Assomption de Marie

16 août 2019

 

Frères et Sœurs,

 

Marie : un grand signe dans le ciel et dans l’histoire. L’Apocalypse nous la présente comme une femme ayant le soleil pour manteauElle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. Comme mère de tous les humains, elle est un signe d’espérance pour les êtres et pour les peuples, tous les êtres et tous les peuples qui souffrent les douleurs d’un long enfantement, qui souffrent pour que naissent chez eux et entre eux, la paix, la justice, la solidarité, la vérité, la possibilité d’une vie nouvelle. Marie dont le cœur est transpercé de douleur à la vue de son fils Jésus crucifié, agonisant, elle peut comprendre toutes les peines. Et pourtant, elle ose les paroles d’une louange capable d’ouvrir le regard à l’avenir. Mon âme exalte le Seigneur… Il se souvient de son amour

 

À son époque comme à la nôtre, il y a eu et il y a encore des bâtisseurs de ponts et des bâtisseurs de murs. Des gens dont les projets et les décisions, au niveau de l’humanité entière, divisent, morcellent et fragmentent ; et d’autres, au contraire, qui cimentent et unifient. Marie appartient à cette race que toutes les générations diront bienheureuse parce qu’elle rapproche et unifie. En fréquentant nos frères et nos sœurs de l’Islam en Algérie et au Maroc, en les voyant fréquenter les Églises où il y a une statue de la Vierge Marie, nous découvrons, non sans une certaine surprise et un premier étonnement, combien les musulmans aiment spontanément Marie. Elle est depuis longtemps un signe et un chemin de rapprochement et d’unité entre eux et nous.

 

À son époque, Marie connaissait, bien sûr, l’usage du lavement des pieds rendu nécessaire par la poussière des chemins. Nos chemins même pavés sont restés tout autant poussiéreux au fil de l’histoire et c’est une poussière qui nous rend aveugles et incapables de déchiffrer les signes des temps, de notre temps. Marie nettoie notre regard de toute cette poussière qui peut nous empêcher d’être attentifs et éveillés pour contempler et célébrer le Christ qui vit au milieu de nous, même quand tout semble aller mal, même quand l’humanité semble ne plus savoir comment espérer, comment aimer, comment marcher et vivre ensemble. Marie nous rappelle que le Christ Jésus est toujours là près de nous, au milieu de nous.

 

« Regarder Marie, disait le Pape François aux prêtres tout récemment, c’est croire à nouveau dans la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection. » C’est aussi croire en la force transformante de la présence aux autres. Marie se hâte pour aller rendre service : elle vit cet esprit de service et nul doute que Jésus bien avant de prendre le tablier du lavement des pieds aura appris de Marie que nous sommes ici pour servir et non pour être servis.

 

Marie est encore et toujours attentive pour que le vin ne manque pas dans notre vie, pas plus qu’il n’aura manqué aux noces de Cana. Marie veut la joie et le bonheur dans la vie des autres. Et là encore, elle continue d’intercéder auprès de son Fils tout en nous laissant la même consigne : Faites tout ce qu’il vous dira. Elle nous invite à écouter la Parole de Dieu, à nous en nous nourrir, à l’approfondir, à l’habiter, à en vivre pleinement. Faites tout ce qu’il vous dira. Car Marie croit et sait que le Christ Jésus est ressuscité d’entre les morts, qu’il est vivant, qu’il vit proche de nous, à nos côtés, et qu’il est capable de faire toutes choses nouvelles, de changer toutes les eaux de tristesse, de souffrance et de misère en vin nouveau, en vin de joie et de bonheur.

 

Marie voit ce que nous vivons en Église, en communauté ; elle connaît le combat de chacun et chacune de nous dans notre vie d’être humain comme dans notre vie de croyant, de moine. Le Puissant fit pour moi des merveilles… Faites tout ce qu’il vous dira… C’est comme si Marie ajoutait : et Dieu fera aussi des merveilles pour vous. Il vous donnera non seulement d’élever votre cœur et de le tourner vers le Seigneur mais il vous élèvera tout entier et vous prendra avec lui car le Christ Jésus a fait un jour cette prière incroyable à son Père : je veux, je veux que là où je suis, là aussi sois mon serviteur. Il est proche de nous et il nous veut avec lui.

 

Regarder Marie, la Femme qui a le soleil pour manteau et qui porte une couronne d’étoiles, c’est regarder vers la lumière, celle qui brille dans ses yeux de disciple et de croyante, dans son cœur de mère, et surtout dans son Fils Jésus venu en ce monde pour éclairer et rendre lumineux tout être humain. Marie ne peut pas nous conduire ailleurs qu’à Jésus. Regardons-la. Aimons-la. Prenons-la dans notre vie. Et fêtons-la en communiant nous aussi à son Fils Jésus.

dom André