Sainte Trinité

1 juin 2018

« De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. »

Frères et sœurs,

Notre foi chrétienne, notre foi au Christ ressuscité, a ceci de particulier qu’elle est trinitaire en son fondement. Nous professons un Dieu unique, Père, Fils et Esprit Saint.  Dieu est plénitude de vie, de lumière et d’amour; en son être absolu, éternel et infini, il se suffit à lui-même. La bonne nouvelle pour nous c’est que ce qu’il est en lui-même, il a voulu nous le partager, en toute gratuité. Cette bonne nouvelle est triple, car chacune des personnes divines s’implique dans ce partage, comme nous le laisse entrevoir les trois lectures bibliques qui nous ont été proclamées ce matin.

Dieu veut nous partager sa vie, son bonheur éternel. Cette initiative vient du Père : il est la source de tout ce qui existe. Nous sommes issus non pas du néant, auquel nous pourrions retourner si c’était le cas, mais de son amour créateur. Nous sommes issus de l’amour : cela est vrai même si notre conception, notre naissance, notre éducation n’ont pas été conformes à cette réalité et ne l’ont pas rendue manifeste pour nous. Dieu nous crée à partir de lui-même, par lui-même, en lui-même; il est le fond de notre être et de tout ce qui existe. Le Père nous crée en son Fils, par l’Esprit. Créé dans le Fils, nous aspirons à la communion avec le Père, jusqu’à ce que l’Esprit nous introduise dans leur unité. C’est la structure fondamentale de notre être, avant tout choix conscient de notre part. Le baptême que nous avons reçu n’ajoute rien à cette réalité fondamentale, il ne fait que l’actualiser dans notre conscience humaine. Toute personne humaine aspire au fond de son être à la communion avec Dieu, quelle que soit la voie spirituelle ou religieuse en laquelle elle est engagée, quel que soit le nom qu’elle donne à Dieu et la façon dont elle l’invoque. Car après nous avoir créé, Dieu s’est révélé et continue de se révéler de bien sous bien des noms et de bien des manières à l’humanité, et d’une façon toute particulière à Israël. C’est ce que nous avons entendu en première lecture : « Sache donc aujourd’hui, et médite cela dans ton cœur : c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre : il n’y en a pas d’autre. »

Dieu nous a créé gratuitement et par amour. C’est la première bonne nouvelle. La deuxième, c’est que Dieu   n’est pas resté comme extérieur à sa création. Pour nous partager la vie, le bonheur éternel qu’il possède avec le Père, Dieu le Fils a assumé notre condition humaine, il s’est fait l’un de nous. Ce qu’il est éternellement au sein de Dieu, en son être infini et absolu, il le rend manifeste dans les limites de notre existence et de notre vie humaine. Par le don de sa vie jusqu’au bout, Jésus manifeste la gratuité de l’amour qui est en Dieu, de l’amour qui est Dieu. En sa vie humaine non altérée par le péché, Jésus nous révèle notre identité véritable de fils et de filles de Dieu : nous aussi sommes issus de Dieu, nous sommes nés de lui. La résurrection de Jésus, sa victoire sur la mort, l’établit dans sa condition divine initiale, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre (c’est là le propre de Dieu). Allez! De toutes les nations faites des disciples… Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » : en tout lieu et en tout temps. Jésus est vraiment l’Emmanuel, Dieu avec nous, il est « avec nous » jusqu’à l’achèvement de notre histoire dans le sein du Père.

Dieu le Père, nous a créé. Dieu le Fils s’est fait l’un de nous, il est avec nous. Pour nous partager la joie de Dieu qu’il est avec le Père et le Fils, pour nous faire entrer dans l’unité divine, Dieu le Saint Esprit vient en nous : « Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils; et c’est en lui que nous crions « Abba ! » c’est-à-dire : Père! » nous dit saint Paul ce matin. En fait, l’Esprit de Dieu, l’Esprit créateur habite la création depuis le commencement, il lui imprime son mouvement et l’achemine vers son achèvement. L’Esprit crée la diversité : pas un brin d’herbe, pas une fleur, pas une étoile, pas une galaxie semblable à une autre. Pas une personne humaine identique à une autre. Diversité de races, de langues, de cultures, de religions. À partir de cette diversité qu’il a suscitée, l’Esprit opère la communion, il réalise l’unité. L’Esprit est la liberté infinie de Dieu qui, en une inlassable danse, accorde nos libertés humaines à son projet divin, se jouant de nos refus et de nos résistances. Pour faire de tous les baptisés, et de toute l’humanité, le Corps glorieux du Christ, unifié dans l’insondable miséricorde du Père.

Dieu Père, Dieu Fils, Dieu Esprit Saint.

Nos mots humains sont inadéquats pour traduire la richesse de la vie divine. S’ils nous permettent de balbutier quelque chose du mystère de la Trinité, seul le silence permet de ne point le profaner lorsqu’il s’agit d’y entrer. Puisse le Dieu unique nous accorder cette grâce.

f. Sylvain Mailhot