Jour de Noël

3 janvier 2019

Frères et Sœurs,

Depuis les origines du monde, Dieu a parlé à nos pères, à nos mères, à toutes les générations qui nous ont précédés. Il a pris tous les styles imaginables pour nous parler : récits historiques, oracles, visions, prières, méditations, sentences de sagesse, paraboles, exhortations, menaces, promesses, bénédictions. Mais en ces jours, qui sont les nôtres, il a choisi de se dire autrement, il a choisi de nous parler par une personne, son Fils unique, Jésus, le premier-né d’une création nouvelle, le premier-né d’une multitude de frères et de sœurs.

Et Dieu qui a créé le temps, avant même de créer le ciel et la terre, nous parle depuis l’au-delà du temps, depuis un commencement avant le temps, antérieur au temps. Un commencement où vivait Jésus, son Fils, Dieu avec lui avant d’être Dieu avec nous. Et il nous apprend que c’est par lui que tous les mondes ont été faits, le monde visible et le monde invisible. Et il nous apprend que notre Dieu n’est pas un Dieu du regard qui voit tout et juge tout mais un Dieu de la Parole qui crée, guérit, attire à lui, entre en relation. Le Dieu d’une Parole créatrice et efficace, d’une Parole qui accomplit ce qu’elle dit et ce qu’elle promet. Par son prophète Isaïe (Is 55,10-11), Dieu nous l’a révélé : La Parole ne revient pas à moi sans avoir fait ce que je désire, sans avoir accompli ce pour quoi je l’ai envoyée.Il en va de même pour le Verbe fait chair, le Verbe qui s’est fait l’un de nous : il peut dire dans son dernier souffle : tout est accompli.

Il est étonnant de penser et de croire : non pas que Dieu est grand, mais que le Dieu qui est au commencement de tout, est, en même temps, le Dieu qui vient depuis le début de notre vie et aujourd’hui encore… jusqu’à nous, jusqu’à moi. Et ce Dieu nous parle, me parle. Il nous parle de vie, de lumière, de naissance.

Dans le livre du Deutéronome (Dt 30,15-19), on lit ceci : Je mets devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur. Choisis donc la vie et tu vivras toi et les tiens. Après la mort de nos sept Frères de Tibhirine, sachant qu’ils auraient pu quitter l’Algérie et continuer à vivre ailleurs, les gens demandaient souvent : pourquoi n’ont-ils pas choisi la vie ? Le Psalmiste (Ps 62) a une seule explication valable à ce choix de rester aux côtés de ceux qui souffrent et qui peinent : l’amour. L’amour vaut mieux que la vie.Le sens profond de la vie c’est l’amour. C’est ce que Jésus va nous révéler en donnant sa vie pour nous, par amour pour nous. Ses paroles, son exemple, son évangile nous appellent à mettre de la vie dans nos journées, notre travail, notre prière, nos relations. Et plus profondément à le suivre en donnant non seulement de la vie, en donnant notre vie par amour. Il ne s’agit pas ici de martyre mais du don de notre vie au quotidien par amour… pour que d’autres vivent. Dans la généalogie des ancêtres de Jésus, on retrouve 40 hommes et 4 femmes et ces 4 femmes n’ont pas eu une vie exemplaire au sens de la morale mais elles ont en commun d’avoir choisi la vie après des épreuves très difficiles. Elles se sont laissées guider et conduire par le commandement de la vie. Elles ont opté pour les décisions, ou les solutions, où il y avait le plus de vie.

Car la vie est la lumière des humains. Les forces de l’ombre et des ténèbres s’opposent à la lumière par le mensonge, par la convoitise, par l’orgueil. Mais heureusement, nous trouvons toujours sur notre chemin des Jean Baptiste, des envoyés de Dieu, des saints et des saintes, témoins de cette lumière qui nous ouvre les yeux et qui nous fait regarder le monde, les êtres, les événements… autrement. Grâce à eux, nous pouvons découvrir et emprunter des chemins nouveaux, inédits, de bonté et de fraternité.

Quand Dieu entre dans notre humanité, il le fait dans la fragilité et la précarité d’un enfant, d’un nouveau-né. Et il nous dit aujourd’hui dans son évangile qu’il existe un lien très étroit entre lui et nous : nous sommes nés de Dieu et, par conséquent, nous sommes enfants de Dieu, fils et filles de Dieu. Et c’est là que commence pour nous la part qui nous revient  dans le mystère de l’incarnation : si nous sommes nés de Dieu, il nous reste à le manifester, à l’incarner, à devenir ce que nous sommes. « Dans notre vie, il y a toujours un enfant à mettre au monde : l’enfant de Dieu que nous sommes » (Bhx Christian de Chergé).

Nicodème a posé la question pour nous : comment mettre au monde cet enfant en nous si nous sommes déjà vieux ? (Jn 4) Ce qui n’était pas monté aux yeux, aux oreilles, au cœur de l’être humain, tout ce que Dieu a préparé pour ceux et celles qui l’aiment, c’est à nous que Dieu l’a révélé (1 Co 2,9-10), car nous sommes nés de lui, baptisés et confirmés dans son Esprit. Dieu, personne ne l’a jamais vu, sauf le Fils unique, Jésus. C’est bien vrai. Mais, en lui ressemblant de plus en plus, nous pouvons à notre tour montrer par nos vies le visage fraternel du Christ. Car si le Verbe s’est fait chair en venant parmi nous, il s’est aussi fait le frère qui nous donne à tous de découvrir et d’aimer le Père, notre Père. Et il y a aujourd’hui une parole pour le dire, et cette parole c’est : Jésus.

dom André