LIVRAISON GRATUITE POUR TOUT ACHAT DE 60 $ ET PLUS * seulement pour la province du Québec

Homélies

Homélies 2020

01-11-20 / Vêture monastique de Frère Michel (Dom André)

Vêture monastique de Frère Michel

(Dom André)



Mon cher Frère


En écho à la lecture du Livre du Deutéronome que tu viens de nous lire avec son impératif "Choisis donc la vie !", j’ai retenu un passage du Prologue de la Règle de saint Benoît que je voudrais te lire et te commenter pour accompagner la démarche que tu entreprends aujourd’hui.


Et le Seigneur, se cherchant un ouvrier parmi la multitude, insiste encore : « Quel est l’homme qui veut la vie, et aspire à voir des jours heureux ? » Si tu l’entends et réponds : « Moi ! », Dieu te dit : « Si tu veux la vie… vraie et éternelle, retiens ta langue du mal, et tes lèvres qu’elles ne disent rien de faux. Détourne-toi du mal, fais le bien ; cherche la paix, poursuis-la. Et quand tu auras fait tout cela, mes yeux seront sur toi, et mes oreilles tendues vers tes prières ; et avant même que tu m’aies invoqué, je te dirai : « Me voici. » Et saint Benoît ajoute : Quoi de plus attrayant pour nous que cette voix du Seigneur qui nous invite, mes frères bien-aimés ? Voici que dans sa tendresse, le Seigneur nous montre lui-même le chemin de la vie. (RB Prol. 14-20)


Dans son chapitre 58 sur l’admission des frères, saint Benoît demande qu’on vérifie si le nouveau frère est vraiment un chercheur de Dieu. Nous nous sommes habitués à cette définition du moine : un chercheur de Dieu. Mais dans ce passage du Prologue, c’est Dieu qui cherche l’homme. Il cherche un ouvrier parmi la multitude et il le cherche pour un travail précis. Il n’en cherche pas plusieurs mais un seul. C’est toujours assez difficile de croire que chacun de nous, que toi aujourd’hui, tu as été cherché par Dieu, que tu es le seul, l’unique. En réalité, nous le savons tous, il n’y a qu’un seul ouvrier vraiment capable d’obéir à Dieu, un seul ouvrier capable d’accomplir jusqu’au bout l’œuvre qu’implique l’obéissance à Dieu. Cet ouvrier c’est Jésus, le Fils du Père Éternel. Il a dit à son Père : Me voici, je viens pour faire ta volonté. Il te revient donc de devenir fils et frère, fils comme le Christ Jésus en lui ressemblant toujours davantage, et frère comme Jésus en l’aimant comme un frère dans les frères auprès desquels tu t’engages aujourd’hui un peu plus.


Regarde bien comment Dieu appelle ? Il t’appelle par une double question : Veux-tu la vie ? Veux-tu le bonheur ? Est-ce bien là ton désir ? Après t’avoir dit ce que tu dois faire et ne pas faire, Dieu te dit qu’il te regarde et t’écoute. Il ne te promet pas une vie facile, un bonheur facile. Ce qu’il te promet c’est qu’avant même que tu l’appelles et que tu dises quoi que ce soit, lui te parle et dit : Me voici. « Je suis là. » Il te promet sa Présence, il te promet d’être toujours là avec toi. Il va plus loin encore : il te montre le chemin. Il est lui-même le chemin, la voie, la vérité, la vie. Il anticipe ta démarche et vient au-devant de toi, à ta rencontre au cœur de ce que tu t’apprêtes à vivre.


Tu vas quitter ta Robe noire de Jésuite pour prendre l’habit des Moines blancs. C’est un geste symbolique mais le plus important derrière ces habits, c’est bien de revêtir le Christ. Dans une tradition que tu connais bien, Teilhard de Chardin disait que la manière la plus facile de vivre les détachements et les renoncements, c’est de ne vivre qu’un seul attachement, grand et fort, c’est de s’attacher au Christ. L’Abbé de Rancé, a trois mots clés pour parler de la vie monastique : cherche, change, chante. Cherche Celui qui te cherche le premier, laisse-le te changer pour qu’il t’advienne selon ta foi et selon sa Parole… et chante. Car le contraire de toutes ces fois où tu rates la cible ou passes à côté de l’essentiel, ce n’est pas la vertu. Tu as assez vécu pour savoir que la vertu est loin de parvenir à changer tout l’homme. Mais chante… car la louange rapproche de Dieu et te remet devant lui quand monte sur tes lèvres ce que tu vis dans ton cœur.


Choisis donc la vie… Tu avais bien raison de choisir cette parole. Pour devenir moine, il faut vraiment aimer la vie. Pas la vie imaginaire ou rêvée, mais la vraie vie, celle qui t’est « donnée » par Dieu au milieu de tes frères. Il y a d’autres routes, innombrables. Mais aujourd’hui c’est le chemin que tu vas marcher pour Dieu avec nous.

Alors je te pose la question devant toute notre communauté : est-ce bien là ce que tu veux vivre maintenant ?


Frère Michel, que Dieu qui est venu à toi, en te disant Me voici, mène à sa pleine réalisation ce qu’il a lui-même commencé en toi pour qu’un jour, tu lui répondes en toute vérité Me voici, tu es mon Dieu et je n’ai pas d’autre bonheur que toi. Qu’il te bénisse et te garde en son amour, lui qui est Père, Fils et Saint-Esprit…


02-11-20 / Commémoration des défunts (Dom André)

Commémoration des défunts

(Dom André)


 Mes Frères

Ce que nous célébrons aujourd’hui dans cette Eucharistie pour les défunts n’est pas sans lien avec la fête d’hier : nous célébrons la communion entre les vivants et les morts, c’est le lien durable avec ceux et celles qui nous ont précédés, c’est un lien de souvenir et de mémoire, un lien de tendresse et de vie. Car si beaucoup nous demeurent étrangers et inconnus, il y en a aussi beaucoup que nous avons connus, aimés et pleurés lorsqu’ils nous ont quittés.


Le souvenir nous ramène au temps et nous fait percevoir combien le temps passe vite. Se souvenir, c’est tenter de garder des traces de ce qui n’est plus. Et ce qui est vrai pour les événements (octobre 1970, la crise d’Oka, le référendum de 1995, l’Ébola en Afrique, le confinement du printemps dernier) est aussi vrai des personnes : à partir d’un même événement que nous avons vécu, d’une même personne qui a été proche de nous, on ne raconte pas la même histoire. Il y a toujours un angle, une perspective qui nous est propre et qui amène un regard différent de celui des autres. Le passé et derrière nous et il ne reviendra pas. Et notre vie humaine est faite de tous ces moments petits et grands de rencontres, de communions, mais aussi de disparitions. Pourtant, notre vie n’est pas une vie d’errances et de dérives. Jésus nous le redit ce matin dans son évangile : Tous ceux que me donne le Père viendront jusqu’à moi. Jusqu’à Lui. Voilà le lien durable. Au cœur du souvenir, il y a cette mémoire d’une présence actuelle. Nous allons tous vers Jésus car le Père nous a tous donnés à lui. Faire mémoire de lui nous donne de reconnaître le lien profond de communion qui nous lie tous ensemble. La communion des saints, c’est aussi la communion des vivants et des morts. Nous sommes les uns et les autres, ensemble, le Corps du Christ, le Corps lumineux, éternel du Christ.


Comment entrer dans ce mystère ? Car la mort demeure un mystère, tout comme la vie d’ailleurs. Pour bien vivre ce mystère, nous sommes appelés à approfondir le sens de la fraternité et de l’amitié sociale, autrement dit pour reprendre les mots de saint Paul aux Romains, nous devons comprendre qu’aucun de nous rendra compte à Dieu pour lui-même, qu’aucun de nous ne vit pour lui-même. Nous sommes tous liés les uns aux autres. Quand de très nombreuses personnes à travers le monde, ont proclamé : « Je suis Charlie, Je suis Samuel Paty, Je suis George Floyd… » les gens n’avaient pas perdu leur identité personnelle mais ils affirmaient haut et fort leur solidarité, leur fraternité. Et ce que l’on avait fait à ces personnes, c’est aussi à eux qu’on l’avait fait. Il y a eu chez beaucoup comme un réveil de la conscience humaine, comme un éveil à ce qui nous fait tous appartenir à la même humanité. Ce que vous faites à l’un de ces petits, c’est à moi que vous le faites, disait Jésus.


Au cœur de toutes les tragédies porteuses de mort, il y a aussi malgré tout, en réaction et en réponse, des sursauts de vie, d’amour et d’espoir. Et c’est bien ce qui nous fait dire avec le Psalmiste et l’Apôtre : J’en suis sûr, je verrai la bonté du Seigneur sur la terre des vivants ; sois fort, prends courage et espère... Oui, espère Celui qui a connu la mort puis la vie pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants.


13-11-20 / Toussaint monastique (Dom André)

Toussaint monastique

(Dom André, Abbé)



Mes Frères,


Parmi tous les saints inconnus ou non encore reconnus qui ont milité sous la Règle de saint Benoît, il y a certainement eu depuis 1881 des membres de notre communauté.


Heureux les cœurs purs… C’est un frère dont on pouvait dire qu’il n’avait jamais eu une parole négative au sujet d’un autre frère. Il n’avait pourtant pas eu la vie plus facile qu’un autre. Ses handicaps de grandeur, d’absence d’habileté, sa lenteur de compréhension en faisait au contraire un frère dont on riait bien volontiers. Mais il ne parlait jamais en mal d’un autre frère. Bienheureux ce cœur pur qui, à son contact, nous faisait toujours nous sentir un peu meilleurs que nous ne le sommes vraiment.


Heureux les persécutés… Dans une vie commune comme la nôtre, il est presque impossible de ne pas s’être senti un jour persécuté, incompris, contredit, victime d’injustices blessantes. Saint Benoît le savait très bien et il en a fait le 4e degré d’humilité dans sa Règle, demandant au frère de ne pas se lasser ni reculer dans les circonstances dures et rebutantes. Ce qui donne alors tout sens à la persévérance, c’est la promesse de Jésus d’être là avec nous tous les jours. C’est son amour qui nous donne d’affermir notre cœur et de poursuivre notre démarche dans l’ouverture. Bienheureux les persécutés, ils nous laissent le témoignage d’avoir supporté parfois avec une extrême patience ceux qui auraient dû être à leurs côtés de meilleurs exemples de fraternité.


Heureux les pauvres de cœur… Se défaire de ses biens, faire un bon ménage dans sa cellule ou dans son emploi, apprendre à se détacher de tout objet, photo, liste d’adresses et de courriels, nous avons vu bien des frères le faire et le refaire durant leur vie monastique et se rapprocher ainsi de la pauvreté. Mais il y en a qui sont devenus eux-mêmes des pauvres, des « anawims », réalisant alors pleinement ce que nos saints fondateurs ont voulu et attendu de nous, à savoir : « être pauvre avec le Christ pauvre. » Vivre jusqu’au bout le dépouillement, oui, mais surtout vivre en vérité, cette humilité qui conduit à une autre béatitude, celle de la douceur. Bienheureux les pauvres de cœur car ils n’ont plus rien d’autre à attendre. Le Royaume des cieux « est » à eux, déjà, ici, maintenant, et non pas dans le futur comme pour les autres béatitudes. Nous avons connu des frères qui vivaient ainsi : pauvres avec le Christ pauvre.


Heureux les miséricordieux… Qui de nous n’a pas connu un frère que ses propres blessures et misères avait rendu plus sensible à la souffrance des autres et capable d’une grande compréhension, compassion et bonté envers ses frères. Bienheureux le frère qui a beaucoup pleuré d’avoir faim et soif d’amour avant de découvrir et comprendre ce qui allait le rassasier, avant de trouver la paix d’un fils de Dieu. Ce frère sait ce qu’il en coûte de ne jamais désespérer et il connaît dans tout son être l’impact de la miséricorde, celle de Dieu et celle des autres. La communauté tout entière a elle aussi des traits de miséricorde quand elle tolère les faiblesses et même les erreurs répétées d’un frère, quand elle lui fait confiance aussi longtemps qu’il le faut pour qu’il change et prenne toute sa stature d’homme nouveau et de moine habité par la grâce, quand elle pardonne et ne juge pas.


Mes Frères, il y a ainsi des saints frères connus de Dieu seul et qui vont rester dans l’anonymat pour l’Église et pour nos Ordres bénédictins et cisterciens. Mais ils ont laissé des traits dont nous avons hérité et c’est une très bonne raison pour faire mémoire d’eux aujourd’hui, pour les prier, et pour rendre grâce à Dieu de les avoir suscités parmi nous au cours de notre longue histoire monastique. Bienheureux tous ces chercheurs de Dieu… ils nous montrent le chemin toujours actuel des Béatitudes.


22-11-20 Solennité du Christ Roi (Dom André)

Solennité du Christ Roi

(Dom André, Abbé)



Mes Frères,


Toutes les paroles de saint Paul sont sûrement inspirées mais il y en a qui sont non seulement inspirées mais inspirantes, du moins pour la plupart d’entre nous, comme chrétiens et comme moines. Quand saint Paul confesse sa foi et reconnaît : je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Tout le propos de notre vocation monastique est contenu dans cette confession et ce désir profond : devenir des êtres nouveaux semblables au Christ sans cesser d’être nous-mêmes, et même, bien au contraire, en devenant de plus en plus nous-mêmes devant Dieu et devant nos frères. Cet engendrement constant, cette renaissance continuelle que nous appelons conversion, changement, oriente, éclaire et habite notre vocation. En choisissant de nous maintenir dans ce devenir, nous pouvons mieux saisir ce que nous venons d’entendre dans la parole de Dieu : quand tout sera sous le pouvoir du Fils… Dieu sera tout en tous.


C’est vraiment très audacieux d’imiter le Christ et surtout de vouloir l’imiter quand il évoque son lien de proximité et de complicité avec le Père. C’est audacieux , voire téméraire ou présomptueux, d’oser dire nous-mêmes : qui me voit, voit le Christ. Mais c’est tout de même le pari que nous avons entrepris de relever en devenant moines. Nous avons fait le pari de lui devenir semblables. Et ce n’est pas seulement un travail sur nous-mêmes, une œuvre intérieure, pourtant déjà bien exigeante. Le saint pape Jean-Paul II dans sa toute première encyclique Redemptor Hominis (no 18) rappelle avec insistance que « l’union du Christ avec tout homme et avec tout l’homme est un mystère dont naît l’homme nouveau appelé à participer à la vie de Dieu. »


Devenir semblable au Christ en nous faisant de plus en plus proche de tout être humain qui vient à croiser notre route, en particulier de celui qui a faim, qui a soif. Et nous savons combien la faim et la soif sont un problème dans la maison commune de la terre. Faim et soif matérielle de nourriture et de boisson, ici même dans notre voisinage immédiat, mais aussi toutes ces quêtes, toutes ces « mendiances » d’affection, d’amour, de reconnaissance. Nous voulons nous rapprocher du Christ, le considérer, le reconnaître dans l’étranger, celui qui, même s’il partage notre humanité, est différent de nous, ne parle pas, ne pense pas, n’est pas comme nous, parce qu’il est né et a été élevé dans une autre tradition culturelle ou religieuse, parce qu’il est autochtone, bouddhiste ou musulman…


Nous rapprocher du Christ dans le malade que personne n’a pu visiter à cause de la pandémie et du confinement. Reconnaître le Christ dans le prisonnier qui n’est peut-être pas derrière des barreaux mais qui vit des enfermements dont il ne parvient pas à sortir ; dans le dénudé qui a encore des vêtements mais qui a perdu sa réputation, sa dignité, sa place dans la société parce qu’il a dû émigrer ; chez le jeune désemparé devant la situation actuelle, qui manque de points de repères, d’amis autres que virtuels. Notre communauté pose des gestes concrets pour ces gens, elle fait des dons, mais il y a aussi quelque chose qui revient à chacun de nous. Poser un geste, écrire un mot, appeler un ancien, envoyer un courriel à une personne qui souffre ou qui a simplement besoin de ce petit moment d’attention, prier. Prier et parfois même pleurer comme le Christ l’a fait devant la dureté des hommes, ou à la mort de son ami Lazare. Il y a de l’amour qui touche Dieu dans la prière et les larmes.


Le Verbe nous a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu : voilà la force qui nous transforme du dedans et qui rend notre vie constamment nouvelle. C’est toujours dans le Christ que nous recevons et puisons cette vie nouvelle et l’Eucharistie nous affermit jour après jour dans cette vie. Mais avant que le Christ puisse détruire toute mort et faire que Dieu soit tout en tous, il devra pouvoir dire tout d’abord, et en toute vérité, sur chacun de nous et sur nous tous ensemble, les paroles mêmes de la consécration : « Ceci est mon Corps et mon Sang. »


Jésus a donc pris tout un risque en se liant ainsi profondément avec nous, en voulant faire corps, son Corps, avec nous. Il est Seigneur de l’Univers et Maître de l’Histoire mais en tenant compte de notre liberté. Il ne souhaite pas que l’unité entre tous les êtres humains tourne à l’uniformité de langue, de culture, de manière de penser, de politiquement correct. Il privilégie l’unité issue de la richesse de toutes nos différences. Nous parlons du Christ comme de «l’Autre que nous attendons», sans toujours bien réaliser que l’inverse est encore plus vrai : c’est Lui qui nous attend, nous, pour que Dieu soit tout en tous quand nous déciderons de ne pas rester ce que nous sommes aujourd’hui mais de devenir pleinement ce qui n’a pas encore été manifesté : des fils de Dieu, des fils de Lumière, des frères du Christ Jésus. Alors oui, et alors seulement : Dieu sera tout en tous.


29-11-20 Entrée au postulat de Frère Jean-Philippe (Dom André)

Entrée au postulat de Frère Jean-Philippe

(Dom André, Abbé)



Mon cher Frère Jean-Philippe,


Tu poses ce geste un premier dimanche de l’Avent, un temps particulièrement beau, joyeux et déjà chargé de toute l’émotion de la fête de Noël qui s’approche avec la venue du Christ-Jésus, l’Enfant-Dieu.


Le choix de ce jour te donne un premier indice de ce que tu vas vivre en communauté comme dans ta vie intérieure : l’attente de Dieu. Un chercheur de Dieu, pour reprendre l’expression de saint Benoît au chapitre 58 sur les nouveaux frères, c’est un homme en état de recherche et d’attente. Il y aura la joie et la surprise de faire des découvertes, de rencontrer, de recevoir. Il y aura aussi le long désir où il ne semble rien se passer, rien advenir, avec l’impression de ne pas avancer, de tourner en rond. Il y aura, bien sûr, l’alternance, rarement répartie à parts égales, entre ces deux mouvements, ces deux temps où tu cherches, où tu trouves, où tu attends encore. Mais la certitude, c’est la promesse d’un Christ qui est, qui était et qui vient sans cesse vers toi. Il vient à ta rencontre sur le chemin que toi, tu as pris.


Est-ce que tu as les aptitudes pour mener cette quête, cette recherche, cette attente de Dieu ? En fait, tu as besoin non pas tellement d’une aptitude mais d’une attitude qui te facilitera la vie : la confiance. Jésus dit souvent aux personnes qui l’approchent : qu’il t’advienne selon ta foi. Foi et confiance sont étroitement liées dans ce que nous vivons dans un monastère. Et la confiance, si elle concerne d’abord et avant tout, ta relation au Christ et à sa promesse d’être avec toi tous les jours, jusqu’à la fin de ton monde et de ton temps, cette confiance tu auras aussi à la vivre avec nous tes frères à qui Dieu t’envoie aujourd’hui d’une manière toute nouvelle. C’est à travers les médiations humaines que le Seigneur va s’incarner et te parler le plus souvent. La médiation humaine de tes frères…


Vivre une démarche comme la tienne vient éveiller en chacun de nous la mémoire du jour où nous avons posé le même geste. Pour certains, il y a plus de 70 ans… mais le souvenir est toujours là. Et dans cette démarche initiale, il y a toujours deux émotions qui se conjuguent et s’articulent ensemble : la joie et l’inattendu. La joie… parce que l’entrée en communauté est un choix, un commencement, qui a demandé du temps, de la réflexion, de l’énergie, qui a vu surgir des obstacles jusqu’à la toute dernière minute, comme dans ton cas. Mais après tout ce temps, il y a la joie d’être là pour Lui, avec nous. Tu choisis le Christ : tu trouves des disciples du Christ prêts à te soutenir dans ta démarche. Tu vas goûter aujourd’hui tous les bons chocolats produits dans nos ateliers. Ce serait déjà un bon motif de joie. Et nous allons te retrouver au noviciat cet après-midi pour célébrer ce jour avec toi. Mais ta joie véritable c’est le Christ qui vient te donner et la joie et la paix du cœur, comme lui seul sait les donner.


Avec la joie, il y a encore cette autre émotion, cette autre dimension au seuil d’une démarche comme la tienne : l’inattendu. Bien des gens pensent que la vie monastique est un long fleuve tranquille où il ne se passe rien, une série de jours vécus dans la pure routine. Ce n’est pas du tout la réalité. Nous vivons en communauté mais nous sommes ensemble au désert. L’inattendu vient de ce que nous vivons au-dedans de nous, nos prises de consciences, nos constances, nos replis, nos manques et nos désirs. L’inattendu, c’est l’ouverture progressive à la miséricorde par rapport à tout ce qui nous a blessé et nous blesse encore, c’est l’apprentissage à s’aimer soi-même humblement devant Dieu. Et l’inattendu, c’est aussi l’ouverture à ce que nous n’avions pas encore osé rêver, imaginer, espérer. C’est l’ouverture à tout espérance dans la rencontre et la relation avec le Christ, notre frère et notre ami.


Attente, confiance, joie, inattendu. Tu as devant toi tout un chemin de vie. Il te reste à le marcher pour entrer dans la vie de Dieu et pour laisser Dieu entrer dans ta vie et dans ton histoire. Nous serons tes compagnons sur cette route pour prier pour toi, avec toi, et pour te donner l’exemple et t’entraîner (à la fois te former et te donner la force et l’élan !)

Reçois ce vêtement qui va marquer ta première étape parmi nous. Que le Seigneur te bénisse, toi, et te garde dans son amour, lui qui te redit comme à son Fils Bien-Aimé : Moi, aujourd’hui je t’ai engendré. Oui, engendré à une vie nouvelle…


29-11-20 Premier dimanche de l'Avent "B" (Dom André)

Premier dimanche de l'Avent "B"

(Dom André, Abbé)



Entrée en Avent (Premières Vêpres)


Mes Frères,


Il suffit de changer une seule lettre pour donner un tout autre sens au mot Avent… Nous entrons ce soir en Avent. Nous entrons dans ce temps d’une attente à la fois joyeuse et sereine, une attente du Christ Jésus, de son enfantement, de sa venue parmi nous. Nous sommes en attente… tendus vers un à-venir. Le plus beau est à venir, dans cet Enfant-Dieu qui va naître, dans ce monde qui sera renouvelé car l’Enfant à naître vient faire toutes choses nouvelles.


Le paradis est devant nous. Bien des gens aimeraient retourner là où on peut retrouver quelque chose d’avant ce temps de la distanciation, de l’enfermement, du confinement et de tout ce que la pandémie a imposé au monde connu. Pour nous, impossible de regarder ainsi en arrière, ce serait oublier vers quoi et surtout vers qui nous sommes en route, vers Jésus, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous.


Nous attendons sa venue. Il y a de la douceur et de la tendresse dans cette attente. C’est un temps pour rêver, pour imaginer, pour espérer et contribuer à construire un monde meilleur en nous et à partir de ce que nous sommes comme communauté. C’est un temps pour recevoir de l’inédit, du neuf, et pour nous laisser surprendre une fois de plus par la nouveauté de notre Dieu, la nouveauté de sa Parole. Dieu parle. Dieu nous parle.


D’ici Noël et plus loin encore, Dieu va se dire dans nos mots d’hommes et c’est bien la seule façon que nous avons pour le comprendre aujourd’hui et chaque fois qu’il va nous parler durant cet Avent. Sa parole réalise pleinement la vocation de toute parole authentique et profonde : elle ouvre et offre l’infini du possible ou, à tout le moins, un nouveau possible où nous pouvons, tous et chacun, croire, aimer et espérer.


Veillons à bien écouter ce qu’il nous dit. Veillons les uns sur les autres en nous attendant car nous n’avançons pas tous au même pas, y compris sur le chemin de l’Évangile. Veillons pour écouter ensemble les secrets de l’amour que notre Dieu veut allumer comme un grand feu dans le cœur de notre monde. Veillons ensemble dans la joie de le savoir tout proche, tout près de nous, à cette heure où nous sommes ici pour Lui.


Oraison

Accorde-nous, Seigneur, d’attendre sans faiblir la venue de ton Fils, pour qu’au jour où il viendra frapper à notre porte, il nous trouve vigilants dans la prière et heureux de chanter sa louange. Lui qui vit et règne avec toi, dans l’unité du Saint-Esprit, Dieu pour les siècles des siècles.



Homélie du dimanche


Mes Frères,


Il y a en chacun de nous une part d’ombre et une part de lumière et nous essayons, durant la majeure partie de notre vie, si ce n’est pas jusqu’à la fin de notre vie, de faire reculer l’ombre et de privilégier la lumière.


Oui, c’est vrai que le bien que nous voulons faire, nous ne le faisons pas toujours et nous découvrons qu’il y a en nous, dans nos membres, une autre loi qui combat notre foi et notre vie intérieure. Et nous pouvons faire nôtres les deux questions du prophète Isaïe qui sont aussi comme deux prières : Pourquoi Seigneur nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et oublier ta présence ? C’est notre part d’ombre… quand nous nous retrouvons impurs, injustes, desséchés, endormis, oublieux de Dieu. C’est encore cette grisaille qui s’installe en nous quand nous avons repris peu à peu ce que nous avions donné à Dieu aux premiers jours de notre amour. Après avoir cru vraiment que c’est lui qui nous avait amené ici pour vivre avec lui et de lui, voilà qu’au lieu de nous en remettre à lui de tout cœur et de toutes nos forces, nous avons recommencé à nous soucier de nous-mêmes. N’oublions pas les paroles terribles dites au psalmiste qui a cessé d’écouter la voix de Dieu : Je l’ai livré à son cœur endurci : qu’il aille et suive ses vues. Nous sommes fragiles comme de l’argile mais c’est entre les mains de Dieu que nous voulons nous remettre pour qu’il nous façonne encore et encore à son image et à sa ressemblance, même si une part de nous demeure toujours aux prises avec le mal, complice de nos errances et de nos incohérences. Ne nous laisse pas errer hors de tes chemins, ne laisse pas nos cœurs s’endurcir sur le chemin que nous avons pris.


Et pourtant nous sommes nés de Dieu. Nous avons en nous la force de vivre en fils de Dieu, en fils de lumière. Nous avons reçu toutes les richesses et aucun don de grâce ne nous manque. Et c’est là tout le paradoxe de nos vies : nous avons tout pour vivre en pleine communion avec le Christ. Et la lumière qu’il est venu mettre en nos vies en venant dans notre monde est bien là en chacun de nous. Pourquoi cette lumière demeure-t-elle si souvent, si longtemps sous le boisseau, sans parvenir à éclairer ni au-dedans ni au-dehors la maison que nous habitons ? Pourtant nous croyons fermement ce que le Seigneur nous redit chaque année tout au long de l’Avent : Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive ta lumière, la gloire du Seigneur s’est levée sur toi.


L’Évangile vient remettre en perspective et l’ombre et la lumière en nous, notre humble condition d’être vulnérable, fragile, pécheur, et notre grandeur filiale, notre dignité d’hommes debout, lumineux, nés de Dieu. Jésus nous invite à rester éveillés et à veiller. Et il le dit à tous : Veillez!

Il s’adresse aussi bien au chercheur de Dieu qu’au veilleur en nous. Le chercheur de Dieu va discerner comment sortir de la torpeur, de l’ombre et de l’oubli de Dieu pour rester davantage en sa présence. Le veilleur va être constamment attentif à tout ce qui est porteur de lumière et d’amour, aux gestes, aux paroles, aux attitudes, aux événements qui disent Dieu dans le quotidien de nos vies.


Le temps de l’Avent est court et il est tout empreint de la joie de la rencontre de Celui qui vient bientôt, Jésus. Veiller est l’attitude parfaite que nous devons adoptée pour bien vivre l’attente de Dieu, l’attente non plus historique ni même à la fin des temps, à son retour, mais l’attente de l’autre avènement, le troisième : celui où il vient en nous…

30-11-20 Saint André (Frère Michel)

Saint André

(Frère Michel)



Préparation pénitentielle

André avec Simon son frère ont lâchés leurs filets et se sont mis en route à la suite de Jésus. Au début de notre célébration, tournons-nous avec confiance vers Celui qui nous appelle à sa suite pour que nous ayons la vie et la vie en abondance…

(Seigneur, accorde-nous ton pardon…)



HOMÉLIE


La fête de saint André introduit notre entrée dans l’Avent, ce temps du long désir, ce temps qui nous prépare à la rencontre de l’Enfant-Dieu, l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.

Le souvenir de cet apôtre ravive notre foi en Jésus, comme l’exprime si bien saint Paul dans l’épître aux Romains : « Si tu affirmes de ta bouche que Jésus est le Seigneur, si tu crois de tout ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé ».


La fête de saint André est aussi un rappel de notre adhésion à la vocation qui est la nôtre, et qui ne veut rien préférer à l’amour du Christ.


Rappelons-nous l’appel qui nous a conduit jusqu’ici, ensemble, sur ce chemin mystérieux de la foi. Tout comme Simon-Pierre et son frère André, cet appel entendu, reçu, est lié aussi à ceux et celles qui, dans nos familles et nos relations, nous ont conduit vers ce choix.


Si cette fête peut susciter en nous la gratitude en songeant à l’appel que nous avons reçu de Dieu, elle nous rappelle aussi que chacune de nos vies, engagées à la suite du Christ, passe par la croix et nous invite à une immense compassion pour les autres. Que cette fête renforce notre communion fraternelle, à travers les joies et les épreuves rencontrées… Qu’elle nous réjouisse de la présence réelle du Christ que nous rencontrons chaque jour en chacun de nos frères et dans le mystère eucharistique que nous célébrons aujourd’hui.


06-12-20 2e Dimanche de l'Avent (Frère Sylvain)

2e Dimanche de l'Avent

(Frère Sylvain)




HOMÉLIE


"Consolez, consolez mon peuple", dit votre Dieu.


La liturgie de l’Avent nous fait de nouveau entendre ce vibrant et poignant appel de Dieu à consoler son peuple. Le redoublement du verbe (consolez, consolez) marque une douce insistance de sa part : cela lui tient à cœur. Cet oracle d’Isaïe, comme toutes les paroles de l’Écriture, dépasse le cadre historique initial qui l’a suscité, et demeure en attente d’accomplissement. Quel peuple de la terre, en effet, Dieu ne veut-il pas consoler de tous ses malheurs, de toutes ses détresses, de toute sa souffrance ? Quelle page sombre de l’histoire ne veut-il éclairer de sa tendresse, quel drame humain ne veut-il apaiser d’un geste de compassion ? En fait, n’est-ce pas toute l’humanité, avec la succession ininterrompue de ses deuils en raison de notre finitude et de notre mortalité, qui aspire à être consolée ?


Pour le prophète, l’invitation par Dieu à consoler son peuple survient après le drame de la destruction du temple et de la ville sainte, et la déportation du peuple à Babylone. Avec toute la tradition biblique qui l’a précédé, et dans le cadre de l’Alliance, Isaïe voit dans ce drame la juste rétribution du peuple d’Israël pour les fautes commises : « Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes. » Dans cette perspective, la main du Seigneur qui s’apprête à consoler, à effacer les larmes sur tous les visages, est d’abord celle qui a frappé durement, doublement, pour les fautes commises. 


Depuis la venue de celui que Jean Baptiste annonçait, on ne peut certes plus tenir un tel discours. La pandémie qui frappe la population mondiale, les catastrophes qui surviennent en raison des changements climatiques, les désordres sociaux, la violence et la guerre qui obligent des populations entières à migrer, ne sauraient être attribués à une décision divine qui voudrait nous faire payer les écarts commis contre la loi promulguée par Moïse, ou même contre le commandement de l’amour. Dieu nous laisse cependant porter le poids de notre histoire collective et de notre histoire personnelle, alourdie par les conséquences séculaires de nos choix et de nos errances. Nous devons assumer les conséquences de nos décisions et de nos actes. Ce que le pape François met bien en relief dans ses dernières encycliques, en nous invitant à être responsables dans la gestion de notre maison commune, à être solidaires les uns des autres, à être fraternels. Non, Dieu ne saurait ajouter à notre fardeau déjà lourd à porter, il ne veut point appesantir notre joug; bien plus, il veut nous en libérer et nous procurer le repos, car il est doux et humble de cœur.


Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem.

Pour consoler, il suffit à Dieu de parler au cœur. De susciter l’espérance. Au peuple en exil, Isaïe annonce la libération prochaine, le retour sur la terre d’Israël. Il invite à préparer pour le Seigneur une route dans le désert. Car c’est lui, le Seigneur, qui revient habiter la ville sainte et son temple, en chemin avec son peuple qui le précède comme un trophée de victoire. Telle est la bonne nouvelle, l’évangile de la consolation de Jérusalem.


Si l’exil était pour Isaïe un châtiment reçu de la main du Seigneur, son retour de captivité, grâce à l’avènement du roi Cyrus et à la chute de Babylone, relève de sa toute-puissance : « Voici le Seigneur Dieu! Il vient avec puissance; son bras lui soumet tout. » Sa main était à l’œuvre pour châtier, maintenant c’est son bras qui se montre victorieux des ennemis de son peuple. Là encore, depuis la venue de celui que Jean-Baptiste désignait comme plus fort que lui, on se saurait souscrire à une telle lecture de la réalité. Dieu, dont la toute-puissance est celle de l’amour, ne saurait contraindre les personnes et les évènements pour les faire entrer de force ou malgré eux dans son projet de salut. Si Dieu influe sur le cours de l’histoire, c’est en suscitant notre libre participation, notre libre adhésion. Comme il l’a fait pour Marie, pour Joseph, pour Jésus lui-même. Et il ajuste son projet en fonction de nos réponses et de nos refus.


On pourrait prendre l’image d’une partie d’échec. Chaque joueur ajuste ses coups et sa stratégie en fonction de ceux engagés par son adversaire. Il y a des règles à suivre et à respecter, mais rien n’est planifié d’avance, et on ne connaît pas au départ l’issue de la partie. Ce n’est qu’une image, car avec Dieu, il faudrait parler d’un jeu de réussite plutôt que d’un jeu d’échec. Car Dieu veut la réussite, humaine et spirituelle, de l’humanité et de chacun de nous. Et la croix de Jésus en témoigne, Dieu se fait perdant pour que l’on soit gagnant. Mais sa défaite même est en fait sa victoire.


Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. À qui Dieu demande-t-il ainsi de consoler son peuple ? À tous ceux qui entendent ces paroles, bien sûr. Mais avant que ces mots ne résonnent aux oreilles de notre cœur, peut-être ont-ils résonné au cœur de Dieu. N’est-ce pas le Père qui invite son Fils, sa Parole éternelle, à devenir lui-même la consolation d’Israël et de toute l’humanité, et qui invite l’Esprit à devenir l’Esprit consolateur de toute sa création ?


07-12-20 2e Lundi de l'Avent (Dom André)

2e Lundi de l'Avent

(Dom André)




HOMÉLIE


Mes Frères,

Un désert de tous côtés, une terre où l’on n’arrive plus à étancher la moindre soif d’eau, de justice, de paix, d’amour, un pays aride où les murs et les frontières empêchent la vie de passer et nous tiennent à distance les uns des autres, des mains qui défaillent et restent ouvertes, impuissantes, incapables de venir en aide, des genoux qui fléchissent non pour adorer mais d’épuisement, des yeux qui ne voient plus la beauté des autres, des oreilles qui n’entendent plus ce qui parle en nous dans le silence, des boiteux qui oublient d’où leur est venue cette blessure au côté dans leur combat spirituel.


Tout cela ressemble beaucoup à la saison que nous traversons dans la maison commune où nous habitons en cette année "covidienne" de l’histoire. Et pourtant une parole de consolation, de réconfort, une parole d’espérance est inscrite dans tout ce que nous vivons, une parole prophétique : Là, il y aura une voie qu’on appellera la Voie sacrée. Il y a un chemin sacré dans tout ce que nous vivons, tant en Église qu’en humanité. Il y a un chemin…


Pourtant rien ne semble se passer. Entre sa naissance et le début de sa vie publique, Jésus a vécu près de 30 ans sans paroles et sans actes marquants. Mais pour Dieu, il n’y a pas de temps morts, il n’y a que des temps de gestation, des temps où la vie se prépare à surgir. Le paralytique n’a rien demandé, et de fait, on ne sait pratiquement rien de lui. Jésus ne s’enquiert même pas de sa foi, de ce qu’il veut, de son désir. Il le guérit mais c’est à cause de la foi fervente et inventive des porteurs qui ont trouvé le moyen d’amener cet homme devant lui.


Il y a un chemin dans tout ce que nous vivons et ce chemin commence par la foi, notre foi, en ce que Jésus peut accomplir… si nous portons notre monde devant lui…


08-12-20 Solennité de l'Immaculée Conception (Frère Martin)

L'Immaculée Conception

(Frère Martin)




HOMÉLIE


En Jésus, Dieu nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard… 


Frères, le passage choisi en 2e lecture pour la solennité de l’Immaculée Conception est assurément une des plus belles pages des lettres de Paul. En quelques mots, tout est dit du dessein de Dieu… ou plutôt tout ce qui peut être dit au moyen de la révélation…


Avant même de façonner la création, le Père nous voulait unis à Lui, en Jésus, dans une sainteté sans reproche, sous son regard miséricordieux. Voilà ce qui se trouve en amont du mystère de l’Incarnation et de celui de la Croix. Voilà ce à quoi nous sommes appelés, nous, les enfants de Dieu… Voilà ce que Marie a pleinement vécu dans sa vie de femme, d’épouse et de mère… Voilà ce que nous célébrons au début de l’Avent…


En effet, qu’est-ce que la fête de l’Immaculée Conception sinon la pleine réalisation du projet de Dieu dans une existence humaine de tous les jours… dans la banalité comme dans l’émerveillement du quotidien… L’Immaculée, c’est la victoire complète de Marie sur le mal et le péché, sur tout ce qui menace et divise notre être de fils de Dieu. C’est ce que suggère la 1ère lecture alors que la femme meurtrit la tête de l’antique serpent…


Marie est bien sûr l’unique personne à avoir été préservée du péché en un privilège qui émane de la grâce du Très-Haut… Et la prière d’ouverture de la solennité nous fait bien comprendre que ce privilège est dû à la victoire remportée par Jésus sur le péché et sur la mort : une victoire anticipée qui a des effets avant même d’avoir été obtenue. Pour le dire autrement, Marie fut préservée par une grâce divine qui anticipait déjà la mort et la résurrection de Jésus. Si Marie est immaculée en sa conception ce n’est pas en raison de sa nature ou par son propre mérite, mais par grâce… ce qui veut dire également par une ouverture totale au don de Dieu : c’est le fiat de Marie : qu’il me soit fait selon ta parole.


La rencontre du « oui » de Dieu avec la personne de Marie comme « oui » sans réserve, c’est ça l’absence de péché originel. Être préservée du péché n’implique certes pas une habileté quelconque ou une performance particulière, cela signifie plutôt que Marie ne réserve pour elle seule aucun domaine de son être, de sa vie, de sa volonté, mais au contraire, qu’elle devient véritablement elle-même dans la totale dépossession de sa vie à son Seigneur… Ce qui a fait dire à Maurice Zundel dans une formule bien tournée que le mystère de l’Immaculée Conception « c’est lorsque la grâce de la dépossession devient la réponse de l’appropriation » : voici la servante du Seigneur…


Et c’est ici que Marie est un modèle pour nous, une route à suivre, une lumière pour nos pas. Comme Jésus lui-même qui n’a pas été « oui » et « non », mais uniquement « oui », la Mère de Dieu a vaincu ce mal qui empoisonne et brise des vies humaines, qui n’élève en rien ni l’humain ni la création, mais les abaisse et les humilie… ce mal intraitable qui ne rend pas l’homme et la femme plus grands, plus sains, plus riches, mais les réduit et les fait devenir plus petits que ce à quoi ils sont appelés par Dieu en son amour, à savoir être irréprochables en son pardon inconditionnel…


De Marie, nous avons à apprendre jour après jour que celui ou celle qui s’abandonne entre les mains de Dieu ne devient pas une marionnette ou encore un pantin… Bien au contraire, c’est de cette manière qu’il trouve la véritable liberté des enfants de Dieu… Celui ou celle qui, dans une disponibilité sans conditions, s’en remet totalement à Dieu ne devient pas plus petit, mais plus grand, il devient véritablement lui-même sous le regard de son Dieu…


Frères, c’est une joie profonde de savoir qu’il y a une femme sur laquelle le mal n’a eu aucun pouvoir, une femme qui n’a jamais été atteinte par cette propension à faire le contraire de ce que l’on désire pourtant profondément... Et c’est une joie plus grande encore que de penser que la plénitude de la mère de Jésus, c’est la présence gracieuse de Dieu en elle, ce surcroît de vie éternelle avec laquelle le Père, le Fils et l’Esprit ont signé tout ce qui existe aux cieux et sur la terre…


Quant à nous, dans l’attente du pas-encore, de cette pleine réalisation du Royaume des cieux tel que voulu par le Père en son amour, il y a le déjà-là de la présence gracieuse du Ressuscité… Il y a cette germination incessante du Règne de Dieu en chacun de nous, ce levain dans la pâte que Dieu seul connaît et fait croître en son temps…


Bien plus, c’est la création tout entière qui est appelée à trouver son accomplissement dans le Ressuscité du matin de Pâques. Et dans sa Conception Immaculée, Marie est le cœur… Marie est le sein de cette création renouvelée… de la plus petite des fleurs à la plus lointaine des planètes…


13-12-20 3e Dimanche de l'Avent (Dom Yvon Joseph)

3e Dimanche de l'Avent

(Dom Yvon Joseph)




HOMÉLIE


Ce dimanche de la joie est éclairé pour nous par les paroles d’Isaïe, de Paul et de Jean-Baptiste :

- « Je tressaille de joie dans le Seigneur… », déclare le prophète et sa joie, c’est d’avoir reçu la mission d’annoncer la bonne nouvelle du salut…


- « Soyez toujours dans la joie… », nous exhorte l’Apôtre. Si nous pouvons être dans la joie, c’est que le Seigneur vient à nous et qu’il ne cesse de se faire proche de nous, ainsi que nous le rappelle ce temps de l’Avent. Saint Paul prend soin de préciser deux attitudes qui non seulement peuvent préserver cette joie en nous, mais qui contribuent à la faire grandir : « priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance… ». Et il ajoute : « c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ ». Joie, prière, action de grâce, c’est la volonté de Dieu pour nous… Merveilleux !...


- De son côté, Jean Baptiste nous laisse deviner la source de sa joie, lorsqu’il affirme aux envoyés des Juifs : « Je ne suis pas le Christ… Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur… » Dans le même évangile selon saint Jean, il redira à nouveau : « Moi, je ne suis pas le Christ… » et il précisera : « Telle est ma joie : elle est parfaite. Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi que je diminue ». (Jn 3, 28-30). Jean trouve sa joie dans sa vocation de précurseur, dans sa mission d’annoncer le Christ… Il la trouve dans le fait d’être lui-même tout simplement et dans l’amour de sa vocation !


 Isaïe, Paul et Jean, nous nous font ainsi découvrir que la joie à laquelle nous sommes conviés aujourd’hui, c’est la grande joie du salut, si nous apprenons à développer en nous les deux attitudes énoncées par saint Paul : « Priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance… » :


- « Priez sans relâche… », c’est une invitation à entrer dans la prière comme dans une source de joie… Comment ne le serait-elle pas, puisque c’est dans la prière, que nous faisons la découverte d’être aimés de Dieu, la découverte de notre être filial et de la vocation à laquelle il nous a appelés… C’est aussi dans la prière que nos vies peuvent s’ouvrir à la joie de la rencontre fraternelle, lorsqu’elles se sont d’abord ouvertes à la joie du service, du partage et du pardon… C’est encore dans la prière que s’éclaire devant nous l’horizon de la vie éternelle vers lequel nous cheminons déjà, dans la foi au Christ ressuscité… C’est ainsi que le temps de l’Avent est un temps d’attente et de désir, où notre désir et le désir de Dieu se rencontrent… Et cette attente est déjà joie, car nous sommes sûrs que Dieu viendra et tiendra sa promesse…


- « Rendez grâce en toute circonstance… » Comment en arriver à cette attitude, si nous ne prenons pas conscience des dons reçus de Dieu, tout spécialement le don du salut ?… Si, dans la foi, nous n’avons pas appris à discerner la présence de ce salut à l’œuvre dans nos vies personnelles et dans la vie du monde ?... Comment en arriver à cette attitude sans que la foi ne vienne ouvrir nos yeux à ce qu’ils sont incapables de voir par eux-mêmes ?... Si nous n’espérons pas « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté à notre cœur, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé » (voir 1Co 2, 9) ?... L’action de grâce vient libérer en chacun de nous des capacités d’admiration et d’adoration envers ce Dieu dont nous sommes aimés et elle fait de nous des célébrants de la vie : la vie déjà reçue et la vie à venir, toujours désirée et espérée…


 La grande joie du salut qui colore ce troisième dimanche de l’Avent est appelée à devenir le climat permanent de notre vie de baptisés : joie de croire qui s’épanouit en joie de vivre… et joie de vivre qui se nourrit et se renouvelle dans la joie de croire !... Déjà, elles ont une saveur d’éternité et elles désirent l’éternité avec Dieu et en Dieu !


17-12-20 3e Jeudi de l'Avent (Dom André)

3e Jeudi de l'Avent

(Dom André)



HOMÉLIE


Mes Frères,


Il y a très souvent une intention, une vision spirituelle ou même théologique derrière des textes bibliques qui nous paraissent pourtant historiques, chronologiques et descriptifs. Par exemple, saint Jean Baptiste est décrit comme un ascète solitaire qui mangeait des sauterelles et du miel. Pourquoi des sauterelles et pourquoi du miel ? Pour qui a voyagé en Afrique, ce n’est pas totalement surprenant de manger des sauterelles grillées et du miel sauvage. Mais derrière cette description apparemment historique, se profile une autre réalité : voilà un homme qui réunit en sa personne le passé et l’avenir, l’histoire antérieure et la promesse d’un futur, l’une des plaies d’Égypte, les sauterelles, en vue de la libération du peuple et un premier écho de la terre promise ruisselant de lait de miel.


Alors quel sens prend donc ce matin la description des trois fois quatorze générations d’Abraham à Jésus ? Il ne s’agit pas tellement d’établir la parenté de Jésus, sinon pourquoi ne pas être remonté plus loin qu’Abraham, jusqu’à Adam, jusqu’au premier homme de cette Création que Jésus vient renouveler ? Ne s’agit-il pas plutôt de l’histoire d’alliance entre Dieu et son peuple, avec des hauts et des bas puis de nouveau un sommet avec Jésus au terme de la dernière génération. Jésus est porté par la tradition et l’espérance d’un peuple qui a déjà un très long vécu avec son Dieu. Mais partir d’Abraham nous donne un indice déterminant : nous partons du père des croyants. Ce serait donc aussi une généalogie de foi, une histoire de foi. Une histoire humaine de foi où tout d’ailleurs n’est pas en ligne droite et en perfection.


Cinq femmes sont nommées dans cette succession d’hommes : Tamar, l’incestueuse qui aura une descendance avec Juda, Rahab, la prostituée qui protégera les envoyés de Moïse au nom de l’hospitalité, Ruth la moabite, une étrangère, qui choisit de rester fidèle à l’Alliance même quand elle n’a plus de mari, Bethsabée qui commet l’adultère avec David, perd leur premier-né puis met au monde Salomon. Et enfin Marie dont la maternité va soulever beaucoup de questions dans son entourage. La vie de ces femmes a été difficile et pourtant elles ont chacune leur place dans la généalogie de Jésus. Chacune d’elles à travers son parcours unique, comme chaque vie humaine, nous donne l’exemple d’une fidélité inventive et créatrice, d’une prise en compte d’une valeur précieuse : la continuité de la vie, l’accueil des hôtes, la fidélité d’un engagement, l’amour retrouvé et la relation vivante avec Dieu. Jésus est également l’héritier de toutes ces femmes nommées, ou demeurées inconnues, et de leur contribution indéniable dans l’histoire de son peuple.


La finale de l’Évangile nous tourne vers une autre dimension. Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, celui qu’on appelle le Christ. On ne dit pas que Joseph engendra Jésus avec Marie, ce que l’on nous dit c’est que Joseph n’est pas le père biologique de Jésus. La naissance de Jésus va bien au-delà d’un simple engendrement. Il y a déjà dans ce seul verset une ouverture incroyable : Jésus est né pour tous, y compris pour nous. Il le soulignera lui-même un jour (Mt 12,50) ; les membres de sa famille ne sont pas tant ceux de son sang que ceux de sa foi : Quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère. C’est donc dire que la généalogie de Jésus se poursuit après qu’il soit né parmi nous. Elle se continue dans la foi de tous ceux et celles qui croient en lui et qui le suivent encore aujourd’hui sur les chemins de l’Évangile.


Avant que nos noms ne soient inscrits dans les cieux, ils figurent déjà dans l’histoire sainte du peuple de Dieu car, par la foi, nous faisons partie de la généalogie du Christ Jésus, nous sommes de sa famille et de sa descendance.


20-12-20 4e Dimanche de l'Avent (Frère Bruno-Marie)

4e Dimanche de l'Avent

(Frère Bruno-Marie)



HOMÉLIE


Mes frères,


L’évangile que nous venons d’entendre, nous raconte la merveilleuse histoire d’amour d’un soupirant qui attend le consentement de sa bien-aimée. Le soupirant n’est nul autre que notre Dieu trois fois Saint et la bien-aimée, une jeune vierge du village inconnu de Nazareth appelée Marie.

Le soupirant , notre Dieu trois fois saint, Père Fils et Esprit Saint. avait prévu de toute éternité la chute de nos premiers parents et dans son grand amour pour notre humanité, il avait conçu dans son très grand amour pour notre humanité un plan « B » selon lequel il viendrait lui-même renouveler l’Alliance avec nous.


Pour ce faire, Dieu le Père, première personne de la Sainte-Trinité, enverrait dans notre monde son Fils unique, son bien-aimé, celui en qui Il a mis toute sa complaisance. Et pour bien montrer qu’Il en était vraiment le seul et unique père, la mère se devait d’ être vierge et de plus, comme le veut la coutume juive, c’est lui-même Dieu le Père choisirait le nom de l’enfant. C’est pourquoi l’ange Gabriel dit à la jeune vierge de la part de Dieu le Père: « tu lui donneras le nom de Jésus ».


Ce Jésus, deuxième personne de la Sainte Trinité, était Dieu né de Dieu Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré non pas créé, de même nature que le Père et par Lui tout avait été créé. Envoyé par le Père, il prendrait chair de la vierge pour accéder au trône de David son ancêtre selon la chair et pour établir sur notre terre un règne qui n’aurait pas de fin.

Enfin, pour que puisse se réaliser ce merveilleux plan « B », l’Esprit Saint, la troisième personne de la Saint Trinité, prendrait la jeune vierge sous son ombre. C’est pourquoi l’enfant qui naîtrait d’elle serait saint et serait appelé Fils du Très-Haut.


Tout ce plan d’amour inimaginable et même incroyable sans la grâce dépendait cependant d’une seule chose: Du consentement de la bien-aimée. Celle-ci nous dit l’évangile s’ appelait Marie.

Pourtant, chose curieuse, ce n’est pas par ce nom que la salue l’ange Gabriel. Il ne lui pas: « Je te salue Marie » mais bien: Je te salue Comblée de Grâce ». Et quand 2000 ans plus tard à Lourdes, Bernadette lui demandera son nom, Aquéro, la chose, ne répondra pas: « Je suis Marie » mais bien: « Je suis l’Immaculé conception » c’est-à-dire: « Je suis la comblée de grâce dès le premier instant de ma conception ».


C’est sur cette page vierge, absolument sans aucune tache. d’une blancheur immaculée, que le soupirant, notre Dieu trois fois saint, voulait écrire les premières lignes de la nouvelle Alliance. Et en cette heure, Il se tenait là attendant du consentement de la bien-aimée, une jeune fille d’une quinzaine d’années. 


Jamais attente n’avait paru aussi longue et jamais responsabilité n’avait été aussi lourde, celle de la venue au monde ou non de notre Sauveur.


Mes frères, Marie plus que tout autre a trouvé grâce auprès de Dieu. C’est par Elle que nous vient notre Sauveur. C’est est par Elle que nous vient toutes grâces. 


25-12-20 Messe de la nuit de Noël  (Dom André)

Messe de la nuit de Noël

(Dom André)



HOMÉLIE


Mes Frères, après plus de deux mille ans, l’Enfant de la crèche attire encore les gens. Jésus durant toute sa vie va exercer un magnétisme incroyable. Il lui suffit, en passant près de quelqu’un, de lui dire : « toi, viens, suis-moi » et l’autre aussitôt se met à le suivre. Mais un nouveau-né dans une mangeoire ? Oui, un enfant nous est né ! Pour célébrer notre foi, en cette nuit de Noël, nous sommes encore debout, à une heure plutôt insolite pour nous moines, et nous sommes dans la joie. Ce n’est pas la joie d’une surprise inattendue, bien au contraire, nous aimons faire mémoire de ce premier avènement car nous savons et nous croyons que Dieu s’est vraiment engagé dans cet être humain, dans ce nouveau-né, Dieu s’est tellement engagé en lui qu’il nous faut sans cesse repartir de lui, de sa vie cachée et publique, de sa passion et de sa mort donnée pour nous, de sa résurrection, pour découvrir le visage lumineux de Dieu tourné vers nous. 


Nul n’a jamais vu Dieu : le Fils unique, lui, l’a fait connaître et nous y a conduits pas à pas. Il est venu habiter parmi nous. C’est lui, encore enfant, qui nous fait comprendre l’engagement réel de Dieu dans la chair humaine et dans le cours de l’histoire humaine, dans un espace et à une heure précise de l’histoire de notre humanité quand tout l’univers était en paix. Il prend notre condition humaine, il s’incarne parmi nous et s’engage dans notre histoire pour la renouveler, la restaurer, pour éclairer sa destination originelle qui est d’être une histoire d’amour. Il vient pour nous remettre sur cette route de l’amour, il nous apporte sa lumière et sa vie pour aimer. C’est un don plein de joie et d’espérance dans ces temps et ces jours où nous vivons plein de paradoxes : de grandes précarités, des deuils, des conflits mondiaux qui ne sont pas encore résolus mais aussi de belles fidélités et des solidarités nouvelles.


Devant Jésus, l’enfant nouveau-né, imitons l’attitude de Joseph qui, durant toute sa vie va aimer cet Enfant et Marie, sa Mère. S’il est là cette nuit auprès de l’Enfant et de la Mère, aimant et silencieux, Joseph a dû commencer par accueillir sa propre histoire avec ce qu’il n’avait pas d’abord choisi de vivre et ce qui ne correspondait pas vraiment à son désir et à son rêve de départ. Nous aussi nous avons, chacun d’entre nous, à assumer notre propre histoire avec ce qui la traverse depuis toujours, les blessures inguérissables avec lesquelles nous devons vivre, les failles du cœur ou de l’esprit, évidentes ou secrètes, qui nous font souffrir, tout ce que nous n’avons pas choisi dans notre vie ou qui ne s’est pas déroulé comme nous l’aurions rêvé. En étant là, cette nuit de Noël, aimant et silencieux comme Joseph, nous pouvons faire comme lui et prendre Jésus et Marie dans notre vie, pour les aimer et à les servir. 


Comme chacun de nous, Joseph ne manquait pas de forces et de ressources en lui. Avec Marie sur le point d’accoucher, il vivait, la situation de milliers de migrants, de réfugiés, d’enfants qui naissent et grandissent sans maison et sans toit, d’exilés qui de nos jours encore n’ont toujours pas de lieu, pas de place où s’installer et vivre. Mais avec courage et beaucoup de créativité, Joseph aménage un lieu d’accueil pour Marie et celui qui va naître, le Fils du Père éternel. Ce n’est pas l’idéal. Il n’avait sûrement pas rêvé que la naissance de Jésus se déroulerait dans une étable mais il ne s’est pas arrêté au problème, il a trouvé et créé un espace pour eux, comme un père le fait quand il aime… l’Enfant et sa Mère.


Nous avons vu il y a une dizaine d’années, un film qui s’intitule La vie est belle. C’est l’histoire d’un jeune père juif, déporté avec son fils, et qui, pour lui épargner la vue des horreurs du camp et de la cruauté des hommes, invente pour son fils toutes sortes de jeux d’imitation, de cache-cache. Il aime son Enfant. Jésus et Marie sont le trésor de Joseph et ils sont aussi le trésor de notre foi. 

Cette nuit, des bergers sont venus à la crèche. Il y a toujours des bergers dans l’histoire de l’humanité, il y a toujours des hommes et des femmes qui sont les anges et les gardiens de leurs frères et de leurs sœurs. Jésus attire depuis sa naissance jusqu’à son élévation en croix ces anges et ces gardiens, médiateurs humains, qui veillent sur d’autres et prolongent son incarnation auprès des gens dont il se fait proche.


Le mystère joyeux de cette Nuit de Noël est grand et merveilleux : il nous donne de contempler Dieu engagé dans un être humain nouveau-né, Jésus, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous. Symboliquement, Frère Jean-Philippe a porté l’Enfant dans ses bras. Il l’a fait au nom de nous tous. Maintenant c’est à nous de prendre et de porter Jésus dans notre cœur, de prendre et de por-ter dans notre cœur et dans notre prière tout le Corps vivant du Christ : nos frères en communauté mais aussi tous ceux et celles qui en cette Nuit de Noël sont seuls et se disent : sûrement quelqu’un me fera signe, priera pour moi et son cœur sera ma crèche.


25-12-20 Messe du jour de Noël (Dom André)

Messe du jour de Noël

(Dom André)



HOMÉLIE


Mes Frères,


Le cœur de notre foi, nous le savons et nous le croyons, c’est la Résurrection : nous croyons que Jésus est vraiment ressuscité et que sa Résurrection a introduit dans notre univers une nouveauté, une vie nouvelle qui est déjà commencée. Mais l’incarnation de Jésus que nous célébrons en ce jour de Noël vient donner tout son sens à ce que nous vivons depuis qu’il est ressuscité, vivant et présent avec nous tous les jours. En Jésus, quand il a pris notre chair et s’est fait l’un de nous, Dieu s’est impliqué avec un amour sans mesure et définitif dans le cours du temps et de toute l’histoire entre lui et nous. Il a pris le chemin de notre chair humaine fragile, il s’est attaché à nous, il a vécu la condition humaine jusqu’à partager le sort des migrants, des victimes de toutes maladies, incompréhensions, abandons, injustices et trahisons, jusqu’à mourir sur une croix. Il a pris le chemin de la réalité humaine et nous a montré comment le parcourir et le vivre à notre tour. Et la terre entière a vu et peut encore voir ce qu’il nous a donné ainsi en habitant parmi nous…


Le Verbe était la vraie lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Jésus a fait le don de cette lumière à tout être humain. Elle nous permet aujourd’hui de découvrir de plus en plus, de mieux en mieux, le visage de Dieu, le visage du Père éternel que Jésus nous a révélé. Par sa lumière, nous voyons que notre Dieu ne s’impose pas comme un créateur et un sauveur, malgré nous, mais c’est en se faisant proche avec une attention pleine de force et de douceur, à la manière d’un père ou d’un frère, qu’il libère et rend à la vie tout être humain quel qu’il soit et quel que soit son état. Il touche le cœur, l’âme, ce qui existe entre lui et nous, et il nous remet sur la route... Il est le bon samaritain qui se sert de la médiation d’autres êtres humains pour nous venir en aide et pour renouveler notre vie et la rendre lumineuse. Parfois nous sommes extrêmement reconnaissants, non sans raison, à des hommes et des femmes, qui sont ainsi survenus et intervenus dans notre vie pour nous amener à ouvrir les yeux et à retrouver la lumière en nous. Mais ils n’étaient pas la lumière, ils étaient là simplement pour rendre témoignage à la lumière et nous laisser voir le Christ Jésus en transparence.


Mais qu’est-ce donc que ce lien que Dieu vient toucher entre lui et nous dans notre cœur ? D’où nous vient cette joie devant un Enfant nouveau-né ? C’est que cet Enfant est notre frère. Le Verbe s’est fait chair mais il s’est aussi fait notre Frère nous révélant ainsi que nous aussi nous sommes nés de Dieu. Nous ne sommes pas nés seulement du sang et de la volonté charnelle de nos parents, mais nous sommes bel et bien nés de Dieu. Quand ils expliquent la création du monde depuis ses débuts, les astrophysiciens et les grands scientifiques finissent pas en arriver à la conclusion de nous sommes porteurs de « poussière d’étoiles ». C’est plus que les étoiles du regard allumé de l’enfant en nous, c’est tout notre corps qui serait constitué de poussière d’étoiles. C’est fascinant et nous nous en émerveillons. Mais la lumière qui nous vient de Dieu dans le Verbe, dans la Parole éternelle de Dieu, la lumière qui nous habite parce que nous sommes nés de Dieu est infiniment plus merveilleuse encore.


Et nous avons tous part à sa plénitude. Elle donne un autre relief à tout ce que nous vivons. Je reviens à l’intuition du Bhx Christian de Chergé dans son testament spirituel quand il veut plonger son regard dans celui du Père pour contempler (pas saisir ou comprendre, mais bien : contempler) comment Dieu voit ses enfants de l’Islam tels qu’Il les voit. L’intuition de Christian lui a fait voir l’unité entre tous les enfants de Dieu, unité bien entendu encore à découvrir, construire et incarner sur terre mais qui existe déjà en Dieu. C’est bien ce que la lumière du Verbe ouvre en nous comme horizon : aller au-delà de toutes les frontières de nos différences. L’épître aux Hébreux (He 11,27) décrit Moïse comme un homme qui tenait ferme dans sa foi comme s’il voyait l’invisible et nul doute que la lumière qui l’habitait lui donnait cette perspicacité du regard. La science n’a pas fini de faire la lumière sur les profondeurs des océans et de l’univers céleste. Mais la lumière de Dieu en nous a un tout autre pouvoir. Elle donne au centurion de reconnaître, au-delà des apparences, le Fils de Dieu dans un homme agonisant en croix. Elle nous donne un regard nouveau capable de porter à tout être humain de la joie et de l’espérance.


Il n’y a pas d’événement plus extraordinaire ni de plus mystérieux dans notre histoire humaine que la naissance de Jésus : le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. Dieu nous a parlé par son Fils ! L’Enfant de la crèche est Dieu et ce Dieu ne cesse jamais de venir à notre rencontre pour notre plus grande joie !


26-12-20 Saint Étienne (Dom Yvon Joseph)

Saint Étienne

(Dom Yvon Joseph)



HOMÉLIE


Hier, nous avons célébré la naissance sur terre du Fils de Dieu, notre Sauveur. Aujourd’hui, nous célébrons la naissance au ciel du diacre Étienne, son premier martyr, son premier témoin. Le jour de Noël, en un sens, est proche du Vendredi saint… Bethléem fait déjà signe vers Gethsémani… La mangeoire fait déjà signe vers la croix…


Le rapprochement entre la naissance de Jésus et la mort de son premier martyr nous fait voir que le mystère de la naissance du Fils de Dieu à Noël est intimement lié au mystère de sa mort sur la croix au Calvaire… La naissance de Jésus et sa mort violente nous disent la passion de Dieu pour le salut de l’humanité, la passion de Dieu pour le salut de chacun de nous ! Certes le contraste est grand entre la beauté de la naissance et la souffrance de la mort, mais il laisse pressentir le sérieux de l’engagement de tout disciple qui, comme le diacre Étienne, répond à l’appel de marcher à la suite de Jésus !


Dans son martyre, par fidélité à sa foi dans le Seigneur Jésus, Étienne témoigne de son unique désir : revivre fidèlement en sa chair la passion de son Seigneur. Alors que Jésus en croix s’adressait à son Père, Étienne, lui, s’adresse à son Fils. Jésus crucifié a déclaré : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». À son tour, Étienne déclare : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché ». Jésus est mort sur la croix dans un total abandon : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit ». À son exemple, Étienne meurt en exprimant sa totale confiance : «Seigneur Jésus, reçois mon esprit ». En Étienne comme en Jésus, c’est la passion de Dieu qui se vit : la passion du Don, la passion de l’Amour fidèle jusqu’au bout…


Alors que nous écoutons depuis quelque temps, au début de nos repas, des paroles choisies de nos bienheureux frères martyrs de Tibhirine, nous entrevoyons bien que c’est la même passion de Dieu qui s’est vécue en eux et qui leur a donné la force de demeurer fidèles jusqu’au bout, dans leur vie totalement donnée pour Dieu et pour l’Algérie…


Puisse encore cette passion de Dieu, mes frères, habiter chacun de nous dans notre vie monastique, afin que nous devenions toujours plus fidèles dans notre engagement à la suite de Jésus, par le martyre quotidien du « goutte à goutte » et du « coude à coude » fraternel, ainsi que l’exprimait Dom Christian…


27-12-20 La Sainte Famille (Frère Michel)

La Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph

(Frère Michel)



HOMÉLIE


La dévotion pour la sainte famille de Jésus s’est d’abord développée en Nouvelle-France dès le XVIIème siècle avant que sa fête liturgique ne soit adoptée par l’Église Universelle en 1921.

On se souviendra de la grande dévotion qui animait Mgr de Laval quand il installa un tableau de la sainte famille au somme de sa cathédrale durant le siège de Québec par la flotte britannique en 1690.  Et si la capitale de la Nouvelle-France résista aux bombardements anglais, c'est que, selon la religieuse Hospitalière Mère Jonchereau de Saint-Ignace: " tous les coups que les Anglais visaient su l'image de la Sainte-Famille passaient par-dessus Québec..."


Mais au-delà cette dévotion populaire encrée dans l’histoire de notre peuple, qu’est-ce que la fête de la sainte famille signifie pour nous aujourd’hui?

En fait, on ne sait pas grand-chose à quoi pouvait ressembler la vie quotidienne de Jésus dans son enfance, puisque les Évangiles sont muets à ce sujet. Pour se faire une idée plus précise sur ce que qu’était la vie d’une famille juive de cette époque, il faut se tourner vers les historiens.


Dans son livre « Les années obscures de Jésus », Robert Aron nous éclaire sur certains aspects historiques et sociologiques de la Galilée. Il décrit Nazareth, au tournant du premier siècle de notre ère, comme étant une bourgade agricole de quelques centaines de personnes qui vivait un peu sur elle-même et qui ne fut pas tellement infiltré par les courants culturels grec ou latin, alors que le reste du pays était fortement «occupé». Sa population était campagnarde, artisanale et on pense qu’elle aurait été un bastion du patriotisme juif. Pour les citadins des grandes villes (comme les gens instruits de Jérusalem en particulier) les nazaréens étaient perçus comme des rustres à la limite grossiers. Leur façon de parler l’araméen avait un accent du terroir qui les faisaient reconnaître entre tous les autres et qui les ridiculisaient. Rappelons-nous ici la remarque méprisante de Nathanael lorsqu’on lui parlera du célèbre prophète de Nazareth : « De Nazareth? diras-t-il, incrédule … Peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth… ? ».


En épigraphe du roman de Fridriech Hölderlin, l’Hypérion, on peut y lire cette citation : « Ne pas être contenu par ce qu’il y a de plus grand mais être contenu par ce qu’il y a de plus petit, cela est Divin ».

En effet, c’est à Nazareth, cette petite bourgade insignifiante de Gallilée que Jésus, le fils du Très-Haut, va grandir, vivre et travailler durant trente ans. Trente années à ne rien faire d’exceptionnel… sinon à exercer le métier de charpentier dans le plus parfait anonymat. « Ne pas être contenu par ce qu’il y a de plus grand mais être contenu par ce qu’il y a de plus petit, cela relève du Divin ».


Et à quoi pouvait ressembler la vie quotidienne de la famille de Jésus…

Durant la retraite de Trente jours, saint Ignace propose aux retraitants de pratiquer la contemplation imaginative. La contemplation imaginative est une manière de prier qui, sous l’inspiration de l’Esprit saint, nous met en présence d’une scène évangélique, comme si nous y étions présents nous-même. Le but de ces contemplations est d’apprendre à connaître intimement le Christ dans sa vie cachée ou publique afin de mieux l’aimer et le suivre. Ce type de méditation est particulièrement approprié lorsqu’il s’agit de prier certains mystères de la vie de Jésus et que nous ne disposons pas de textes évangéliques pour alimenter notre méditation.


M’étant adonné à la contemplation sur l’enfance de Jésus dernièrement, j’ai noté quelques réflexions que je vous livre ici en vrac :

Je remarque tout d’abord qu’au sein de la famille de Jésus, l’ordre des fonctions est à l’inverse de l’ordre du mérite. Le moins saint des trois, Joseph, est le patron qui commande aux deux autres.

Bien sûr, Joseph est un homme juste, mais c’est un pécheur qui a besoin de faire son examen de conscience de temps en temps, comme vous et moi.


Et le plus saint des trois, Jésus, est celui qui obéit aux deux autres. Il y a quelque chose d’émouvant de voir Jésus enfant, adolescent et jeune adulte, qui est Dieu-même et qui accepte de se soumettre au modèle familial humain… Le philosophe Emmanuel Lévinas parlera avec justesse, de « L’humilité de Dieu ». Oui! L’humilité d’un Dieu qui accepte d’enfouir sa divinité dans notre humanité afin que notre humanité en soit divinisée.


En poursuivant ma contemplation, je remarque que ces trois personnes forment la communauté parfaite. Oui bon d’accord, et ce qui est aidant, c’est qu’ils n’avaient pas besoin de la construire au départ mais, ensuite… comment la vivaient-ils dans le quotidien ?


D’abord, je les imagine lorsqu’ils sont réunis à table pour le repas – parce que toute communauté se réunit autour de la table à l’occasion du repas – et je porte attention sur ce qu’ils disent. Et je suis bien obligé de constater que leur propos sont pleins de respect et de charité. Je n’imagine pas Marie disant: « Vous savez quoi, je suis allé chercher de l’eau à la Fontaine tout à l’heure et j’ai vu la voisine : Ouh là là ! Quel numéro celle-là ! » Bien sûr, j’imagine qu’ils devaient plaisanter à l’occasion mais pas de cette espèce de plaisanterie qui consiste à lancer des petites flèches avec une petite goutte de venin sur la pointe. Non : ce ne devait jamais être des propos qui font mal ou qui font du mal.


Ensuite je constate qu’ils ont une vie de famille qui est rythmée par des temps de prière et des temps de travail bien circonscrits: D’abord au rythme de la prière : j’imagine mal la famille de Jésus commencer la journée le matin ou aller se mettre au lit le soir sans s’être recueillie devant Dieu pour le prier et le louer. Difficile d’imaginer Joseph disant : « Bon, on a beaucoup travaillé aujourd’hui, on va se coucher comme ça…pour une fois, Dieu pourra bien se passer de nos psaumes… »


Et lorsqu’ils sont au travail, je peux constater que chacun fait tout avec générosité et avec le souci du travail bien fait.

Qu’ils soient à l’atelier en train de fabriquer un socle de charrue pour un voisin moins fortuné ou chez un scribe pour lui installer une bibliothèque, Jésus et Joseph sont soucieux du travail bien fait, peu importe le statut social de leur client.


J’imagine aussi que tous les trois font leur juste part pour que leur maisonnée soit toujours propre et accueillante. Je suis sûr qu’ils ne doivent pas tourner les coins ronds, comme on dit… Personnellement, quand je balaie ma chambre et que j’ai la tentation de tourner le balai autour des pieds de ma chaise, je me dis que Marie n’aurait pas fait comme ça dans sa chaumière à Nazareth : elle aurait sûrement déplacé les chaises pour passer le balai correctement sous la table de la cuisine. Oui, chacun devait faire tout avec générosité et avoir le souci du travail bien fait…


À la lumière ces quelques réflexions issues de ma contemplation sur la sainte famille : Qu’est-ce que cette fête peut signifier pour nous aujourd’hui? Je crois que célébrer la sainte famille, c’est souligner l’humilité de Dieu qui a embrassé notre humanité, et qui a consenti à grandir et mûrir au sein d’une famille ordinaire. C’est réaliser que la sagesse de l’enseignement de Jésus a d’abord été imprégné de tout le quotidien vécu dans sa famille durant 30 ans. C’est se rappeler qu’à travers l’incarnation, Dieu divinise ce que l’humain humanise avec Amour.

« (Consentir à) Ne pas être contenu par ce qu’il y a de plus grand mais (consentir à) être contenu par ce qu’il y a de plus petit, cela est Divin ».


Homélies 2021

01-01-2021 / Marie, Mère de Dieu (Dom André)

1er Janvier: Marie, Mère de Dieu

(Dom André)


Homélie


En ce temps-là, les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem. Ils virent Marie, Joseph et l’enfant, trois pauvres qui s’aimaient tendrement et qui rayonnaient la paix et la lumière de leur amour. Et ils repartirent en racontant ce qu’ils avaient vu, en glorifiant et en louant Dieu. Ils repartirent… Après une telle découverte, c’est presque paradoxal de les voir repartir. Mais nous savons que tous ne sont pas appelés à rester avec Jésus. L’homme qui était possédé par une légion d’esprits impurs suppliait Jésus de pouvoir être avec lui et rester avec lui. Mais Jésus ne le laissa pas faire et lui dit : va dans ta maison et chez les tiens et dis-leur ce que Dieu a fait pour toi. Les bergers repartir et racontèrent partout ce qu’ils avaient vu. Les gens s’étonnaient à la fois de ce qu’ils racontaient mais aussi du fait que cela venait de simples bergers, des gens un peu marginaux et pas très fréquentables. Les gens s’étonnaient mais ils n’auraient pas dû au fond car, dans l’histoire sainte de l’humanité et de leur peuple en particulier, il y a eu des Moïse et des David, de bons pasteurs et de vrais bergers, soucieux de conduire et de protéger leur troupeau là où il pourrait prospérer, loin de tous les dangers possibles. Ils repartirent… mais en réalité, ce n’est pas de la crèche qu’ils sont repartis ce matin-là, c’est de l’Emmanuel, c’est du Christ qu’ils repartirent le cœur en fête ; et leur joie ne pouvait manquer d’être contagieuse tant ils étaient heureux de tout raconter. Ils ne seront sans doute jamais reconnus comme missionnaires mais ils ont transmis la bonne nouvelle pour qu’elle gagne les confins du monde, pour que la terre toute entière adore Dieu et que toutes les nations chantent leur joie. 


Nous avons entendu le psalmiste nous le redire durant tout l’Avent : Tu as aimé Seigneur cette terre et aujourd’hui il ajoute : Sur la terre, tu conduis les nations. Si les nations se mettent à chanter ensemble leur joie, cela ne vient peut-être pas des bergers de la Nativité mais c’est le signe qu’une fraternité nouvelle a fini par gagner peu à peu toute la terre et se répandre dans notre maison commune. La terre a donné son fruit, chantons-nous chaque dimanche matin et tous les jours de l’octave de Noël : une nouvelle génération de scientifiques qui ont tout fait pour mettre au point de nouveaux vaccins. Une nouvelle génération d’hommes et de femmes qui ont remis leur carrière en question pour venir en aide dans les services de santé. Même sans qu’il soit question de Dieu, nous vivons depuis le début de la pandémie, quelque chose de fraternel et de nouveau qui est en train de germer. Et la vraie bénédiction ce serait de tous pouvoir enfin nous reconnaître et nous accueillir les uns les autres, de manière durable, comme des frères et des sœurs, et pour nous croyants comme des enfants du même Père éternel, avec l’Esprit de Dieu en nous. Ce qui a commencé avec l’Incarnation la nuit de la Nativité se poursuit aujourd’hui encore. Il nous revient de le discerner et d’en être reconnaissants.


Et Marie, de qui est né Jésus, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Partir ou rester ? C’était une question qui ne se posait même pas pour Marie. Elle se devait d’être là, auprès de Jésus. Son chemin se fera autrement et sera tout intérieur. Elle retient tous ces événements. Il y a des événements comme ceux que nous avons vécu en 2020 qu’on ne peut pas laisser aller sans chercher à les conserver dans notre cœur et notre mémoire, sans les relire, les méditer, les approfondir, car ils sont porteurs d’un mystère qui n’apparaît pas encore complètement, mais qui ajoute déjà de la lumière et de la vie. Tant d’événements sont advenus au cours de la dernière année qui méritent qu’on puisse s’y attarder et s’y attacher pour mieux voir ce que Dieu a cherché à nous faire percevoir et à nous dire. 


Nous avons touché du doigt la fragilité de la vie humaine, de toute vie humaine qui peut disparaître si rapidement. Nous avons aussi appris à mieux apprécier tous les petits gestes de proximité et de rapprochement que les gens ont su inventer pour dire leur affection et leur présence. 


Marie avait beaucoup de choses à relire et à méditer dans son cœur depuis l’annonciation de l’ange, mais la plus belle et la plus grande se trouvait désormais devant elle : c’était Jésus. La méditation de Marie va donc bien au-delà d’une « lectio divina ». Jésus disait d’ailleurs un jour : Vous scrutez les Écritures parce que vous pensez acquérir par elles la vie éternelle… et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie éternelle. Mes Frères, nous venons au Christ Jésus, à l’enfant et au fils qui nous est donné. Nous sommes là près de lui et lui de nous. Et comme Marie s’ouvre à la présence toujours neuve de Jésus, c’est sur ce chemin que nous voulons nous aussi la suivre pour communier au Christ Jésus, l’adorer et partager sa vie…


03-01-2021 / Épiphanie (Frère Emmanuel)

Solennité de l’Épiphanie

(Frère Emmanuel)



Homélie



Chers frères,


« La solennité de ce jour tient son nom d’une manifestation. Car Épiphanie veut dire manifestation. Aujourd’hui donc on célèbre la manifestation du Seigneur ; et cette manifestation du Seigneur n’est pas unique mais triple, comme nous l’avons reçu de la tradition de nos pères. » Ainsi parle St Bernard dans une homélie à propos de cette fête.

 

Notre tradition liturgique continue sur cette même lancée. À chacune de nos trois années du cycle liturgique correspond un passage d’évangile de la manifestation de Jésus au monde :

- Son baptême sur les bords du Jourdain par Jean-Baptiste et la voix venue des cieux le déclarant : Fils bien aimé qui a toute la faveur de son Père.

- L’eau changée en vin aux noces de Cana et comme l’écrit l’évangéliste Jean : « Tel fut à Cana de Galilée le commencement des signes de Jésus, il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui. »


Cependant c’est bien l’évangile des mages qui semble marquer le mieux la fête de l’Épiphanie. St Bernard n’hésite pas à nous dire que « cette manifestation pendant l’enfance est la plus attachante. » N’est-il pas vrai que les années où nous lisons le récit du baptême ou celui des noces de Cana, les mages nous manquent ?

Et pourtant au baptême comme à Cana, c’est Jésus adulte qui agit. C’est lui qui descend dans le jourdain et oblige le Baptiste à accomplir le geste de l’eau qui ouvre les cieux. Et même si Marie a devancé Jésus en préparant les serviteurs de la noce, c’est bien Jésus qui demande de remplir les jarres de l’eau du puits et d’en faire goûter le contenu au maître du repas.


À Bethléem, rien de tel. Les mages ne trouvent qu’une jeune femme qui vient d’accoucher et qui allaite son enfant. Le fils de Dieu dans l’impuissance de l’enfance est reconnu par les mages comme le roi des juifs qui vient de naitre. L’astre que Balaam, le païen (Nb 24) apercevait de loin s’était levé. Israël ne l’avait pas vu, mais les mages en Orient admirant sa trajectoire dans le ciel étoilé s’étaient mis en route pour aller adorer celui dont la royauté brillerait d’un éclat pareil à nul autre tout comme l’astre qu’ils voyaient.


Découvrir un enfant nouveau-né ne les choqua pas, un enfant doit grandir avant de pouvoir exercer la royauté. Cependant les présents déposer au pied de la crèche montrent bien que les mages voient plus qu’une jeune mère et son enfant. St Bernard remarque que s’ils avaient déposés seulement de l’or, cela aurait été un cadeau à une mère pauvre pour élever son enfant. Mais le fait qu’il y ait l’or, l’encens et la myrrhe montrent que l’hommage rendu prend une portée symbolique beaucoup plus importante que la valeur de ce qui est déposé. L’interprétation traditionnelle des Père de l’Église nous est bien connue : l’or symbole du pouvoir, l’encens honore la divinité et la myrrhe pour l’ensevelissement du Christ.


St Bernard propose une autre interprétation. Et celle-ci est fort intéressante car elle fait de chacun de nous des participants actifs de cette fête de l’Épiphanie. Sans le dire explicitement, il fait de chacun l’un des mages qui dépose à la fois l’or, l’encens et la myrrhe.

- Nous avons déposé l’or lorsque nous avons renoncé aux biens matériels de ce monde pour suivre Jésus.

- Nous offrons l’encens lorsque nous prions selon la parole du psaume : « que ma prière s’élève devant toi comme l’encens. »

- Nous présentons la myrrhe en renonçant au monde présent et en renonçant à tout ce que nous possédons pour être disciples.


Les mages nous représentaient au pied de la crèche, chacun est invité à déposer devant Jésus tout ce qu’il a. Dieu a tout quitté de sa gloire pour se faire petit enfant. Quittons tout à notre tour, c’est quand il nous semblera être nu, impuissant réduit à rien d’autre que d’être là devant lui qu’il pourra nous faire don de sa gloire.


10-01-2021 / Baptême du Seigneur (Frère Yves)

Baptême du Seigneur

(Frère Yves)


Homélie


Les eaux du Jourdain avaient besoin d'être purifiées.  Elles ignoraient à quel point elle pouvaient contaminer les imprudents qui s'y plongeaient, croyant y rencontrer un élément capable de leur restituer leur limpidité perdue.


Éternelle leçon de chose pour nous qui circulons parmi des réalités avec faux visages, ce qui faisait dire à l'Apôtre : "Malheureux homme que je suis!". À l'image de ce Pharisien qui priait un Dieu qu'il ne connaissait qu'à la lumière de sa vacillante chandelle.


C'est que, pour y voir clair, il ne suffit pas à nos yeux d'être plongés dans la lumière!  Il leur faut en arriver à produire eux-mêmes la lumière dont ils peuvent avoir besoin.  Au lieu d'attendre une clarté venue d'ailleurs; il leur faut mettre au monde, faire apparaître à la face du soleil une aurore inconnue de ce dernier et capable de faire pâlir!


Ici vous aurez remarqué le lien de parenté entre ce récit et celui de l'enfant perdu dont le visage a la puissance d'illuminer celui de son père et de le faire revivre avec toute la maisonnée. Nous manquons de Foi en la puissance de résurrection d notre regard et cette ignorance fait de nous des étrangers dans la demeure du Ressuscité.  Et que dire quand au lieu de mettre en oeuvre notre puissance de résurrection, nous nous attardons à écraser la mèche qui fume encore? 


Nous circulons dans une voie qui va à l'inverse de nos chemins de labeurs et d'infécondité.


Ainsi donc, à l'image du Sauveur qui lave les eaux terreuses du Jourdain, notre regard a mission non seulement d'ignorer la présence du mal sur nos chemins mais de rendre sa limpidité première à toute réalité rencontrée.  Fini donc ce temps où l'ombre qui se cachait dans le visage de nos semblables pouvait être en mesure d'en ternir l'éclat.


Chez nous, la fête de la vie ne pourra atteindre à son intensité dernière sans l'émergence et la mise en pratique de l'étonnante puissance de résurrection dont nous avons hérité et dont le regard peut être capable.


Le défi est là devant nos yeux: insidieusement, la mort s'est infiltrée dans nos rouages.  Détrompons-nous, ce n'est pas la force qui a mission de s'opposer à elle mais l'innocence.  Le combat de l'Esprit est un jeu d'enfant.  Il est écrit en effet: "L'enfant étendra la main sur le trou de la vipère".


Enfin, dernière étape de notre combat: c'est notre propre mort qu'il nous faut faire passer dans la lumière et la vie.  Autant dire que nous avons mission d'échapper à la justice.  En effet, nous avons reçu juridiction sur l'Amour et nous sommes coupables si nous ne l'obligeons pas à devenir serviteur, niant ainsi ce qui est l'essence même de son être: don de soi, Amour livré.