2e Dimanche de Carême A

13 mars 2017

Frères et Sœurs, la Transfiguration est un événement de transition. Alors que dimanche dernier, nous accompagnions Jésus au désert pour être témoins de son combat et de sa victoire sur les tentations, ce dimanche nous emmène sur le mont Thabor où nous sommes témoins avec Pierre, Jacques et Jean de cette théophanie que nous connaissons sous l’appellation de Transfiguration. Elle est transition entre, d’une part, l’humanité éprouvée par les diverses tentations d’avoir, de pouvoir et d’une égoïste autosuffisance, et d’autre part, la face humaine qui est le visage caché reflétant l’humanité créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Ce sont ces deux niveaux, tantôt dans l’un, tantôt dans l’autre, que la Parole de Dieu de ce dimanche nous fait traverser.

D’abord, il y a l’invitation que Dieu fait à Abram : Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père… Quitter ce monde originel et matriciel pour s’aventurer dans l’immense inconnu d’une alliance avec Dieu. Deux niveaux : le point de départ dans une stabilité rassurante et le mouvement vers un horizon nouveau et rempli d’inconnus… La tentation à laquelle aurait pu succomber Abram aurait été d’en rester dans le connu, le certain, l’assuré… Abram crut en la promesse de Dieu et, confiant, il s’aventura dans l’inconnu du monde de Dieu; aujourd’hui, nous sommes tributaires de sa foi…

Paul conseille à son disciple Timothée d’accepter sa part des souffrances liées à l’annonce de l’évangile… Paul, le grand missionnaire, nous révèle en fait son expérience. Dans ses écrits, il nous partage ses souffrances, mais comme il l’exprime à Timothée, c’est avec la force de Dieu qu’il est capable de les porter. Annoncer l’évangile ne se fait pas sans épreuves, sans souffrances, mais il faut aussi compter sur la force de Dieu, car la grâce nous a été donnée dans le Christ Jésus, nous révèle encore saint Paul. Les deux niveaux : celui de l’action humaine qui trouve sa source et sa force en Dieu…

Enfin, l’évangile de la Transfiguration, transition, balancement, révélation des deux mondes qui nous soutiennent ; le visible et l’invisible. C’est la déchirure de la paroi qui isole ces deux mondes pour que soit donné le sens d’une vie et d’un apostolat que bien souvent nous peinons à trouver…

La Transfiguration est un bref moment de lumière qui permet de nommer et d’affronter les difficultés passées et à venir. C’est tenir simultanément en pleine lumière les deux niveaux, les deux mondes qui nous soutiennent : le visible et l’invisible.

Frères et Sœurs, chacune de nos eucharisties est en quelque sorte une transfiguration… Nous devenons témoins de ces deux mondes, le nôtre où nous apportons tout ce que nous sommes, ce que nous vivons de joies et d’épreuves, et le monde de Dieu où un laps de temps nous entrevoyons, dans la communion au Corps et au Sang du Sauveur, la félicité éternelle qui nous attend dans le monde de Dieu. Comme les disciples qui descendent du mont Thabor après la théophanie de la Transfiguration, à la fin de l’eucharistie, nous apportons avec nous le souvenir d’un événement où Dieu se fait présent à nous et qui nous procure l’assurance que nous ne serons jamais abandonnés, même dans les événements les plus insensés que nous pourrons affronter…

f. Lucien