14 juillet 2009

Chronique janvier-avril 2009

Chers frères et sœurs, chers amis,

PréparationOui, c’est bien du Val Notre-Dame que vous parvient cette chronique, où notre communauté commence à écrire une nouvelle page de son histoire. Les quatre derniers mois ont été pour nous riches d’événements et d’expériences humaines et spirituelles, en lien avec notre transfert d’Oka à notre nouvelle abbaye. Cette chronique débute donc à Oka avec le premier de l’an 2009, au cœur des fêtes de la Nativité, et s’achève dans la lumière et l’allégresse du temps pascal, au Val Notre-Dame. Ce parcours liturgique, avec en son centre le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus, traduit bien la réalité de l’ « exode » que nous avons vécu. Le transfert lui-même, étalé sur les mois de janvier, février et mars, s’est déroulé en quatre étapes : les préparatifs, les « au revoir », le déménagement et l’installation dans notre nouvelle demeure. Le mois d’avril marque pour notre communauté le retour à la vie à peu près régulière.

Les préparatifs

Dès son premier jour, la Nouvelle Année présentait des signes de nouveauté. Récemment élu, notre nouvel abbé, Dom André, nous donnait pour la première fois sa bénédiction paternelle à la salle du chapitre. Il nous y invitait, comme il le développera dans quelques-uns de ses chapitres suivants, à entrer dans la nouveauté de vie de la conversion, dans le nouveau cadre de vie qui sera le nôtre au Val Notre-Dame. Suivait l’échange traditionnel des vœux à la salle communautaire. L’Eucharistie célébrant Sainte Marie Mère de Dieu était aussi présidée par notre P. Abbé, portant les insignes pastoraux de la crosse, de la croix pectorale et de la mitre… s’il aime bien rappeler, dans ses interventions publiques, que les moines « doivent fuir les femmes et les évêques » selon la recommandation de Cassien, il ne semble pas que cela implique pour les abbés d’en dédaigner les insignes. Au terme de la célébration, il rappelait les paroles de Dom Yvon-Joseph : « Nous célébrons le début de la Nouvelle Année à Oka, mais où la terminerons-nous?»… sans donner cette fois-ci de réponse à la question : son prédécesseur ayant en effet terminé l’année comme évêque, à la tête d’un diocèse. Au cours de l’après-midi de ce premier de l’An, un film nous était présenté. En soirée, après un repas communautaire festif partagé dans la joie fraternelle, F. Bruno-Marie nous présentait un très beau montage vidéo de son cru, relatant avec brio et humour les principaux événements de l’année écoulée.

Dès le 9 janvier, un journaliste du quotidien La Presse était sur les lieux pour prendre quelques photos et rédiger un article sur notre prochain départ. Son article, paru le 17 janvier, n’a pas manqué de susciter l’intérêt de plusieurs autres médias, qui ont réagi aussitôt. Journalistes et reporters d’autres journaux et chaînes de télévision sont venus dans les semaines suivantes, à l’affût de nos réactions et émotions devant la perspective de quitter ce lieu historique, en quête d’images parlantes : les meubles et les boîtes empilés dans notre ancien grand réfectoire ou, à l’inverse, la pièce entièrement vide de notre bibliothèque dépouillée de tous ses livres, etc. La chaîne de Télé-Québec a également réalisé quelques interviews dans le cadre de l’émission « Les Francs-Tireurs » : plusieurs auditeurs de l’émission nous ont dit avoir apprécié le naturel, l’humour et la répartie des frères interviewés (le P. Abbé, F. Bruno-Marie, F. Martin), qui ont donné le change à l’animateur et l’ont parfois laissé sans mots, lui qui est pourtant bien connu pour ses propos décapants et caustiques, mais qui s’est montré fort respectueux et sympathique en la circonstance. Par le biais de ces médias, nos préparatifs extérieurs et intérieurs au transfert ont ainsi quitté le domaine du privé pour entrer dans l’espace public. Nous avons été un peu étonnés, mais agréablement, de voir un tel intérêt pour notre départ d’Oka, et avons mieux pris conscience de la place que l’institution que nous avons été et sommes encore en partie occupe dans le paysage québécois.

Au terme de son chapitre du dimanche 18 janvier, P. Abbé nous annonçait que notre arrivée au Val Notre-Dame pourrait s’effectuer le samedi 28 février, et notre entrée officielle dans notre nouveau diocèse – celui de Joliette – le lendemain, dimanche 1er mars. Un dead line était ainsi fixé à nos préparatifs et donnait un nouvel élan à notre désir : depuis le temps que notre projet est en marche, que l’on en parle, qu’il est retardé, il allait enfin trouver son accomplissement.

Le 25 janvier, en la fête de nos fondateurs, P. Abbé présidait l’eucharistie. Au cours de son homélie (et dans son chapitre du lendemain), il nous invitait à considérer l’aventure spirituelle de nos pères moins comme un événement historique, situé dans un passé révolu, que dans une perspective actuelle, comme une clé de lecture de notre présent et de notre avenir proche : n’allons-nous pas, comme eux, quitter le lieu de notre première profession, pour aller en vivre les exigences de façon renouvelée dans un « Nouveau Monastère »?... N’est-il pas vrai que le lieu que nous habitons nous façonne et est susceptible de créer des conditions favorables (ou défavorables) aux valeurs que nous voulons incarner?...

En lien avec le transfert, se poursuivent également les activités hebdomadaires régulières : F. Lucien se rend chaque lundi au Val Notre-Dame pour nous revenir le vendredi; P. Abbé s’y rend aussi chaque mercredi pour participer à la réunion de chantier, de même que F. Clément, qui suit de près les travaux de construction de notre futur magasin. Quelques frères s’y rendent également de façon ponctuelle, pour y recevoir par exemple des formations en lien avec nos nouveaux équipements : cuisine, système de chauffage, etc.

Les activités régulières de la vie quotidienne se poursuivent aussi pour nous à Oka, de même que les engagements de certains frères à l’extérieur.  Ainsi, dès la première semaine de janvier, F. Jean se rendait pour deux jours au couvent des Dominicains, à Ottawa, afin d’y donner un cours d’Écriture Sainte; il y retournera ainsi toutes les deux semaines, pour la durée de la session académique. Le 27 janvier, nous avons souligné le départ d’un de nos plus anciens employés, Carol Lécuyer, après plus de quarante ans de service fidèle et dévoué : même lors de ses jours de congé il venait au monastère pour éplucher des patates ou accomplir d’autres tâches souvent très humbles mais non moins nécessaires. Sa principale tâche, à l’été, était le travail au jardin, sous les directives de P. Barthélémy, ce qui aura certainement contribué à sa sanctification… Cette même journée du 27, les frères du noviciat soulignaient par un après-midi de détente et un souper festif un double anniversaire de naissance : celui de F. Marcellin, qui fêtait la veille ses 48 ans, mais aussi ses trois ans d’entrée au monastère (bien que profès temporaire depuis, F. Marcellin réside au noviciat pour la première année de ses vœux); celui de F. Steeve, postulant, qui fêtait le lendemain (28 janvier) son entrée dans le club des quadragénaires.

Les « au-revoir »

Au Chapitre du dimanche matin, 1er février, notre F. Martin renouvelait ses vœux pour une année. Ses trois années de vœux temporaires venaient à échéance en la fête de la Présentation, le 2 février, mais dans le contexte de notre transfert, il semblait préférable de retarder de quelques mois la profession solennelle. De fait, ce n’est que le samedi 18 avril, dans l’octave de Pâques, que F. Martin présentait à la communauté sa demande officielle de faire profession, et qu’elle était acceptée au vote du mercredi suivant. La date retenue pour la profession est la belle solennité de la Pentecôte, dont la date coïncide cette année avec la fête de la Visitation (31 mai). Ainsi, F. Martin n’aura pas été le dernier à faire profession solennelle à Oka, mais sera le premier au Val Notre-Dame.

Tous ceux et celles qui en ont fait l’expérience le savent, déménager ce n’est pas seulement quitter des lieux, mais aussi et surtout quitter des personnes avec qui nous avons noué des liens. C’est dans cette perspective qu’après l’Eucharistie du dimanche 15 février, nous invitions tous les participants, dont la plupart étaient des habitués de longue date, à un verre de l’amitié. Beau moment de rencontre qui nous a permis, de part et d’autre, d’exprimer notre reconnaissance  pour ce qui a été vécu de bon pendant toutes ces années, pour tous les liens qui se sont noués par le biais de la participation à nos liturgies, de rencontres pour l’accompagnement spirituel, de partages informels, etc. Moment de joie dont plusieurs ont voulu garder le souvenir en prenant de multiples photos. Quelques-uns de ces fidèles « habitués », qui forment presque un groupe de « laïcs cisterciens », se sont rencontrés quelques jours plus tard, pour se réconforter et mieux assumer le « deuil » de notre départ. Le P. Abbé avait en effet annoncé, au terme de la célébration de ce jour, que la dernière eucharistie ouverte au public serait célébrée le dimanche suivant, 22 février.

C’est sous la direction alerte et efficace de F. Sylvain-Jacques que, dès le début du mois, a commencé le déménagement de nos effectifs. En fait, les premières pièces à être transférés ont été la chocolaterie et la pâtisserie, puis les boîtes de livres de la bibliothèque. De son côté, l’équipe du noviciat se rendait au Val à la mi-février pour y faire du ménage, puis pour y emménager les premiers, le 18 février. Il s’agissait de préparer les lieux pour les frères qui allaient arriver dans les semaines suivantes, les uns après les autres. Le vendredi 13, notre F. Lucien, en tournée sur le chantier, s’est malencontreusement cassé un doigt en faisant une mauvaise chute sur la glace en quittant le monastère... ce qui lui a valu un peu de répit dans la rédaction de sa chronique quotidienne des activités du chantier.

Au cours de l’après-midi du vendredi 20 février avait lieu un autre « Au Revoir », organisé cette fois par la Corporation de l’Abbaye d’Oka, organisme qui a fait l’acquisition de notre propriété. Outre le comité d’administration de la Corporation, présidé par M. Yvan Patry, maire d’Oka, une vingtaine de personnes avaient été invitées, dont l’évêque de notre diocèse, Mgr Pierre Morissette, le curé de notre paroisse, l’abbé Martin Tremblay, les maires (ou mairesse) des villes avoisinantes et celui de St-Jean-de-Matha, ainsi que nos «anciens » employés engagés par la Corporation. Cette rencontre avait pour but de souligner une dernière fois l’apport de notre communauté à la vie économique, sociale et religieuse de la région, depuis 127 ans. Avant le buffet, et après les discours d’usage, on remettait au P. Abbé de quelques cadeaux qui garderont présent à notre mémoire ce cocktail de reconnaissance.

Le dimanche 22 février était célébrée la dernière eucharistie ouverte au public, présidée par notre P. Abbé. L’église était comble et une équipe de Radio-Canada était sur les lieux, afin de retransmettre quelques séquences de la célébration et interviews aux nouvelles télévisées. Moment historique et émouvant, où plusieurs parmi les moines ou dans l’assemblée ont essuyé quelques larmes discrètes ou retenu quelques sanglots. En entrant dans l’église au seuil de la célébration, Dom André a fait une grande prosternation, ajoutant à la solennité de l’événement, et son homélie a mis en lumière le sens de notre mission et de notre départ, à partir notamment d’un verset du livre d’Isaïe proclamé en première lecture : « Ne vous souvenez plus du passé ». C’est sans trop de trémolos dans la voix qu’il a donné la bénédiction finale, tandis que la communauté quittait l’église en grande procession sous un tonnerre d’applaudissements. Pour signifier le lien spirituel qui continue de nous unir à l’assemblée des fidèles, même après notre départ d’Oka, Dom André avait, au début de la célébration, invité les participant(e)s à mettre par écrit, sur un petit carton, les intentions de prières qu’ils et elles portaient en leur cœur : chacune de ces intentions allait être intégrée à la prière universelle de nos eucharisties au Val Notre-Dame. Ce que nous n’avons pas manqué de faire, avec ferveur et reconnaissance.

Au cours de la semaine qui suit, plusieurs frères emménagent au Val, tandis qu’à Oka la vie à peu près régulière se poursuit pour les frères qui restent, avec certaines simplifications pour la prière (au cloître plutôt qu’à l’église), les repas (arrêt de la lecture de réfectoire) etc. Le mercredi 25, c’est toute la communauté qui se retrouvait au Val Notre-Dame pour la célébration des Cendres, avec la prière de Laudes à 6h00 et l’Eucharistie à 8h00. La célébration a lieu dans ce qui sera la salle du chapitre et la salle communautaire, l’église ainsi que l’hôtellerie n’étant pas terminées. C’est la première fois que toute la communauté se trouve réunie au « Nouveau Monastère », et c’est pour marquer le début du Carême. Notre montée vers Pâques prendra cette année une couleur bien spéciale, et notre ascèse sera pour une bonne part dans l’acceptation sereine de la fatigue, des bouleversements et désagréments liés au déménagement. Ce même mercredi, une magnifique plante verte était livrée au monastère, offerte au P. Abbé et à la communauté en signe d’accueil et de bienvenue, par les propriétaires de l’Auberge de la Montagne Coupée, nos voisins immédiats.

Le lendemain, 26 février, notre F. André-Jean, souffrant, est conduit à l’hôpital. Il y passe la nuit. Suite à des examens, il est opéré le lendemain soir (vendredi 27) pour la vésicule bilière. L’opération dure quatre heures; on l’a opéré à temps, sinon il risquait d’y passer. Son temps de convalescence devra toutefois se prolonger suite à des complications et infections. Pour lui également, le Carême aura pris une couleur bien spéciale, non prévue ni souhaitée. Le 22 avril, après l’octave de Pâques, il se rendait à la clinique privée Champagneur appartenant aux Clercs de Saint-Viateur, à Joliette, pour un temps de repos et de récupération.

Le samedi 28 février, jour où nous quittons définitivement Oka, nous célébrons une dernière eucharistie dans notre église, cette fois dans l’intimité de la communauté. Moment poignant, où nous avons fait mémoire de tous les frères qui ont fait profession dans cette église, y ont été ordonnés, et ceux de qui on a célébré les funérailles. Au terme de la célébration présidée par P. Abbé, celui-ci prononçait un décret par lequel l’église était rendue à son usage profane et n’était plus lieu de culte, à moins que les autorités légitimes n’en décident autrement dans l’avenir. Après nous avons vidé l’église de tous ses objets et signes religieux, dont l’autel. Puis nous quittons les lieux, après une dernière sonnerie solennelle des cloches.

Le déménagement et l’installation

Arrivés au Val Notre-Dame la veille, c’est le dimanche 1er mars qu’avait lieu notre entrée officielle dans le diocèse. Entrée officielle soulignée par une célébration d’accueil à la cathédrale au cours de l’eucharistie dominicale présidée par l’évêque du lieu, Mgr Gilles Lussier (ancien évêque auxiliaire de notre diocèse à Oka), selon une coutume antique qui remonte au Moyen Âge. Accueil des plus chaleureux par l’évêque et tous les participant(e)s : la cathédrale était pleine, chaque paroisse avait envoyé des représentant(e)s à la célébration. La communauté entière s’était jointe à la procession d’entrée, et dès que nous nous sommes engagés dans la première allée, longs et soutenus applaudissements jusqu’à la fin de la procession. Notre évêque a renouvelé ses vœux d’accueil lors de l’homélie, et au terme de la célébration, Dom André a présenté la communauté à l’assemblée et donné le sens de notre mission au sein du diocèse. Prise de parole suivie d’un échange de cadeaux : on nous a remis une copie du « Projet pastoral diocésain », deux ouvrages relatant l’histoire du diocèse et de la paroisse, ainsi qu’une copie des armoiries du diocèse. En retour nous avons offert une gerbe des produits du monastère, un petit cèdre du Liban, et l’engagement de notre prière fervente, signifiée au terme de la célébration par le chant du Salve.  Après la célébration, de nombreux participant(e)s sont venus nous exprimer personnellement leur joie de nous voir arriver dans le diocèse. Suite à quoi la communauté était invitée à la table de l’évêque pour un repas festif – P. Abbé avait dit dans son intervention que, même en Carême, nous étions prêts à tous les sacrifices -, en compagnie des prêtres retraités du diocèse vivant à l’évêché.

Après l’arrivée de la communauté, où chacun avait emménagé avec ses effets personnels, restait à déménager tous les meubles des différentes pièces, ainsi que des divers emplois et services communautaires. C’est toujours sous la direction dévouée et enthousiaste de F. Sylvain-Jacques que s’est déroulé cette opération dans les trois semaines qui ont suivi. On compte ainsi six voyages avec un camion de 32’ et une équipe de professionnels du déménagement, 21 voyages avec un camion de 26’ loué pour la circonstance, et pas moins de 30 voyages avec notre petit « cube » de 12’, et l’aide précieuse de nos deux employés, Richard Guindon et Joseph Rainone (qui continuent de travailler pour nous au Val Notre-Dame). Tout ce matériel à déménager, même après trois importantes ventes de garage… l’exiguïté de certaines pièces, par rapport à Oka, nous incitera sans doute à organiser une ou deux ventes de garage supplémentaires : avis aux intéressés.

Pendant ces jours de va-et-vient et d’intenses activités, les dimanches sont des moments importants de prière et de repos pour l’ensemble des frères. Au terme des chapitres substantiels que nous réserve le P. Abbé, qui nous sert de larges extraits des Sermons sur le Cantique des Cantiques de Saint Bernard, un mot revient fréquemment à ses lèvres, celui de « déficiences ». Il ne s’agit pas de celles, nombreuses et toujours à corriger, des frères, comme nous y invite ce temps de purification et de grâce, mais des déficiences du bâtiment. P. Abbé et F. Lucien passent en effet d’interminables heures à en faire le relevé, de façon à ce que l’entrepreneur et les ouvriers puissent apporter les correctifs voulus alors qu’ils sont encore sur le chantier, car après il sera trop tard et tout ce travail devra être réalisé à nos frais.

C’est à Saint Joseph que nous avions confié la bonne marche du chantier en vue de la construction de notre nouvelle demeure. Aussi n’avons-nous pas manqué de le remercier lors de l’eucharistie du 19 mars, présidée par F. Lucien. C’est aussi ce jour-là que nous avons pu, pour la première fois, sonner le carillon des cloches extérieures – actionné électriquement, et non manuellement comme à Oka – c’est toujours F. Rosaire qui en a la charge; quant au carillon   intérieur, il ne sera installé qu’à la fin du mois d’avril. Ce même jour, nous avons la joie d’accueillir F. Bertrand (en formation à l’IFHIM) pour quelques jours de répit parmi nous.

Depuis quelques mois, l’état de santé  de notre F. Philippe déclinait de façon inquiétante. Des examens ont révélé un cancer du rein. Dans un premier temps, le médecin ne croyait pas pouvoir l’opérer, puis de nouveaux examens, au cours du mois de mars, montraient qu’une intervention chirurgicale était possible. Avant l’opération, fixée au 31 mars, le médecin lui a simplement recommandé de prendre du poids. Dès le 23 mars, F. Philippe a donc été conduit à l’infirmerie des Frères des écoles Chrétiennes (à Sainte-Dorothée), afin de prendre du mieux, et de pouvoir récupérer après l’opération. Celle-ci a bien réussi, et F. Philippe a pu remonter la pente assez rapidement. En vue de cet important événement, P. Abbé avait proposé à notre F. Philippe de recevoir le sacrement de l’onction des malades. Notre doyen, F. Gaston, dont la santé demeure précaire, ainsi que notre F. André-Jean, à la santé fragilisée, ont également demandé de recevoir le sacrement. Cette belle célébration a eu lieu au cours de l’eucharistie du dimanche 22 mars, présidée par notre P. Abbé. Afin de donner un sens communautaire à ce sacrement, et pour manifester davantage le sacerdoce commun de tous les baptisés, P. Abbé a invité tous les frères à imposer les mains, tour à tour, à chacun de nos trois malades. Moment de communion dans la prière et dans la souffrance, comme aussi dans la joie et l’action de grâce.

Les dernières allées et venues importantes entre Oka et le Val Notre-Dame ont eu lieu entre le 23 et le 28 mars. Au cours de cette semaine, dans l’après-midi du 25 mars, notre F. Gaston était interviewé par un journaliste de la revue McClean’s, intrigué et admiratif devant la sérénité de notre doyen, qu’il avait pu constater lors du visionnement du documentaire L’héritage des Trappistes d’Oka. L’article de la revue, paru dans le numéro du 6 avril, ainsi que les photos prises à cette occasion, rendent bien compte de l’état d’esprit de F. Gaston, et sa joie de connaître des jours paisibles dans notre nouvelle demeure. En cette même journée de l’Annonciation, P. Abbé nous quittait pour quelques jours, afin de rendre visite à nos sœurs de St-Benoît-Labre et de Baie Saint-Paul, sa première visite en tant que P. Immédiat. Il nous revenait le 30 mars, veille du jour de son anniversaire de naissance, que nous avons souligné en communauté par un repas plus festif. Lors de son départ de St-Benoît-Labre, nos sœurs lui avaient offert en cadeau un lapin de chocolat, qu’il a pu garder sans l’entamer jusqu’au jour de Pâques… ce qui montre un aspect bien concret du progrès spirituel accompli par notre Pasteur, ainsi qu’il le reconnaît lui-même!

Le 26 mars, nous avions la visite surprise du nonce apostolique du Canada, Mgr Ventura (celui qui a ordonné évêque notre F. Yvon-Joseph le 27 décembre dernier), accompagné d’un prêtre. Il nous devait bien cette visite, disait-il, après nous avoir privés de notre précédent Abbé. Ils sont restés avec nous pour la prière et le repas de midi, et une courte visite des lieux. Le lendemain, 27 mars, nous avons souligné le départ de Réjean et Yvan Sauvageau, nos deux derniers employés d’Oka restés avec nous jusqu’à la fin de notre bail de location avec la Corporation. Ce bail se terminait en effet officiellement le lendemain, 28 mars, jour où notre F. Jean, resté jusque-là à Oka pour assurer la sécurité du bâtiment, arrivait au Val avec ses effets personnels.

Le retour à la vie presque régulière…

Le mois d’avril marque le retour à la vie presque régulière. Un élément important de ce « retour » est l’inauguration de notre nouvelle église le samedi  4 avril, aux premières vêpres des Rameaux, dans l’intimité de la communauté. Nous étions heureux de retrouver notre lieu habituel de prière chorale et de célébration de l’eucharistie, après avoir célébré pendant plus d’un mois dans la salle du chapitre, et de découvrir en même temps notre nouvelle église. Nous en apprécions les proportions, avec ses vingt-huit stalles et son presbytère plus ajusté à la taille de notre communauté actuelle. L’acoustique y est aussi excellente : la preuve en est que, depuis l’autel qui se trouve tout au centre du presbytère, la voix de notre P. Abbé, qui n’est pourtant pas très forte, peut résonner et emplir l’église entière, et ce même sans système de sonorisation. La  grande baie vitrée, au chevet de l’église, nous donne de saluer chaque matin le soleil qui se lève au-dessus du « Mont Saint-Joseph » juste en face de nous, et de contempler tout le jour la beauté de la forêt environnante; des toiles rétractables ont toutefois été disposées dans les fenêtres du haut, pour tamiser à certains jours l’ardeur des rayons de soleil. Tout au long de la Semaine Sainte et de l’octave de Pâques, nous avons donc célébré le Crucifié-Ressuscité dans ce lieu inondé de lumière et de beauté.

Le lundi 6 avril, P. Abbé et F. Clément se rendent à la cathédrale du diocèse pour la messe chrismale. Les huiles saintes et le saint chrême seront utilisés cette année au moins une fois, lors de la dédicace de notre église, fixée au vendredi 9 octobre 2009. Les célébrations du Triduum pascal ont été vécues dans l’intimité de la communauté et une grande simplicité, par de belles journées ensoleillées. Au Jeudi saint, c’est à la salle du chapitre qu’a eu lieu le mandatum, ainsi que la veillée de prière auprès du reposoir. C’est dans le foyer de cette même salle qu’a été préparé le feu nouveau de la Vigile pascale, qui a cependant nécessité patience et souffle de la part de notre F. Sylvain-Jacques au moment d’allumer le cierge pascal. Le cierge lui-même s’est éteint dès avant la liturgie de la Parole, celle du livre de la Genèse où Dieu dit : « Que la lumière soit! »… c’est avec peine qu’on a réussi à le rallumer pour le reste de la célébration, qui s’est déroulée dans un climat de prière et de sérénité. La joie était au rendez-vous le lendemain matin, alors que nous échangions des vœux de « Joyeuses Pâques » après le bref chapitre de P. Abbé. Peu avant les vêpres de ce « jour de fête entre les fêtes », quelques éclats de voix et de rire bien reconnaissables indiquaient l’arrivée de notre F. Yves, venu passer avec nous l’octave pascale. Le lundi de Pâques était aussi jour de festivité : eucharistie célébrée à 10h00 (comme le dimanche), visionnement du beau film « Va, vis et deviens » au cours de l’après-midi et souper communautaire en soirée.

Les 15 et 16 avril, une équipe de Radio-Canada venait tourner quelques scènes de notre vie monastique dans notre nouvelle abbaye et réaliser quelques interviews – dont celle de notre architecte, Pierre Thibault -, afin de  compléter la série d’émissions concernant notre transfert d’Oka au Val Notre-Dame pour l’émission Second Regard (séquence diffusée le dimanche 3 mai). Ces mêmes jours, notre F. Jean s’absentait une dernière fois pour Ottawa, en vue des examens semestriels de son cours d’Écriture Sainte chez les Dominicains. Les deux dernières fins de semaine d’avril, les anciens propriétaires de l’orgue Kney dont nous avons fait l’acquisition venaient l’installer dans notre église, avec l’aide et sous l’œil vigilant de notre F. André. La résonnance de cet instrument peut emplir l’église de sa belle sonorité, tout en offrant un accompagnement très doux pour notre prière chorale.  Le 27 du même mois, notre F. Martin s’envolait pour l’abbaye de Snowmass aux États-Unis, afin de participer une dernière fois au « junior seminar », qui a lieu du 27 avril au 11 mai.

De temps à autre, P. Abbé reçoit des nouvelles de F. Yvon-Joseph, notre frère évêque. Celui-ci ne manque pas d’activités et de défis dans la conduite pastorale de son diocèse. La messe chrismale et les Jours Saints ont été pour lui de beaux et forts moments à vivre, qui l’ont affermi dans son rôle encore tout nouveau de pasteur d’une église diocésaine. Pour bien entrer dans ses nouvelles fonctions et assumer le « deuil » de la communauté suite à son départ d’Oka, il avait prévu prendre une année complète sans revenir au monastère. Mais, s’étant ravisé, il prévoit finalement nous rendre visite et venir présider l’eucharistie du 24 juin (2009), en la Nativité de Saint-Jean Baptiste, jour du vingtième anniversaire de sa profession solennelle.

Outre la liturgie, un autre élément important de la vie régulière est le travail. Dès la mi-mars, les activités de production ont repris à la chocolaterie, sous la direction de F. Martin, qui a interrompu momentanément ses études de théologie en décembre dernier, afin de se préparer à sa profession solennelle. Les activités de la pâtisserie ont recommencé à la mi-avril, après que F. Sylvain-Jacques eut terminé celles du déménagement. Les frères anciens qui travaillent à la porterie reprendront de leur service dès le dimanche 10 mai, jour où l’église et la porterie seront ouvertes au public. Le magasin devrait ouvrir ses portes à la mi-juin, autre source de travail pour les quelques frères qui y sont impliqués et nos deux employés laïcs. Entre-temps, il ne manque toutefois pas de travail et d’activités, notamment à l’extérieur, où Karel, un travailleur forestier que nous avons engagé, a opéré un déboisement partiel de la forêt environnant le monastère, mais en y laissant les arbres abattus, les branches et les souches : de quoi mettre la main à la pâte… et à la hache.

Notre retour à la vie « presque régulière », dans la liturgie et le travail, ne signifie pas pour autant la fin du chantier. Diverses interventions de quelques corps de métier sont encore nécessaires pour corriger des déficiences ou compléter des travaux à l’intérieur ou à l’extérieur du bâtiment, notamment à l’hôtellerie. De même, tout l’aménagement extérieur des sols autour du bâtiment reste à faire, ce qui rendra plus agréable la circulation des véhicules et des personnes qui, avec la fonte des dernières neiges, se promènent actuellement dans la boue. Chaque fois que des ouvriers ont à circuler à l’intérieur des cloîtres et autres pièces du monastère, ils introduisent avec eux poussière et saleté… en sorte que le ménage des lieux est sans cesse à reprendre. Tout cela ne nous empêche pas, cependant, de commencer à goûter le calme environnant du lieu et la beauté du bâtiment, ainsi que des divers jeux de la lumière sur les parois des cloîtres et dans les autres pièces, au fur et à mesure que le soleil avance dans sa course tout au long des journées et des soirées.

Si l’église et la porterie seront bientôt ouvertes au public, l’hôtellerie n’ouvrira toutefois ses portes aux retraitant(e)s qu’à compter du 1er septembre. D’ici là, des journées de « portes ouvertes » seront organisées pour permettre à divers groupes (ouvriers du chantier; habitants de Saint-Jean-de-Matha; familles des frères; religieux-ses, clergé et autres membres du diocèse; etc.) de pouvoir nous repérer, nous connaître, visiter notre nouveau magasin et notre nouveau monastère. Espérant avoir la joie de vous y accueillir un jour, nous vous demeurons unis dans la prière, l’amitié fraternelle et la joie du Ressuscité.   

F. Sylvain
pour vos frères du Val Notre-Dame

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