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Homélies

Homélies 2020

19-07-20 / 16e Dimanche du temps ordinaire   (Frère Bruno-Marie)

16e Dimanche du temps ordinaire

(Frère Bruno-Marie) 


Mes frères,


Nous connaissons tous les paraboles du Royaumes que nous venons d’entendre:


Le royaume des cieux est semblable à une graine de moutarde qu’un homme a plantée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais quand elle a poussé, elle devient un arbre. Ou encore, le Royaume des cieux est comparable à du levain qu’une femme enfouit dans trois mesures de farine jusqu’à toute la pâte ait levé. Enfin, le Royaume des cieux est encore comparable à un champ où poussent en même temps du blé et de l’ivraie. 


Toutes ces paraboles sorties directement de la bouche de Jésus, nous sont données pour fortifier notre espérance dans la victoire finale du Royaume des cieux dans notre monde quelques soient les obstacles rencontrés. Mais ne pourraient-elles pas nous être données aussi pour nous encourager dans notre vie spirituelle?


Prenons par exemple, la parabole de la graine de moutarde. La vie spirituelle en nous est semblable à une graine de moutarde qu’un homme a jetée dans son champs Elle commence toute petite le jour de notre baptême et elle peut demeurer de longues années enfouie dans notre terreau humain jusqu’au jour où un événement déclencheur la fasse éclore. Alors, comme Jésus qui grandissait en taille et en sagesse devant Dieu et devant les hommes, elle se met à grandir en nous jusqu’à nous atteignions la plénitude de la stature du Christ. Cette croissance vers la plénitude de la stature du Christ commence dès ici-bas et se poursuivra durant toute l’éternité.


Ou encore, la vie spirituelle en nous est comparable à du levain qu’une femme a enfoui dans trois mesures de farine jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. Enfouie dans toute l’épaisseur et la lourdeur de notre pâte humaine avec tout ce qu’elle renferme de qualités mais aussi de défauts, de travers et de replis sur soi, la vie spirituelle agit en nous à la manière du levain. De jour et de nuit, que nous veillons ou que nous dormions, sans que nous sachions comment, elle nous transforme de l’intérieur afin que lève en nous l’homme intérieur, l’homme nouveau qui cherche Dieu et marche en sa présence.

Il n’en reste pas moins que durant tout ce temps, le vieil homme demeure toujours bien vivant en nous avec tous ses travers et ses défauts qui nous font souffrir et qui font souffrir aussi les autres, Pourquoi Dieu ne le déracine-t-il pas puisqu’il ne vient pas de Lui mais de l’ennemi?


Dieu ne le déracine pas tout simplement parce qu’Il nous aime. Il sait très bien qu’en déracinant cette ivraie qu’est le vieil homme en notre cœur, Il risquerait aussi de déraciner le blé de l’humilité qui est la mère de toutes les vertus.


Mes frères,


Heureusement que Dieu ne nous regarde pas à la manière des hommes. Les hommes en nous regardant, s’arrêtent bien souvent ce qui les énerve et les agace. Il n’en va pas de même pour Dieu. Dieu en nous regardant, voit au-delà de nos limites, de nos défauts et même de nos péchés. Ce qu’Il voit en nous, c’est le travail de sa grâce qui agit à la manière du levain. Il sait qu’un jour toute notre pâte humaine lèvera jusqu’à devenir Eucharistie, c’est-à-dire Action de grâce à la louange de son Nom. Les hommes ont des vues à court terme. Dieu en nous regardant a des vues à long terme.







22 -07-20 / Sainte Marie-Madeleine  (Dom André)

SAINTE MARIE-MADELEINE, APÔTRE

(Dom André, Père-Abbé) 


Mes Frères,


Dans toute vie spirituelle, il y a un passage difficile à qualifier : souhaité parce qu’il marque un tournant indéniable et redouté parce qu’il est un saut dans l’inconnu, dans une autre dimension. Est-ce une part du mystère pascal, est-ce une étape dans la maturation humaine et spirituelle, ce qui est sûr c’est qu’il y a réellement un passage dans le sens d’un engendrement, d’une nouvelle naissance.


Saint Pierre aimait profondément Jésus mais il l’a renié trois fois parce qu’il s’aimait encore plus qu’il n’aimait le Christ à ce moment-là de sa vie mais il a changé. Saint Paul avait consacré sa vie à Dieu et à poursuivre ceux qu’il croyait en dérive face à la Loi divine avant de vivre une sorte d’éblouissement aveuglant et de voir la réalité autrement. Saint Thomas n’a pas cru la parole et le témoignage des autres, il lui fallait attendre de voir et de toucher pour croire et Jésus a répondu à cette attente. Saint François a entendu l’appel du Christ à rebâtir son Église et il a pris une truelle et du mortier pour refaire une petite église avant de comprendre que l’appel du Seigneur le destinait à une mission bien plus grande. L’histoire spirituelle de chacun est forcément différente car nous sommes tous des personnes uniques. La constante dans ces histoires c’est la conversion du regard: les yeux s’ouvrent et perçoivent la réalité et la vie tout autrement.


Marie-Madeleine cherchait Jésus. Elle cherchait un mort, un cadavre. Elle avait dû affronter bien des peurs pour être là, seule. de grand matin près d’un tombeau ouvert où elle se penche pour regarder. Elle aimait tellement Jésus, elle l’aimait encore d’ailleurs beaucoup mais elle n’était pas rendue à le croire vivant, ressuscité. Pourtant dans la persévérance de son amour pour lui, au travers de ses larmes, elle continue à le chercher. C’est ce cheminement intérieur qui nous interpelle : chercher avec nos limites, nos aveuglements, nos doutes, la petitesse de notre foi. Et puis, Marie-Madeleine a connu elle aussi ce retournement intérieur, ses yeux se sont ouverts et elle a reconnu Jésus quand il lui a redit son nom sans doute avec un accent qui lui était familier : elle a retrouvé Celui que son cœur n’avait jamais cessé d’aimer. Et on peut comprendre qu’elle ne voulait plus le lâcher. Mais si elle avait connu le Christ à la manière humaine désormais elle ne le connaîtrait plus ainsi. Le monde ancien était passé, voici qu’une réalité nouvelle était là (cf. 2 Cor 5,16-17). Jésus est devenu encore plus intime à elle-même si bien que Marie-Madeleine vit un amour transfiguré, un amour immense, qui est toute sa joie et son bonheur et elle n’a plus qu’un désir : le partager, l’annoncer, s’en faire la messagère et l’apôtre.


Mes Frères, nous voulons tous que le Christ Jésus nous entraîne nous aussi dans cette voie et devienne le tout de notre vie, comme pour Pierre, Paul, Thomas, François d’Assise, Marie-Madeleine. Qu’avaient-ils donc que nous n’avons pas, nous ? Rien. Ils ont persévéré dans leur quête de Dieu. Ils sont restés fidèlement des chercheurs de Dieu. Et progressivement, dans la patience du temps et à l’heure de Dieu dans leur vie, ils se sont retrouvés face à face avec le Christ Jésus, un Christ Jésus… vivant, ressuscité et présent.


Puisse sainte Marie-Madeleine intercéder pour nous obtenir la grâce de ce même passage, de ce même engendrement dans notre vie spirituelle…







25-07-20 / Saint Jacques   (Dom Yvon Joseph)

SAINT JACQUES, APÔTRE

(Dom Yvon-Joseph) 


Alors que Jésus vient d’annoncer sa passion pour une troisième fois (c’est le passage de l’évangile selon saint Mathieu qui précède celui que nous venons d’entendre)… Alors qu’il avance résolument vers Jérusalem dans le désir d’accomplir la volonté de Dieu son Père pour le salut du monde, la mère des fils de Zébédée, elle, est préoccupée de l’avancement et de la promotion de ses deux fils qui semblent eux aussi partager le désir de leur mère… Même s’ils ont cheminé avec Jésus depuis le début de son ministère en Galilée, ils n’ont pas su saisir le sens de sa mission ! Ils sont encore trop refermés sur eux-mêmes et leur propre intérêt qu’ils demeurent incapables de s’ouvrir au mystère de Jésus !


Cette page d’évangile vient éclairer notre propre cheminement de foi… Nous aussi, nous avons pu choisir de suivre Jésus depuis longtemps, nous avons pu le contempler longuement dans le mystère de sa passion et de sa mort sur la croix, et nous pouvons toujours demeurer très centrés sur nous-mêmes, préoccupés d’abord de notre avancement, même si nous le voyons comme un avancement spirituel…


Pour devenir vraiment attachés à Jésus et à son mystère, un décentrement de nous-mêmes est constamment nécessaire : nous n’avons jamais fini de le faire et de le refaire… Ce qui doit devenir premier dans notre vie, ce n’est pas notre recherche de perfection ni notre désir de sainteté, si beau soit-il, mais notre recherche de Dieu, notre désir de vivre toujours mieux unis au Christ afin d’entrer avec lui dans son mystère pascal…


Aujourd’hui – et c’est vrai à chacune de nos eucharisties – Jésus vient nous décentrer de nous-mêmes afin de mieux nous centrer sur lui et son mystère : « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? », nous demande-t-il… Il prend soin de préciser que le véritable avancement à sa suite se manifeste dans le service de nos frères : « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur » !

      

26-07-20 / 17e Dimanche du temps ordinaire   (Frère Yves)

17e Dimanche du temps ordinaire

Fête des jubilaires de la communauté

(Frère Yves)

      

« Le Royaume des cieux est comparable à un négociant de perles fines ».


     Le chanceux qui a trouvé le champ où se cache le trésor est à l’image de nous.   De toute évidence, nous n’avons pas mis la main sur le « gros-lot », mais nous avançons sur le chemin avec au cœur la certitude qu’un bien inestimable est caché quelque part et qu’il nous est destiné; un bien qui a chacun de nous pour unique destinataire. Nous cherchons depuis toujours, mais qui nous a dit qu’un jour une surprise heureuse devait faire irruption dans nos parcours…?

     Nous manquons à notre appel aussi longtemps que nous acceptons d’avancer sur le chemin en ne rêvant pas, à la manière d’un enfant, à quelque chose de plus grand que ce que notre imagination pourrait nous construire! Nous manquons à la lumière lorsque notre soif ne dépasse pas ce à quoi nous pouvons aspirer. Notre rêve se doit de renverser tout ce qui aurait la prétention de lui imposer des limites.

     Nous bénéficions d’un précieux avantage: celui de pouvoir espérer au-delà de notre capacité de rêver. Le mystère et l’inaccessible sont notre pain! La chair n'est pas notre maison, elle est notre prison! Il nous faut apprendre à vivre comme des êtres désincarnés, ce qui aurait pour effet de rendre enfin sa dignité à notre chair!

     Pour chacun de nous, une heure est marquée pour la réalisation d'un grand tournant, celui où notre visage paraîtra comme une bougie d'allumage dans le visage du Père.  Pour l'instant, c'est dans la Foi qu'il nous est donné de rêver.  La générosité de notre coeur se mesure donc à l'envergure de nos rêves. Nous sommes en attente d'une plus grande intensité de vie mais ce dont nous avons le plus urgent besoin c'est d'être davantage en harmonie avec notre intérieur.

     Nous ne pouvons atteindre le mystère, notre mystère qu'en prenant du recul face à lui.  Même si, nous en approcher irrespectueusement, ne peut lui porter atteinte : il est insaisissable mais, tenter de mettre la main sur lui manifesterait que nous sommes à des années-lumière de lui.  Les montagnes aux neiges éternelles ne sont admirables que de loin.

     À l'inverse de la joie sensible, - celle dont l'animal est capable - la joie spirituelle vit de la beauté de son objet, au lieu de le détruire pour s'en nourrir.  Et la surprise ici, est que cet abaissement en présence du sacré est source du plus grand des bonheurs.

      Une expérience de vie fuit instinctivement la joie explosive: elle recueille, au contraire.  

   Il nous faudra être longuement éduqués au protocole du sacré avant d'avoir accès à une intensité de communion qui puisse apaiser enfin notre soif.

     Il nous faudra accepter d'être aimés, non à la mesure de notre fidélité, mais à partir de ce que Dieu est lui-même.

     Il nous faudra renoncer à nos mérites : c'est là le plus menaçant de nos péchés.

    Renoncer aussi à notre dignité car elle défigure le visage de Celui qui, avec effusion embrasse l'insolvable encore mal disposé!

     Bien plus, il nous faudra consentir à être aimés en vertu d'une injustice.

     Il est contraire à nos habitudes en effet d'être aimés alors que nous avons parfaitement conscience de n'être pas aimables.

     Nous sommes les prisonniers du mal, et il n'est pas normal qu'un incarcéré puisse circuler en toute liberté.

     Mais cette loi de la normalité est celle des hommes!

     Dans le Royaume, l'inculpé est non seulement blanchi, mais couvert de privilèges, privilèges qui demeurent inaccessibles à ceux qui ont travaillé depuis l'aube dans la vigne et qui, pour cette raison, attendent un salaire.

       Cette loi nous renverse.

     Les fautes de notre vie n'enlèvent rien au droit qui est le nôtre, celui d'être embrassés comme l'unique valeur, de façon exclusive : parce que le baiser en question est virginal!

     Et nos mérites n'ajoute rien à notre capital de gloire!

     Nous avons été pesés, et notre personne s'est révélée plus précieuse que nos actes les plus méritoires.

     La valeur de notre personne efface nos mérites.

     Quelle énergie venue d'En-Haut il nous faudra recevoir pour entrer dans cet illogisme où le moins méritant a préséance!

   Il nous faut consentir à être le préféré tout en reconnaissant que nous sommes le plus indigne : quelle inconvenance!

     Il ne faudra plus nous en étonner : jamais le monde ne nous pardonnera ce privilège de l'exclusivité, sans aucun mérite de notre part, ce qui est aujourd'hui la couronne de nos jubilaires.


29-07-20 / Saints Marthe, Marie et Lazare   (Dom André)

SAINTS MARTHE, MARIE ET LAZARE

(Dom André, Père-Abbé) 


Mes Frères,


Jésus aime toujours venir dans une maison de fraternité et d’amitié, que ce soit à Béthanie ou au Val Notre-Dame, parce qu’il sait qu’il va pouvoir y retrouver des amis, des Marthe, des Marie et des Lazare.


Marthe. Au centre de tout ce que fait Marthe, il y a le repas. Marthe n’est pas que la femme agitée et affairée qui rate l’essentiel. Elle a fait le choix d’aimer en servant, de servir en aimant les siens, même après la mort de son frère et encore après que Jésus l’ait ramené à la vie. Toujours autour d’un repas : elle aide à vivre du pain et de la parole de la fraternité. Imitons-la, mes Frères : devenons des hommes qui se reconnaissent dans le Christ venu pour servir et non pour être servi. Devenons des hommes qui aiment se retrouver autour du repas : repas des jours ordinaires ou repas de fête, et repas de l’eucharistie.


Marie. Emportée avec bonheur vers la contemplation et l’adoration de celui que son cœur aime ; elle l’a trouvé, elle ne le lâchera plus. Qui regarde vers lui, resplendira. Marie est heureuse de ce regard et de ce bonheur en Dieu. Rien d’autre n’existe pour elle : c’est la fidélité de l’amour. L’amour de Dieu, la seule chose nécessaire. La meilleure part qui ne lui sera pas enlevée, ni à elle ni à nous mais rappelons-nous, mes Frères, que l’amour n’est pas fait pour être possédé, retenu pour soi, mais pour être à nouveau donné et transmis.


Lazare. Ce qui frappe chez Lazare, c’est la gratuité de son amitié pour Jésus; il ne dit rien, il ne fait rien, il est là, aux côtés de Jésus. De l’ami, c’est bien ce qu’il y a de plus précieux, ce qu’on attend vraiment de lui : rien d’autre qu’une présence. Jésus se rend au tombeau pour en ramener Lazare. Il vient chercher celui qu’il aime pour que Lazare puisse le chercher et l’aimer à son tour. Il vient le chercher là où il se trouve : dans la réclusion et la solitude de la mort. C’est là que Jésus vient le retrouver. Soyons des Lazare que Jésus revient visiter simplement parce qu’il est notre ami.


À ces trois saints, ces trois amis de Jésus, demandons de nous obtenir la grâce de suivre Jésus avec ce qu’il nous a donné de cœur, d’âme et de force.


      

02-08-20 / 18e Dimanche du temps ordinaire   (Frère Martin)

18e Dimanche du temps ordinaire

(Frère Martin)


Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer...


Frères, imaginez pour un instant un marchand ou un commerçant qui prendrait au sérieux l’invitation du Seigneur, ne serait-ce qu’un seul jour… Sur sa porte d’entrée serait écrit en lettres dorées : Venez acheter et consommer... sans argent, sans rien payer... L’invitation trouverait sans doute une oreille attentive auprès de la clientèle... au point de voir défiler devant le commerce des dizaines, voire des centaines de personnes, à deux mètres de distance bien sûr, et portant le couvre-visage, pour acheter et consommer gratuitement… Un endroit paradisiaque pour nos sociétés de consommation, mais un fiasco financier total pour le propriétaire, bien entendu... 


Si cette logique est bien présente au sein de la vie économique de nos sociétés de consommation, il en va autrement de la vie spirituelle… de notre relation avec Dieu… Dans le domaine de la grâce, il est possible de boire et manger sans rien payer… d’acheter une perle fine sans rien débourser… d’amasser des trésors sans rien dépenser tel que l’évoque le prophète Jérémie dans la première lecture : Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer. 


Ce qui nourrit notre vie spirituelle, notre désir d’absolu et de transcendance, ne peut être vendu ou ingéré comme les aliments de nos supermarchés... ni être compris dans la logique marchande du consumérisme. Contrairement à ce que certains pourraient croire, le spirituel n’est pas donné pour être consommé ; il n’est pas objet de consommation, mais de relation… voire de participation… Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez dit le Seigneur par la bouche du prophète Jérémie. Ces paroles sont une invitation à se tourner vers Lui, à accueillir le don qu’il nous fait… la nourriture spirituelle qu’il nous communique généreusement, à savoir la grâce de nous rendre participants du mystère pascal de Jésus et de faire de nous des fils et des filles d’un seul et même Père…  


Ce don est unique, universel, commun à tous les enfants de Dieu : c’est l’amour qui vient de Lui, un amour qui cherche à transformer notre vie à l’image de son Fils. C’est notre vocation d’enfants de Dieu : nous sommes créés pour aimer et être aimer en union avec Dieu… L’extrait de la lettre de Paul aux Romains que nous avons entendu en deuxième lecture montre clairement la valeur et la puissance de cet amour…


Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? demande-t-il dans une formule rhétorique… Qui pourra nous séparer de cet amour dont Jésus nous assure qu’il a valeur impérissable ? La réponse de Paul ne laisse place à aucune ambiguïté : J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nos séparer de Dieu qui est en Jésus-Christ. Même les obstacles qui paraissent parfois les plus graves et terrifiants comme la détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger ou le supplice n’y peuvent rien… C’est dire avec quelle force se déploie l’amour qui nous est donné en Dieu…


Et parce que cet amour passe inévitablement par le cœur de Jésus, par son corps livré et son sang versé, l’eucharistie dont la page d’évangile de ce matin est la figure, est le gage le plus sûr de cet amour, le lieu où il se manifeste dans l’humilité d’une vie donnée... 

À chaque fois que nous faisons mémoire de Lui, Jésus continue à multiplier le pain de sa grâce de manière toujours aussi abondante et généreuse que le récit de la multiplication des pains nous le montre ce matin. Puisse sa parole et son pain être notre nourriture de tous les jours, Lui qui est venu pour nourrir nos âmes bien plus que pour nourrir celui qui a faim de pain... 


Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez… 

  

06-08-20 / La Transfiguration du Seigneur   (Dom André)

La Transfiguration du Seigneur

(Dom André, Père Abbé)


Mes Frères, Jésus part en montagne, à l’écart de la foule, avec trois de ses disciples, Pierre, Jacques et Jean. Il se retire pour nourrir, à sa manière, les attentes, les aspirations profondes qui habitent son peuple et qui nous habitent tous. Il va nourrir et accomplir nos attentes en les transfigurant, en leur donnant toute la lumière qu’il faut pour nous aider à mieux comprendre et assumer ce que nous portons au cœur de nos vies. Jésus devient lumineux, tout rayonnant, totalement transparent à la présence de Dieu. C’est son humanité, autrement dit tout ce qui est incarné et vulnérable chez lui, qui rayonne : il est la vraie lumière qui en venant dans le monde éclaire tout être humain. Le visage lumineux du Christ Jésus, c’est le signe que Dieu n’est plus à chercher dans le ciel désormais, mais qu’il est là au milieu de son peuple et que nous n’avons plus à le chercher ailleurs. Les disciples d’hier comme ceux d’aujourd’hui ont toujours eu de la difficulté à comprendre cette transfiguration. Même après Pâques, même à la lumière de la résurrection, on continuera à imaginer deux mondes, celui de la terre et celui du ciel, celui d’aujourd’hui et celui de demain, deux temps et deux espaces que Jésus a pourtant unifiés une fois pour toute dans sa personne.


Et puis, le Christ de la Transfiguration ne s’est pas manifesté glorieux aux siens pour être contemplé comme dans une vision… mais pour être écouté. C’est le Père Éternel lui-même qui le dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le.


C’est dans la foi que les yeux peuvent s’ouvrir et voir enfin le Christ Jésus au-delà des apparences, au-delà même de l’éclat momentané, tel qu’il n’a jamais cessé d’être parmi les siens. Pour y parvenir, nous devons prendre le chemin indiqué par Dieu le Père : nous devons « écouter » le Fils bien-aimé. L’écouter pour le voir. L’écouter pour lui devenir de plus en plus semblables car, nous le savons, c’est lorsque nous lui serons semblables que nous le verrons tel qu’il est. L’écouter mais aussi l’imiter et faire comme lui, c’est-à-dire recueillir nous aussi le double message du passé, message fait de Lois et de Prophéties, Moïse et Élie, et inventer à partir de là notre propre chemin pour rejoindre Jésus et le suivre.


Notre vie monastique réside dans notre transformation, dans notre configuration au Christ. Ce que nous serons au terme de notre Transfiguration n’a pas encore été manifesté mais le deviendra… si nous portons librement notre croix, si nous entrons avec le Christ dans le mystère pascal de notre vie, si nous lui devenons semblables.

  

09-08-20 / 19e Dimanche du temps ordinaire   (Dom Yvon Joseph)

19e Dimanche du temps ordinaire

(Dom Yvon-Joseph)


Les disciples ont eu peur… Et les peurs ne nous manquent pas aujourd’hui… Un monde secoué par des guerres interminables et toujours sous la menace de nouveaux conflits, un monde troublé par une pandémie dont la fin ne s’annonce pas pour demain, il y a de quoi avoir peur… Une Église ébranlée par des forces intégristes qui, plus ou moins sournoisement, ourdissent une opposition contre le pape François, il y a de quoi avoir peur…


Lorsque les tentations nous secouent personnellement et qu’un vent contraire tend à nous éloigner du Dieu que nous cherchons… Lorsque le combat spirituel se fait incessant et que nous souffrons de nos pulsions et de nos divisions intérieures, il y a de quoi avoir peur…


Et il y a une multitude d’autres peurs… Les grandes peurs, comme celle de la souffrance, de la mort, de l’enfer, et même de Dieu… Les peurs qui se glissent dans la vie quotidienne : peur de la noirceur, du tonnerre et des éclairs, peur de la foule et du jugement des autres, peur de prendre des initiatives et de sortir des sentiers battus… Et on pourrait prolonger encore et encore la litanie de ces différentes catégories de peurs… Pour en finir avec la peur d’en avoir oubliées !


Aujourd’hui, nous venons d’entendre Jésus dire à ses disciples : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! » Est-ce que la foi en Jésus libérerait de toute peur, même de celles qui ont une origine physique ou psychologique ? Il est intéressant d’observer le contexte dans lequel Jésus fait cette déclaration… Jésus s’approche de ses disciples en marchant sur la mer…Voici qu’ils le confondent avec un fantôme et la peur les saisit… Dans ce contexte, il me semble que Jésus veut faire saisir à ses disciples qu’il ne doit pas y avoir de peur dans leur relation avec lui, qu’il n’y a pas place pour la peur dans leur relation avec Dieu… C’est d’abord de cette peur que la foi vient nous libérer… Certains ont même affirmé que le contraire de la foi, ce n’est pas l’incroyance, mais la peur !


Toutefois, ce n’est pas parce que j’ai confiance en Jésus que je suis automatiquement libéré des peurs qui peuvent m’habiter à des degrés plus ou moins forts, et qui trouvent leur source au plan physique ou psychologique… Ma foi en Jésus ne m’en libère pas de façon magique, mais elle peut me motiver à entreprendre et à mener à bonne fin le travail intérieur qui s’impose à moi au plan humain et psychologique pour parvenir à m’en libérer d’une manière progressive… 


La page d’évangile que nous venons d’entendre vient éclairer notre relation avec Dieu… Nous pouvons nous croire totalement libérés de la peur, mais elle peut nous rattraper de façon plus subtile dans la peur de pas être adéquats à son amour, de ne pas être assez parfaits pour lui… Mais si Dieu attendait que nous soyons parfaits pour nous aimer, il attendrait encore et il attendrait longtemps !... C’est son amour patient et indéfectible qui travaille à nous rendre parfaits d’une perfection qui sera le fruit de la gratuité de son amour, d’une perfection qui ne doit jamais se pervertir en orgueil spirituel…


Ce n’est pas nous qui pouvons nous rendre adéquats à son amour, c’est Dieu qui peut nous ajuster à lui, nous rendre « justes » selon le sens profond que la Parole de Dieu donne à ce mot… S’il n’y a plus de place alors pour la peur de Dieu, il en reste pour la crainte de Dieu, qui est « le commencement de la Sagesse » selon l’Ancien Testament… Mais la crainte est une attitude spirituelle très différente de la peur : la peur s’adresse à un Dieu colérique et menaçant… La crainte s’adresse à un Dieu dont on reconnaît la sainteté… La crainte est liée à la délicatesse de notre amour qui se sait toujours appelé à grandir… 


Le disciple bien-aimé a osé affirmer : « Il n’y a pas de crainte dans l’amour, l’amour parfait bannit la crainte ; car la crainte implique un châtiment, et celui qui reste dans la crainte n’a pas atteint la perfection de l’amour ». (1 Jn 4, 18) Qui d’entre nous peut prétendre qu’il a « atteint la perfection de l’amour » ?... Nous sommes en chemin… En chemin et habités par l’espérance du face à face avec Dieu où nous pourrons l’entendre nous dire : « Confiance ! c’est moi, ton Père, n’aie plus peur, n’aie plus de crainte ! » 

  

10-08-20 / Saint Laurent   (Frère Michel)

Fête de Saint Laurent, martyr

(Frère Michel)


Lorsqu'il pénétra dans le golfe de la grande rivière Magtogoek le 10 août 1534 (c'est le nom donné par les Algonquins au Fleuve et qui signifie « le chemin qui marche »), Jacques Cartier nomma ce majestueux Fleuve d'après la fête du saint qui était inscrit au calendrier liturgique ce jour-là : saint Laurent.


Saint Laurent, ce martyr du 3e siècle qui fut: "Toujours prêt à présenter un plaidoyer devant quiconque lui demandait de justifier l'espérance qui habitait en lui" (1Pierre 3, 15) et ce non seulement au moment de sa mort mais aussi par les œuvres qu'il a accomplis durant sa vie; Saint Laurent qui donna son nom au grand Fleuve et qui deviendra, à son insu, une source d'inspiration pour bon nombre d'hommes et de femmes de notre nation qui ont sillonnés le territoire de l’Amérique du Nord en y semant les valeurs de l'Évangile pour des générations à venir.


Nous pouvons laisser venir à notre mémoire tous ces missionnaires qui ont donné leur vie jusqu'au sacrifice suprême, bien sûr. Mais nous avons aussi un devoir de mémoire pour ces personnes de toutes les générations qui ont donné leur vie pour la construction d'une société qui témoigne encore aujourd'hui des valeurs intrinsèques de l'Évangile : la solidarité avec les personnes sans voix et les personnes sans-ressources, le respect des personnes vulnérables ainsi que les valeurs de partage et de pardon qui animent tant d'organismes communautaires et de communautés religieuses.


Que cette fête de saint Laurent que nous célébrons aujourd'hui, soit pour nous un rappel de tous ces saints et bienheureux…

« Qui n'ont jamais fait parler d'eux, Et qui n'ont pas laissé d'image;

Tous ceux qui ont depuis des âges, Aimé sans cesse et de leur mieux;

Ces bienheureux du quotidien, Qui n'entreront pas dans l'histoire;

Ceux qui ont travaillé sans gloire, Et qui se sont usé les mains à pétrir le pain …» (1)

Pour nourrir les affamés de justice, de tendresse et d’humanité… AMEN



(1) (Extrait de « Ils ont nombreux les bienheureux », R. Lebel)


15-08-20 / L'Assomption de Marie   (Dom André)

L'Assomption de Marie

(Dom André, Père Abbé)



Introduction


En cette grande fête de l’Assomption, les grands sanctuaires dédiés à Marie n’accueilleront pas les foules habituelles en raison de la Covid-19 mais rien ne pourrait nous empêcher cette belle fête de Marie.

Nous allons donc préparer notre cœur à accueillir la Parole de Dieu et le don de Dieu en Marie : un don tout empreint de puissance, de beauté et de sainteté. 

Il y a la puissance qui écrase le faible  

mais il y a aussi la puissance qui enfante l’innocence.

Il y a la beauté qui jette dans le trouble

il y a aussi la beauté qui installe toutes choses dans la joie.

Il y a la sainteté qui fait trembler le prophète dans le Temple

et il y a encore la sainteté qui fait verser des larmes de paix au pécheur prosterné au fond du Temple.

Puisse ce triple don de Dieu toucher nos cœurs en cette Messe de l’Assomption de Marie… 


Homélie


Mes Frères,

En cette fête de l’Assomption de Marie, l’Évangile nous propose le cantique de deux femmes, deux mères, toutes deux visitées par l’amour et la grâce d’un Dieu à qui rien n’est impossible. À l’annonciation, Marie avait reçu un signe : « Ta parente, Élisabeth a elle aussi conçu un fils, dans sa vieillesse : celle qu’on appelait la femme stérile est dans son sixième mois. » En ces jours-là, c’est-à-dire sans doute assez rapidement après l’annonciation, Marie se met en route vers sa cousine. Elle va rester trois mois auprès d’Élisabeth, peut-être jusqu’à la naissance de Jean-Baptiste avant de revenir dans son village pour une autre naissance encore plus étonnante. Ce qui l’habite pendant qu’elle fait route avec empressement ne nous est pas raconté. Est-ce de vérifier le signe qui lui a été donné ? Est-ce le désir de parler de ce qui lui arrive ? Le signe est bien là : Élisabeth porte un enfant. Mais elle aussi porte maintenant un enfant. Va-t-elle le dire à Élisabeth ? Peut-elle même le dire ? Qu’est-ce qu’Élisabeth pourrait bien comprendre là-dedans ? C’est tellement incroyable ce qui lui arrive, non pas qu’elle soit enceinte, elle était déjà promise à Joseph, mais ce qui lui a été dit de l’enfant qu’elle porte. Comment partager cela ? Elle voudra sans doute entendre d’abord Élisabeth lui raconter comment elle vit elle-même propre sa fécondité tout aussi inat-tendue. Nous sommes en plein registre de la foi et c’est ce qui va ressortir dans l’hymne de louange de ces deux femmes.


Le cantique d’Élisabeth, partagé en un certain sens par Jean-Baptiste qui bondit de joie dans le ventre de sa mère, est rempli de l’Esprit de Dieu, un Esprit prophétique. Marie n’a pas besoin de dire et de dévoiler ce qui lui arrive et ce qu’elle vit. Élisabeth commence par une bénédiction que l’on retrouve dans le Je vous salue Marie : « Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de tes entrailles est aussi béni. » Ce n’est pas juste un sentiment de joie à la vue de sa cousine, c’est une reconnaissance de l’action merveilleuse de Dieu dans une vie, dans leur vie, à toutes les deux. Et, à travers les propos de cette femme fragile, âgée, oubliée et ignorée par la société de son temps à cause de sa stérilité, Dieu révèle au monde Celui qui vient illuminer et sauver le monde, son Fils, Jésus.


Élisabeth est bien consciente de ce qui se passe et elle se questionne en même temps : «Comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? » Qui suis-je pour que Dieu s’intéresse à moi, vienne à ma rencontre ? Connaît-elle la réponse de Dieu à celle qui se plaignait en Isaïe (49,21.16) : « Moi, j’étais privée d’enfants, stérile, éliminée. » Et à qui Dieu répond : « Je t’ai gravée sur la paume des mains, je ne t’oublierai pas. » C’est difficile de croire que Dieu s’intéresse vraiment à nous personnellement mais Élisabeth en a une double preuve : elle et Marie vivent toutes les deux une fécondité nouvelle et surprenante. Alors elle continue son hymne prophétique : « Bienheureuse celle qui a cru car ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira ! » Cette béatitude nous donne aussi la dimension spirituelle de la maternité de Marie. Marie est bien celle qui écoute la parole de Dieu et la met en pratique. Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent.


Et maintenant c’est Marie qui va laisser jaillir sa joie et sa reconnaissance dans le Magnificat. L’Esprit Saint a mis en elle toute la flamme de l’amour de Dieu depuis qu’elle a dit oui à Dieu. Et nous aussi, inspirés par le même Esprit, nous sommes associés à ce Magnificat. En un instant qui ne disparaîtra plus jamais et qui demeure valable pour toute l’éternité, la parole de Marie, son oui, a été la parole de toute l’humanité, de toutes les générations, son oui, est devenu l’amen de toute la création au oui infini de Dieu dans le don de Jésus, en qui il a mis tout son amour pour nous.


Le Magnificat de Marie chante les choix déroutants de Dieu qui s’attache toujours à ce qui est humble et pauvre. Ce sera les choix de Jésus depuis le lieu de sa naissance jusqu’à sa mort en croix et les choix aussi de la communauté des premiers chrétiens qui mettaient tout en commun et partageaient leurs biens. Le Magnificat comporte encore autre chose : une conviction profonde, la conviction que Dieu renversera toutes les situations inhumaines de notre histoire, mais ce sera avec nous, et Jésus nous enseignera les Béatitudes pour y parvenir.


Mes Frères,

De la Visitation à l’Assomption, il n’y a pas vraiment d’écart. Le Christ Jésus est le premier ressuscité d’entre les morts, nous rappelle saint Paul dans sa Lettre aux Corinthiens, et il ajoute : C’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang. Quel rang pouvait donc être celui de Marie, la Mère du Seigneur, dans le partage de la gloire de Dieu ?

Intercède pour nous, Vierge Marie, Mère de Jésus Christ et Joie du Ciel !


16-08-20 / 20e Dimanche du temps ordinaire   (Frère Bruno-Marie)

20e Dimanche du temps ordinaire

(Frère Bruno-Marie)



Les disciples dirent à Jésus : « Renvoie-la »


Mes frères,

L’évangile que nous venons d’entendre renferme un très bel enseignement sur la prière.

Jésus venait d’avoir un différend avec les scribes et les Pharisiens de Jérusalem au sujet de la tradition des anciens. Suite de ce différent, presque pour les narguer, Il se retire en plein territoire païen dans la région de Tyr et de Sidon.


Là, chemin faisant, une femme, une cananéenne de surcroît, qui avait sûrement entendu parler de lui et qui, contrairement aux scribes et aux pharisiens de Jérusalem, reconnaissait en Lui le Fils de David, s e met à le poursuivre de ses cris pour qu’Il guérisse sa petite fille possédée par un démon.


Ses disciples, qui n’ont pas sa patience et encore moins son amour pour tout être humain, le supplie de la renvoyer. Jésus, malgré son indifférence apparente, a cependant entendu les cris de cette malheureuse. Et comme Marie à Cana qui par sa foi avait obtenu qu’Il devance son heure, cette femme, elle aussi par sa foi, avait obtenu de Jésus qu’Il devance l’heure de l’annonce de la bonne nouvelle aux païens.


Les disciples, d’ailleurs, au lieu de s’impatienter et de s’irriter contre cette malheureuse, auraient dû se rappeler cette autre fois où ils avaient demandé à Jésus de renvoyer les gens. Cela se passait sue les bords du lac de Génésareth. La foule qui avait écouté Jésus toute la journée, au lieu de se disperser le soir venu, demeure sur place. Les disciples qui étaient des hommes pratiques avaient vite compris que même le salaire de deux cent journées de travail ne suffirait pas à nourrir tous ces gens. C’est pourquoi ils demandent à Jésus de les renvoyer. Ce à quoi Jésus répond en leur disant de les nourrir eux-mêmes. Et pour bien leur montrer que Dieu n’abandonne jamais ceux et celles qui se confient en Lui, Il multiplie pour eux et pour la foule les cinq pains et les deux poissons qu’on lui présente.


Non, Jésus ne renvoie jamais personne les mains vides, si ce n’est les riches, comme le chante Marie dans son magnificat, car eux Ils n’ont pas besoin de lui.


C’était donc mal connaître leur Maître que de penser qu’il renverrait cette pauvre femme les mains vides sans lui accorder ce qu’elle demandait. Car bien qu’il n’ait été envoyé qu’aux seules brebis perdues de la maison d’Israël, Jésus savait bien que Dieu son Père était plus grand que les frontières d’Israël et même plus grand que toutes les religions. Il savait aussi que son amour et sa miséricorde s’étendent à tous ses enfants sans exception quel que soit leur langue, leur couleur ou leur religion. C’est pourquoi il dit à cette femme qui ne connaissait sûrement pas la tradition des anciens : « Ta foi est grande, que tout se passe pour toi comme tu le veux ».


Non, Jésus ne renvoie jamais personne les mains vides.


Mais peut-être direz-vous : « J’ai beau reconnaître que j’ai besoin de Dieu, il n’en reste pas moins que je suis loin d’être un saint. Quand je vais à la confesse, je n’ai pas seulement des vieux péchés à accuser : J’en ai aussi des nouveaux...


Il y a dans les évangiles un autre passage qui m’a toujours beaucoup impressionné. Comme dans l’évangile d’aujourd’hui cela se passait aussi en plein territoire païen. Jésus descendait de la barque quand Il vit accourir à lui un homme possédé par une légion de démons. Ceux-ci en le voyant se mirent à crier : « Que nous veux-tu Jésus, Fils de Dieu. Es-tu venu pour nous perdre ?... Si tu nous chasses, envoie-nous dans ce troupeau de porcs ». Et Jésus de leur répondre : « Allez ». 

Si Jésus exauce même les démons, pourquoi ne nous exaucerait-il pas, nous qui péchons jour après jour ?


Mes frères,

Si cette pauvre mère, une païenne, a pu obtenir de Jésus contre toute attente qu’Il chasse un démon de sa fille, combien plus, Marie qui est sa Mère et notre Mère n’obtiendra-t-elle pas de Lui pour nous l’impossible.


20-08-20 / Saint Bernard   (Dom André)

Solennité de Saint Bernard

(Dom André, Père Abbé)



"Que Dieu m’accorde de parler comme je comprends et de concevoir une pensée à la mesure de ses dons…"


Mes Frères, 

Au cours de mes chapitres, j’ai cherché à travers la poésie, le théâtre, la danse ou la chanson à vous partager des liens que je découvrais entre ces textes et la vie spirituelle. Dans « L’homme rapaillé », Gaston Miron écrit : « Je ne suis pas revenu pour revenir, je suis arrivé à ce qui commence. » Comment ne pas y voir la vie nouvelle du Christ ressuscité ? Dans « Seuls », Wadji Mouawad se demande « Pourquoi je ressens ce que je ressens » avant de comprendre qu’il s’agit bel et bien d’une visitation et qu’il y a d’abord eu annonciation. Pour Maurice Béjart, l’auteur des Ballets du XXe siècle, l’ascèse, indispensable à l’art de la danse, « consiste à choisir perpé-tuellement l’essentiel. » Quand Salvatore Adamo chante « Je voudrais mourir dans tes bras », comment ne pas y entendre le désir de mourir ainsi dans les bras de notre Seigneur ?


Christian de Chergé, pour sa part, a beaucoup investi dans l’étude de la langue arabe puis des grands écrivains musulmans, en particulier les soufis. Il a acquis une bonne connaissance du Coran et sa passion était de lier les textes des deux Écritures, la Bible et le Coran, pour les éclairer l’un par l’autre. Il a contribué à la composition du chant des 99 noms de Dieu où l’on retrouve les appellations de Dieu dans les deux traditions. Il a cité très souvent la sourate 5 du Coran pour nous faire saisir que l’unité n’est pas dans l’uniformité mais dans l’accueil de nos différences. En commentant le Catéchisme de l’Église catholique, il a enseigné que l’Eucharistie était destinée à tous les êtres humains, que le Christ avait versé son Sang pour nous et pour la multitude y incluant nos frères musulmans. Et dans son testament, il aspire à voir ce qui nous échappe encore à nous tous : l’unité, comme Dieu la voit et la vit entre tous les êtres humains.


Mais saint Bernard nous amène encore plus loin dans tous ces rapprochements et ces liens. Sa fréquentation et son assimilation, assidue et profonde, des Écritures lui donnent de commenter sans cesse l’Écriture par l’Écriture et cela sans jamais perdre le côté personnel de son expérience spirituelle. Dans le 110e sermon divers (qui fait moins d’une page et qui compte plus de 10 citations bibliques dont 6 provenant des Psaumes), saint Bernard cherche à montrer l’importance de parler. Se parler à soi-même pour s’accorder avec soi-même, pour se consoler (Qu’as-tu mon âme à te troubler en moi ?). Pour se stimuler en disant : Loue le Seigneur mon âme. De s’exhorter à faire plus attention à qui on parle : Bénis le Seigneur, mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits. Et au détour, il nous révèle dans ce sermon sa propre expérience : « Le cœur m’a manqué, aussi je suis dans la nécessité de me parler à moi-même, ou plutôt de me parler comme à un autre. Et ceci d’autant plus que, pour le moment, je suis loin d’être revenu à mon cœur, d’être rentré en moi, d’avoir retrouvé mon unité avec moi-même. » Et il termine en reconnaissant qu’un jour, nous n’aurons plus besoin de parler, que les langues cesseront, lorsque tous nous nous retrouverons pour former un seul homme parfait.


La prière du livre de la Sagesse s’adresse à chacun de nous : Que Dieu m’accorde de parler comme je comprends et de concevoir une pensée à la mesure de ses dons. Pour parler ainsi, il faut nous tenir ou du moins revenir souvent auprès de Lui et demeurer avec lui. L’ami de l’Époux se tient là, il écoute et la voix de l’époux le comble de joie. Cette écoute silencieuse et joyeuse de Dieu n’a pas de frontières, elle privilégie la Parole de Dieu mais elle sait aussi entendre Dieu à travers toutes les autres médiations humaines qui surviennent dans notre vie. Le charisme unique de saint Bernard, et son génie, aura été de se nourrir presqu’exclusivement de la Parole de Dieu et de savoir y rattacher sa propre expérience spirituelle.


Mes Frères, même dans la voie cistercienne, il n’y a pas un itinéraire unique pour aller à Dieu, pour être là avec lui. L’apport précieux de saint Bernard dans ses écrits est de nous donner le goût de mieux connaître et goûter les Écritures pour mieux connaître, aimer et servir notre Dieu… Il y a là une sagesse qui peut encore ajouter de la lumière dans notre vie… Saint Bernard a admirablement bien saisi la culture féodale et chevaleresque de son temps et il a su l’enrichir de sa foi en Jésus Christ. La sagesse qu’il nous transmet n’est pas tout-à-fait imitable car la culture de notre temps est aujourd’hui loin de la religion et, dans toute l’histoire de l’humanité, c’est la première culture globalement sans religion et sans Dieu. Notre défi commence donc d’abord par écouter les jeunes et une grande partie de nos contemporains dans ce qu’ils disent et dans ce qu’ils vivent, à découvrir aussi sans doute des traces profondes de cette culture dans notre propre vie et dans notre agir. Comme moines, nous sommes entrés en communauté essentiellement pour suivre Jésus Christ et nous laisser conduire ensemble par Lui. La sagesse que nous enseigne saint Bernard est aussi de tenter de nouer un lien authentique entre la foi qui nous habite et la culture de notre temps, entre parler à Dieu et parler de Dieu, entre vivre Dieu sans mesure et donner aux autres le goût d’en faire autant dans leur vie.


Que Dieu nous accorde à tous de parler comme nous comprenons et de concevoir une pensée à la mesure de ses dons !


23-08-20 / 21e Dimanche du temps ordinaire   (Frère Sylvain)

21e Dimanche du temps ordinaire

(Frère Sylvain)



MOT D’INTRODUCTION


Dans la deuxième lecture, saint Paul nous partage son émerveillement devant la richesse du mystère de Dieu : « Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu !... Qui lui a donné en premier et mériterait de recevoir en retour ? Car tout est de lui, et par lui et pour lui. À lui la gloire pour l’éternité ! Amen. » Tout est de lui, et par lui, et pour lui : réalité spirituelle qui devrait opérer en nous un décentrement, et nous amener peu à peu à vivre de Dieu et pour Dieu, dans le service et le partage fraternel. Que Dieu, en son pardon et en sa miséricorde, achève en nous et même à bonne fin l’œuvre qu’il a ainsi commencée. 


HOMÉLIE


Quelques mots d’abord pour situer sur l’évangile qui vient de nous être proclamé dans son contexte, avant d’essayer de l’actualiser dans notre contexte actuel.


La scène se déroule à Césarée-de-Philippe, ville située à la limite la terre d’Israël, à la frontière du monde païen, et à l’extrême opposé de la ville sainte, Jérusalem, de son temple et de sa hiérarchie religieuse. C’est en marge de ces institutions que l’identité de Jésus, lui-même marginal, est proclamée par Pierre, l’humble pêcheur de Galilée et premier appelé. « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » La réponse apportée par les disciples montre que le gens dont Jésus parle sont les juifs de son entourage qui s’intéressent à sa personne, mais sans être de ses disciples. Outre celui de Jean le Baptiste, les noms proposés sont ceux de prophètes mentionnés dans les Écritures. Prophètes persécutés ou mis à mort, ce qui prépare à concevoir un messie prophète et souffrant (la première annonce de la passion suit immédiatement l’épisode rapporté ce matin). 


Mais il faut plus que l’Écriture pour désigner correctement qui est le Fils de l’homme, il faut une révélation du Père. « Pour vous, qui suis-je? » Pierre ne répond pas simplement « Jésus » c’est-à-dire « le Seigneur sauve », comme il a été révélé à Joseph au moment de sa conception. Il répond par le titre de « Christ » ou « Messie », qui définit sa fonction dans le plan du salut, et son identité de « Fils du Dieu vivant » : celui qui révèle l’amour du Père jusqu’en sa mort sur la croix, le messie souffrant que le Dieu vivant va relever d’entre les morts. 


Après celle de Jésus, c’est l’identité de Pierre qui est dévoilée et confirmée : son nom, sa mission à l’égard de l’assemblée des croyants (Église) et du Royaume de Dieu, la victoire du Dieu vivant sur la puissance de la Mort.


« Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » La réponse à cette question, à vingt siècles de distance, serait aussi variée qu’il y a de personnes, de cultures, de religions, et d’approches : historien, philosophe, croyant, agnostique ou athée, qui ne s’est fait une opinion sur l’identité réelle ou supposée de Jésus, construction de l’imaginaire relevant de la foi, du mythe, des sciences historiques et des sciences humaines ?


« Et vous, que dites-vous, pour vous qui suis-je ? » La réponse croyante, la réponse chrétienne à cette question ne serait pas moins variée. Il y a la réponse catholique, la réponse orthodoxe, la réponse anglicane, la réponse protestante à cette question. Chaque Église, chaque confession chrétienne y répond par sa liturgie, ses dogmes, son discours théologiques, sa vie communautaire, son engagement pastoral. Il y a ce que l’on dit de l’identité de Jésus par nos paroles, et ce que l’on dit de lui par nos actes et le témoignage de notre vie. Chacun de nous se représente Jésus à sa façon, à partir de sa sensibilité et de son parcours humain et spirituel. Cela traduit les limites de nos perceptions subjectives, en même temps que la richesse insondable du mystère du Christ en sa réalité objective.


L’indifférence massive des jeunes à l’égard des questions religieuses, du moins en Amérique et en Europe, comme nous le partageait P. Abbé au chapitre la semaine dernière, nous renvoie à la question de Jésus et à notre façon d’y répondre en tant qu’individus, en tant que communautés, en tant qu’Églises. Les jeunes sont-ils indifférents à Jésus et à son évangile, ou à ceux et qui se réclament de lui en prétendant chacun posséder la vérité à son sujet ? Indifférents aux institutions ecclésiales (et même à toutes formes d’institutions), parfois davantage soucieuses de perpétuer leurs structures souvent inadéquates, plutôt que de convier à une expérience spirituelle dans la gratuité de l’intention. Et si l’identité de Jésus allait leur être révélée en marge des institutions, des lieux de culte et des autorités religieuses, comme cela s’est produit autrefois pour les disciples, à Césarée-de-Philippe ?... À partir et au cœur de leur expérience humaine, de leurs limites et de leurs souffrances, et de leur aspiration à la fraternité. Pour que tout fils de l’homme, tout fils d’humain, soit lui aussi reconnu fils du Dieu vivant. 


30-08-20 / 22e Dimanche du temps ordinaire   (Frère Yves)

22e Dimanche du temps ordinaire

(Frère Yves)



HOMÉLIE


"Qui perd sa vie à cause de moi la trouvera"  (Mt 16, 21-27)


Aujourd'hui, le Sauveur nous invite à jouer au "Qui perd gagne"!  Celui qui joue à la bourse est bien conscient de dépenser, mais il ignore s'il gagnera.  Pendant ce temps, le gouvernement encaisse les millions au détriments des naïfs.


La loi est là et elle demeure: l'espérance de gagner conduit les "accros" du jeu à se ruiner!  Quelle est donc cette étrange logique que possède notre désir pour en arriver à de pareilles aberrations? Mais attention: il ne s'agit pas là d'une erreur de notre part, au contraire, c'est la manifestation d'une bonne santé spirituelle!  La plus lourde anomalie serait celle d'un vivant qui pourrait circuler sans être aux prises avec les douleurs d'une mise au monde.  Il est en effet des façons de vivre qui, dans une trajectoire ayant toutes les couleurs du désordre, sont en fait des voies royales vers les sommets.


À preuve, un enfant ingrat qui doit céder aux avances de l'amour; à preuve, une femme de rue présentée aux "irréprochables" comme un modèle de fidélité; à preuve, un tueur en croix qui n'aura pas à s'éterniser dans la file d'attente: "Aujourd'hui même..." lui est-il promis!  Il s'agit ici d'une lecture à haute tension qui permet d'apercevoir des trouées de lumière dans nos chemins d'obscurité.  Cela, sous la pulsion d'un incendie intérieur qui engendre, partout où il passe, non pas "une vie de désordre" mais un "désordre de vie". Son tumultueux parcours nous éveille à l'urgence de sortir de nos routines pour gagner le large, le large avec ses incertitudes et ses dangers.


"Qui perd sa vie à cause de moi la trouvera". Tous, nous ressentons douloureusement ce que nous perdons.  Et les fruits que nous pouvons accumuler se révèlent souvent sans consistance. L'intensité de notre désir n'est plus ce qui oblige la porte à s'ouvrir: il est plutôt l'effet produit par cette porte qui vient de s'ouvrir!


Une intuition lève quelque part en nous, nous laissant soupçonner qu'une gestation est en cours.  À partir de ce moment, les chemins de la simple normalité se révèlent comme interdits à nos pas. Le drame d'une existence vécue sans la déchirure intérieure d'une mise au monde se révèle insupportable ! L'horreur d'une vie vouée à l'insignifiance amène le vivant à sortir d'un tel enfer au prix de n'importe quel sacrifice!


Tout cela pour nous introduire dans la logique absurde de la croix... Alors une évidence s'impose: si, dans l'ordre humain, il y a gloire à se voir confier une périlleuse mission, ici, la gloire se fait bien discrète. Quelle est donc cette force inexplicable qui, montant de nos profondeurs, nous pousse à agir au-delà de nous-même, à l'encontre de nos objectifs immédiats?


Gérald Messadié, un auteur non-croyant pourtant, après avoir survolé toutes les cultures, en arrive à la conclusion que Jésus est le seul Maître qui donne réponse à l'espérance humaine.  Attitude rarissime pour un non-croyant qui s'ignore.  En effet, l'énoncé des Béatitudes a rarement fait chanter les grands penseurs de ce monde! Ce Messadier a un seul reproche à faire au Christ: celui de ne jamais rire... trop sérieux, ce Maître, si sympathique qu'il puisse être par ailleurs. Comme si le fait d'être plongé dans la Face bénie du Père ne pouvait faire surgir en nous un bonheur qui laisse bien loin derrière lui nos états d'âme les plus élevés.


Nous avons été bien mal apprivoisés au bonheur, à la plénitude, au rassasiement! Nos rêves de bonheur eux-mêmes sont emprisonnés à l'intérieur des événements que nous avons pu vivre ou de ce dont nous avons pu être les témoins: nos rêves de bonheur s'arrêtent là!  Enfin, pour plagier saint Augustin, disons que notre coeur demeurera inquiet aussi longtemps que le rêve de Dieu ne viendra pas se substituer au nôtre.  Nous le confesserons alors: nous n'avions jamais su rêver.  Notre rêve n'était pas à la hauteur de notre soif!


L'histoire se répète: Jadis, Pilate, le païen, interrogeait le Christ: "D'où es-tu?...", reconnaissant bien qu'il y avait dans cet accusé une grandeur qui ne laissait pas d'interroger.  À l'autre bout de l'histoire, aujourd'hui, Gérald Messadier, philosophe, homme sans foi comme Pilate, au terme d'un travail de 400 pages sur le nom de Dieu dans l'histoire, écrit du Christ: "Poétique, tendre, coléreux, ne dédaignant pas les soupers fins, ni les parfums qu'on verse sur sa tête en public, Jésus est étonnamment contemporain" (Fin de la citation).


Témoignage capable de faire rougir nombre de croyants.  Le témoignage des "sans-foi" aurait donc la bonne grâce de venir aider notre Foi pour mieux répondre à l'invitation qui nous est faite : "Qui perd sa vie à cause de moi la trouvera".


06-09-20 / 23e Dimanche du temps ordinaire   (Frère Martin)

23e Dimanche du temps ordinaire

(Frère Martin)



HOMÉLIE


Frères, un des apports théologiques importants du Concile Vatican II fut de remettre en valeur l’Église comme peuple de Dieu… comme peuple de prêtres, de prophètes et de rois selon la belle formule du Rituel pour l’initiation chrétienne aux adultes… Par notre baptême, nous sommes membre de ce peuple, membre du Corps du Christ… membre aussi les uns avec les autres… les uns pour les autres… L’image, mais plus encore notre propre expérience spirituelle et communautaire vécue dans la foi nous y conduisent inévitablement…


Il en va de même des textes de la liturgie de ce matin qui mettent en lumière l’importance de l’aspect communautaire de la foi chrétienne... Alors que le prophète Ézéchiel est institué guetteur pour la maison d’Israël, appelé à veiller sur ses frères, la page d’évangile d’aujourd’hui nous parle de faute, de responsabilité et de correction fraternelle. Pas question ici de cheminer dans la foi chacun de son côté… de faire son salut, comme on disait autrefois, chacun à sa manière… comme bon lui semble. Mais les temps ont changé… Si cette réalité était bien présente pour les chrétiens et chrétiennes de l’Antiquité et du Moyen-âge, plus sensibles à la collectivité et à l’interdépendance de ses membres, elle l’est sans doute un peu moins au sein des sociétés modernes et de la culture dominante d’aujourd’hui très sensible à l’autonomie et la liberté de la personne comme nous avons pu le constater avec les manifestations contre le port du couvre-visage…


Quant à nous, moines, qui vivons ensemble sous une règle et un abbé, la dimension communautaire de la foi ne devrait pas nous surprendre plus qu’il ne faut… Saint Benoît, à la toute fin de la Règle, ne désire-t-il pas ardemment que nous parvenions tous ensemble à la vie éternelle?


Quant à l’unité de ce corps que nous formons, la 2e lecture de ce matin pointe vers ce qui nous relie les uns aux autres dans cette aventure de foi : c’est l’amour, écrit saint Paul aux Romains… Renouvelés avant tout par l’amour de Dieu manifesté en Jésus, les disciples du Maître sont liés entre eux par la dette de l’amour mutuel… Et cette unité porte témoignage pour le monde, dit Jésus:  Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux…


Mais Jésus est aussi réaliste quand à l’amour évangélique avec laquelle nous vivons nos relations personnelles et communautaires. Le Fils de l’homme connaît mieux que quiconque notre propension à nous fermer à l’amour, seul véritable péché qui englobe, en un sens, tous les autres. En s’adressant ici à ses disciples et à leur propre expérience, Jésus ne craint pas d’évoquer des situations qui peuvent aller jusqu’au désaccord, au différend, voire même au conflit. C’est le beau risque à encourir pour vivre ou tenter de vivre des relations plus vraies…


Si la dimension communautaire de la foi est potentiellement lieu de division, elle est encore plus merveilleusement lieu de pardon pour reprendre une expression de Jean Vanier… Les passages d’évangile qui suivent celui sur la correction fraternelle, la question de Pierre à Jésus – combien de fois dois-je pardonner à mon frère – ainsi que la parabole du débiteur impitoyable en témoignent, il ne saurait y avoir d’amour véritable sans pardon comme il n’y a pas de pardon sans amour vrai… C’est ce que nous a appris la mort de Jésus sur la Croix… Sans vouloir empiéter sur la célébration de dimanche prochain, disons simplement qu’il y a le pardon à bas prix pour lequel on fait le calcul minutieux en espérant que mon frère m’offense une huitième fois… C’est le pardon tel que l’entend Pierre dans l’Évangile… Puis il y a le pardon de Jésus, celui qui consiste à cesser de compter sur ses doigts, celui qui entend pardonner soixante dix fois sept fois, celui qui invite à plonger tout entier dans le pardon… à embrasser la Croix… Ce pardon qui, en établissant ni conditions ni mesures, nous fait participer à la démesure de l’amour de Dieu manifesté en Jésus sur la Croix…


L’Évangile nous enseigne que pardonner, c’est d’abord croire en l’amour. Et ce n’est pas parce que nous sommes à certains moments incapables de le vivre jusqu’au bout, selon l’expression qu’en donne saint Paul dans sa 1ère lettre aux Corinthiens, que nous devons cesser d’y croire… Ce n’est pas parce nous sommes pécheurs que nous ne croyons pas à l’amour. Ce serait assurément le plus grand péché, celui qui va à l’encontre du désir de Jésus, à savoir que pas un seul ne se perde…


Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux… Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, c’est qu’ils croient déjà en la victoire de l’amour… nous dit Jésus…


06-09-20 / La Nativité de Marie   (Dom André)

La Nativité de Marie

(Dom André, père Abbé)



HOMÉLIE


Mes frères, nous fêtons aujourd’hui la naissance de Marie, fille d’Anne et de Joachim. En nous invitant à vivre cette fête dans la joie, l’Église, par le choix de l’Évangile de ce jour, nous indique ce qui vaut à Marie sa grandeur et sa beauté au point de nous faire aimer sa naissance. Et c’est en relation avec sa maternité. Quand elle a pu décider de sa vie, Marie a dit oui à Dieu et ce oui sans réserve, Joseph, après un moment de doute et d’hésitation, a décidé lui aussi de le partager. Et le fruit de ce double engagement, c’est Jésus, le Seigneur sauve, l’Emmanuel. Nous n’avons pas besoin de chercher ailleurs des motifs de joie car tout est là en Marie, Joseph et Jésus.


Saint Paul, dans sa Lettre aux Romains que l’Église a aussi retenue pour cette fête mariale, nous donne une clé de lecture précieuse qui peut nous entraîner un peu plus loin dans notre méditation. Il y a des femmes et des hommes, des Marie et des Joseph, que Dieu appelle et destine à être configurés à l’image de son Fils. Tous les privilèges, les faveurs, les dons de Marie, de Joseph, des apôtres, des saints et des saintes viennent de cette configuration au Christ Jésus, de cette ressemblance qui est devenue si grande et si parlante dans leur vie. Et pourquoi Dieu aurait-il voulu cela pour eux ? Saint Paul nous le dit : pour que ce Fils soit le premier-né d’une multitude de frères.

 

Quand Jésus en croix dit à Marie : Voici ton fils et à Jean Voici ta mère, il a donné à chacun des deux, à Jean et à Marie, une nouvelle identité et une nouvelle mission de fraternité et de maternité. Il a fait de Marie la mère de Jean et de tous les disciples, et de Jean son propre frère désormais, et c’est là qu’il a commencé, avant même sa Résurrection, à être le premier-né d’une multitude de frères.


Et c’est là aussi que se situe l’acte même de fondation de notre communauté, le 8 septembre 1881, il y a maintenant 139 ans. Nous faisons partie de cette multitude de frères dont le Christ est le premier-né, les 246 frères qui vivent auprès de Dieu, les 18 qui constituent la communauté vivante d’aujourd’hui et ceux qui viendront se joindre à nous. Comme le mentionne l’exergue de notre document sur la formation, la Ratio Institutionis, nous sommes « appelés à être transformés à l’image du Christ ». C’est toujours ce même propos qui nous habite : devenir des êtres nouveaux qui ressemblent toujours un peu plus au Christ Jésus. C’est notre vocation filiale et fraternelle et notre mission aujourd’hui avec les défis et les joies propres à tous les chercheurs de Dieu et à tous ceux qui veulent vivre ensemble, en frères.


Puisse Marie engendrer sans cesse en nous Celui que l’univers ne peut contenir et nous apprendre « comment » et « à quel moment » faire tout ce qu’il nous dit par la voix des événements et de nos frères. 

13-09-20 / 24e Dimanche du temps ordinaire   (Dom Yvon Joseph)

24e Dimanche du temps ordinaire

(Dom Yvon Joseph)



HOMÉLIE


« Jusqu’à sept fois ? », l’apôtre Pierre se pensait probablement généreux en suggérant cette mesure au pardon. Jésus, lui, le corrige en précisant « Jusqu’à 70 fois sept fois », comme s’il lui disait : « Ne perds pas ton temps à compter… Mets toujours le meilleur de toi-même à pardonner…» Et, suite au récit de la parabole, Jésus prend encore soin de préciser qu’il s’agit de pardonner « du fond du cœur », un pardon qui puise sa vérité et sa profondeur dans notre cœur en harmonie réelle avec le cœur de Dieu…


« Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés», nous a appris à demander Jésus en solidarité avec tous nos frères et sœurs du monde entier… ce n’est pas Dieu qui pardonne comme nous, mais nous qui apprenons de Dieu comment pardonner. L'enseignement de Jésus n’a pas vieilli… Il garde toujours sa pertinence dans un monde où prévalent trop souvent le refus de pardonner et même le désir de vengeance… Le pardon de Dieu veut contribuer à l’avènement d’une humanité réconciliée en Dieu, une humanité « divinisée » en quelque sorte…


« Ne devais-tu pas à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? » Cette parole éclaire notre propre situation devant Dieu et devant nos frères. Tous, nous sommes insolvables : Dieu, le premier, nous a pardonné dans le Christ… Mais si nous nous enfermons dans le refus de pardonner à nos frères, notre fermeture a l’étrange pouvoir d’annuler le pardon que nous avons reçu de Dieu, comme le laisse voir la fin de la parabole…


Un tel enseignement, il n’y a que le Christ qui puisse nous rendre capables d’y adhérer sans réserve, de tout notre cœur… Il a les couleurs de Pâques : les couleurs du Crucifié qui prie son Père en disant : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Il a les couleurs du Ressuscité qui se présente aux disciples qui l’ont abandonné et à Pierre qui l’a renié avec des paroles de paix …


La grandeur et la beauté du pardon telles que le Christ nous les présente dans l’Évangile déborde les frontières de l’Église visible, elles se retrouvent partout où des femmes et des hommes se montrent accueillants à l’Esprit de Dieu… Ainsi en témoigne une prière retrouvée dans les archives d’un camp de concentration après la dernière guerre :


 " Paix à tous les hommes de mauvaise volonté ! Que toute vengeance cesse… Les crimes ont dépassé toute mesure, tout entendement…

 Seigneur, ne laisse pas ces souffrances à la charge des bourreaux pour leur extorquer une terrible facture. Qu’ils soient payés en retour d’une autre manière.

 Inscris en faveur des exécuteurs, des délateurs, des traîtres et de tous les hommes de mauvaise volonté, le courage, la force spirituelle des autres, leur dignité, leur lutte intérieure constante et leur invincible espérance, le sourire qui étanchait les larmes, leur amour, leurs cœurs brisés qui demeurèrent fermes et confiants face à la mort même, oui jusqu’aux moments de la plus extrême faiblesse…

 Que tout cela soit déposé devant toi, ô Seigneur, pour le pardon des péchés… Que le bien soit compté et non le mal ! "

(Prières, Lausanne, Éditions Ouvertures, 1982, p. 58 s.)


« Que le bien soit compté et non le mal » ! Émouvante prière aux antipodes de celles qui font appel à la fureur de Dieu contre les ennemis, dans une déferlante de sentiments haineux et vengeurs … Admirable prière aux accents d’Évangile où Jésus nous enjoint d’aimer nos ennemis et de prier pour eux. Des paroles aussi fortes et aussi généreuses que celles de ce condamné, victime d’une haine aveugle, sont plus que des paroles humaines… Elles sont l’expression de l’Esprit de Dieu à l’œuvre dans le cœur de tout homme et de toute femme de bonne volonté, les faisant sortir de leurs limites pour accéder à la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de l’amour de notre Dieu (cf. Ép 3, 18-19). 

La mesure de pardonner comme Dieu, c’est de pardonner sans mesure !


20-09-20 / 25e Dimanche du temps ordinaire   (Frère Bruno-Marie)

25e Dimanche du temps ordinaire

(Frère Bruno-Marie)



HOMÉLIE


Mes frères,

Il y avait autrefois dans un pays lointain, un vieil abbé dont le monastère regorgeait de moines. Et pour cause, ce vieil abbé dont on ne comptait plus les ans, acceptait tous ceux qui venaient frapper à sa porte.

Non seulement il acceptait tous ceux qui frappaient à sa porte, mais il avait encore des agents recruteurs qui passaient d’école en école pour recruter tous les jeunes qu’ils croyaient aptes à travailler à la vigne. Pour ces ouvriers de la première heure, comme il se plaisait à les appeler, le vieil abbé avait fait construire un logis à part, le juvénat où sous la conduite d’un ancien craignant Dieu, ces jeunes ados à peine sortis de l’enfance s’exerçaient aux ‘instruments des bonnes œuvres’ pour pouvoir plus tard travailler efficacement à la vigne du Seigneur.


Les ouvriers de la deuxième heure, quant à eux, étaient ceux qui se présentaient dans la vingtaine et la trentaine. Pour travailler à la vigne, ils avaient tout quitté: maison, père, mère, frères, soeurs, femme et enfants. Conscient de leur sacrifice, le vieil abbé les recevait avec joie sans son noviciat en leur promettant le centuple dès ici-bas et la vie éternelle dans le monde à venir.


Les ouvriers de la troisième heure arrivaient pour leur part vers les midis, c’est-à-dire au milieu de la vie. C’étaient des hommes mûrs, dans la force de l’âge qui aimaient à dire qu’ils avaient connu, eux, la vie dans le « vrai monde ». A ceux-là le vieil abbé disait: « Venez vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et vous trouverez à ma vigne le repos pour vos âmes ». 


Il y avait encore les ouvriers de la quatrième heure. C’était pour la plupart des hommes à la retraite. Certains d’entre eux avaient été mariés, avaient eu des enfants et même des petits enfants. Le vieil abbé les recevait eux aussi à bras ouverts en leur disant: « Venez les bénis de mon Père et recevez vous aussi l’héritage promis à ceux qui travaillent à la vigne ».


Enfin, au grand désespoir de l’infirmier, il y avait aussi les ouvriers de la cinquième heure. C’étaient presque tous des moribonds qui arrivaient parfois au monastère en fauteuils roulants ou pire encore couchés sur des civières. En les regardant arriver, le vieil abbé se disait: « Ils ne pourront certainement pas travailler comme des Marthe, mais ils pourront au moins prier comme des Marie».

Tous ces moines, il va s’en dire, aimaient leur abbé d’un amour humble et sincère, comme le demande la Règle. Mais ce qu’ils ne savaient pas c’est que leur vieil abbé non seulement tenait la place du Christ au milieu d’eux, mais qu’il était le Christ lui-même . C’est ce qui explique qu’un jour il déclara au chapitre qu’il avait décidé de donner à tous les moines sans exception, quelque soit la date de leur entrée au monastère, le grand don de la vie éternelle qu’Il leur avait acquis au prix de son sang.


Les ouvriers de la cinquième heure n’en revenaient pas. Ils pleuraient de joie. Imaginez: Recevoir un si grand don pour si peu de travail.


Quant aux ouvriers de la quatrième heure ne se plaignaient pas non plus. 

La vie éternelle, c’était plus qu’ ils n’osaient espérer. D’autant plus qu’en s’embauchant à la vigne du Seigneur, ils avaient non seulement échappé à l’isolement du troisième âge, mais de plus, ils avaient trouvé une communauté accueillante et fraternelle. Ils s’estimaient donc plus que comblés.


La nouvelle fut cependant moins bien accueillie par les ouvriers de la troisième. Quand ils recevraient l’héritage promis, cela ferait déjà trente ou même quarante ans qu’ils auront travaillé à la vigne. Cela ne méritait-il pas un petit bonus en viande grasse et en vin capiteux dans le royaume des cieux. Le vieil abbé sourit à cette requête bien humaine et leur dit tendrement: « Si vous aviez trouvé dans le monde ce que vous cherchiez, vous y seriez restés, n’est-ce pas? C’est donc en travaillant à ma vigne que vous avez trouvé le repos que vous cherchiez pour vos âme!. Ce repos sera vôtre pour l’éternité. Cela ne vaut-il pas plus qu’un plat de viande grasse et qu’une hémine de vin capiteux?


Quand arriva le tour des ouvriers de la deuxième heure, le mécontentement avait durci tous les visages. Comme les apôtres, ils avaient tout quitté pour travailler à la vigne: maison, père, mère, frères, soeurs, femme et enfants. Leur sacrifice n’était-il pas plus grand que celui de tous ces vieux qui avaient déjà profité de tout cela avant d’entrer?


« C’est vrai, reconnut le vieil abbé. Mais regardez tout ce que vous avez déjà reçu au point de vue matériel, intellectuel et spirituel depuis votre entrée au monastère. Très peu d’entre vous auraient pu s’offrir tout cela s’il était resté dans le monde. N’est-ce pas là le centuple que je vous avais promis. Quant à la vie éternelle n’étiez-vous pas d’accord avec moi pour qu’elle soit votre récompense dans le monde à venir? Que votre regard ne soit donc pas mauvais parce que je suis bon. Soyez sans crainte, vous ne serez pas en reste. Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, voilà ce que j’ai préparé pour vous tous qui avez travaillé à ma vigne.


Quand arriva le tour des ouvriers de la première heure, la colère était à son comble. « Depuis notre enfance, lui lancèrent-ils, nous avons observé tous tes commandements. Toute notre vie nous avons supporté le poids du jour et la chaleur en pratiquant les instruments des bonnes oeuvres. Ne mériterions nous pas, comme le désiraient les fils de Zébédée, de siéger à ta droite et à ta gauche dans ton royaume?» 


Le vieil abbé posa son regard sur eux et les aima. « Mes chers enfants, leur dit-il, « Vous avez toujours été avec Moi. Je vous ai tout donné et tout pardonné. Tout ce qui est à moi est à vous. Que voulez-vous de plus? Être Dieu à ma place. Ce serait le commencement de votre malheur. 

Regardez ces frères que vous jalouser. Plusieurs d’entre eux ont beaucoup souffert dans le monde avant d’entrer. Certains même étaient morts et sont revenus à la vie. Ne fallait-il pas se réjouir? Ne soyez donc pas tristes, Entrez dans la joie de votre Maître et votre joie sera parfaite.


C’est ainsi mes frères qu’au paradis les derniers seront les premiers et les premiers derniers, C’est-à-dire tous égaux. 


21-09-20 / Saint Matthieu   (Dom André)

Saint Matthieu

(Dom André, Abbé)



HOMÉLIE


Mes frères,

Matthieu était collecteur d’impôts à Capharnaüm, ville où Jésus résidait souvent dans la maison de Pierre. Avec Matthieu, Jésus accueille dans le groupe de ses proches un homme considéré parmi les gens de son temps comme une personne à éviter. Il manipulait de l’argent ce qui le rendait impur aux yeux des gens et il collaborait en plus avec une autorité étrangère dont les impôts étaient établis de manière arbitraire, injuste et pénible pour le peuple et les pauvres. Matthieu, dans l’opinion populaire, était donc perçu comme quelqu’un d’injuste, de voleur, de traitre, un publicain, bref quelqu’un de peu recommandable, en tout cas loin d’être extraordinaire. Pourtant Jésus, qui n’exclut personne de son amitié, va même le choisir pour être avec lui, pour devenir l’un des douze apôtres. Et quand les gens critiquent sa présence à la table de Matthieu, Jésus leur dit qu’il n’est pas venu appeler les justes mais les pécheurs. Avec Matthieu, Jésus nous met devant un vrai paradoxe : celui qui est apparemment le plus éloigné de la sainteté, celui qui fait un travail moins qu’ordinaire et qui est souvent détesté de tous à cause de son travail, va finir par laisser voir dans son existence de disciple et d’apôtre les effets incroyables de la miséricorde et de l’amour de Dieu. Saint Paul le dira aux Corinthiens (1 Co 1,26-30) : Considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu… Ce qui est folie dans le monde, ce qui est faible, vil, méprisé, ce qui n’est rien… Dieu l’a choisi. Chacun dans son cœur sait très bien qui il est devant Dieu… et pourtant ce sont des hommes comme Matthieu, des hommes comme nous que le Christ appelle à le suivre.


Pour saint Benoît (RB 5), « le premier degré d’humilité c’est l’obéissance immédiate. Aucun délai dans l’exécution. Lâchant aussitôt ce qui les intéresse, sans souci de leur volonté propre, laissant là inachevé ce qu’ils faisaient, ils suivent aussitôt d’un pas allègre, la voix » de celui qui les appelle. Jésus n’a pourtant dit que deux mots : Suis-moi. Deux mots qui ont dû surprendre Matthieu et en même temps peut-être, sans doute, le libérer, deux mots pleins d’amour et porteur d’une vie nouvelle encore inconnue. Suis-moi. Et Matthieu s’est levé (comme déjà transformé par cet appel personnel) et il s’est mis à suivre Jésus. Voilà un très bel exemple de la liberté que donne l’attachement à Jésus : tout le reste devient aussitôt comme secondaire, relativisé : les détachements, les dépouillements, les abandons de tout ce qui avait jusqu’alors orienté et meublé sa vie. L’attachement à Jésus l’entraîne vers le haut et l’avant, lui donne un élan, un souffle, une force intérieure qu’il ne soupçonnait pas. En tout cas, Matthieu n’hésite pas indéfiniment, il ne calcule pas les pour et les contre, il ne doute pas, il se lève et suit Jésus. Une nouvelle existence vient de commencer à l’instant même pour lui. Jésus est venu à sa rencontre sur le chemin qu’il avait pris et il l’amène maintenant à parcourir avec lui et leurs compagnons un autre chemin… de vérité et d’éternité.


Mes frères, nous ne sommes pas si différents de Matthieu… Nous aussi le Christ nous a choisis et nous a appelés à le suivre. Nous aussi nous avons à devenir des apôtres et à vivre ici et maintenant avec le Christ sur le chemin des Béatitudes et de l’Évangile. Et s’il en est parmi vous qui pensent : « oui, mais Matthieu c’est un saint… » regardez bien d’où il est parti et comment la proximité et la communion avec le Christ l’ont transformé… dès qu’il a répondu aux deux mots de Jésus : Suis-moi ! Alors oui, considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu mais en le prenant dans vos mains et dans votre vie, croyez bien que c’est lui qui se fait proche et qui veut cette communion avec nous.

 

26-09-20 / Saint Jean de Brébeuf et compagnons, martyrs   (Frère Michel)

Saint Jean de Brébeuf et compagnons, martyrs

(Frère Michel)



HOMÉLIE


Les lectures que nous avons entendues nous parlent de réconfort et de consolation : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? » « Béni soit le Seigneur : Nous avons échappé au filet du chasseur… »; « Qui perd sa vie dans ce monde la gardera pour la vie éternelle car là où je suis, dit Jésus, là aussi sera mon serviteur ».

Aujourd’hui, la Parole de Dieu nous invite à pénétrer un peu dans le mystère de ce qui a soutenu la Foi des saints martyrs durant leur vie et à y découvrir la consolation toute maternelle que Dieu leur prodiguait.


Dans une lettre adressée à ses confrères jésuites venus de France en mission au Canada, le père Paul LeJeune, supérieur de la mission, écrivait ceci :


" La Nouvelle-France est le pays du Monde le plus propice pour entendre le sens littéral de ces paroles de Notre Seigneur : ‘ Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups (Mt 10,16) ‘. Ici plus que partout ailleurs on expérimente ce que voulait dire David dans son Psaume : ‘ Car à tout instant j’expose ma vie (Ps 118, 109)’; En effet, ici, nous sommes toujours prêts de la sacrifier à Dieu, à tout moment. Mais la consolation que Dieu verse dans nos âmes surpasse tous nos maux et tous nos soucis."


Dans le petit livret des Exercices spirituels, saint Ignace de Loyola décrit ce qu’il entend par "Consolation" en ces mots : « La consolation se définit comme tout mouvement intérieur de l’âme qui fait grandir la joie et l’allégresse, qui incite l’âme aux choses célestes et qui donne repos et paix avec son Créateur et Seigneur »


Il nous est tous déjà arrivé de sentir le besoin de compter sur une présence réconfortante et consolante à un moment ou l’autre de notre vie… Et pourtant, il nous est aussi arrivé de résister à la consolation ou de refuser la main qui nous était tendue... soit parce que nous ne voulions pas déranger… soit parce que nous ne voulions pas risquer d’être déçu ou d’être blessé à nouveau… Soit parce que nous nous sentions plus confortables de rester tranquillement dans la turbulence de nos problèmes…

Et nous nous sommes habitués à vivre dans la désolation, à tolérer un certain mal de vivre, alors que le Seigneur, Lui, travaillait avec beaucoup de force pour nous sortir de cet état mortifère en voulant nous apporter Sa consolation. Ceci est vrai pour nous comme ce l’était pour les disciples au matin de Pâques : ce matin-là, le Christ était là en personne pour les consoler, pour les rassurer après les terribles événements qui ont entourés sa crucifixion … mais eux, ils étaient incrédules, ils voulaient toucher et être bien sûr de ce qu’ils voyaient. Leur réaction (comme la nôtre parfois) s’explique parce qu’ils avaient peur d’une autre défaite, d’une autre déception… 


Mais ce que les saints martyrs que nous célébrons aujourd’hui nous enseigne est totalement autre chose… Ils nous enseignent que la situation normale du chrétien habité par Dieu devrait être de vivre dans la sérénité de la consolation:Ils nous enseignent que la consolation intérieure peut être ressenti surtout dans les mauvais moments de notre vie et même au moment du martyre.

  

La situation normale du chrétien habité par Dieu devrait être de vivre dans la consolation… parce que la consolation, c’est le fondement même de l’espérance chrétienne. La luminosité du chrétien c’est la consolation qu’il accepte venant du Seigneur sans lui résister : la luminosité du chrétien, c’est la consolation qu’il peut ensuite transmettre sans réticence à ses frères et sœurs.


Dans les moments de doute, de souffrance ou de persécution, un chrétien ne sentira peut-être pas toujours la consolation sensible, mais un chrétien ne perdra jamais la paix parce que la Paix est un don du Seigneur.

Et la Paix est un fruit de la consolation divine reçu dans le cœur du chrétien.


Le père Paul Lejeune poursuivait la lettre qu’il adressait à ses confrères jésuites par ces mots :


" À mon avis, voici trois pensées qui consolent un bon cœur qui se retrouve au milieu des forêts hostiles et sauvages de la Nouvelle-France ou parmi les Hurons :

• La première est : Je suis au lieu où Dieu m’a envoyé, où il m’a mené comme par la main, où il est avec moi et où je ne cherche que Lui seul.

• La deuxième est ce que David a dit dans son psaume : ‘ Quand d’innombrables soucis m’envahissent, Dieu me réconforte et me console (Psaume 93) ‘.

• La troisième est : Que si nous y regardons bien, jamais on ne rencontrera ni croix, ni clous ni épines sur notre route sans qu’on n’y trouve Jésus-Christ présent au milieu de ceux-ci et aux côtés de nous.


En effet, quand je me vois affligé de mille dangers, il me vient à l’esprit cette parole de saint Ignace d’Antioche, martyr : ‘ C’est aujourd’hui que je commence d’être le disciple du Christ ‘; Oui, à quoi servent tant d’Exercices spirituels, tant de méditations ferventes et tant de désirs bouillants? Tout cela n’est que du vent si on ne les met pas en pratique; Tellement que j’affirmerai ceci : Que la Vielle-France est bonne pour concevoir de bons désirs mais la Nouvelle est propre pour l’exécution; ce qu’on désire faire en l’ancienne France, c’est ce qu’on fait réellement dans la Nouvelle-France.


La Nouvelle-France est un vrai climat où on apprend parfaitement bien à ne chercher que Dieu seul, à ne désirer que Dieu seul et à ne s’attendre et s’appuyer qu’en sa divine Providence. Et la consolation que Dieu verse dans nos âmes surpasse tous nos maux et tous nos soucis" (1)


1 Paul LeJeune s.j : ‘Divers sentiments et avis aux pères qui sont en Nouvelle-France’ ; in ‘Relation’, 1635.

 

27-09-20 / 26e Dimanche du temps ordinaire   (Frère Sylvain)

26e Dimanche du temps ordinaire 

(Frère Sylvain)



HOMÉLIE


« Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne. »


Frères et sœurs,

Dans la parabole de dimanche dernier, celle dite des « ouvriers de la dernière heure », il s’agissait aussi de travailler à la vigne. Mais la parabole mettait en scène le maître d’un domaine qui embauchait des ouvriers pour travailler à sa vigne, et l’emphase était mise sur le salaire des ouvriers. Dans la parabole de ce matin, assez brève, le climat est très différent. C’est un père qui s’adresse à ses deux fils, sur un ton affectueux (« mon enfant ») et leur demande de travailler à l’entreprise familiale. Aucune mention n’est faite d’un quelconque salaire. Le refus ou l’acceptation de la demande n’a pas que des incidences sur le travail à accomplir à la vigne, il a des incidences sur la relation même entre le père et ses deux fils. « Lequel a fait la volonté du Père ? » demande Jésus. C’est le père qui demande de travailler à sa vigne, qui demande que nous accomplissions sa volonté. De notre côté, dans le Notre Père, ne demandons-nous pas chaque jour, plusieurs fois par jour : « Que ta volonté soit faite » pour nous disposer à accomplir cette volonté, quelle qu’elle soit ?

Refus initial, repentir, mise en œuvre finale de la demande du père par le premier fils de la parabole. Acceptation initiale, retournement, désistement final face à la demande du père de la part du second fils. Notre vie quotidienne nous montre à l’évidence que nous sommes tour à tour, ou tout à la fois, l’un et l’autre fils. Obéissance ou refus, hésitations ou promptitude, ardeur à l’ouvrage ou inertie, murmure ou acceptation sereine – et la liste pourrait s’allonger – se succèdent en nous au fil des jours. Attitudes et comportements qui traduisent et rendent manifestes les aléas de notre relation à Dieu, au Père. Mais, comme pour le fils prodigue d’une autre parabole, ces attitudes et ces comportements ne doivent pas nous faire perdre de vue notre inaltérable dignité de fils bien-aimés du Père.


« Lequel a fait la volonté du Père ? » Jésus seul, parce qu’il est pleinement Fils, a fait la volonté du Père sans l’ombre d’un refus ou d’un désistement. Cette correspondance entière de Jésus à la volonté du Père s’inscrit dans l’unique mouvement de son être filial, depuis le dépouillement initial de la kénose – autolimitation de Dieu qui prend forme humaine – jusqu’au dépouillement final de la mort sur la croix, comme nous le rappelle saint Paul dans la deuxième lecture. C’est lui que l’apôtre nous invite à prendre pour modèle, il nous presse pour que « nous ayons en nous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus ».


Travailler à la vigne, accomplir la volonté du Père s’inscrit désormais dans un projet communautaire, tel celui que propose saint Paul ce matin aux Philippiens. Il vaut la peine d’en reprendre les huit éléments que l’on peut lire à toute vitesse sans trop s’y arrêter, et pour en mesurer la portée, de les reprendre sous forme de questions :

- Est-ce qu’on se réconforte les uns les autres ?

- Est-ce que l’on s’encourage avec amour ?

- Est-ce qu’on est en communion dans l’Esprit ?

- Est-ce qu’on a de la tendresse et de la compassion?

- Est-ce qu’on a les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ?

- Est-ce qu’on recherche l’unité ?

- Est-ce qu’on est intrigants ou vaniteux, ou si l’on a assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à nous-mêmes ?

- Est-ce qu’on est préoccupé de nos propres intérêts, ou si l’on pense aussi à ceux des autres ?


« Estimer les autres supérieurs à nous-mêmes » : il ne s’agit pas de se comparer en se dévaluant. Il y a une réalité que l’on ne peut ni évaluer, ni mesurer : c’est la qualité et l’intensité de l’amour que chacun porte en soi. Je peux estimer que les autres aiment davantage, et aspirer moi-même à aimer davantage.


Ces questions interrogent d’abord notre vie communautaire, nos relations fraternelles. Et, à partir de là, l’ensemble de nos relations, pour y inclure toute personne, sans exception, en particulier celles qui nous sont d’emblée antipathiques et que l’on pourrait exclure du champ de nos perceptions. Selon l’exemple que nous ont donné nos sept frères cisterciens et martyrs de Tibhirine, eux qui s’appliquaient à appeler « frères de la montagne » les terroristes, et « frères de la plaine » les soldats (non moins violents). C’est en effet pour la multitude, sans exception, que Jésus a donné, donne sa vie, en chacune de nos eucharisties.

 

29-09-20 / Saint Michel et les Archanges   (Dom André)

Saint Michel et les Archanges

(Dom André, Abbé)



HOMÉLIE


Mes Frères,

Nous vivons dans un monde où la technologie et la science ont pris un réel pouvoir sur nos comportements et nos décisions. Nous le voyons très bien actuellement avec la santé publique qui, au quotidien, décide et dicte de plus en plus les normes de notre vie sociale, ce qui est permis, ce qui est défendu. Et ces normes sont accompagnées de sanctions financières ou pénales. Nous vivons dans ce monde.


Les chamans autochtones, ceux de nos Premières Nations ici, comme ceux des régions latino-américaines utilisent une boisson à base de lianes comme l’ayahuasca ou bien des champignons hallucinogènes, pour faire vivre des expériences qui induisent un autre état d’esprit chez les gens et leur permettent de découvrir en eux quelque chose à quoi ils n’avaient pas eu accès jusque-là, des forces mais aussi des contre-forces indéniables.


Parler des anges et des archanges ne relèvent pas de ces deux univers. Nous entrons dans le domaine de l’invisible, de ce que l’on ne voit bien qu’avec les yeux du cœur. Et dans notre monde où désormais tout doit être visible, connu, compréhensible, c’est bon de retrouver de l’invisible, de réaliser qu’il y a une part, une large part de ce que nous vivons qui nous échappe et nous dépasse. Les Écritures parlent abondamment des anges mais ne mentionnent, par leur nom, que trois archanges.


Gabriel est un archange annonciateur. Daniel (Dn 8,15s) a une vision qu’il cherche à comprendre et à interpréter sans y parvenir. Il entend alors une voix d’homme qui dit : Gabriel, fais comprendre la vision à Daniel. Et Gabriel s’exécute. Il dit à Daniel : Comprends , fils d’homme, ta vision est pour le temps de la fin. Je vais te faire connaître ce qui arrivera… Il lui explique tout et ajoute : Garde secrète la vision car elle se rapporte à des jours lointains. Gabriel apparaît ensuite à Zacharie en train de prier pour avoir un fils. Zacharie ne croit pas ce que l’ange lui dit et se plaint d’être un vieillard et d’avoir une femme âgée. L’ange lui dit alors : Je suis Gabriel qui me tiens devant Dieu. J’ai été envoyé pour te parler et t’annoncer cette bonne nouvelle… Mais tu vas être réduit au silence parce que tu n’as pas cru à mes paroles… En voyant Zacharie sortir du sanctuaire, incapable de parler, les gens comprirent qu’il avait eu une vision dans le sanctuaire. Une vision… Puis l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu à Marie et c’est l’annonce à Marie qu’elle va porter un enfant et que cet enfant sera le Fils de Dieu. Gabriel est un messager de bonnes nouvelles. Il passe par le rêve, le songe ou la prière.


Raphaël est un archange à la fois guide (accompagnateur) et guérisseur. Il est envoyé par Dieu pour guérir Tobit (Tb 1.4.11-12) devenu aveugle et Sarah qu’un démon tourmente en faisant mourir tous ceux qui veulent l’épouser. Raphaël est envoyé par Dieu à l’instant même où Tobit et Sarah, chacun de leur côté, sont en train de prier. Puis il entre dans la vie de Tobit qui cherche un compagnon fiable pour guider son fils. En saluant Tobit, Raphaël lui annonce aussitôt : Courage, Dieu ne tardera pas à te guérir. Et c’est bien ce qui arrivera à la fin avec le fiel de poisson posé sur ses yeux, juste avant que Raphaël révèle qui il est vraiment et comment il a été envoyé par Dieu au moment même où Tobit priait. Mais le guérisseur s’est avéré aussi un guide précieux pour le jeune Tobie à qui il dit : Je suis en mesure de t’accompagner, je connais tous les chemins. Il assure à Tobie une présence et de bons conseils tout au long de ce voyage, lui laissant entrevoir les actions et les gestes à poser. Et la prière encore une fois est centrale dans ce vécu.


Michaël est le chef des archanges, l’ange de la force. Désigné comme l’un des Princes de premier rang devant Dieu, il vient en aide à Daniel à qui il fait comprendre ce qui arrivera à son peuple dans l’avenir (Dn 10,13-14). La vision de cet avenir est terrible mais Michaël le grand prince se tient auprès des fils de son peuple et il redonne force à Daniel. Mais qui est donc cet archange : c’est celui qui avec ses anges combattit dans le ciel le dragon, l’antique serpent, le séducteur du monde entier, le Diable, le Satan qui fut alors chassé du ciel et précipité sur la terre. En 2013, le Pape François lui consacra le Vatican par cette prière : « Ô glorieux Archange saint Michel, toi qui annonces au monde la nouvelle consolante de la victoire du bien sur le mal : ouvre notre vie à l'espérance. Veille sur cette Cité et sur le Siège apostolique, cœur et centre de la catholicité, afin qu'elle vive dans la fidélité à l'Évangile et dans l'exercice de la charité héroïque… et… gardes-nous fermes sur le chemin vers l'Éternité.


Alors mes Frères, s’il vous arrive d’avoir un songe, un rêve éveillé, une intuition, une inspiration durant la prière, si vous vivez quelque chose de ce genre sans savoir d’où cela provient, surtout faites silence et ouvrez votre cœur à ce qui parle en vous… ce ne sera peut-être pas un archange mais ce pourrait bien être l’Esprit Saint qui vous inspire ! Il ne s’agit pas de tout expliquer, de tout comprendre et de tout rendre visible : parfois c’est bon d’accueillir simplement, humblement, l’invisible qui nous advient… et de reconnaître le temps où nous sommes visités (Lc 19,44).


09-10-20 / Dédicace du Val Notre-Dame   (Dom André)

Dédicace du Val Notre-Dame

(Dom André, Abbé)



HOMÉLIE


Mes Frères,

Lors de la Dédicace de notre église abbatiale, nous sommes entrés solennellement depuis l’extérieur par la grande porte à l’arrière de l’église. C’est ici la porte du Seigneur (Ps 117,20), chantons-nous chaque dimanche. Et le prophète Ézéchiel ajoute : La gloire de l’Éternel entra dans la maison par le chemin de la porte qui regardait vers l’est, vers l’orient. (…) Et voici, la gloire de l’Éternel remplissait la maison. Et nous aussi tout au long de la Dédicace de notre église, nous avons entendu et saisi que l’Éternel allait demeurer au milieu de nous, dans cette maison, qu’il y serait notre Dieu et qu’il continuerait à nous guider par son Esprit d’amour et de vérité. Avec l’aide de plus de 400 personnes, nous avons bâti les murs et le toit de cette maison; depuis onze ans, nous venons y prier sept fois par jour et notre prière faite de silence et de louange a fini par donner à ce lieu une âme qui saisit les gens dès qu’ils viennent se recueillir ici. Mais cette maison, c’est Dieu qui l’a consacrée et qui l’habite de sa présence. C’est notre maison-Dieu.


Depuis qu’il a libéré son peuple bien-aimé, le Seigneur a toujours voulu être au milieu de son peuple, au milieu des siens : dans la colonne de feu ou la nuée, dans l’arche d’alliance, sous la tente, dans le temple, puis dans le Christ Jésus, dans le Corps du Christ que nous formons avec tous ceux et celles qui confessent le nom de Dieu, qui l’aiment et qui l’adorent.


Avec la venue du Christ, la présence de l’Éternel dans l’humanité, parmi nous tous, n’est plus simplement signifiée par un bâtiment construit, elle s’est rendue visible en Jésus Christ. Il s’est fait chair et il a habité parmi nous. La rencontre avec la gloire de Dieu n’est plus réduite à un lieu, un espace, un temps, une époque, mais elle se vit en esprit et en vérité, comme le souligne Jésus quand il parle des vrais adorateurs de Dieu.


La présence de Dieu à l’humanité, ce sont les disciples de Jésus, ceux qu’il appelle désormais ses frères, ceux qui vivent le don de son Esprit Saint. Notre communion avec Dieu est une communion par l’intérieur, par le cœur. Et, en même temps, nous devons offrir au monde un signe visible et humain de cette présence de Dieu parmi nous. Nous le faisons dans cette église par un double sacrement celui de l’Eucharistie et celui de notre Fraternité. Là où nous sommes réunis en son nom pour écouter sa parole et partager son pain, nous devenons frères du Christ et frères les uns des autres. On ne peut pas douter de cette présence unifiante de Dieu en nous et entre nous. Et notre église en est un signe visible qui symbolise, nourrit et soutient cette présence de Dieu avec nous, tous les jours. Le mouvement incessant de nos allées et venues pour venir nous remettre en sa présence et le prier dans cette église l’atteste. Nous sommes venus ici et nous en sommes repartis, pour en vivre concrètement dans notre vie monastique, plus de 28,000 fois depuis le jour de la Dédicace.


La parole de Dieu nous entraîne ce matin encore un peu plus loin avec les mots de l’Évangile qui nous recentrent sur le moment présent : Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison. Cette maison : la nôtre. Aujourd’hui, c’est-à-dire ici et maintenant. Saint Luc affectionne particulièrement les « aujourd’hui » : aujourd’hui un sauveur vous est né, aujourd’hui avant que le coq ait chanté, aujourd’hui tu seras avec moi en paradis. Il donne ainsi un caractère immédiat à ce que nous sommes en train de vivre et de célébrer : Il me faut aujourd’hui demeurer dans ta maison. Zachée a quelque chose du moine. Au-delà de son passé un peu trouble et déroutant, cet homme, ce publicain, était vraiment en quête de son Seigneur. C’était un vrai chercheur de Dieu qui voulait voir Jésus à tout prix. Et pour y parvenir, il était prêt non seulement à reconnaître ses limites, sa petitesse, mais encore à agir en conséquence. Son espérance et son désir intense de voir Jésus l’ont rendu inventif… et Jésus l’a aperçu en haut de son arbre et s’est invité chez lui. Et la maison de Zachée s’est emplie de joie, de louange, de générosité.


Aujourd’hui, mes Frères, c’est la même grâce qui nous est offerte dans cette maison où nous avons le plus beau trésor au monde : la présence réelle de notre Dieu. L’anniversaire de notre Dédicace n’est pas un recommencement, c’est la porte toujours ouverte pour accueillir ce que Dieu nous donne d’éternel et de nouveau dans ce qui, pour chacun de nous et pour notre communauté, commence aujourd’hui même avec lui. Le Seigneur passe…


11-10-20 / 28e Dimanche du temps ordinaire (Frère Martin)

28e Dimanche du temps ordinaire

(Frère Martin)


 

Ouverture de la célébration


Le Seigneur soit avec vous…

Il y a quelques temps déjà est décédée à l’hôpital de Joliette Joyce Achaqan, une jeune Atikamekw de 37 ans, originaire de Manawan, mère de sept enfants... Sa mort, survenue dans d’horribles circonstances, a rapidement fait le tour de la planète…
À l’exemple des tueries et fusillades des dernières années, cet évènement tragique met en lumière le malaise de beaucoup de nos contemporains... Ce malaise, ce mal de vivre pourrait-on dire, le pape Benoît XVI l’a identifié comme une absence de sens à l’existence… une vie qui ne se suffit pas à elle-même…
Le malaise, écrit-il, « consiste dans le fait de n’être pas aimé… dans le fait que notre existence n’est pas accueillie par un amour qui la rend nécessaire et qui est assez fort pour la justifier au travers de la souffrance… ».
Lorsque mon existence n’est pas accueillie… destinée à un Autre… alors comment celle de mon frère ou de ma sœur en humanité pourrait-elle l’être aussi ? A fortiori lorsque cette personne est une femme autochtone issue d’un milieu défavorisé et peu scolarisée…
Sans poser de jugement, disons simplement que la tragédie a de quoi faire réfléchir…

Frères, au seuil de cette eucharistie, prions les uns pour les autres afin que le Seigneur achève en nous ce qu’il a commencé de bon, de beau et de vrai…


HOMÉLIE


" Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noces ?"


Frères, cette sentence du roi, prononcée à l’invité impromptu de la parabole, est le point de bascule de la page d’Évangile que nous venons d’entendre. Comment es-tu entré ici ? Dans un silence interloqué, sans réponse à la question du roi, l’homme se voit jeté par les serviteurs dans ce lieu symbolique que sont les ténèbres du dehors… là où il y a des pleurs et des grincements de dents… C’est de cette manière, un peu abrupte, que prend fin la parabole de ce dimanche… Peu importe les motivations du roi à poser un tel geste, une chose est certaine : cet homme n’était tout simplement pas à la bonne place… au bon moment…


A-t-il échappé à la vue du maître de la réception ? S’est-il faufilé incognito à travers les invités du festin ? A-t-il simplement usé de ruse ou de force pour qu’on le laisse prendre place parmi les autres convives ? A-t-il refusé de porter le vêtement offert ? Est-il venu pour un bénéfice ou un gain quelconque... peut-être même uniquement pour s’emplir le ventre ou pour faire de nouvelles rencontres ? L’histoire ne le dit pas… Ce qu’elle nous dit, c’est que cet homme, pris parmi les bons et les méchants, est entré sans avoir le vêtement de noces… Que cet homme n’a pas la tenue convenable pour un tel festin… Que cet homme – et c’est peut-être chacun de nous – que cet homme n’a pas appris de l’Écriture que le Père trouve sa joie à revêtir lui-même ses propres enfants… a fortiori lorsqu’il est question du Royaume des cieux…


Rappelons-nous les premières pages de la Genèse où, après la désobéissance de l’homme et de la femme, le Seigneur couvrit la nudité de nos premiers parents en leur fabriquant des tuniques de peau. Le Dieu de l’Alliance montrait ainsi qu’il est un plus grand couturier que l’être humain qui s’était contenté précédemment de se confectionner des pagnes avec des feuilles de figuiers… Tout porte à croire que pour couvrir convenablement la nudité d’Adam et Ève, il fallait une intervention divine, écrit Jean Chrysostome... Il fallait que Dieu se plaise à jouer au designer de mode en confectionnant à l’homme et à la femme un vêtement indémodable…


Rappelons-nous également le Père de la parabole de l’enfant prodigue qui à la vue de son fils cadet, encore bien loin, demande aussitôt à ses serviteurs de le revêtir de la plus belle robe et de lui passer anneau au doigt et sandales aux pieds. Nous pourrions encore citer les paroles du prophète Isaïe qui, dans un poème à la gloire de Jérusalem, fait dire à Sion : Mon âme exulte à cause de mon Dieu, car il m’a vêtue des vêtements du salut, il m’a couverte du manteau de la justice…


C’est pourquoi même parmi les bons et les méchants, les pauvres et les humiliés, les familiers comme les étrangers, on ne saurait s’assoir à la table du festin nuptial n’importe comment… on ne saurait entrer dans la salle du Royaume de n’importe quelle manière… sans que Dieu lui-même nous revête du manteau de l’innocence pour reprendre les paroles du prophète. Autrement dit, on ne devient pas enfant de Dieu sans se recevoir de quelqu’un d’Autre…


Si le banquet nuptial est ouvert à tous et à toutes, comme l’indiquent les textes bibliques de ce dimanche, il est cependant nécessaire que les invités se montrent dignes de Celui qui les reçoit… Dignes… c’est-à-dire qu’ils se montrent disponibles à accueillir la gratuité du don surabondant qui vient de Dieu. Qu’ils reconnaissent que c’est à travers la gratuité de l’Évangile qu’Il vient nous visiter et nous sauver…


Ainsi, pour participer au festin, il ne suffit pas de s’être bien conduit ou non... La gratuité de l’élection divine se situe dans l’ordre de l’amour inconditionnel et non dans le registre de la morale, du droit ou du mérite… Des registres que l’on se plait trop souvent à mobiliser pour inclure et exclure toute personne de la fête... Les paraboles des deux derniers dimanches – celle des vignerons homicides et des ouvriers de la dernière heure – montrent à l’évidence que nous sommes mal à l’aise avec la gratuité du don et de l’amour de Dieu, même en régime chrétien… Nous préférons travailler à notre champ ou notre boutique que laisser quelqu’un d’autre être la source de notre salut…


Dans un monde marqué par la productivité effrénée, l’obsession de l’efficacité et le devoir de rentabilité, c’est sans doute de gratuité que nos sociétés actuelles ont le plus besoin… a fortiori lorsqu’il est question de religion ou de spiritualité… De manière poétique et imagée, Christian Bobin en donne sans doute une des plus belles définitions dans son recueil intitulé Ressusciter : « il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir ». Une belle image qui se veut aussi une belle porte d’entrée pour évangéliser…


Plus qu’une condition pour participer à la fête, le vêtement de noces est le signe du sérieux avec lequel nous accueillons le don de Dieu dans notre vie de baptisé. Savoir que la robe que nous portons maintenant et dans laquelle nous paraissons devant Dieu tous les jours nous a été préparée par Lui devrait être pour nous une grande source de joie… jusqu’à devenir cette joie parfaite dont parle Jésus dans l’Évangile… Une joie qui embrase le désir de s’assoir à la table du banquet pour être illuminer de la gloire du Ressuscité… comme un vêtement de lumière…


18-10-20 / 29e Dimanche du temps ordinaire (Dom Yvon Joseph)

29e Dimanche du temps ordinaire

(Dom Yvon Joseph)



HOMÉLIE


« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », déclare Jésus.

Il est des personnes pour qui il est important de rappeler la première partie de cette sentence : 

« Rendez à César ce qui est à César ». La foi en Dieu, si grande soit-elle, ne dispense pas des obligations et des devoirs que chaque citoyen doit remplir d’une manière responsable… Aujourd’hui, dans nos sociétés fortement sécularisées, il est sans doute devenu plus important de rappeler la deuxième partie : « …et à Dieu ce qui est à Dieu ». Le souci légitime de gérer la société civile, à l’abri du contrôle que tenterait d’exercer l’une ou l’autre religion, n’autorise pas les pouvoirs politiques à ignorer ou à bafouer le droit de chaque citoyen d’avoir une religion et de la pratiquer. César n’a pas à se prendre pour Dieu !


Réfléchissant plus près de nous dans la vie monastique, « Rendre à Dieu ce qui est à Dieu », c’est poursuivre notre recherche de Dieu chaque jour avec l’élan de la foi, de la charité et de l’espérance, que saint Paul a su mettre en valeur dans sa première lettre aux chrétiens de Thessalonique : « Nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ »…


« Vivre une foi active », c’est vivre une « une charité qui se donne de la peine »… et s’enracine dans la priorité donnée par notre père saint Benoît : « Ne rien préférer à l’amour du Christ » et encore « Ne rien préférer à l’œuvre de Dieu ». C’est découvrir alors que notre foi et notre charité s’incarnent vraiment, lorsqu’elles deviennent amour et service de nos frères : « Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la perfection ». (1Jn 4, 12)


« Vivre une espérance qui tient bon », c’est rester fidèles à notre engagement à la suite du Christ… C’est mener le bon combat de la foi, malgré les difficultés et les périodes de sécheresse ou de ténèbres que nous pouvons traverser… Devant la lenteur de nos progrès sur la voie de l’évangile, devant nos échecs, nos chutes, et nos tentations à certaines heures de tout remettre en question, c’est « ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu », selon la belle exhortation de saint Benoît. Ce sera également ne jamais céder au pessimisme plus ou moins diffus que secrètent certains courants de pensée dans l’Église et dans la société.


C’est en progressant dans cet élan de foi, de charité et d’espérance que « notre cœur se dilatera et que l’on courra dans la voie des commandements de Dieu, avec la douceur ineffable de l’amour », comme saint Benoît nous en donne encore l’assurance. « Rendre à Dieu ce qui est à Dieu » nous conduira à la joie promise par Jésus et à celle de « goûter et voir comme est bon le Seigneur »…


Au terme de chacune de nos journées, pour faire atterrir notre recherche de Dieu et sonder la profondeur de notre élan, nous pourrions prendre le temps de nous demander :

- Aujourd’hui, est-ce que j’ai rendu à Dieu ce qui est à Dieu ?

- Aujourd’hui, est-ce que ma foi a été active…ma charité s’est-elle donné de la peine ?

- Aujourd’hui, est-ce que mon espérance en Jésus Christ a tenu bon, ai-je goûté et vu la bonté du Seigneur ?