29e Dimanche du Temps Ordinaire C

21 octobre 2019

 

« Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager ».

Frères et sœurs,

On peut lire rapidement cette phrase, comme tout le reste de l’évangile d’ailleurs, sans prendre le temps de peser chaque mot, et d’en mesurer l’impact sur notre vie de disciples. Je me propose de reprendre chaque mot de cette invitation que nous fait Jésus ce matin, et de les méditer avec vous.

La parabole prononcée par Jésus met en relief la « nécessité de toujours prier ». Saint Luc le met en relief tout au long de son évangile, la prière est pour Jésus « une nécessité ». Elle était une nécessité pour les spirituels de tous les temps, de tous les lieux, et de toutes les religions; le Mahatma Ghandi, apôtre de la non-violence, affirmait : « Je peux vivre trois jours sans manger, mais ne puis passer trois heures sans prier. » Elle était une nécessité pour eux, l’est-elle pour nous aussi ? Une nécessité, non pas une obligation, quelque chose que l’on accompli sous la contrainte, ou comme un devoir, mais une réalité nécessaire parce qu’elle fait vivre. La prière est le lien vital qui unit à Dieu, elle actualise et vivifie notre relation à Dieu, elle nous ouvre à sa présence. La prière est nécessaire à notre âme comme l’est pour notre corps la respiration. Prier, c’est « Respirer Dieu » selon la belle formule et le titre donné par notre f. Yvon-Joseph à l’un de ses livres sur ce sujet.

Jésus parle ensuite de la nécessité de « toujours prier » que l’on pourrait aussi traduite par « prier en tout temps ». Est-ce réaliste, est-ce seulement possible ? Vous me direz peut-être : « c’est l’affaire des moines »; effectivement, la prière personnelle continuelle, ponctuée par des temps de prière communautaire à des heures régulières, est le but explicite de la vie monastique. Mais lorsque Jésus parle à ses auditeurs, et lorsque saint Luc écrit son Évangile, ils ne s’adressent pas à des moines, mais à des gens vivant dans le monde, avec leur lot d’occupations et de préoccupations. « Prier en tout temps » est impossible, s’il faut pour cela tout arrêter, se mettre à genoux ou en posture de méditation, et se concentrer sur son intériorité. Mais s’il s’agit simplement de prononcer intérieurement le nom « Abba », Père, ou le nom de Jésus, ou le nom de Marie, c’est à la portée de tous. En fait, plus que de faire ou de dire quelque chose, il s’agit d’être, d’être en présence de Dieu, tout comme on vit, respire et marche, sous les rayons du soleil…

« Prier en tout temps sans se décourager ». Ne pas se décourager, ne pas perdre courage… la parabole que prononce Jésus veut même nous encourager à persévérer dans la prière. Alors que le juge sans piété tarde à faire justice à la veuve, la persévérance et la ténacité de celle-ci a raison de son interlocuteur. Dieu, lui, nous dit Jésus, ne fait point attendre ses élus, il ne tarde pas à leur faire justice. Pour celui, celle dont le regard de foi est éveillé, Sa présence aimante se manifeste au quotidien en de multiples signes, aussi nombreux que discrets, perceptible au cœur comme autant de touches d’amour qui suscitent la confiance et l’abandon.

« Prier en tout temps sans se décourager » car parfois les événements de la vie viennent mettre à l’épreuve notre prière, notre foi, notre amour. Je prends un exemple extrême : Auschwitz et les autres camps de la mort, lors de la 2ième guerre mondiale. Six millions de juifs tués, exterminés dans les chambres à gaz. « Aucun de nous ne reviendra », « Aucun de nous n’aurait dû revenir » écrit Charlotte Delbo, rescapée de ces camps de la mort, et qui a fait le récit des atrocités dont elle a été témoin. « Dieu les fait-il attendre ? Bien vite il leur fera justice » dit Jésus. Comment a-t-il fait justice à ces membres du peuple élu qui ont crié vers lui jour et nuit, sans que rien ne change à leur condition tragique ?…

f. Sylvain