Jour de Noël

7 janvier 2018

Cette nuit, nous avons contemplé et adoré Jésus, l’enfant de Marie, dans une crèche. Aujourd’hui, nous contemplons et adorons le Fils du Père éternel, le premier-né dans le monde à venir. C’est lui qui est venu et qui a partagé notre condition humaine pour nous entraîner dans un monde nouveau, ce monde qui fera dire au psalmiste (Ps 62) que l’amour vaut mieux que la vie, qui fera dire au Christ (Jn 10,18) : Ma vie, nul ne la prend c’est moi qui la donne. « Prends ma vie pour sauver mon amour; je n’ai rien d’autre à donner » disait le chanteur rock français décédé récemment dans l’une de ses chansons. C’est une parole que Jésus aurait pu dire en croix, s’il ne l’avait pas déjà dite durant sa vie : Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.

Ce Jésus qui vient à peine de naître porte déjà toute la plénitude de l’amour. Il ne vient pas pour donner la vie, même s’il souhaite la donner en abondance, il vient pour donner « sa » vie pour nous. Et il nous a aussi donné ce même pouvoir de donner notre vie à notre tour pour ceux et celles que nous aimons, pour que d’autres vivent. Il nous a donné la lumière pour comprendre cet appel et la force pour l’accomplir et le vivre. Souvent après la mort de nos 7 frères de Tibhirine quand les gens demandaient pourquoi sont-ils restés en Algérie quand ils savaient que c’était devenu dangereux pour leur vie, pourquoi n’ont-ils pas choisi d’aller ailleurs et de faire du bien ailleurs ? Il n’y avait qu’une seule réponse à donner : si toi, tu avais la chance de partir mais qu’il te faille laisser là ta conjointe et tes enfants, tes frères et tes sœurs : que ferais-tu ? Partirais-tu ? Jésus nous fait découvrir que l’amour vaut mieux que la vie, qu’il n’y a que l’amour qui au fond mérite d’être cru.

Ce matin, l’évangile nous redit quelle grâce et quelle vérité nous viennent de Jésus. C’est dit avec des mots très simples mais combien difficiles à croire et à retenir, combien difficiles à mettre en pratique et à vivre au jour le jour. Et voici ces mots : Tous, nous avons eu part à sa plénitude, tous nous avons reçu la capacité d’accueillir les dons de Dieu et de les faire fructifier. Tous, nous avons reçu un amour capable de répondre à son amour en posant à notre tour des gestes concrets, incarnés, qui introduisent de la vie, de la lumière, de la joie, de l’amour dans notre monde. C’est le commencement d’un monde nouveau. Et l’Enfant Jésus est la source de tout ce qui peut nous amener à vivre pleinement notre existence, la vie ordinaire comme la vie qui s’accomplit dans la rencontre de Dieu.

Hier après-midi, pour entrer dans la fête de Noël, nous avons chanté l’annonce de la Nativité de Jésus Christ selon la chair, une hymne, qui reprenait l’histoire de l’humanité depuis la création du monde jusqu’à la nativité de Jésus Christ et c’est une très belle hymne qui se terminait par ces paroles « Tout l’univers était en paix… » Mais cette paix qui marquait un temps était bien relative, c’était une paix apportée par la force des armes et des conquêtes de l’armée romaine sur tout l’univers connu. La paix de Noël, c’est la paix d’un enfant qui désarme tout le monde par la bonté et l’amour qu’il suscite en nous et entre nous. Et c’est pour cela que tout le ciel s’est empli d’une joie nouvelle car cette paix n’avait encore jamais existé. Nous avons eu part à cette plénitude à Noël quand Dieu s’est fait l’un de nous et est venu habiter parmi nous, et il nous revient de veiller sur cette paix, de la protéger, de la répandre.

Comment ? Oui, comment ? A la fin, en ces jours où nous sommes, Dieu nous a parlé par son Fils. Dieu n’a jamais cessé de nous parler. Le drame c’est qu’il parle et que nous ne prenons pas assez le temps de l’écouter vraiment et de le reconnaître. Et puis qu’est-ce qu’un enfant nouveau-né pourrait bien avoir à nous dire ? Depuis sa naissance, sa mort et sa résurrection, cet enfant, ce Fils unique n’a pas fini de changer le monde et de le rendre meilleur… avec nous. Son amour est contagieux mais il n’a pas encore envahi tous les esprits et tous les cœurs. Ce Jésus auquel nous allons communier n’a pas encore pu dire en plénitude et en toute vérité de nous tous : Ceci est mon Corps. Mais il nous a ouvert le chemin vers ce bonheur : nous pouvons y contribuer, là où nous sommes, à partir de ce que nous sommes. Nous ne sommes pas seuls sur ce chemin ; il est avec nous, Emmanuel, Dieu-avec-nous et c’est là toute notre joie.

dom André