps de l’Église


HOMÉLIE


Frères et soeurs

Nous connaissons tous par cœur la parabole du riche et du pauvre Lazare.

Il y avait un riche qui faisait bombance chaque jour sans se soucier du pauvre qui gémissaient à sa porte et qui aurait bien aimé se rassasier des miettes qui tombaient de sa table. Quand ils moururent , le riche, dont on ne sait pas le nom, fut enterré tandis que le pauvre Lazare, dont le nom signifie « Dieu aide », fut emporté dans le sein d’Abraham.

On interprète habituellement cette parabole dans le sens d’une rétribution après la mort. Le riche qui n’a vécu que pour lui-même sans se soucier des autres va dans un lieu de souffrances tandis que le pauvre qui a souffert toute sa vie jouit enfin d’un bonheur impérissable.

La fin de la parabole autorise cependant une autre interprétation : « Quelqu’un pourra bien revenir de chez les morts, ils ne seront pas convaincus ». Il ne s’agit plus tellement alors de rétribution après la mort que d’un signe pour croire et se convertir.

Tout au long l’évangile, on peut voir Jésus enseigner dans les synagogues, parler avec autorité, chasser les démons, guérir les malades et même ressusciter des morts, et pourtant, encore et encore les gens lui demandent des signes pour croire :« Quels signes nous montres-tu pour agir ainsi? », «Fais-nous voir un signe venant du ciel».

Ce à quoi Jésus répondra en donnant le signe même que le riche de notre parabole demande à notre père Abraham : Il reviendra de chez les morts.

La résurrection est en effet le plus grand signe que Jésus puisse donner à notre monde pour qu’il puisse croire et se convertir. Pourtant ce signe si grand soit-il, n’a rien d’éclatant ni de spectaculaire. Il n’a rien non plus qui force à croire. Personne n’a vu Jésus en train de ressusciter. Personne n’a vu Jésus en train de sortir du tombeau, pas même les gardes qui le surveillaient. Notre foi ne repose pas sur le témoignage de ceux qui auraient vu Jésus en train de ressusciter ou de sortir du tombeau, mais sur le témoignage de ceux qui disent l’avoir vu vivant après sa résurrection.

Aujourd'hui encore les gens demandent des signes pour croire. Ils voudraient des signes irréfutables. Des signes qui chassent tout ombre d’un doute. Un signe qui les forceraient presque à croire. Et Jésus encore aujourd’hui leur donne le grand signe de la résurrection.

Mais cette fois, c’est nous qui en sommes les témoins.

Non pas que nous ayons vu de nos yeux de chair le Christ ressuscité comme l’ont fait les apôtres, mais parce que nous aussi, tout comme eux nous, avons rencontré le Christ vivant au cœur nos vies. Si chacun et chacune de nous pouvait s’exprimer ce matin, nous pourrions recueillir de très beaux témoignages. Certains d’entre nous pourraient nous parler de leur rencontre avec le Christ à travers une expérience de conversion ou de libération où le Christ les a libérés de leur dépendance à la boisson, aux drogues ou au sexe. D’autres pourraient nous raconter comment ils ont rencontré le Christ à travers une expérience de prière où ils ont ressenti sa présence aimante, fortifiante et pacifiante. D’autres encore pourraient nous dire comment ils ont rencontré le Christ à travers une rencontre, un événement ou une situation. Toutes ces rencontres avec le Christ bien que personnelles n’en sont pas moins réelles et c’est elles qui font de nous des témoins authentiques du Christ ressuscité malgré nos fautes et nos incohérences.

02-10-2022 / 27e Dimanche du temps de l’Église (Dom Yvon Joseph)

27e Dimanche du temps de l’Église


HOMÉLIE


​« Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous ». Cette parole de l’apôtre Paul à son disciple Timothée, elle s’adresse à chacune et chacun de nous aujourd’hui : « Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté ». Ce dimanche matin, si nous sommes venus dans cette église pour célébrer l’eucharistie, c’est sans doute que nous tenons à notre foi et que nous voulons la nourrir afin de la garder bien vivante et de lui faire porter du fruit…
 
​Aujourd’hui, il est bon d’entendre saint Paul nous parler de la foi en terme de « beauté » : un langage qui ne nous est pas habituel, mais qui nous donne à penser et à vivre… Quelle est donc cette beauté du dépôt de la foi ? C’est la beauté de l’Évangile, la beauté de la libération et du salut apportés par Jésus, la beauté de Jésus lui-même, fils de Dieu et « le plus beau des enfants des hommes », selon les mots d’un psaume.
 
​Plus précisément, quelle est la beauté de la foi ? C’est la beauté des saintes et des saints dont la vie a été transformée par leur foi en Jésus Christ et qui ont marché fidèlement à sa suite. Que ce soient les saintes et les saints que l’Église célèbre, comme saint Thérèse de l’Enfant-Jésus dont nous avons fait mémoire hier, ou saint François d’Assise que nous célébrerons mardi, que ce soient les saintes et les saints « de la porte d’à côté », comme aime les nommer le pape François, et que nous ne savons pas toujours voir, ces femmes et ces hommes qui ont la beauté de leur foi, la beauté intérieure du Christ qui rayonne dans tous leurs actes et tout leur être, aussi bien que dans leurs paroles et leurs silences.

​C’est la beauté de leur accueil et de leur écoute, la beauté de leur compassion et de leur amour fraternel, la beauté de leur force et de leur persévérance dans les épreuves, la beauté de leur don d’eux-mêmes jusqu’au bout et de leur pardon, dans l’abandon à l’amour de Dieu, la beauté de la paix qui habite leur cœur profondément et qu’ils savent communiquer et partager généreusement. Tout au fond de leur être, c’est la beauté de l’Esprit Saint qui leur communique le feu de son amour.
 
​Beauté de la foi, disons-nous, mais elle ne peut nous faire oublier les laideurs que dénonçait le prophète Habacuc : laideurs qui défigurent notre monde et qui, nous devons le reconnaître, défigurent aussi le visage de notre Église. Devant ces laideurs, devant la faiblesse ou la tiédeur de notre foi personnelle, demandons au Seigneur à l’exemple des apôtres : « Augmente en nous la foi », non pas dans le sens de la quantité comme s’il s’agissait d’une réalité matérielle, mais « Augmente en nous la foi », dans le sens de son intensité puisqu’il s’agit d’une réalité spirituelle. Par une comparaison assez impressionnante, Jésus nous fait justement pressentir que, même petite comme une graine de moutarde, si notre foi est bien vivante, elle est puissante, car elle est un don gratuit reçu de Dieu.
 
​Au cours de cette eucharistie, nous pourrions transformer la demande des apôtres en disant plutôt : « Seigneur, ravive en nous la foi, ce don gratuit de Dieu ». Il s’agit de la raviver comme on ravive un feu couvant sous la cendre. Nous n’y arriverons pas, avec notre faible souffle, mais « avec l’aide de l’Esprit Saint – avec le Souffle de Dieu –, ainsi que l’Apôtre prend soin de le préciser : « Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous ».
 
​Oui, Esprit Saint, ravive en chacune et chacun de nous le don de la foi !... Ouvre nos esprits et nos cœurs à la joie de croire !... Ouvre nos esprits et nos cœurs à la beauté de croire !

09-10-2022 / Dédicace de l’église du Val Notre-Dame  (Dom André)

Dédicace de l’église du Val Notre-Dame


HOMÉLIE

Nous avons bâti cette maison-Dieu dans un acte de foi en croyant que Dieu allait venir y habiter et nous y rencontrer et en sachant que nous allions nous aussi y venir tous les jours, sept fois par jour pour y rencontrer Dieu. De part et d’autre, autant pour Dieu que pour nous, c’est le même désir de vivre ensemble une relation de communion et d’amour, et de vivre cette relation jour après jour, dans le moment présent, qui est à l’origine de cette église. Il y a deux architectes qui ont œuvré à la construction de notre église. Pierre Thibault a signé le bâtiment où nous nous trouvons pour cette fête. L’autre architecte continue son travail : il édifie une église monastique, qui n’est pas encore achevée, avec les pierres vivantes que nous sommes. C’est l’Esprit Saint qui nous inspire de devenir ce pour quoi nous avons choisi de faire cette église.
 
Pour nous, moines du Val Notre-Dame, qui venons prier et rencontrer Dieu dans cette église ouverte sur la beauté de la nature, nous pouvons dire : « c’est ici la porte du ciel », parce que c’est ici que nous faisons l’expérience vivante de nous affranchir : et du temps sonné par la cloche, et de l’espace déterminé par les murs et les stalles, pour entrer dans une toute autre dimension qui n’a aucune frontière, pour entrer dans la relation, la contemplation et l’adoration du Dieu qui vient à nous. Sept fois par jour et tous les jours, nous partageons le désir de Zachée : nous voulons voir Dieu, nous voulons de tout cœur le retrouver, le rencontrer.
 
Zachée voulait voir Jésus. Il faisait partie de ces longues générations de croyants et de chercheurs de Dieu qui ont ce désir profond et qui le disent ouvertement ou bien qui le gardent le gardent secrètement dans leur cœur mais c’est toujours le même désir : voir Jésus. Zachée choisit de grimper dans un arbre. Il est petit de taille et la foule est nombreuse. Il y avait sûrement d’autres moyens de parvenir à voir Jésus mais Zachée choisit celui-là. Un geste qui aurait pu amener les gens à se moquer et à rire de lui. Il n’en est plus là. Il veut voir Jésus à tout prix, même à ce prix d’être tourné en ridicule. Jésus lève les yeux et le regarde. Jésus aussi veut le voir et il veut le voir tel qu’il est, et pour cela, il doit le faire descendre de sa hauteur et revenir à lui, rentrer chez lui, dans un lieu où il peut être pleinement lui-même. Zachée ne savait peut-être même pas qui il était vraiment avant cette rencontre avec Jésus. Collecteur d’impôt, collaborateur des occupants, être impur et rejeté à cause de l’argent pris sur le dos des autres, oui il est tout cela, mais ce sont des étiquettes qui masquent ce que Jésus voit et veut révéler de cet homme qui est un fils d’Abraham. Zachée a un cœur capable de voler, de profiter, d’abuser des autres. Tout le monde le sait et lui aussi. Mais ce que l’on sait de quelqu’un nous empêche souvent de le connaître. Car ce qu’il est et ce qu’il peut devenir en vérité n’a pas encore été manifesté et c’est ce que Jésus va faire dans cette vie. Il commence par lui dire : Descends vite, je veux demeurer chez toi.
 
Zachée descend et, tout à la joie, il reçoit Jésus chez lui, dans sa maison. Et dans l’échange de regards entre eux, dans cette relation neuve pour lui, Zachée se sent reconnu comme être humain, tel qu’il est et non pas pour ce qu’il fait. Jésus s’est mis à genoux devant chacun de ses disciples pour leur laver les pieds et il a accompli la même chose que pour Zachée : il est allé toucher, éveiller le meilleur en chacun d’eux. Avec Zachée, il s’est invité dans sa maison comme il le fait avec nous aujourd’hui, en cette fête, dans notre maison, pour y faire la même chose, raviver en nous le feu sacré de l’amour et de la joie de vivre avec lui. Zachée s’est transformé : accueilli dans une relation vraie avec quelqu’un qui a pris l’initiative de venir à sa rencontre, quelqu’un qui le cherchait et voulait le rencontrer, le voilà en train de montrer un cœur capable de générosité, d’ouverture aux autres, de grandeur d’âme. Le voilà prêt à donner pour réparer, pour partager, pour devenir solidaire. Simplement parce que Jésus est venu à sa rencontre et s’est invité dans sa maison pour être là avec lui.
 
Quand l’un de nous dit qu’il veut vivre le moment présent, réalise-t-il l’horizon de ce présent, cet ici et maintenant, cet aujourd’hui avec Dieu comme vis-à-vis, comme interlocuteur dans une relation où il vient demeurer avec lui, parler avec lui, manger avec lui une nourriture faite de paroles et de pain qui apaisent et rassasient toutes nos faims humaines, faims du cœur, de l’esprit, toutes nos faims d’amour. Ce moment présent, cet aujourd’hui n’est pas une fuite ni dans la nostalgie d’un passé révolu, ni dans l’imaginaire d’un rêve pour demain. C’est la relation actuelle, ici, dans cette maison où nous habitons ensemble Jésus et nous. Il entre dans notre champ de vision : il se donne à voir pour que nous le voyons entre ces murs où de nombreuses personnes sont déjà venus prier, louer, supplier Dieu, devant cette croix où il garde les bras ouverts pour nos peines et nos joies. Il a confiance en nous, il voit et suscite le meilleur en nous, au point de se livrer à nous pour que nous devenions ensemble son Corps, ce Corps qu’il veut consacré et dont il souhaite ardemment dire en toute vérité : Ceci est mon Corps. Dans les silences de notre prière monte le désir de le voir et de l’entendre : c’est ta voix qui me manque… c’est t’entendre me parler de toi. Et dans les silences de sa présence, dans cette maison qui est la nôtre et la sienne, il ne cesse de nous redire : viens. Toi viens et suis-moi, si tu le veux et si tu m’aimes.

23-10-2022 /  30e Dimanche du temps de l’Église   (Frère Bruno-Marie)

30e Dimanche du temps de l’Église 


HOMÉLIE

Frères et soeurs,
 
L’Évangile de se matin nous met en présence de deux hommes qui montent au temple pour prier. L’un est pharisien c’est-à-dire un homme pieux et religieux, difèle observateur des lois et des coutumes d’ Israël, tandis que l’autre est un publicain c’est-à-dire un pécheur public dont la faute est connue de tout le monde.
 
Le pharisien est fier de lui-même, confiant en ses bonnes oeuvres. Il se tient debout dans le temple, tête haute il remercie Dieu de ne pas être comme les autres hommes qui sont voleurs, injustes et adultères. En cela il a raison de remercier Dieu car s’il n’est pas comme les autres hommes voleur, injuste et adultère, c’est par pur grâce ce Dieu. Il a donc raison de remercier Dieu.
 
Là où il fait fausse route, c’est quand en se comparant aux autres il s’estime supérieur à eux. C’est comme s’il disait à Dieu : « Tu as bien raison de m’aimer plus que les autres, regarde tout ce que je fais pour Toi : je jeûne deux fois semaine et paie la dîme de tous mes biens». Il oublie alors que tout est don. Que tout vient de Dieu. Que même la force de jeûner et de payer la dîme, lui viennent aussi de Dieu. Rappelons-nous la préface des saints où nous disons à Dieu : Lorsque Tu couronnes leurs mérites, Tu couronnes tes propres dons. Oui, même nos mérites et nos bonnes oeuvres sont des dons de Dieu et nous devons l’en remercier.
 
Le publicain pour sa part se tient à distance n’osant même pas lever les yeux vers le ciel. Conscient de sa faute, il se frappe la poitrine en disant : « Mon Dieu montre-moi favorable au pécheur que je suis ».
 
Ce publicain sait bien qu’il n’est pas dans la bonne voie, qu’il s’est éloigné de Dieu par sa propre faute pour suivre ses passions, ses désirs et ses convoitises. Il aimerait bien s’en sortir et revenir à Dieu mais il en est incapable. Il est comme emprisonné, englué, dans son péché. C’est un homme déchiré, écartelé entre son désir de revenir à Dieu et son appétit pour les richesses et les jouissances de ce monde. En même temps qu’il voudrait revenir à Dieu, il se sent incapable de renoncer à la vie qu’il mène et de rompre avec ce qui le sépare de Dieu. Comme saint Paul il pourrait dire: Malheureux homme que je suis, je fais le mal que je ne veux pas et je ne fais pas le bien que je voudrais.
 
Dans sa souffrance de se voir ainsi écartelé entre son désir de Dieu et son appétit de jouissance, il crie vers le Seigneur en disant : « Mon Dieu montre-moi favorable au pécheur que je suis ». Autrement dit : Fais quelque chose, fais un miracle, viens me sauver.
 
Frères et soeurs,
Le pharisien et le publicain, ces deux attitudes coexistent dans chacun et chacune de nous. Dans notre cheminement spirituel, il y a des jours où nous sommes fiers de nous-mêmes, satisfaits de nos bonnes oeuvres, au point de nous croire meilleurs que les autres.
 
Il y a, par contre d’autres jours où après une bonne débarque nous sentons honteux et presque découragés. Alors comme le publicain nous crions vers le Seigneur : « Mon Dieu montre-moi favorable au pécheur que je suis ». Comme le dit le texte d’une boraison : Dieu nous voit constamment osciller entre l’orgueil qui nous guette et l’humiliation qui nous écrase.
 
Quand tout va bien dans nos vies et que nous sommes fiers de nous-même, rappelons-nous que tout est grâce et remercions Dieu. Et quand après une bonne débarque nous sommes humiliés, écrasés par le poids des regrets, rappelons la prière du Publicain car si tomber est humain, se relever est divin.

30-10-2022 /  31e Dimanche du temps de l’Église   (Frère Michel)

31e Dimanche du temps de l’Église 


HOMÉLIE


L'histoire de Zachée plaît beaucoup aux enfants, parce qu'ils s'identifient facilement à cet homme petit qui s'élève et qui rencontre le Christ. Mais cette histoire peut plaire à tous ceux qui se sentent petits aussi : petits dans la foi, petits par rapport à ce que semblent être les autres, ou petits par rapport à la grandeur de l’idéal que le Christ nous donne et que nous voulons suivre. Mais l’Évangile d’aujourd’hui nous présente quelque chose d’essentiel parce qu’il nous montre quelqu'un à qui Jésus dit qu'il est sauvé. 

 

Or, comme ça n’arrive pas si souvent que Jésus dit une chose pareille dans l’Évangile, nous pouvons donc essayer de comprendre pourquoi Jésus a pu dire à Zachée que la salut était arrivé sur sa maison…

 

Tout d’abord, Zachée cherchait à voir Jésus. C'est déjà une chose essentielle, il aurait pu être un pécheur notoire et ne rien chercher à voir du tout. Dans ce cas, il n'aurait pas rencontré grand chose. Zachée cherchait à voir Jésus. C'est le point de départ de tout. On pourrait même s'arrêter là, parce que l'Evangile nous dit : « celui qui cherche trouvera... » Malgré ses limites, il avait une sorte d'aspiration vers le Christ, vers Dieu, vers le bien. C'est une condition nécessaire, même si elle n'est pas forcément suffisante. C’est même ce qui va le sauver, parce que cette aspiration, c’est ça la foi qui nous sauve. La foi est bien cette sorte de tension vers un idéal qui nous dépasse et peut nous libérer. 

Et c’est cette dynamique qui nous sauve, plus que les mérites de nos bonnes œuvres ou de notre pratique religieuse.

 

Ensuite, il est dit que Zaché « grimpa sur un sycomore ». Il monte… voilà encore quelque chose d'essentiel. Zachée était petit (physiquement et-où spirituellement) : c’était peut-être vrai mais il cherche à y remédier, il va essayer de trouver quelque chose lui permettant de dépasser son handicap. Il prend conscience de sa faiblesse, non pas pour s'en décourager, ou se trouver une excuse pour ne rien faire, mais pour trouver comment y remédier... Alors, il grimpe dans un sycomore pour l’aider à aller plus haut.

 

Mais voilà que l’Évangile nous présente un renversement étrange : Zaché n’est pas sitôt monté dans l’arbre que Jésus lui demande de redescendre et il s’invite pour demeurer chez lui…  On pourrait y voir  là comme une mystique de la relation avec Dieu qu’on pourrait creuser : Il y a d'abord cette démarche un peu héroïque, ou l'on monte par ses propres forces pour s'élever dans les choses spirituelles – et c’est sans doute nécessaire dans un premier temps –, mais ensuite, il convient de redescendre sur terre, pour vraiment rencontrer les autres dans le Christ et le Christ dans les autres.

 

Et puis la présence de Dieu n'est pas une chose qui se gagne par la force en s'élevant ou en progressant : au contraire, dans l'Evangile, la présence de Dieu se reçoit dans l'humilité, dans la faiblesse.  Ce Dieu qui nous libère et nous donne la vie n'est pas vraiment dans la hauteur inatteignable :

Il vient vers nous et nous dit : « descends de ton arbre, descends de tes prétentions, et ces fausses hauteurs que tu te donnes, et simplement descends en bas, et ouvre les bras pour m'accueillir ». Le Royaume de Dieu ne se gagne pas, il se reçoit…

 

Cher frères et soeurs, je pense que la vie Chrétienne, ce n'est pas de rester en bas, passivement, en attendant que la présence de Dieu nous tombe dessus; ce n'est pas non plus de chercher à s’élever par soi-même, de monter en essayant de gagner des points de paradis, mais c'est, sans cesse, monter dans l'arbre et en redescendre; C’est s’élever en la présence de Dieu et de son amour, et redescendre sur terre pour œuvrer dans le quotidien, à la rencontre les autres.  Je pense que la relation à Dieu, c’est comme l'Echelle de Jacob avec les anges qui montent et qui descendent : c’est dans le mélange de ces mouvements que nous pouvons accueillir le Christ, indépendamment de tout mérite.  Car : « Aujourd’hui, dit Jésus, le salut est venu pour cette maison, parce que celui-ci est aussi un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

01-11-2022 /  La Toussaint  (Dom André)

La Toussaint 


HOMÉLIE


Frères et Sœurs, 
Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume de Dieu est à eux. Toutes les béatitudes nous parlent du chemin du bonheur et elles nous en parlent comme un devenir, un futur qui donnera un résultat étonnant, sauf cette toute première béatitude de la pauvreté qui nous dit que si nous vivons cette pauvreté du cœur, le Royaume de Dieu n’est pas pour demain, il est déjà à nous aujourd’hui, comme si le Christ nous disait : Vis la pauvreté du cœur et tu es avec moi en paradis en ce moment-même. Bien sûr, il y a une interpellation dans cette béatitude qui nous rejoint particulièrement nous, les moines cisterciens, car nos saint Fondateurs ont insisté pour que nous soyons « pauvres avec le Christ pauvres ». Et ils ne pensaient pas à la pauvreté matérielle car ils la vivaient à un point tel qu’ils se demandaient s’ils allaient pouvoir survivre physiquement. C’est donc bien cette béatitude qui se profilait derrière le désir de bonheur : heureux les pauvres de cœur.
 
On pourrait explorer tout ce qui est dit dans notre prière quotidienne des psaumes et des cantiques au sujet du cœur : ne pas avoir le cœur fier ni le regard ambitieux, avoir un cœur unifié et sans partage, ne pas garder un cœur fermé et endurci, ouvrir son cœur à Dieu, avoir un cœur nouveau, un cœur de chair au lieu d’un cœur de pierre. Mais quand donc sommes-nous pauvres de cœur au point d’être réellement avec Dieu dans son Royaume tout en continuant à vivre dans la réalité sur cette terre, là où nous sommes ?
 
Nous sommes pauvres de cœur chaque fois que nous nous retrouvons le cœur brisé et broyé. Dans la voie cistercienne, c’est le point tournant de toutes nos vraies conversions : c’est lorsque nous vivons ce brisement du cœur, ce point mort, notre angle mort, notre zone d’ombre ou ce point d’épuisement qui nous révèle à nous-même une fragilité insoupçonnée, souvent même déconcertante parce que jusqu’alors inconnue, inconsciente. La pauvreté de cœur est un axe où tout peut pivoter. Comme dans un carrefour giratoire, on peut y tourner en rond sans se sortir de la douleur, un peu comme ce paralytique qui se plaint pendant 38 ans de n’avoir personne pour s’occuper de lui quand c’est le temps et à qui Jésus demande simplement : veux-tu guérir ? Il y a de la douleur dans un cœur brisé et broyé. Il y a des larmes qui pleurent même si parfois elles pleurent seulement au-dedans. Jésus dira à ses disciples : ayez du sel en vous-mêmes et où donc se trouve le sel en nous-mêmes, c’est bien dans les larmes, nos larmes de compassion et d’amour, nos larmes de libération. Mais il y a aussi de la confusion et de l’obscurité dans la douleur : nous ne voyons plus comment avancer. Pour certains, cela pourra même aller jusqu’à la question redoutée : à quoi bon avancer, pour quoi avancer, pour qui avancer ? La pauvreté du cœur n’est pas une erreur de parcours : elle est le point tournant qui nous fait réaliser le noyau pur d’humanité au plus intime de nous. Là où nous sommes en même temps le plus faible et le plus fort car c’est aussi le lieu le plus vrai de notre liberté. Pouvons-nous éviter cette expérience d’avoir le cœur brisé et broyé durant notre vie ? La réponse est non. Mais nous pouvons apprendre beaucoup de cette expérience. Avant d’avoir souffert, je m’égarais, dira le psalmiste. Et c’est par la souffrance que Jésus apprit l’obéissance au dessein d’amour de son Père, lui qui était pourtant doux et humble de cœur, lui qui a pleuré devant la ville comme devant la mort de son ami. Lui qui a eu soif et faim de toutes nos soifs et de toutes nos faims. Heureux ceux qui pleurent, heureux les doux, heureux les pauvres de cœur.
 
Pourquoi nous être attardés sur cette première béatitude ? Parce que c’est bien celle qu’une foule innombrable d’hommes et de femmes, de saints et de saintes connus et inconnus, ont vécu et vivent encore aujourd’hui et il y en a certainement dans cette communauté et dans cette assemblée. Des cœurs brisés et broyés, des cœurs en douleur et en confusion, des cœurs en pleine obscurité, des cœurs vulnérables. Heureux sont-ils, heureux êtes-vous, heureux sommes-nous, car nous voici au seuil de la rencontre avec Celui qui peut vraiment changer notre vie, Jésus le Christ.
 
Sur le chemin d’Emmaüs les deux amis marchaient avec lui sans le reconnaître, au jardin Marie-Madeleine pensait que c’était le jardinier sans le reconnaître, au bord du lac quand un étranger leur demandait « Avez-vous fait une bonne pêche ? », personne le reconnaissait. Quand celui qui avait soif et faim de pain et de paix, aurait voulu que quelqu’un lui donne des vêtements, un peu de temps, d’affection, de reconnaissance, il était là et personne ne l’a reconnu. Il nous a même fait une dernière promesse : être là, avec nous, tous les jours, mais quand nous peinons, le cœur brisé, comment le reconnaître ? Un poète a chanté : « Que serai-je sans toi qui vins à ma rencontre ? » Il est là, tout près de nous.
 
Saints et saintes de Dieu, hommes et femmes d’hier et d’aujourd’hui qui l’avez cherché et trouvé dans la pauvreté de votre cœur, aidez-nous, guidez-nous, intercédez pour que nous vivions comme vous. Nous croyons que nous sommes, nous aussi, enfants de Dieu mais nous savons aussi que ce que nous serons n’a pas encore été manifesté, que nous ne lui sommes pas encore vraiment ressemblants et semblables, que nous ne pouvons pas encore dire en toute transparence et vérité : qui me voit, voit le Christ. Mais aidez-nous à communier à son désir à Lui de nous consacrer et de voir en nous tous son Corps et son Sang , aidez-nous à revêtir nous aussi la robe blanche de ceux et celles qui ont traversé sur cette terre la grande épreuve, si humaine avant même d’être spirituelle, d’un cœur brisé et broyé devenant ce cœur nouveau et cet esprit nouveau qu’Il a mis en nous pour aimer et servir comme Lui. Aidez-nous à croire cette béatitude des pauvres de cœur et donc à rayonner, comme vous, de la joie et de la lumière durant notre traversée pascale de toute épreuve !

 


06-11-2022 /  32e Dimanche du temps de l’Église  (Frère Bruno-Marie)

32e Dimanche du temps de l’Église 


HOMÉLIE


Frères et sœurs

Même si le prophète Daniel au VI siècle avant notre ère, avait déjà parlé de la résurrection des morts très d’Israélites y croyaient lorsque fut écritle livre de Martyrs d’Israël, que nous venons d’entendre au premier siècle avant Jésus.

Même au temps de Jésus, les Saducéens qui étaient les grands prêtres du temple de Jérusalem et les représentants de la religion officielle d’Israël, refusaient d’y croire parce qu’il n’en était pas question explicitement dans la Loi de Moïse. Ils croyaient plutôt en un Shéol où descendaient après la mort les âmes des justes et des injustes sans distinction.

 Avec la résurrection de Jésus, la résurrection des morts devient une vérité de foi pour tous ceux et celles qui croyaient en Lui. Et dès ses débuts, l’Église en fit un dogme de foi. Non seulement Elle croyait en la résurrection de Jésus, mais aussi en notre propre résurrection. Quel avantage aurait en effet à croire en la résurrection de Jésus si nous n’étions pas ressuscités avec Lui.
Nous le croyons, le Christ est ressuscité, et nous aussi nous ressusciterons avec Lui. Voilà le coeur de notre foi. Une foi qui donne un sens à notre vie, une foi qui nous ouvre de nouveaux horizons. Désormais la mort n’a plus le dernier mot. Elle n’est que la porte d’entrée dans une vie nouvelle et éternelle.

A quoi ressemble cette vie nouvelle et éternelle? Nous ne le savons pas. De fait, elle est tellement différente de celle que nous connaissons ici-bas que les mystiques qui en ont eu un avant-goût n’ont pas les mots pour décrire ce qu’ils ont vu et entendu.« Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, voilà ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment. » nous dira saint Paul.
Aurons-nous un corps au ciel? Bien sûr que nous aurons un corps puisque nous croyons à la résurrection de la chair. Mais ce corps sera un corps spirituel nous dit encore Saint Paul. Tout comme il y a à la fois continuité et complète différence entre le gland et le chêne qui en sort ou encore entre la chenille et la papillon qui sort de son cocon, ainsi il y aura à la fois une continuité et une complète différence entre notre corps actuel et notre corps spirituel . Soyons sans crainte, nous serons tous beaux, jeunes et en santé dans le royaume des cieux.

Que ferons-nous au ciel? N’y a-t-il pas danger de s’ennuyer durant toute cette éternité? Disons d’abord que l’ennui est relié au temps et puisque le temps n’existera plus au ciel, l’ennui disparaîtra avec lui. Je ne peux pas vous dire ce que nous allons faire, mais je peux vous dire ce que nous allons être. Nous allons de amoureux et des amoureuses, de Dieu d’abord et puis amoureux et amoureuses de tous les êtres visibles et invisibles. « Quand on aime on a toujours 20 ans » chantait Jean-Pierre Ferland au début des années 70. Ce sera vrai pour l’éternité.

Enfin une dernière question que plusieurs se posent? : Qu’ arrivera-t-il à mes enfants qui ne pratiquent plus ou à mes petits-enfants qui ne sont pas baptisés?
Vous aimez vos enfants et vous adorez vos petits-enfants. Eh bien, Dieu les aime infiniment plus que vous les aimer vous-mêmes. Il ne faut pas oublier que ce sont d’abord ses enfants à Lui avant d’ être les vôtres. S’Il n’a pas épargné son propre Fils pour le salut de tout homme et de toute femme sans exception. Soyez assurés qu’ Il n’épargnera absolument rien pour le salut de vos enfants et de vos petits enfants. Dieu n’a pas le coeur plus petit que le nôtre.

Frères et Soeurs. Notre Dieu est le Dieu des vivant. Nous croyons en la résurrection des morts et nous l’espérons cette vie nouvelle et éternelle pour tout être humain quel qu’il soit sans exception