3e Dimanche de l’Avent A

13 décembre 2016

Frères et Sœurs, la prophétie d’Isaïe que nous avons entendue en première lecture a des accents d’actualité. Notre monde n’est-il pas un désert, une terre de la soif, terre en recherche de sens, de direction, de signes annonciateurs, de croissances fertiles, d’avancées sûres et sécurisantes ? Les gouvernements d’extrême droite qui s’installent ou qui veulent prendre le pouvoir aux États-Unis, en Autriche, en Angleterre, en France ne sont pas pour nous rassurer…

Saint Jacques, dans le passage de sa Lettre que nous avons entendu, nous invite à prendre les prophètes comme modèles d’endurance et de patience; c’est en fait nous rappeler que le temps permet de croître et de mûrir… Prendre patience, retenons cet ingrédient d’espérance…

En reprenant la suite de la prophétie d’Isaïe, on trouve cette expression plutôt singulière : la revanche de Dieu. Une revanche implique habituellement une part de violence. Quelle est donc cette revanche de Dieu? Il vient lui-même et va vous sauver… Nous le constatons, la revanche de Dieu c’est le petit né dans une étable à Bethléem, Jésus Sauveur, fils de Dieu qui partage notre humanité, notre faiblesse, notre mortalité pour les transfigurer dans la résurrection… La revanche de Dieu : une revanche d’amour, de compassion, de salut…

La revanche de Dieu est-elle toujours active dans le monde actuel ? Comment peut-elle faire fleurir les déserts de non-sens et les aridités des guerres et des violences de toutes sortes ? Prenez pour modèles les prophètes, nous proposait saint Jacques. Jésus dans l’évangile nous propose le prophète Jean le Baptiste. Regardons-le : il est en prison, mais ne se laisse pas enfermer dans ses limites… Il envoie ses disciples vers Jésus pour s’enquérir de son identité. Est-il bien celui qui doit venir ? La réponse de Jésus peut nous laisser perplexes. Elle contient les signes, les indices de la présence du Messie : les aveugles retrouvent la vue; les boiteux marchent; les lépreux sont purifiés; les sourds entendent; les morts ressuscitent; les pauvres entendent la Bonne Nouvelle.

Frères et Sœurs, nous connaissons les mêmes hésitations, les mêmes doutes que Jean le Baptiste. Nous aussi nous nous questionnons. Sur fond des nouvelles peu rassurantes de notre monde avec sa violence, ses guerres, le terrorisme religieux, l’extrême-droite politique, nous nous interrogeons sur le salut apporté par Jésus. Est-il bien celui que nous devons attendre ? Comme Jean le Baptiste, ne nous laissons pas emprisonner par ces situations et images paralysantes.

Laissons-nous habiter par la réponse de Jésus pour voir :

  • Les aveugles qui recouvrent la vue dans les hommes et les femmes qui défendent les droits sacrés de la vie, du respect de tous les humains, de la sauvegarde de la planète;
  • Les boiteux qui marchent : dans ceux et celles qui s’engagent dans les actions communautaires;
  • Les lépreux qui sont purifiés : dans les exilés, les exclus, les sans-domiciles fixes qui sont assistés et défendus;
  • Les sourds qui entendent : dans les politiciens et les politiciennes qui se dissocient de la partisannerie et du discours imposé pour dénoncer les injustices aberrantes et travailler à l’avènement d’une société juste;
  • Les morts qui ressuscitent : dans ceux et celles qui redécouvrent la foi;
  • Les pauvres qui entendent la Bonne Nouvelle : dans un Pape François qui leur donne une place préférentielle.

 

Prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes. Jean le Baptiste n’a pas été témoin de la résurrection… il a préparé le chemin du Ressuscité. Le prendre comme modèle d’endurance et de patience, c’est accepter de ne pas nécessairement voir les fruits de nos engagements et de nos actions. Et pour nous, c’est une ascèse alors que la révolution technologique nous a habitués à éliminer les délais pour profiter instantanément de nos actions. Pourtant nous le savons et nous l’expérimentons la croissance et la guérison d’un être humain demande du temps et souvent beaucoup de temps… Veiller, c’est le leitmotiv de l’Avent : veiller, savoir attendre pour reconnaître et ne pas manquer l’Emmanuel, Dieu avec nous, germe d’espérance dans ce monde désenchanté à la recherche de sens et de bonheur.

f. Lucien