LIVRAISON GRATUITE pour tout achat de 60$ et plus

F. Raphaël se joint à notre communauté!

Publié le 5 mars 2019Mots-clés:

Mon cher Frère Raphaël,

Te voici, à 31 ans, au seuil d’une nouvelle étape de ta vie humaine et spirituelle. En choisissant de commencer ton postulat en ce jour où notre communauté célèbre le 10eanniversaire de notre transfert d’Oka à Saint-Jean-de-Matha, tu viens t’inscrire dans l’histoire de notre communauté qui compte plus de 138 ans d’existence. À toi comme à tous les frères qui t’entourent, je voudrais commencer par redire ce que le Psalmiste nous invite à chanter avec lui : Heureux l’homme qui met sa foi dans le Seigneur. Dans ta demande pour venir nous rejoindre, tu me le disais toi-même : C’est sûr que je ne connais rien à la fidélité à long terme, mais j’ai envie de découvrir ce que c’est, de donner ma vie pour de bon au Seigneur. Chacun de nous, au jour de sa profession solennelle, a répété par trois fois : Accueille-moi selon ta parole et je vivrai.Trois fois et pas seulement une fois. Et trois fois, toute la communauté a repris ce verset. C’est dire que la longue fidélité se vit jour après jour tout au long de notre vie. Et ce qui nous fait vivre cette stabilité cette persévérance dans la fidélité, c’est le Christ lui-même, c’est la parole qui nous appelle à le suivre, à ne rien lui préférer, à nous donner entièrement à lui. Nous avons tous eu envie nous aussi de découvrir ce que c’est que de donner notre vie pour de bon au Seigneur.

Saint Benoît au chapitre 58 de sa Règle insiste pour que l’on discerne si le nouveau frère est vraiment venu pour chercher Dieu. Cette recherche n’est jamais achevée et ce travail de vérité non plus.

Ben Sirac le Sage (Si 5,1-8) dans le passage que l’Église nous propose comme lecture à la Messe aujourd’hui te donne quatre points sur lesquels tout moine doit être vigilant s’il veut vivre en disciple de Jésus Christ.

 

  1. Ne t’appuie pas sur tes richessesqu’elles soient humaines, intellectuelles, manuelles, et même spirituelles. Ne t’appuie pas sur des richesses qui t’amèneraient à te comparer aux autres ou encore à te dire : « Le bon Dieu ne m’en demande pas tant. » Ne t’appuie pas sur des richesses que tu pourrais être tenté d’accumuler dans le domaine du savoir ou du pouvoir, faute de pouvoir le faire dans le domaine de l’avoir car, en réalité, une partie de l’expérience du moine est de reproduire le même type de dépouillement et de détachement que Jésus a vécu en se faisant l’un de nous. Nos Pères cisterciens ont toujours insisté sur le fait d’être pauvre avec le Christ pauvre. Et cette pauvreté n’est seulement dans l’absence de biens matériels ou de relations affectives mais c’est de consentir à être un anawim, un pauvre de Dieu, un mendiant de son amour. Saint Benoît répète qu’il faut de défaire du vice de propriété. Le fait d’avoir des choses à nous n’est pas nécessairement un mal mais saint Benoît cherche plutôt à installer un cadre de vie où tu vas d’abord penser aux autres, à tes frères, un cadre et un style de vie où tu vas te dépasser toi-même en donnant la priorité à tes frères.
  2. Ne te laisse pas entraîner par ton instinct et ta force à suivre les désirs de ton cœur. Le premier mot et le dernier mot de la Règle trace l’itinéraire de notre cheminement : « Écoute… et tu parviendras. ». Le Psalmiste (Ps 36,3-4) encore une fois nous dit comment faire : Fais confiance au Seigneur, agis bien, … mets ta joie dans le Seigneur ; il comblera les désirs de ton cœur. La vie monastique, tu as déjà commencé à le découvrir, est une école de service et de charité. Qui dit école, dit apprentissage, essais et erreurs. Nous ne savons pas toujours comment faire, comment vivre mieux, comment relever un défi. Nicodème ne savait pas comment renaître dans l’Esprit. François d’Assise n’avait pas compris que bâtir l’église du Seigneur, ce n’était pas d’abord prendre une truelle et du mortier et restaurer une petite église en ruine… Écoute et tu parviendras. Pour écouter, pour bien écouter, le moine doit apprendre à faire silence, à entrer dans son cœur, à habiter avec lui-même pour laisser la Parole monter et parler en lui.
  3. Ne sois pas assuré du pardon jusqu’à dire : il pardonnera tous mes péchés, au point d’entasser péché sur péché.La confiance en la miséricorde de Dieu est très importante. Saint Jean le dit lui-même : si ton cœur t’accuse, Dieu est plus grand que ton cœur. Et saint Benoît en a fait le 74eet dernier instrument de ses bonnes œuvres : « ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu ». L’autre extrême est de se croire toujours au bord de l’enfer; c’est le monde de la culpabilité qui empêche de faire pleinement confiance à Dieu. Mais alors, diras-tu, comment vivre correctement ce qui a commencé dans la crainte ? Comment se hâter de faire maintenant ce qui doit nous avancer pour l’éternité (RB Prol. 44) ? Comment parvenir au cœur dilaté qui bannit toute crainte ? Disons que le levier de la vie spirituelle aujourd’huiest de moins en moins le sentiment de faute (et de culpabilité), mais l’expérience du cœur de pierre, cette incapacité à être touché en profondeur par l’amour, cette mort de Dieu au-dedans de soi, qui est mort de la confiance en l’autre. La vérité qui rend libre, c’est peut-être désormais l’aveu du cœur de pierre.
  4. Ne tarde pas à te retourner vers le Seigneur, ne remets pas ta décision de jour en jour.Dans la tradition monastique, que ce soit chez saint Benoît ou chez saint Bernard, le seul péché, la faute la plus sérieuse, c’est d’oublier Dieu. Ils nous invitent donc à sortir de l’oubli et à vivre constamment en présence de Dieu. Saint Benoît insiste même pour ce qui est de la prière : il ne tient pas à ce que le moine passe de longs moments en prière mais il parle plutôt de retours fréquents à Dieu. C’est toute la demande du Psalmiste (79,8) : Dieu, fais-nous revenir. Une prière qui rend compte de l’aujourd’hui (aujourd’hui, je t’ai engendréaujourd’hui, tu seras avec moi en paradis…) et de l’éternel (l’amour ne disparaîtra jamais).

 

Frère Raphaël, j’ai évoqué avec toi la vraie richesse, le désir du cœur, la miséricorde et l’heure de Dieu qui est toujours celle que nous sommes en train de vivre. En commençant aujourd’hui ton postulat, tu rejoins les générations de moines qui se sont succédés dans cette communauté depuis ses origines. Et tu le fais au jour où nous fêtons le 10eanniversaire de notre arrivée au Val Notre-Dame où nous avons ouvert un nouveau chapitre de notre histoire. Ce nouveau chapitre, tu vas pouvoir l’écrire avec nous par ta vie. Dans ta demande, tu parlais de « grandir en sainteté. » J’espère que nous saurons t’entraîner sur ce chemin de sainteté par notre prière, notre soutien fraternel et par notre exemple.

Enfin je voudrais profiter de ton entrée et de ce jour de fête pour confier le noviciat de manière toute particulière à l’intercession de nos sept Bienheureux Frères de Tibhirine et pour te rappeler la présence de ces témoins contemporains, nos frères dans la vie cistercienne, des hommes comme toi et nous, dont l’Église vient de reconnaître la sainteté de vie, je te remets cette icône des sept dormants d’Éphèse qui les représente si bien. À toi de la porter au noviciat.

dom André

 

The contents of your info box. It's very easy to create and customize.