31e Dimanche du Temps Ordinaire C

5 novembre 2019

Zachée a un grand désir de voir Jésus…Et Jésus a un désir encore plus grand…
Non seulement il veut voir Zachée, mais il veut demeurer chez lui…
C’est même pour Jésus une urgence, une nécessité :
Zachée, descends vite : aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer dans ta maison.
Comment interpréter ce « Il faut… » qui revient à plusieurs reprises
dans l’évangile selon saint Luc, notamment lorsque Jésus parle de ses souffrances et de sa mort
?
Ici, le contexte nous fait voir que ce n’est pas une obligation qui tombe tout à coup
sur la tête de Jésus, mais une obligation qui monte de l’intérieur, de son cœur compatissant…
Une nécessité qui est fondamentalement liée à sa mission
comme sauveur et comme révélateur de l’amour de Dieu le Père :
Le Fils de l’homme, déclare-t-il, est venu chercher et sauver ce qui était perdu…
C’est dans le même esprit que nous sommes invités à comprendre le « il faut »
que Jésus utilise en faisant l’annonce de sa passion et de sa mort sur la croix :
Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié
et que le troisième jour, il ressuscite.
Jésus n’est pas la victime d’un décret divin arbitraire,
mais l’incarnation de l’amour sauveur qui habite le cœur de Dieu,
l’amour du Père qui habite aussi le cœur du Fils !
Comme l’affirme magnifiquement un théologien :
La croix n’oppose pas le Fils au Père
mais les trouve douloureusement unis dans les risques de l’Amour.
(Robert, Guelluy, La gratuité, Éditions Racine/Fidélité, 1995, p. 21)
C’est cet amour qui est à l’œuvre dans la rencontre de Jésus avec Zachée aujourd’hui
et c’est encore cet amour qui gardera Jésus fidèle à sa mission jusqu’au bout !
Et Zachée, profondément touché par la bonté et l’amour
que dégage toute la personne de Jésus, s’exclame :
Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens,

et si j’ai fait du tord à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus.
Cette réaction est grande de générosité et, en même temps, elle est surprenante…
Zachée avait un grand désir de voir Jésus : on s’attendrait à qu’il lui adresse
une déclaration plus personnelle pour lui exprimer sa profonde admiration…
Mais Zachée ne dit pas à Jésus : « Rabbi, tu es un maître en Israël,
tu es bien l’homme formidable dont j’avais entendu parler
et que je désirais ardemment voir… »,
ou d’autres paroles du genre… Non !
Maintenant qu’il a vu Jésus, Zachée est devenu capable de voir les autres, en priorité les pauvres,
et de se montrer attentif à leurs besoins…
Une fois qu’il a vu Jésus, il est aussi devenu capable de se voir lui-même en vérité
et de reconnaître les injustices qu’il a pu commettre envers les autres…
Voir Jésus lui a ouvert les yeux… Voir Jésus lui a ouvert le cœur…
Voir Jésus l’a finalement conduit à ouvrir son compte en banque,
ou son bas de laine, pourrions-nous dire !
Cette page d’évangile me rappelle une parole du pape Benoît XVI
que le pape François aime citer à l’occasion :
fermer les yeux sur son prochain rend aveugle aussi devant Dieu.
À la lumière de l’expérience vécue par Zachée,
nous pourrions inverser les membres de cette phrase et dire :
ne pas être aveugle devant Dieu, ouvre aussi les yeux sur son prochain.
Aujourd’hui, c’est chez vous, c’est chez moi que Jésus veut demeurer…
C’est chacun et chacune de nous qu’il vient chercher et sauver…
Nous sauver de quoi ? De tout ce qui nous referme sur nous-mêmes,
de tout ce qui à la longue risque de nous détruire !…
Nous sauver en nous ouvrant aux autres, en nous tournant vers les autres,
comme Zachée a su le faire…
À chacun et chacune de nous, cette semaine, d’observer
comment la rencontre que nous vivons présentement avec Jésus
dans la Parole et le Pain de son Eucharistie
va contribuer à rendre active notre foi, ainsi que l’exprimait saint Paul…
Comment elle va contribuer à transformer notre regard sur les autres et sur nous-mêmes,
ainsi que Zachée nous en donne un bel exemple…

Dom Yvon-Joseph