4e Dimanche de l’Avent B

7 janvier 2018

Le temps fixé par Dieu pour accomplir ses promesses approche, c’est presque le jour et l’heure. Le temps est accompli. En fait, nous le savons, tout est accompli en Jésus Christ, en Jésus qui va naître, mourir et ressusciter pour nous. Dès la venue de Jésus parmi nous, le salut est accompli et l’histoire de l’humanité, notre histoire à nous tous, n’ira pas à la catastrophe, n’ira plus à la mort. Nous ne sommes pas perdus mais sauvés. En dépit de toutes les apparences qui semblent dire si fort le contraire, l’humanité est en train de réussir, elle progresse vers son plein accomplissement en Dieu. C’est de l’ordre du définitif et de l’irréversible. La seule différence entre le mystère du Christ vécu aujourd’hui, et particulièrement durant la Nuit de Noël, cette nuit même, et le mystère du Christ au jour où Dieu sera enfin tout en tous, c’est la distance entre ce qui est encore en cours d’accomplissement et ce qui est déjà totalement accompli. Le définitif est déjà entré dans nos vies et c’est irréversible ; il n’y a pas de rupture entre notre temps présent et notre éternité. Avec le Christ, nous sommes capables d’engager notre avenir, notre éternité, maintenant, aujourd’hui, en toute liberté.

Le temps est venu. La venue de Jésus Christ parmi nous est précédée par une annonciation, l’annonce faite à Marie, l’annonce qu’elle allait concevoir et mettre au monde Jésus, le Fils de Dieu. Marie est bouleversée par la salutation de l’ange qui lui dit que le Seigneur est avec elle. Bouleversée mais apparemment pas vraiment surprise puisqu’elle ne demande même pas : pourquoi ? Pourquoi elle ? Pourquoi Dieu l’a-t-il choisi pour devenir la mère de Jésus? L’attente de Marie s’inscrit dans l’attente de son peuple, la longue attente d’un peuple qui depuis des siècles à travers la voix de ses prophètes, de ses veilleurs de nuit, de ses saints et saintes qui voyaient comme l’invisible, a cherché à discerner les signes de la venue du Messie annoncé. Marie est bouleversée mais pas surprise ; elle est issue de ce peuple qui lui a tout appris de sa foi priante et de son ouverture au souffle de l’Esprit de Dieu.

Il faut toujours un peuple pour accueillir dans son histoire sainte, dans son humanité, dans sa vie, un enfant, même s’il est de Dieu. Et cela nous rappelle que nous aussi nous appartenons à un peuple de croyants et de priants qui nous ont transmis leur foi, leur espérance et leur amour de Dieu et des autres. Nous appartenons nous aussi à un peuple qui vit dans le secret de sa foi une attente nouvelle, inhabituelle, inédite et longue, bien longue. Nous ne sommes pas surpris d’entendre résonner pour nous aussi la même salutation : « Réjouissez-vous les comblés de grâce car le Seigneur est avec vous : un enfant va naître dans votre cœur et votre âme et il s’appelle Jésus. » Mais comme Jésus est venu une fois pour toutes et que nous n’attendons plus le Messie comme Marie et le peuple juif, quelle est donc notre attente aujourd’hui comme peuple de croyants ? Nous attendons quelque chose de nouveau pour transformer notre humanité souffrante. Nous attendons de trouver une place pour laisser Jésus naître dans la vie de tous ceux et celles qui le cherchent. Nous attendons de trouver une toute petite place, vulnérable, fragile, pauvre, mais une place pour que Jésus puisse naître dans la vie des jeunes de notre temps. Et nous espérons que le Synode des Évêques sur les jeunes en 2018 permettra de créer cet espace nouveau pour eux et pour nous avec eux. Notre attente est faite d’ouverture confiante et nous croyons que dans chaque oui dit à Dieu et à son Esprit quelque chose bouge dans notre monde. Dieu a raison de nous dire par le prophète (Isaïe 43,19) : Voyez, je fais quelque chose de nouveau, ne le voyez-vous pas ?

Si la question du pourquoi ne se pose pas vraiment ni pour Marie ni pour nous, la question du comment elle est incontournable ! Marie l’a posée cette question : comment cela se fera-t-il puisque je ne connais pas d’homme ? C’est très concret. Comme elle, nous cherchons nous aussi comment faire advenir l’unité entre les chrétiens, entre des peuples si différents les uns des autres, entre nous. Comment cela se fera-t-il puisque nous ne connaissons pas les réponses ? Et Dieu nous répond comme à Jean-Baptiste au bord du Jourdain quand Jésus lui demande de le baptiser ou comme à Pierre quand Jésus veut lui laver les pieds : Laisse-moi faire, laisse-moi agir dans ta vie, plus tard tu comprendras. C’est si difficile de laisser Dieu agir dans notre vie, de lui faire confiance, avant même de comprendre. Rien n’est impossible à Dieu. Oui, mais… Rien n’est impossible à Dieu. Dieu doit trembler quand nous cessons d’attendre l’inattendu. Écoutons ce qu’il nous dit et nous inspire et disons-lui avec Marie : que tout m’advienne selon ta parole.

dom André