14e Dimanche du Temps Ordinaire B

10 juillet 2018

Frères et Sœurs,

« Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. » Les paroles de Jésus résonnent tristement à nos oreilles. Mais le plus triste devait être Jésus lui-même. Sa famille, son village refuse son enseignement. Plutôt que d’écouter sa parole, on se préoccupe de savoir où il est allé chercher cela. Il n’a pas fait d’études plus que les autres. On connait toute sa famille. D’où cela lui vient-il ?

Ce que st Marc ne nous dit pas, st Luc dans son évangile le rapporte. Jésus a lu le texte du prophète Isaïe : «L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur.» Le plus difficile pour les gens de Nazareth, n’est pas ce texte qu’ils connaissent, mais le commentaire qu’en fait Jésus : «Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture.» Il est dur pour ce petit peuple de voir l’Esprit du Seigneur reposer sur Jésus, ils ont une idée autre de cet Esprit de Dieu. Devant leur incrédulité Jésus rappelle deux épisodes où le prophète s’est tourné vers une personne extérieure à Israël à cause de l’incrédulité du peuple. D’abord ce passage du prophète Élie qui sera nourrit par une veuve de Sarepta, un pays païen et l’épisode de la guérison de Naaman le Syrien par el prophète Élisée.

Envoyé par l’Esprit du Seigneur pour annoncer une bonne nouvelle c’est le message que porte le prophète Ézéchiel, dans la première lecture : «L’Esprit du Seigneur me dit : Je t’envoie vers les fils d’Israël », mais le constat est le même : «C’est une nation rebelle qui s’est révoltée contre Dieu. Les pères se sont révoltés, les fils ont le visage dur et le cœur obstiné, c’est à eux que je t’envoie. »

Ézéchiel, Isaïe, Jésus, tous ils sont envoyés au peuple d’Israël : «Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur. Alors qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas, ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux.»

Un prophète se révèle donc comme quelqu’un qui est envoyé par Dieu. Et de la part de Dieu, il délivre un message au peuple, valable pour tout le peuple. Et les signes qu’il accomplit viennent confirmer son discours. Face au roi, face aux prêtres, face au peuple, le prophète annonce souvent le malheur et des châtiments parce que ses auditeurs n’ont pas suivis les enseignements de Dieu. Mais le retour

du peuple vers le Seigneur amène de grands bienfaits et la bénédiction de Dieu sur de nombreuses générations. On peut prendre comme exemple le livre de la Consolation d’Israël qui est un message essentiel du prophète Isaïe : «Ne crains pas, c’est moi qui te viens en aide, dit le Seigneur Dieu à son peuple. Vous tous qui avez soif, venez vers l’eau, même si vous n’avez pas d’argent, venez. » Et encore «Cherchez Yahvé pendant qu’il se laisse trouver, invoquez-le pendant qu’il est proche… Oui vous partirez dans la joie et vous serez ramenés dans la paix. »

Prophète, une vocation, un appel pas facile à vivre, ni hier, ni aujourd’hui. Ceux qui appellent à la paix sont souvent méprisés, rejetés, à peine écouter. C’est être prophète que d’appeler à accueillir le plus démuni. Accueillir le migrant c’est poser un geste prophétique. Certains préfèrent les rejeter à la mer, ou les abandonner dans le désert. Comment accueillir Dieu que l’on ne voit pas, si on ne sait pas accueillir les humains que Dieu lui-même nous envoie en précurseurs de sa venue ? Construire la paix, accueillir le migrant, aller vers le pauvre, c’est oser être prophète. C’est un geste qui parle à notre humanité car il rejoint les aspirations profondes de notre être, aucun d’entre nous ne veut voir sa demande rejeter lorsqu’il est dans le vrai besoin. C’est aussi un geste qui parle de Dieu car c’est ainsi qu’il veut que l’on se comporte ainsi ensemble.

Prier seul ou se rassembler pour prier, c’est aussi poser un geste prophétique. Oui, notre assemblée est prophète. Chacun et chacune de nous en choisissant de répondre à l’appel du Seigneur pour la prière dominicale est prophète. Car ce temps de prière poser tout à la fois individuellement et en communauté est annonce de Dieu à une société qui ne veut que l’oublier. Être chrétien aujourd’hui c’est être prophète dans une société païenne qui veut ignorer Dieu « parce que ses chemins ne sont pas nos chemins et ses pensées ne sont pas nos pensées.»

Le prophète malgré les obstacles continue son chemin. La dernière phrase de l’évangile d’aujourd’hui nous montre Jésus parcourant les autres villages en enseignant la bonne nouvelle. Nos assemblées chrétiennes sont là aussi pour nous fortifier sur le chemin de l’évangile. Jésus nous a donné son esprit, sa force pour témoigner de l’amour de Dieu pour l’humanité entière. Reprenons la finale de l’évangile de st Matthieu où Jésus nous dit : «Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur terre la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du st Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit.

f. Emmanuel