Christ-Roi

29 November 2015

Jésus le dit lui-même : sa royauté n’est pas de ce monde. Pourtant, ce titre de roi lui est attribué depuis ses origines. L’ange Gabriel annonce à Marie qu’elle aura un fils auquel le Seigneur donnera le trône de David et son règne n’aura pas de fin. Les mages venus d’Orient demandent : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Même le malfaiteur crucifié à côté de Jésus le reconnaît : Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. Et quand Pilate lui pose la question : Es-tu le roi des Juifs, Jésus répond : Ma royauté n’est pas d’ici.

Sa royauté vient d’un autre monde : le monde de Dieu. Et durant toute sa vie, Jésus a invité les gens à chercher ce monde de Dieu : le règne de Dieu est au milieu de vous. La proximité ne dispense pas de le chercher ; elle incite plutôt à porter un autre regard sur notre réalité et à commencer à voir autrement. Il y a de la joie à chercher et de la joie à trouver. Celui qui découvre un trésor dans un champ est peut-être venu à cet endroit des dizaines de fois sans rien voir, puis soudain, surprise, il découvre le trésor. Sa joie est décuplée ; ce n’est plus la joie de la recherche mais la joie des trouvailles. Et cette joie est si grande qu’il est prêt à tout vendre, tout laisser pour acquérir ce trésor. Le monde de Dieu est notre trésor. La porte pour y entrer est étroite et elle ne s’ouvre pas en disant Seigneur, Seigneur comme s’il s’agissait d’un mot-de-passe, une sorte de sésame. La porte s’ouvre quand nous écoutons la Parole de Dieu – cette parole qui est tout près de nous dans notre cœur et sur nos lèvres – et que nous la mettons en pratique dans notre vie, c’est-à-dire quand nous suivons Jésus sur les chemins de l’Évangile et marchons en vivant de l’esprit des huit Béatitudes.

La vérité, sur toutes choses y compris sur nous-mêmes, est du côté de Dieu et Jésus est venu rendre témoignage à cette vérité : il est venu dire Dieu, révéler Dieu. Pilate, un peu cynique et sceptique, ajoutera : qu’est-ce que la vérité ? Mais Jésus a déjà répondu à cette question quand il a dit : Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. La grâce, la sainteté, la justice, l’amour, la paix : tout cela fait partie de la vérité et de la vie que Jésus a cherché à nous révéler et à nous transmettre de multiples façons, parfois déconcertantes parce que ce sont souvent des attitudes et des gestes qui ne sont pas directement reliés à des attitudes et des gestes de roi.

Pensons à la miséricorde et au service. Le Miséricordieux est vraiment un des plus beaux noms de Dieu. La miséricorde appartient au monde de Dieu. Souvent on pense que Dieu, dans l’Ancien Testament, est un Dieu justicier et sévère qui punit et châtie. Pourtant la formule de grâce (Ex 34,6) court à travers toute la Bible : Dieu de miséricorde et de grâce, lent à la colère, riche en amour et en fidélité. Dieu est miséricorde, c’est même la première chose que Dieu révèle de lui-même. Il entend la clameur des pauvres, il est touché au cœur, il répond. Sa colère est d’un instant, sa faveur est pour la vie (Ps 29,6). Il reste fidèle à son amour pour nous et à son alliance avec nous, même quand nous sommes infidèles. Il pardonne. Il fait miséricorde.

L’autre trait de Dieu c’est Jésus qui nous le révèle le Jeudi Saint au soir de la dernière Cène quand il se met à genoux devant chacun de ses apôtres et qu’il leur lave les pieds, nous demandant de faire de même et de trouver à notre tour le geste qui vienne chercher et solliciter le meilleur dans l’autre, le geste de l’humble service, le geste d’amour absolument gratuit qui passe par un service.

Dans les graves attentats de Paris, deux de ces gestes m’ont parlé de ce monde de Dieu, de ce Royaume qui est tout près de nous. L’un des jeunes, témoins du massacre dans la salle de théâtre du Bataclan raconte qu’il était devant les terroristes quand ils ont commencé à tirer, il s’est jeté par terre, il a rampé par-dessus les corps de ceux qui étaient morts ou en train de mourir, et il est arrivé à la sortie de secours toujours en rampant pendant que les balles sifflaient dans sa direction. Il a tendu les mains vers l’extérieur et là, quelqu’un lui a pris les deux mains, l’a sorti de la salle et lui a dit de courir au loin pour éviter d’être atteint par les balles. Il a couru et s’est réfugié dans un édifice plus loin. Mais l’homme qui l’a tiré hors de la salle, lui, était resté là, il ne courait pas, il aidait d’autres personnes à s’en sortir… Dans la salle, au premier rang, un jeune s’est jeté sur sa copine pour la protéger avec son corps, il a pris les balles pour elle et il est mort. Comme pour Jésus venu en ce monde témoigner de la vérité, ce qui fait la grandeur de ces deux hommes, c’est la vérité de leur amour. Il y a dans l’être humain une force d’amour qui n’appartient pas à ce monde, une force qui se met au service de l’autre même si c’est au prix de sa vie. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Le premier a agi pour que la vie puisse continuer ; il a donné de la vie. Le second a donné sa vie pour qu’un autre vive. Ils n’auront sans doute pas prié comme le bon larron mais la réponse de Jésus vaut pour chacun d’eux : aujourd’hui même tu seras avec moi en paradis.

Oui, Jésus est Roi mais son royaume est d’un autre monde, un monde que nous rêvons tous de voir advenir et auquel nous pouvons tous, chrétiens et chrétiennes, frères et sœurs en humanité, apporter notre contribution en communiant à Jésus pour lui devenir semblables. Et c’est possible. C’est même la vérité que Jésus n’a cessé de nous répéter : nous sommes créés à sa ressemblance, nous pouvons lui ressembler en paroles et en actes. Nous sommes du monde royal de Dieu et le règne de Dieu est au milieu de nous.

Dom André